Une Bible et un fusil, avec John Wayne et Katharine Hepburn, en DVD

Sorti 6 ans après Cent dollars pour un shérif (True Grit), John Wayne reprend son rôle de Rooster Cogburn et se trouve confronté à Katharine Hepburn dans Une Bible et un fusil, de Stuart Millar, que l’on peut retrouver en DVD chez Sidonis Calysta.

En 1969, Rooster Cogburn a été le personnage principal du western de Henry Hathaway sorti en France sous le titre 100 dollars pour un shérif, d’après le roman de Charles Portis ; 40 ans plus tard sortira le remake True Grit, réalisé par les frères Coen. Mais entre les deux est également sorti un autre film, réalisé par Stuart Millar : Une Bible et un fusil.
Comme dans le film de Hathaway, le shérif borgne est, pour la seconde fois, interprété par John Wayne. Un John Wayne qui n’hésite pas à cabotiner pour dessiner un personnage haut en couleur de vieux célibataire à la gâchette facile et fortement porté sur la boisson.
Un homme qui ne représente plus l’image que la justice veut donner d’elle-même. Voilà pourquoi, dès le début du film, Rooster Cogburn est, purement et simplement, “remercié”. Pour sa défense, le marshal affirme que, sur les 64 personnes sur lesquelles il a tiré ces dernières années, seules 60 en sont mortes… Argument qui, on ne sait pourquoi, n’a pas l’air de convaincre le juge…
C’est pourtant ce même juge (interprété, lui aussi, par un vétéran du cinéma hollywoodien, John McIntire) qui reviendra chercher Cogburn pour lui confier une nouvelle mission. Un convoi militaire a été attaqué et un chargement de nitroglycérine a été dérobé. Le suspect du crime est un certain Hawk qui, avec sa bande, va sans doute se diriger vers une banque.
Sur son chemin, Rooster Cogburn va rencontrer une religieuse, Eula Goodnight, qui avait fondé une communauté évangélique auprès d’une tribu indienne, et dont le père a été assassiné par Hawk. Elle s’impose dans ce trajet la poursuite du criminel.

Une Bible et un fusil est un des très rares films réalisés par Stuart Millar, qui avait plutôt fait ses preuves dans la production (il fut le producteur du Prisonnier d’Alcatraz, de John Frankenheimer, de Que le meilleur l’emporte, de Franklin J. Schaffner, et surtout de Little Big Man, d’Arthur Penn). Il signe ici une réalisation classique, sans véritable génie mais en solide artisan.
Le film tient principalement à l’alternance savamment dosée entre scènes d’action et scènes humoristiques.
En effet, le duo John Wayne/Katharine Hepburn fonctionne à merveille, et constitue l’intérêt majeur du film. Les deux acteurs cabotinent joyeusement, font les “vieilles canailles” et misent tout sur le “duo contrasté mais complémentaire” (un peu comme dans un buddy movie).
Le côté “film d’action” est réussi également. Au lieu de ménager un grand affrontement final, Stuart Millar nous propose plutôt des combats parsemés tout au long du film et qui permettent d’échapper à l’ennui. De surcroît, le “méchant”, Hawk, apparaît toujours plus impitoyable et insupportable au fil du film.
De plus, comme il se doit, le western est tourné dans de superbes décors et le cadre lui-même change régulièrement, évitant ainsi les effets de stagnation.
En bref, Une Bible et un fusil est calibré pour être un très bon divertissement.
En plus, il faut bien dire que les ultimes films de John Wayne ont une saveur particulière. Une Bible et un fusil est l’antépénultième film du Duke : après celui-ci, il ne tournera plus que Brannigan et Le Dernier des géants. Or, ces derniers films (c’est le cas aussi du film précédent, Un silencieux au bout du canon) insistent beaucoup sur l’image du vieil homme incompatible avec le nouveau monde. Avec sa capacité à tirer avant de poser des questions et son attirance immodérée pour l’alcool, Rooster Cogburn est un homme de l’ancien monde, un de ces personnages que le nouveau monde ne veut plus voir (mais dont il a encore besoin, quoi qu’il en dise).

Le DVD
Le film est présenté dans une belle copie, qui sait rendre hommage aux superbes décors naturels de l’Oregon où le film a été tourné.
Côté compléments, nous avons d’abord une présentation du film par Jean-François Giré, que les amateurs des “westerns de légendes” chez Sidonis Calysta connaissent parfaitement. Clair, concis et instructif, il nous présente la carrière de Stuart Millar, il nous précise que Une Bible et un fusil n’est pas à proprement parler une suite de 100 dollars pour un shérif mais simplement une autre aventure avec le même personnage. Enfin, Jean-François Giré fait l’apologie du titre français et le resitue dans le contexte social états-unien.
Mais le complément qui nous a le plus ému est, sans conteste, la rarissime interview donnée par Katharine Hepburn à Clive James pour la BBC en 1985. Rarissime parce que l’actrice, très discrète sur sa vie privée, parle ici de sa famille, de sa carrière, de sa vie (tout en restant toujours pudique). Un très beau moment de télévision.

Caractéristiques du DVD
Version Française
Version Originale
Sous-titres Français
Couleurs
Format 16/9 2.39
Durée du film : 103 minutes

Compléments de programme
Présentation du film par Jean-François Giré (15 minutes)
Clive James rencontre Katharine Hepburn (49 minutes).

Une Bible et un fusil : bande annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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