De nouvelles « Affaires d’État » aux éditions Glénat

Le scénariste Pierre Richelle s’entoure une nouvelle fois des dessinateurs Alfio Buscaglia, Régis Penet et Pierre Wachs pour dévoiler les dessous inavouables de la politique. Prenant respectivement racine dans les années 1960, 1970 et 1980, ces Affaires d’État touchent, comme l’indique leur titre, à l’extrême droite, au jihad et à la guerre froide.

Dans « Eaux troubles », c’est l’assassinat de l’historien et idéologue du Parti national Francis Dupré qui occupe les inspecteurs. Pierre Richelle échafaude une enquête policière au long cours, naviguant au cœur des deux extrêmes de l’échiquier politique, à travers le personnage de Bébert, ancien de l’extrême droite ayant infiltré le camp adverse, c’est-à-dire communiste et altermondialiste. « L’Ombre du KGB » voit ses arcs narratifs s’enchevêtrer. La SDECE pourrait abriter une taupe, et pas n’importe laquelle, puisque des éminences de la maison sont soupçonnées. Parallèlement, aux États-Unis, on retrouve le corps sans vie, décapité, du Docteur Murphy, tandis que l’espion Trifonov, passé à l’Ouest, poursuit ses révélations. « La Route de Damas » voit l’agent Morin s’échapper des prisons iraniennes et chercher à fuir via la Syrie, où la DGSE se lance à ses trousses… Des transactions illicites, impliquant des rétrocommissions, portent sur des ventes d’armes avec l’Iran.

Bien qu’elles fassent appel à trois dessinateurs différents, ces nouvelles Affaires d’État présentent une certaine cohérence graphique. Le style semble s’y effacer au bénéfice du scénario. Et ce dernier, invariablement, se tapissent de secrets d’État et s’enrichit par la chair humaine accordée aux différents personnages. Il en va ainsi des relations erratiques de l’inspecteur Bernès avec les femmes, des désillusions amoureuses de Marion, de l’orgueil démesuré de Trifonov, qui se réjouit des attentions des Américains à son égard, ou encore du double jeu sournois d’un Levallois décidément peu scrupuleux. Pierre Richelle nous réserve par ailleurs quelques surprises. Dans « Eaux troubles », c’est une collaboration avec le Mossad et un vol. Dans « L’Ombre du KGB », ce sont des agents charmés par des espionnes soviétiques qui auraient retourné leur veste. Dans « La Route de Damas », une affaire de rétrocommissions à reverser aux Iraniens s’inscrit au centre de l’intrigue.

La construction dramatique de ces trois albums apporte satisfaction : les fausses pistes, les rebondissements, les reliefs psychologiques des personnages, les manœuvres clandestines confèrent à l’ensemble une ampleur et un rythme appréciables. Philippe Richelle parvient à enchaîner sans heurts, et surtout à immerger son lecteur dans trois décennies tumultueuses au cours desquelles des services, pour la plupart aujourd’hui refondés et renommés, opéraient en coulisses pour faire la pluie et le beau temps de la France. D’une immersion à peine voilée dans le FN de Jean-Marie Le Pen (« Eaux troubles ») à l’évocation de l’Amérique de Kennedy au plus fort de la guerre froide (« L’Ombre du KGB ») en passant par les scandales politico-financiers (« La Route de Damas »), ces Affaires d’État ont beaucoup à dire sur un passé récent qui ne peut qu’éclairer d’un jour nouveau l’actuelle marche des affaires publiques.

Affaires d’État – Jihad : La Route de Damas, Philippe Richelle et Alfio Buscaglia
Glénat, avril 2022, 56 pages

Affaires d’État – Guerre froide : L’Ombre du KGB, Philippe Richelle et Régis Penet
Glénat, avril 2022, 56 pages

Affaires d’État – Extrême droite : Eaux troubles, Philippe Richelle et Pierre Wachs
Glénat, avril 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.