Une bête au Paradis : quels dégâts ?

Avec Une bête au Paradis Cécile Coulon creuse son sillon, une littérature qui fait la part belle à la force de sentiments éprouvés par des personnages de caractère qui aiment leur terre.

Blanche est le personnage central, mais elle appartient à la troisième génération d’une famille profondément attachée à un domaine familial appelé « Le Paradis », quelque chose qui n’est pas sans rappeler (toutes proportions gardées) l’attachement de Scarlett O’Hara à Tara dans Autant en emporte le vent (1936), le mémorable roman de Margaret Mitchell. Blanche a un frère, Gabriel, plus jeune qu’elle et apparemment plus fragile, plus intellectuel et restant volontiers enfermé avec ses bouquins, alors qu’elle s’investit énormément dans l’exploitation familiale. Blanche et Gabriel ont perdu leurs parents jeunes (Gabriel avait 3 ans et il a longtemps attendu leur retour) : un accident de voiture dans un virage non loin de là. C’est la grand-mère, Émilienne (figure forte de la famille), qui les a élevés. Autre habitant des lieux : Louis, un employé de la même génération que Blanche, éternel amoureux de la jeune femme, mais qui sait parfaitement qu’il n’aura jamais la moindre chance auprès d’elle. La raison, la seule, c’est que Blanche n’a d’yeux que pour le bel Alexandre qu’elle côtoie à l’école. Malheureusement, Alexandre ne peut pas se contenter de ce que Blanche veut depuis toujours : poursuivre l’exploitation du domaine familial au Paradis. Il décide d’aller poursuivre des études en ville. Très charmeur et sûr de lui, il va apprendre la vente.

L’univers de Cécile Coulon

L’essentiel est posé en quelques chapitres. A partir de là, Cécile Coulon tisse une trame qui, sans être d’une folle originalité, tient le lecteur en haleine du début à la fin, par chapitre relativement court (chacun portant un titre aussi bref que possible). Elle procède comme elle le fait régulièrement, à coups de phrases relativement courtes, dans un style clair qui fait mouche. Elle n’a pas son pareil pour exprimer la force des sentiments et des impressions. Elle fait parfaitement sentir la force de l’attachement de Blanche pour le Paradis, un attachement partagé par les autres membres de la famille, ainsi que par Louis, qui lui est entièrement dévoué et qui va même jusqu’à faire son possible pour la protéger, car telle est sa dévotion pour la jeune femme. C’est une belle réussite que cette description des liens très forts au sein de cette cellule familiale.

Le style Cécile Coulon

Avec ce roman, Cécile Coulon montre une belle maturité littéraire. Elle ne cherche pas à faire autre chose que ce qu’elle fait bien. Il fut un temps (celui de Trois saisons d’orage – 2017) où j’aurais eu tendance à lui reprocher de faire toujours un peu la même chose et de proposer des romans bien écrits et présentant des personnages aux caractères forts dans une ambiance très habitée, le tout manquant néanmoins un peu de souffle. Avec Une bête au Paradis, j’estime qu’au contraire, elle conserve son style habité qui capte le lecteur sans plus le lâcher, tout en se renouvelant suffisamment pour qu’on se dise que ses prochains romans mériteront encore la découverte. Son travail est de ceux qui ne se sentent pas forcément d’emblée, mais qui finit par s’imposer. On pourrait imaginer une certaine facilité d’écriture. A mon avis, elle y passe plus de temps que ce qu’on imagine au premier abord. Le résultat, c’est qu’elle propose un roman où elle a fait le nécessaire pour éliminer tout superflu. C’est ce qui permet de ne laisser aucun temps mort dans son intrigue, de faire des phrases sans trop d’effets mais qui s’enchaînent naturellement pour donner cette agréable fluidité de lecture. Enfin, elle a très certainement sa trame en tête avant le travail d’écriture. Ainsi, elle sait exactement où elle veut en venir, elle sait pourquoi chaque personnage agit comme il ou elle le fait. Et bien sûr, les caractères des uns et des autres font que tout cela s’enchaîne de manière plus ou moins inéluctable. Du moins, c’est la conclusion à laquelle on arrive une fois le livre achevé, car elle réussit à maintenir le suspense et nous surprendre jusqu’à la fin (pour découvrir la Bête désignée par le titre).

Un filon à suivre

Je dirais donc que si ce livre n’est pas de ceux qui marquent profondément, parce qu’il n’a pas la puissance d’un Autant en emporte le vent (mais on en trouve combien sur un siècle, de cette trempe ?), il présente de belles qualités qui confirment le talent et la maîtrise de Cécile Coulon, qui a son univers et une façon de faire bien personnelle.

Une bête au Paradis, Cécile Coulon
L’Iconoclaste, août 2019, 346 pages

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3.5

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