Cycle HBO : « Oz », « La routine, ça finit par vous tuer »

En 1997, gorgée de pessimisme et shootée aux thèses anticarcérales d’Edward Bunker, Oz révolutionne un petit écran alors acquis aux sitcoms. Bénéficiant d’une latitude inespérée, Tom Fontana développe sur HBO une série pamphlétaire révélant avec emphase l’envers du décor pénitentiaire. Le périmètre de la téléfiction en ressort élargi, pourvu de nouveaux espaces narratifs, choraux et avant-gardistes.

Le cadre est extrêmement codifié : la caméra, claustrophobique, se trouve enfermée entre les murs d’une prison de haute sécurité, l’Oswald State Correctional Facility, et plus spécifiquement au cœur d’une unité expérimentale, Emerald City. Là-bas, les détenus jouissent de libertés d’interaction étendues, conditionnées à un système de surveillance panoptique, tel que décrit par le philosophe britannique Jeremy Bentham, puis par l’intellectuel français Michel Foucault. Occupant un poste d’observation central, les gardiens peuvent contrôler l’entièreté des lieux sans même avoir à se déplacer. Ils en deviennent potentiellement omniscients. La prison n’en est que plus impersonnelle et intrusive. La ronde permanente des matons n’empêche toutefois pas les différents clans d’Em City de défendre comme des cerbères leurs intérêts. Italiens, Latinos, Noirs, Aryens, Irlandais, motards, homosexuels et, dans une moindre mesure, musulmans ou chrétiens n’hésitent pas à rhabiller en cadavres ceux qui se mettent en travers de leur chemin. Les rivalités claniques, le commerce de la drogue, les haines personnelles, les foucades expliquent en partie la procession des sacs mortuaires. Le quotidien écrasant, désillusionné, privé d’espoir, parfois bouté hors de l’ultime bastion d’humanité – la famille – finit d’entraîner les corps, meurtris, et les âmes, damnées, vers une forme inexpiable d’abîme.

Tout partait pourtant d’une bonne intention. L’humaniste Tim McManus, instigateur d’Emerald City, cherche à réhabiliter les détenus en leur concédant une liberté de mouvement peu conventionnelle, en leur proposant des programmes familiaux, d’éducation, de désintoxication et même de dressage canin, en leur attribuant un rôle actif au sein de la communauté des prisonniers – en cuisine, au courrier, dans l’entretien, à la bibliothèque, à l’infirmerie ou en tant que dactylo. Mais le ver est dans le fruit. La corruption règne chez les matons. Le gouverneur James Devlin prend des mesures radicales qui mettent le feu aux poudres – limitation des visites conjugales, interdiction de la cigarette, privatisation de la gestion médico-sanitaire. Les prisonniers eux-mêmes s’abandonnent à toutes sortes d’excès et de violences réduisant à néant les ambitions progressistes de Tim McManus. À Oz, les soupapes de sûreté relâchent des vapeurs de soufre. Le système pénitentiaire s’apparente à une grande lessiveuse redéfinissant touche par touche les hommes. Prenons le cas de Tobias Beecher. Ancien avocat condamné pour conduite en état d’ivresse et homicide involontaire, il est peu à peu broyé par la logique carcérale. Le premier conseil qui lui est donné jette une lumière crue sur les dessous d’Oz : « Si quelqu’un essaie de te baiser, tu le butes. » La prévention ne suffisant pas en toutes circonstances, il devient malgré lui le « bétail » d’un néo-nazi, Vernon Schillinger, se fait tatouer de force une croix gammée sur la fesse, puis sombre dans la drogue, se voit ridiculisé devant les autres détenus, divorce et doit, à la faveur d’une terrible lettre d’adieu, endosser la responsabilité du suicide de son ex-femme. « Si Dieu est en moi, c’est une tumeur », lâchera-t-il, las, avant de se rebeller et de se gaver, lui aussi, aux râteliers de la violence et du machiavélisme. C’est ainsi qu’il empêchera Schillinger d’obtenir une libération anticipée et qu’il assassinera froidement, en guise de vengeance, un gardien de mèche avec les nazis. Un brouet de méfaits dont ses enfants, puis son père, paieront les pots cassés…

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Tobias Beecher n’est pas le seul détenu sur qui la prison exerce une emprise puissante. Le gangster Jefferson Keane se repentit et embrasse l’islam, avant qu’une manœuvre abjecte ne l’envoie dans le couloir de la mort. Simon Adebisi, chef de clan et drogué notoire, va un temps se ranger et s’ouvrir à sa culture d’origine. L’Irlandais Ryan O’Reilly, prisonnier parmi les plus rusés, tombe amoureux du Docteur Gloria Nathan et expose son frère aux affres carcérales en planifiant l’assassinat de son mari. Il s’humanise ensuite au contact de sa mère biologique, même si ses bas instincts ne terminent pas pour autant sous l’étouffoir. Miguel Alvarez, dont le père et le grand-père font partie des meubles à Oz, s’inflige des souffrances considérables, rongé par un sentiment de culpabilité dû à la mort précoce de son bébé. Il essaie même de se suicider quand la Weigert Corporation, propulsée à la tête du département médical, le prive de ses antidépresseurs par souci d’économie. Le narrateur et ancien toxicomane Augustus Hill, pourtant si clairvoyant, accepte de consommer un peu de drogue à la demande du basketteur Jackson Vahue, qu’il admire pour ses exploits sportifs. Clayton Hughes, ancien gardien désormais incarcéré, est assailli d’idées et de visions invraisemblables, le menant irrémédiablement à sa perte. Jaz Hoyt, biker dont l’épaisseur narrative gonfle au fil des saisons, perd son statut de chef de clan pour celui, moins enviable, de fou tourmenté par le diable. Même l’inflexible Kareem Saïd, leader des musulmans, fomente une émeute, se résigne à tourner le dos à certains détenus considérés comme des causes perdues, puis tombe secrètement sous le charme d’une femme impliquée dans une action collective contre l’État conservateur de James Devlin. La brutalité à laquelle l’imam s’adonne plus tard n’est qu’un ultime coup de pinceau sur une toile de plus en plus maculée.

Les hommes changent, les alliances aussi. À Emerald City, la fidélité est un archaïsme. Les amitiés se font et se défont selon les besoins du moment. Tom Fontana ne cesse de conjuguer noirceur et hyper-réalisme pour en faire état, dans une position de franc-tireur au regard des conventions télévisuelles de l’époque. Il n’y a alors, en effet, que dans Oz qu’on filme des Italiens brûlés vifs, sodomisés, piqués par une seringue contaminée par le VIH ou tués à petit feu par ingestion répétée de verre pilé. Nulle part ailleurs on n’aveugle un maton, on ne pend des Juifs, on ne présente la perdition sous forme de clips préambulaires à glacer le sang. La microsociété ici à l’œuvre suffoque de dépit, laisse triompher l’expérience sur l’espérance, désosse l’humanité pour n’en conserver que les ambiguïtés et les travers.

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La construction dramatique d’Oz, multipliant les points de vue et les arches narratives, ouvre la voie à toutes sortes de questionnements. Le premier d’entre eux touche naturellement au système répressif américain. Là où les taux d’incarcération crèvent le plafond, la société paraît-elle plus sûre et apaisée ? À en juger par les hordes de prisonniers arrivant sans discontinuer à Oswald, on peut franchement en douter. Les victimes et leurs proches se sentent-ils consolés par les sanctions infligées à leurs bourreaux ? La visite hostile que reçoit dans un premier temps Tobias Beecher suggère le contraire. Les détenus sont-ils préparés à leur réinsertion future ? La prison possède ses propres maladies nosocomiales et elles s’avèrent peu en phase, voire inconciliables, avec un éventuel retour à la vie normale. Les allers-retours du « Poète » et de Tobias Beecher le démontrent amplement. Les condamnations à mort prononcées pour des crimes commis à Oz corroborent ce constat. En sus de ces considérations viennent se greffer des interrogations plus philosophiques, par exemple à l’occasion de discussions sur la peine capitale, sur les propriétés cathartiques d’un tournoi de boxe, sur la corruptibilité des juges ou sur « une lutte légitime contre la répression et l’injustice » – c’est ainsi que Kareem Saïd décrit l’émeute qui clôture la première saison, inspirée de la mutinerie d’Attica.

Tom Fontana portraiture avec ce qu’il faut d’effroi un monde clos, fini, proche de l’implosion. Il filme l’état de manque provoqué par l’absence de « tétons » (de came). Il met en parallèle la dégradation des budgets alloués à l’éducation et la hausse irrépressible de ceux destinés à la sécurité, alors que les deux vont de pair, se complètent et interagissent entre eux. Il montre des détenus minés par l’ennui, cloués par la peur, bientôt réduits au rôle d’admirateurs obsédés de Mademoiselle Sally, la présentatrice sculpturale d’un programme télévisé pour enfants. Les questions posées sont complexes, aux articulations fines, mais les réponses apportées n’ont rien d’emberlificoté. La prison échoue en réalité dans toutes ses missions. Elle tend à actionner les mauvais leviers psychologiques et organisationnels. Elle se trompe dans son analyse des faits et comportements humains. Elle transforme des quidams en meurtriers sans scrupules. Leo Glynn, le directeur d’Oz, n’est plus qu’un chiffon de papier que des âmes dévoyées transforment en confettis imprégnés de sang.

oz-serie-hbo-leo-glynnPour peu, on pourrait croire qu’Oz entend faire échec au progressisme. Em City y apparaît comme un catalyseur de déviances et de sévices impossibles à réprimer. Ce sont pourtant les privations organisées par le gouverneur Devlin, ainsi que les provocations et humiliations subies au quotidien par les prisonniers, qui engendrent le plus de frustrations et de troubles. Tant les détenus que le personnel pénitentiaire, soit les deux groupes dont l’importance narrative apparaît la plus significative, y font face dans un sentiment diffus d’impuissance et d’abandon. Passionné par un travail qu’il aspire à empreindre d’humanisme, Tim McManus est présenté comme un idéaliste solidement cramponné à ses principes, allant jusqu’à passer des nuits entières au bureau. « C’est toute ma vie », confessera-t-il à Leo Glynn. Ses adversaires conservateurs voient en lui un « gauchiste efféminé » qu’il faudrait de toute urgence « balancer aux ordures ». Son successeur à la tête d’Em City le qualifie sans le nommer de « blanc-bec large d’esprit » qui s’époumone à muer des criminels « en bons citoyens ». Malgré une obstination donnant des haut-le-coeur à ses adversaires, Tim McManus se montre incapable de mettre à bas les nuisances qui gangrènent et menacent sa « Cité d’Émeraude ». Une séquence suffit à mesurer le décalage permanent entre ses attentes paternes et l’implacable réalité du système carcéral états-unien : dans la salle d’informatique mise à disposition des pensionnaires d’Oswald, les ordinateurs restent éteints, mais les détenus se rassemblent pour coordonner leurs trafics clandestins à l’abri des regards ou faire disparaître ceux qui les gênent. C’est cette même perversion, proverbiale et universelle, qui donne lieu à des paris truqués et des tensions raciales à l’occasion du tournoi de boxe organisé à Em City, qui transforme des excuses sincères en double homicide, qui planifie un bain de sang le jour de Noël, qui fait de Tim McManus un faux harceleur en série et de la psychiatre Sœur Peter Marie, par ailleurs conseillère anti-drogues, la victime de tentations charnelles en contradiction avec les exigences chastes du couvent… Le progressisme n’est peut-être pas en faillite, mais qu’en est-il des structures sur lesquelles il se porte ? Kareem Saïd, toujours sentencieux, a sa petite idée sur la question : « Le système légal américain est fondamentalement corrompu, injuste, chaotique… » Le narrateur Augustus Hill y ajoute laconiquement qu’« à Oz, la cruauté, c’est la punition habituelle ». À quoi bon alors broder à fils d’or sur des chiffons à poussière ?

Tom Fontana sculpte l’espace, radiographie la prison, sonde les émotions primaires. Il porte un regard de clinicien effaré sur les systèmes judiciaire et répressif américains. Les matons couchent avec les détenus. Une infirmière nuit plus qu’elle ne soigne. Les flics infiltrés se rendent à la drogue et aux meurtres. Les prisonniers servent de cobayes à des laboratoires pharmaceutiques. Des réfugiés chinois se trouvent « abrités » derrière des barreaux rouillés par la sueur, entre des murs souillés par le sang. Quand Miguel Alvarez retourne à Oz après une courte évasion, des vues subjectives donnent la mesure du sentiment de détresse qui surplombe les lieux : sa cellule est exiguë, terne, fonctionnelle, privée de chaleur comme de fantaisie. C’est peut-être parce que cette réalité âpre et désabusée décape mieux les affects que du papier de verre que la religion redevient l’opium jadis décrit par Karl Marx. Elle soulage peu les esprits, n’anesthésie aucunement les insoumissions, mais exprime un « besoin de croire » qui confine parfois à la survie. Chrétiens et musulmans ne cherchent pas tant un sas d’entrée vers Dieu qu’un exil bon marché. Le nombre de dogmes foulés aux pieds devrait suffire à s’en convaincre. Les conversions-éclair en apportent une preuve supplémentaire. De même que cette assertion spontanée d’Annette, la sœur d’un chef de clan latino : « Enrique à la messe ? Il doit s’ennuyer à mourir ! » Le confessionnel apparaît cependant chiche au regard du politique. Kareem Saïd diagnostique un système à bout de souffle, occupé à enfermer non d’authentiques criminels, mais surtout des hommes pauvres, peu éduqués et marginalisés, appartenant la plupart du temps à des minorités ethniques. Par l’intermédiaire de Sœur Peter Marie, la justice restaurative d’Howard Zehr est mise en lumière. Victimes et bourreaux sont appelés à dialoguer, à s’expliquer, à se repentir, dans un modèle participatif centré sur la réparation plus que sur la punition. Les petits arrangements inhérents aux campagnes électorales sont mis à nu : Leo Glynn, envisagé comme candidat d’ouverture, brigue une place de colistier auprès de James Devlin et en vient à évoquer opportunément le viol de sa fille devant une presse vorace. Quant aux questionnements moraux, ils irriguent et irradient Oz de bout en bout. Songeons à Augustus Hill dénonçant un codétenu ayant décimé une famille, aux repentis (fermes ou éphémères) Jefferson Keane ou Vernon Schillinger, aux lignes de force sous-tendant l’évolution complexe d’un Kareem Saïd ou d’un Tobias Beecher. « Des hauts et des bas, la vie à Oz. J’ai été roi, puis fou, je suis à nouveau roi. » Ce que Simon Adebisi oublie de dire, c’est que Machiavel n’est jamais tout à fait étranger à ces changements de statut. Entre le vif et le mort, entre le fort et le faible, entre le téméraire et le lâche, certaines choses font leur œuvre : des manipulations éhontées, un communautarisme immanent, une résilience portée à incandescence, des renversements d’alliances étourdissants.

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« Le câble, c’est ce qu’il y a de mieux. » Alors que le logo d’HBO vient d’apparaître sur leur écran de télévision, les détenus d’Em City semblent scruter et louer leur propre grandeur. Celle d’un récit choral permettant à des dizaines de protagonistes d’évoluer de pair. Celle d’une noirceur érigée en tête chercheuse, allumant autant de querelles claniques que de contre-feux politiques. Quelque part entre les lumineux et troublants apartés d’Augustus Hill et une fraternité dévoyée jusqu’à rompre, au milieu d’une constellation d’invités de marque – LL Cool J, Method Man, Master P… –, Oz passe par pertes et profits tout ce qui fait habituellement société : la solidarité, la cohésion, la compassion, la bienveillance, la volonté, le progrès. Pendant que les spectateurs découvrent des pans entiers du futur casting de The Wire, Tim McManus se bat avec une passion de philatéliste pour le salut de quelques brebis égarées dont la toison épaisse est depuis longtemps convoitée par un système répressif faisandé. Quand le concepteur d’Em City arpente le quartier d’isolement, il n’entrevoit toutefois chez les détenus que démence, détresse et revendications absurdes. Son « imperturbable et inaltérable idéalisme » lui a coûté un mariage et n’est pas à l’abri de la circonspection. Pourtant, il continue de s’imposer en loi d’airain : « Tu sais, on ne peut pas tous les sauver, mais si on n’en sauve même qu’un, eh bien ça me suffit. » Il y a là un point de jonction fascinant entre deux formes d’idéalisme qui seront bientôt mises au service d’Omar White, prisonnier violent, psychologiquement fragile, mais en quête de rédemption : Kareem Saïd et Tim McManus, respectivement mus par la foi en Dieu et en l’homme, cherchent tous deux, malgré les doutes qui les assaillent, à élever leurs semblables et à tirer le meilleur d’eux. Dans les prisons en général, et à Oswald en particulier, cela peut mener à l’oxymore – des photographies de mode dans le couloir de la mort –, à la servitude volontaire – du télémarketing impécunieux à Em City – ou à la mise en abîme – un meurtre involontaire à l’occasion d’une représentation de Macbeth. De toutes, c’est peut-être la leçon la plus importante prodiguée par Oz.

Générique : Oz

Fiche technique : Oz

Titre original : Oz
Genre : Série dramatique
Création : Tom Fontana
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : HBO
Nombre de saisons : 6
Nombre d’épisodes : 56
Durée : 56 minutes
Diffusion originale : 12 juillet 1997 – 23 février 2003

Note des lecteurs1 Note
5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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