« Cultes ! » présente « 100 lieux mythiques de séries »

Les éditions Fantrippers publient dans leur série « Cultes ! » un beau-livre prenant pour objet les lieux mythiques des séries télévisées. Une opération similaire à celle réalisée pour le cinéma ou la littérature, qui jette une lumière profuse sur ces personnages qui ne disent pas leur nom : Fox River (Prison Break), Wisteria Lane (Desperate Housewives), le McLaren’s (How I Met Your Mother), Baltimore (The Wire), la maison des Fisher (Six Feet Under) ou encore le Cheesecake Factory (The Big Bang Theory).

Certaines séries télévisées sont à ce point liées à leur cadre qu’il serait incongru d’effeuiller leurs personnages sans analyser au préalable l’espace qu’ils investissent. C’est le cas, bien entendu, de Fox River, dont les plans sont tatoués sur le corps de Michael Scofield et dont les murs constituent un horizon clos dont il s’agit à tout prix de s’extraire. La prison désaffectée de Joliet confère une authenticité précieuse au show de Paul Scheuring mais a également occasionné quelques écueils pratiques : une exiguïté rendant difficile l’installation et le déplacement du matériel de tournage, une chaleur parfois accablante, des lieux chargés d’histoire intimidant certains membres de l’équipe… La rue fictive de Wisteria Lane, sise dans la banlieue cossue d’une ville baptisée Fairview, constitue un autre cas d’école : les personnages de Desperate Housewives y mènent leur vie, y élèvent leurs enfants, y trouvent l’amour… Un cadre en apparence idyllique, porteur de contrastes qui rendent les intrigues imaginées par Marc Cherry d’autant plus grinçantes. Un grand absent était pourtant tout désigné pour figurer dans l’ouvrage : Oz et sa Cité d’Émeraude ne mettaient pas seulement en images les principes de surveillance panoptique du philosophe Michel Foucault, puisque le quartier pénitentiaire expérimental placé au frontispice de l’intrigue y conditionne implacablement la vie des détenus, tout en témoignant des aspirations du directeur de projet mais aussi de leurs limites dans un environnement gangréné par une nature humaine dévoyée.

Cultes ! : 100 lieux mythiques de séries n’évoque pas seulement ces espaces emblématiques de la culture populaire à l’aune de leur dimension fictionnelle. Les auteurs s’y penchent aussi sur l’histoire, bien réelle, des bâtiments ayant abrité les tournages. C’est la maison des White (Breaking Bad) désormais protégée par une imposante barrière pour éviter que des aficionados n’y expédient une pizza sur le toit, conformément à l’intrigue de la série. C’est un Cheesecake Factory cité – et reconfiguré – dans The Big Bang Theory, sans que cela fasse l’objet d’un quelconque accord de placement. La maison des Banks, dans Le Prince de Bel-Air, ou celles des Soprano et de Malcolm font elles aussi l’objet d’une entrée spécifique, tant pour ce qu’elles révèlent de leurs personnages que pour leur histoire propre. À ces descriptions bidimensionnelles s’ajoutent des anecdotes en cascade. Saviez-vous que David Schwimmer a poussé la porte du restaurant Little Owl dans Greenwich Village sans même se rendre compte qu’il pénétrait dans l’immeuble censé abriter l’intrigue de Friends ? Ou que Matt LeBlanc aurait pu interpréter le rôle de Phil Dunphy dans Modern Family ? Que Sons of Anarchy a été lancée le lendemain de la diffusion du dernier épisode de The Shield (autre absence notable) et qu’elle se base notamment sur les confessions que Kurt Sutter a lui-même tirées auprès de véritables bikers ?

Beau-livre généreux en illustrations, Cultes ! : 100 lieux mythiques de séries traverse les époques (21 Jump Street y côtoie La Case De Papel) et les réseaux (Netflix, AMC, HBO, Showtime, Fox…). Vous y prendrez connaissance de l’impressionnante filmographie du bâtiment abritant l’entreprise Dunder Mifflin (The Office), du véritable restaurant dans lequel se rendent Jerry Seinfeld et ses amis, du premier manoir Wayne ou de la célébrité soudaine d’un restaurant Twisters, porté à l’écran dans Breaking Bad et Better Call Saul. Le traitement systématique de ces « lieux mythiques » par double-page ainsi que la place significative dévolue aux images restreignent fortement le développement des textes. Il ne faut donc pas attendre de Cultes ! : 100 lieux mythiques de séries des analyses étayées ou évolutives (saison par saison). L’intérêt de l’album réside ailleurs : dans la mise en exergue ludique d’espaces parfois anodins, réels ou appartenant à des studios, désormais investis par la culture populaire.

Cultes ! : 100 lieux mythiques de séries, ouvrage collectif
Fantrippers, octobre 2022, 224 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Systèmes de protection sociale face aux crises » : regards croisés

À travers une série de contributions consacrées à la pandémie, au climat ou encore au vieillissement démographique, l’ouvrage paru aux PUR observe avec acuité l'état et la lente métamorphose des systèmes sociaux. France, Japon : partout, la crise agit comme révélateur, accélérateur, et parfois même en tant que mise en demeure.

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.