« Les Décrochés » : faire son deuil de la scolarité

Très actif sur Twitter, où il s’exprime sous le pseudonyme « Rachid l’Instit », le professeur en Segpa Rachid Zerrouki publie aux éditions Robert Laffont l’ouvrage Les Décrochés, qui problématise, en s’appuyant sur des entretiens et des expériences de terrain, le décrochage scolaire et les mécanismes qui y président.

Une première nuance significative apparaît dès le titre de cet ouvrage : les élèves dont il est question, ceux qui quittent prématurément le système scolaire, ne sont pas qualifiés de décrocheurs mais bien de décrochés. Les deux termes ont beau être proches, ils sont loin de s’apparenter : le caractère intentionnel, ou à tout le moins actif, du décrocheur disparaît totalement sous l’appellation plus passive du décroché. Et derrière ce choix lexical se devinent les intentions de Rachid Zerrouki : dans une démarche empirique, mais ne pouvant se prévaloir de prétentions sociologiques, l’auteur cherche avant tout à comprendre les déterminismes sociaux, psychologiques, familiaux et contextuels à l’origine de l’abandon scolaire.

Avec pudeur et bienveillance, Rachid Zerrouki revient sur le parcours accidenté, entravé, parfois étouffé dans l’œuf, de ces élèves s’étant éloignés trop tôt, et souvent malgré eux, de l’école. On trouve ainsi dans Les Décrochés des portraits en cascade, empreints de sensibilité, portant sur des jeunes hypersensibles, souffrant de phobie scolaire, manquant d’estime de soi, ayant du mal à juguler leurs émotions, reproduisant des inégalités sociales sur lesquelles ils ont peu de prise, marqués par un parcours familial ou migratoire complexe, prisonniers du regard des autres ou de troubles de l’apprentissage. Chaque histoire est un puissant témoignage battant en brèche les idées préconçues, et Rachid Zerrouki n’a finalement pas d’autre objectif que celui-là.

Si Les Décrochés met en exergue quelques statistiques utiles – le million de jeunes, approximativement, ayant vu leur scolarité altérée par la crise sanitaire, les 80 000 autres qui sortent du système scolaire prématurément chaque année, tous ceux qui portent en héritage la classe sociale de leurs parents –, on quitte vite le domaine des chiffres et des données socioéconomiques soupesées pour s’intéresser plus avant à la chair, humaine et biographique, de ces étudiants laissés sur le bord du chemin, souvent incompris, parfois en plein désarroi. En ce sens, il ne faut pas se méprendre sur le parti pris de Rachid Zerrouki. Ce dernier s’inscrit davantage dans l’observation et la retranscription subjectives d’un Laurent Cantet que dans les écrits ou les études circonstanciées d’un Pierre Bourdieu ou d’un Jean-Michel Barreau. Qu’à cela ne tienne, son essai n’en est pas moins nécessaire et passionnant.

Les Décrochés, Rachid Zerrouki
Robert Laffont, août 2022, 224 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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