Si le Casino de Martin Scorsese pistait l’argent sale comme un fléau qui consumait l’humanité, King Ivory se sert d’un nouvel opiacé de synthèse comme d’un liant pour connecter ses personnages. John Swab l’a pensé comme un film choral, où les trajectoires d’un jeune migrant mexicain et de son passeur, d’un flic des stups et son fils toxicomane, de mafieux irlandais sont amenés à se croiser, et ce, toujours par l’intermédiaire de la drogue. Tulsa et sa périphérie deviennent ainsi le théâtre d’une guerre sans merci pour endiguer de nouvelles crises des opiacés.
Synopsis : D’une puissance cent fois supérieure à celle de l’héroïne et quasiment indétectable, le Fentanyl, surnommé « King Ivory », a inondé le marché américain, déclenchant un raz-de-marée d’overdoses, de crimes et de dépendances. Le policier antidrogue de Tulsa, Layne West, épaulé par son partenaire Ty et l’agent du FBI Beatty, a pour mission de trouver les responsables, alors que son fils Jack devient accro à cette drogue.
Les États-Unis peinent toujours à résoudre la crise des opiacés. Le documentaire de Nan Goldin, Toute la beauté et le sang versé, nous rappelle cet épisode dramatique, mais John Swab choisit une approche plus testostéronée au détour des guerres de gangs. Une manière pour le cinéaste originaire de Tulsa de conjurer le mauvais sort que lui a causé le fentanyl durant sa toxicomanie. Apache, Murder 8, Poison, TNT ou encore King Ivory, la substance illicite possède toutes sortes d’appellations à rendre nostalgiques les accros d’héroïne. La nouvelle drogue de synthèse s’infiltre partout, jusque dans le domicile d’un officier de la brigade des stupéfiants, Layne West (James Badge Dale), qui ne peut qu’observer la lente descente aux enfers de son fils Jack (Jasper Jones). Layne est intègre et excelle aussi bien sur le terrain de jeu des narcotrafiquants que comme un père de famille idéal. Il est le bras armé de la justice, mais peut-il vraiment changer la donne ?
Un cauchemar sans nom
Plus loin au sud, Ramón Garza (Michael Mando) s’enrichit en sa qualité de passeur pour ses compatriotes mexicains. Dans une séquence d’ouverture assez didactique, on nous fait comprendre qu’il y a une raison familiale derrière ce business obscur. Il en va de même aux parents du jeune Lago (David De La Barcena), qui rêve d’écouter du rock ‘n’ roll pendant des études universitaires qui le mèneront au fameux « rêve américain ». Un rêve qui en restera un pour lui et ses parents qui ont sacrifié tout ce qu’il possédait, même leur enfant unique. Rapidement enrôlé dans les combines des cartels locaux, Lago devient, malgré lui, le premier domino à entraîner la chute des autres.
Pourtant, il est loin d’être à l’origine de la tragédie commune qui frappe autant les justes que les injustes. C’est ce que souligne Holt (Graham Greene), chef d’un cartel qui continue de diriger son business depuis un pénitencier qui lui sert de refuge contre ses ennemis. Il missionne alors un Irlandais (Ben Foster), ayant un larynx artificiel, pour élargir son territoire de vente dès sa sortie de prison. Peut-être est-ce enfin là l’origine du mal. Mais ce mal, déjà sous les verrous, peut encore mordre à pleines dents s’il le souhaite. Swab utilise une narration fragmentée de son histoire pour brouiller les pistes, où l’on ne sait plus qui traquer. C’est un peu le dilemme que rencontre Layne, dont l’intégrité et la détermination ne suffisent pas à prévenir les drames qui touchent ses proches.
King Ivory possède des similitudes avec The Strangers’ Case, un film sur l’immigration que l’on a découvert à Deauville, et rencontre le même défaut quant à sa narration choral. Les segments sont traités de manière inégale, si bien que certains d’entre eux se révèlent sous-développés, voire superficiels. De même, la tension s’atténue dans le montage, passé une première demi-heure introductive ludique et généreuse en adrénaline. La plus grande force de John Swab demeure dans ses manœuvres un peu plus martiales, les fusillades, en gardant les séquences clés de Sicario dans le rétroviseur. Outre cela, l’écriture des personnages manque de finesse, et certaines grosses ficelles de l’intrigue peuvent gâcher quelques rebondissements. King Ivory reste cependant bien emballé et divertissant pour terminer son discours de rédemption dans un dénouement nuancé et peu optimiste, qui annonce à la fois le déclin des opioïdes et de la nouvelle génération de consommateurs.
Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.
King Ivory – Fiche technique
Réalisation et Scénario : John Swab Interprètes : James Badge Dale, Ben Foster, Michael Mando, Rory Cochrane, Ritchie Coster, George Carroll, Graham Greene, Melissa Leo Photographie : Will Stone Montage: Andrew Aaronson Producteurs : Jeremy M. Rosen Société de production : Roxwell Films Pays de production : États-Unis Distribution internationale : Universal Pictures Durée : 2h10 Genre : Policier, Drame, Thriller
Premier long-métrage, premier coup d’éclat pour Lawrence Valin, qui nous immerge dans un polar au cœur d’une communauté tamoule qui vit en résonance avec une guerre civile qui ravage leur Sri Lanka natal. À la fois réalisateur et interprète principal, Valin raconte tout cela dans Little Jaffna, à travers son personnage de policier infiltré qui interroge son identité et son appartenance culturelle. Une brillante entrée en matière qui bouscule, stimule et inaugure la compétition de Reims Polar 2025.
Peu exploitée au cinéma, la culture et l’histoire sri-lankaise ont longtemps végété dans les souvenirs d’un peuple endeuillé avant que Jacques Audiard s’en empare avec Dheepan. Au tour de Lawrence Valin, qui a grandi entre la culture française et ses racines tamoules, d’enrichir cette représentation, sans négliger des envies de cinéma qu’il emprunte notamment à Martin Scorsese dans son approche du film de gangster. Son court-métrage Little Jaffna (2017), produit par La Fémis, portait déjà les ambitions d’un jeune acteur, ainsi que d’un apprenti cinéaste. « Le jeu m’a toujours guidé dans le fait de réaliser et d’écrire », déclare Valin au micro de la Fondation Gan, dont il a été un des lauréats en 2023. Il étoffe ainsi tous les sujets qui lui tiennent à cœur dans une version étendue remplie de tendresse à l’égard de tous ses personnages.
Mon pays, ma guerre
Michael Beaulieu, un nom qui interroge dès les premières secondes, où Lawrence Valin incarne un personnage rempli de doutes. Une voix mystérieuse l’interpelle constamment sur ses origines, sa nationalité, son allégeance et sa loyauté. Le jeune policier effectivement confronté à un choix cornélien lors de son infiltration au sein d’un groupe criminel connu pour extorsion et blanchiment d’argent au profit des rebelles séparatistes au Sri Lanka, les Tigres Noires. Peut-il seulement choisir entre son héritage culturel et sa quête de reconnaissance pour son pays d’accueil ? Son dilemme se lit à même son visage, marqué par deux pigmentations distinctes qui font partie de tout un panel d’éléments sur la dualité. Le spectateur a tout le loisir de les identifier le long d’un parcours jonché d’obstacles, mais aussi d’amour.
La foudre frappe deux fois avec Puvi (Puviraj Raveendran), un grand voyou qui cogne avant de discuter. Mais lorsqu’il s’agit d’une affaire sentimentale, il réécrit sa propre version de West Side Story dans les quartiers de Little Jaffna à Paris, près de Porte de la Chapelle. Sa romance ne faisant pas l’unanimité autour de sa bien-aimée. L’amour d’Aya (Vela Ramamoorthy), leader de l’organisation mafieuse et patriarche des enfants perdus qui compose sa fratrie solidaire, témoigne également de son humanité. Une scène d’anniversaire en atteste, laissant joie et bonne humeur brouiller les frontières morales du héros. Et enfin, nous avons l’amour silencieux d’une grand-mère (Radha Radikaa Sarathkumar), qui cultive autant de prières que possible pour que son petit-fils Michael rentre en bonne santé. Valin met un point d’honneur à filmer chacun de ces nouveaux visages afin d’illustrer toute la beauté qui découle d’une culture faite de chants, de danses et de partage.
Ce n’est pas pour autant une raison qu’on éclipse la dureté d’un polar urbain qui n’hésite pas à donner des coups et à les rendre avec la bonne intensité. Que ce soit une scène de torture sur un toit, une course-poursuite dans la rue ou encore une immersion dans un réseau souterrain, le cinéaste ne tombe pas dans la surenchère de styles et déjoue même quelques attentes dans le choix des musiques. Nous découvrons ainsi l’évolution de Michael, en décalage avec sa culture d’origine, notamment lors des repas. Il se place en opposition à Aya, un tigre noir échoué sur la ville lumière, qui garde précieusement sa capsule de cyanure autour du cou, comme pour lui rappeler son devoir envers les siens, trop nombreux pour tous les citer. C’est ici qu’on peut sentir quelques battements dans la narration, un déséquilibre qui est notamment dû au casting conséquent. Quand bien même, toute l’intrigue est perçue à travers le regard observateur de Michael, ne s’agit-il pas d’une œuvre qui le met sur un pied d’égalité avec l’ensemble des acteurs secondaires qui l’accompagne ?
Ambivalent jusqu’à la dernière image, Little Jaffna nous ouvre les portes d’une communauté qui répond à ses propres besoins par la violence, le business illégal et la religion. Unificatrice, la fête du dieu Ganesh ouvre et ferme le récit avec un sentiment de bienveillance. Lawrence Valin s’en sert pour achever le parcours de tous ses personnages, une fois pour toute émancipés des figures patriarcales qui les guident ou qui les hantent au quotidien. En somme, une œuvre habile et solaire dans ses choix créatifs. À découvrir !
Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.
Little Jaffna – Fiche technique
Réalisation : Lawrence Valin Scénario : Lawrence Valin, Marlène Poste, Malysone Bovorasmy, Gaëlle Mace, Arthur Beaupère & Yacine Badday Interprètes : Lawrence Valin, Vela Ramamoorthy, Radha Radikaa Sarathkumar, Puviraj Raveendran, Marilou Aussilloux Photographie : Maxence Lemonnier Son : Thomas Van Pottelberge Montage : Anaïs Manuelli, Guerric Catala Musique : Maxence Dussere Producteurs : Simon Bleuzé, Marc Bordure Sociétés de production : Ex Nihilo, Mean Streets, Agat Films Coproduction : Zinc, France 2 Cinéma Pays de production : France Distribution France : Zinc. Durée : 1h40 Genre : Action, Policier, Drame Date de sortie : 30 avril 2025
Les enfants sont à la fois un symbole d’origine et d’avenir. Ils portent en eux l’espoir qu’on leur transmet. On en compte des milliers dans Zion, qui brosse le portrait de citoyens guadeloupéens en crise d’identité. Le premier long-métrage de Nelson Foix confronte ainsi un jeune délinquant à des responsabilités qui le dépassent. Entre le drame intime, voire mystique, et le thriller mafieux, ce joyau venu des Antilles prouve avec audace des envies de cinéma qui font vibrer nos sens.
Synopsis :En Guadeloupe, Chris partage son temps entre deals, aventures sans lendemain et rodéos en moto. Repéré par Odell, le caïd du quartier voisin, Chris se voit confier une livraison à risque. Malgré la mise en garde de son meilleur ami, il accepte la mission. Mais le jour de la livraison, il découvre qu’un bébé a été déposé devant sa porte. Commence alors pour lui, une course infernale qui le mènera à un choix crucial…
Guadeloupe, point de chute touristique idéal sur les cartes postales, mais la réalité est tout autre dans les yeux de Nelson Foix. Pas question de détourner le regard (Dans la peau de Blanche Houellebecq) et de privilégier les villages de vacances (All Inclusive). Foix reste plutôt dans la continuité des films de Jean-Claude Barny (Nèg Maron, Le Gang des Antillais), qui sont notamment inspirés de La Haine en soulevant les problèmes de la jeunesse antillaise désœuvrée. Direction Pointe-à-Pitre, une immense cité portuaire rappelant les favelas de La Cité de Dieu. La délinquance y prolifère plus rapidement que la bienveillance ou l’entraide entre citoyens. Le cinéaste filme une cité guadeloupéenne de façon à y intégrer un ton quasi mystique, christique et limite post-apocalyptique. Et ce fut en partie le cas dans son court-métrage Timoun Aw (« Ton gamin » en créole guadeloupéen), point de départ qui a mené à sa version étendue. Et quelle bonne surprise !
Les lois de la rue
Chris mène une vie à cent à l’heure au crochet de sa motocross, ses petits deals et ses relations éphémères. Tout le prédestine à briller dans le banditisme, mais il a su garder ses distances avec ce milieu impitoyable. Livré à lui-même, sans tenir compte des précieux conseils de son ami ou de sa famille, il finit par prendre sa place dans un cycle de violence, où il devient une victime. Avec Zion, Nelson Foix n’y développe pas l’habituel dilemme moral structuré d’une ascension suivie d’une chute, maintes fois recyclé à tort et à travers dans les films de gangsters. Il y apporte de la nuance en bousculant fortement son héros candide lorsqu’il doit jumeler son rôle de « mule » à la garde d’un bébé. Déposé devant chez lui dans un cabas, la veille de sa première mission, l’enfant apparaît presque comme une malédiction qui lui retombe dessus. Il s’agit pourtant du contraire, car son sort semble indissociable de celui de Chris, dont le nom ne diffère que d’une lettre pour symboliser la foi qu’il a perdue dans son enfance. Ce dernier donc n’hésite pas une seconde à s’improviser comme un père de substitution.
Porté par Sloan Decombes, convaincant, qui reprend son rôle avec beaucoup d’assurance, le film nous offre des séquences de motos et des courses-poursuites proches des sensations du Rodéo, de Lola Quivoron. Il est nécessaire de ressentir chaque coup de volant qui pousse Chris à rebrousser chemin, malheureusement un peu trop tard pour que son abandon soit sans conséquences. La seconde partie dépeint une chasse à l’homme infernale, où Cédric Valier ‘Zebrist’ et le célèbre rappeur guadeloupéen Don Snoop se partagent le rôle de prédateurs. Le prétexte semble idéal pour que les imagesdeFoix nous racontent de quoi sont faits le quotidien et la culture guadeloupéenne. De jour, comme de nuit, la photographie de Martin Laugery sublime le décor à ciel ouvert du ghetto de Pointe-à-Pitre. La musique de Brice Davoli vient ensuite enrober le tout avec panache et justesse. Le cinéaste n’a plus qu’à braquer sa caméra sur les protagonistes qui cavalent dans les ruelles qui servent de labyrinthe et qui représentent parfaitement la trajectoire aléatoire de Chris. Le dernier acte en témoigne, et toujours avec l’idée de préserver la jeunesse de la cruauté d’un monde qui ne demande qu’à être reconstruit sur ses cendres.
À la narration, qui alterne des moments de réflexion universelle avec des séquences explosives, s’ajoute une couche religieuse relative à l’apparition du bébé. Ce qui est grossièrement surligné par un homme errant, surnommé « Le Prophète ». Si ce personnage manque de subtilité, c’est justement pour étendre un voile mystique autour du récit, essentiellement ancré dans la réalité. C’est ce décalage, accentué par le carnaval qui se prépare en ville, qui enrichit la lecture du film, jusqu’à atteindre le refuge tant convoité par Chris. Un refuge bâti d’amour et composé de celles et ceux qu’il chérit. Car en effet, Zion est également une histoire de réconciliation intergénérationnelle, révélatrice des fractures sociales d’une Guadeloupe divisée entre tradition et révolution. En complément du récent Magma, ce département d’outre-mer continue de se redéfinir à travers un cinéma qui cherche à capturer les valeurs de ce petit monde en ébullition. Malgré les crises sous-jacentes qu’endurent les habitants de l’île papillon, un sentiment d’unité et de transmission persiste et fait chaud au cœur. C’est sur cette note optimiste que Chris achève son baptême de la rue, où il est courant d’y passer son examen avant d’apprendre ses leçons. Un immanquable de la compétition Sang Neuf !
Zion – Bande-annonce
Zion – Fiche technique
Réalisation et Scénario : Nelson Foix En collaboration avec : Nicolas Peufaillit, Perrine Margaine Interprètes : Sloan Decombes, Zebrist, Axelle Delisle, Don Snoop Image : Martin Laugery Décors : Arnaud Putman Costumes : Naïke Lafleur Montage : Clémence Samson Son : Arnaud Levaleix Musique : Brice Davoli Casting : Dez Epane Prodcuteurs : Slievan Harkin et Laurence Lascary Production : Kissfilms, De l’Autre Côté du Périph’ Pays de production : Guadeloupe, France Distribution France : The Jokers Films Durée : 1h40 Genre : Action, Thriller, Drame Date de sortie : 9 avril 2025
Avec « Tardes de soledad », Albert Serra propose une approche intime de la corrida. Sans prendre parti. Et en osant la répétition immuable de séquences. Lassant ou envoûtant ?
Présentation des duellistes
Le plan d’ouverture est magnétique. Un taureau noir, dans le noir de la nuit noire. Son souffle. Son immobilité. Sa puissance contenue. Dans un deuxième cadrage il fait face à la caméra, la fixant d’un regard dur. Raccord avec le regard de Roca de face dans le véhicule qui le conduit à l’arène. D’emblée, voilà un geste de mise en scène.
Après avoir sélectionné deux toréadors, le réalisateur a finalement retenu l’unique Andrès Roca Rey tant celui-ci l’a impressionné. Le jeune homme, originaire du Pérou, est une star de la discipline, réputé pour son goût du risque. On va le suivre dans trois représentations, successivement à Madrid, Bilbao et Séville. Saluons le parti pris, signe d’une conscience artistique : Albert Serra a choisi de ne montrer que la corrida et les trajets d’une arène à l’autre. On ne saura rien de la vie privée de Roca, qu’on devine d’ailleurs pauvre tant l’homme est obnubilé par sa passion.
Un héros solitaire et fragile
La solitude qu’évoque le titre, c’est celle du taureau certes, mais aussi celle de Roca, qui semble sans cesse coupé de son entourage, assez peu sensible à la pluie d’éloges qui déferle sur lui. À plusieurs reprises, il demande, symboliquement, qu’on éteigne la lumière du plafonnier qui le douche. « Ce n’est pas possible », lui répond-on invariablement. Impossible de quitter la lumière. Alors que ça cause derrière et autour de lui, Roca médite sur ce qu’il vient de vivre. « J’ai eu de la chance », répète-t-il plusieurs fois. Ou : « pourquoi le taureau m’a-t-il épargné ? »… Il y a chez Roca un doute, une quête de sens qui tranche avec la mâle assurance de son entourage.
Ce cercle rapproché, qu’on nomme cuadrilla, commente ses derniers exploits, flatte tant et plus le toréador qui en a « vraiment de grosses », lui qui a réglé son sort à ce « fils de p… de taureau ». Machisme bien lourd constitutif de la discipline. On ne verra d’ailleurs quasi aucune femme durant les deux heures du long-métrage. Dans la culture machiste, les femmes respectables se réduisent à la pucelle et à la mère, comme l’a bien montré Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe. Si celle-ci peut cumuler, c’est encore mieux : d’où l’omniprésence de la figure de la Sainte-Vierge dans le documentaire. Quant au sang, celui du taureau, il est impur comme celui des règles féminines : il peut « contaminer ».
La culture viriliste se concentre sur les gonades : le staff de Roca affirme qu’il a les plus belles cojones du pays. Aussi grosses que celles du taureau ? Car le taureau est un symbole de puissance sexuelle : à lui seul, il insémine tout un troupeau de vaches. Un taureau pour x vaches, comme ici un toréador pour x taureaux. Comme le considéraient les rites anciens, le vaincre c’est s’emparer de sa force virile. La cuadrilla ne cesse de stimuler la fibre machiste de Roca : on va « humilier » Madrid, dans le public, ils vont tous vouloir « le sucer ». Quant à l’épée qui viendra achever le taureau, elle a tout du pénis qui entre par effraction dans la chair. La culture du viol n’est pas loin. Les féministes se réjouiront autant que les spécistes – sans parler des cumulard-e-s…
Pourtant, pour un surhomme notre toréador semble bien fragile. La caméra s’attarde sur ses fins mollets (son talon d’Achille ?) et, lorsqu’il revêt sa tenue d’apparat incluant un long collant moulant, on pourrait presque croire à un drag queen au moment d’entrer en scène. À moins qu’il ne s’agisse de la tenue d’un super-héros ? Lorsque celui-ci est touché dans son intégrité physique, c’est l’affolement : le dieu risque de chuter, et avec lui toute la culture patriarcale. D’où l’inquiétude qui se manifeste à l’égard d’une blessure à la cuisse.
La solitude des hommes de pouvoir (Roca en est un à sa façon) et de représentation (Roca en est un plus encore) est l’un des thèmes favori d’Albert Serra : Pacifiction et La mort de Louis XIV traitaient déjà du sujet. Il y a là un paradoxe – puisque ceux-ci sont toujours très entourés et courtisés – assez fécond à explorer.
Un témoignage intime
Comme le dit le cinéaste, la corrida vit son « crépuscule », étant de plus en plus interdite, même en Espagne ou au Mexique : il y a donc de sa part la volonté de témoigner de ce qu’il considère être le « dernier rite occidental ». La motivation de Serra rappelle celle de Valérie Massadian pour son magnifique Nana : la réalisatrice montrait en ouverture l’égorgement d’un cochon dans une ferme. La scène était réelle, comme ici, ce qui a amené Serra à affirmer qu’on n’aura jamais vu autant de vrai sang au cinéma… Âmes sensibles s’abstenir, donc.
Si l’on est de ceux qui pensent que l’art n’est pas là pour apporter des réponses mais pour poser des questions, on adhèrera probablement à la démarche d’Albert Serra. Le sujet est polémique, inflammable même. Le film de Serra n’est ni pro ni anti corrida. Il la donne à voir « comme cela n’a jamais été fait » : ce qu’il montre, c’est précisément ce que ne voient pas les aficionados, beaucoup trop loin. Car Serra, c’est l’originalité de son film, a choisi de filmer au plus près l’homme et la bête. Le combat, dans toute son intimité. Plusieurs micros disposés sur le corps du toréador créent un effet immersif assez puissant.
La corrida, une lutte inégale
Première séquence de corrida à Madrid. Longue, très longue. Mais pas trop longue : ce qui se déroule sous nos yeux est fascinant. La progression du spectacle respecte d’immuables étapes. On interpelle le taureau de toute part pour le troubler. Des picadores à cheval commencent à affaiblir l’animal, alternant avec quelques passes du toréador. Le banderillero prend alors le relais : il semble s’envoler au moment où il plante ses harpons sur le corps du taureau. Si l’on en doutait, la cruauté, l’abjection, la violence, peuvent être esthétiques.
L’adversaire est suffisamment affaibli pour que Roca puisse l’approcher de très près. Détail terrible, plus encore que le sang s’écoulant de ses flancs : cette langue qui sort de sa bouche, exprimant toute la souffrance de l’animal. Commence alors une suite de passes ponctuées des mêmes interpellations : « ola toro !… ah ah ah ! », qui finissent par envoûter. Chose étrange, la bête ne charge que lorsqu’on le lui ordonne : à maintes reprises, on voit Roca parader tout près de lui, lui tournant le dos, et l’on se dit que le taureau pourrait bien l’attaquer. Non, il ne bouge qu’à la demande, et à chaque fois le toréador esquive. On finit par se dire que les dés sont pipés, le taureau un simple jouet qu’on actionne d’un bouton. L’argument brandi par les pro-corrida, celui qui veut que l’animal est élevé à la dignité de son adversaire humain dans l’affrontement, en prend un sacré coup. La corrida, affaire de postures, serait-elle une imposture ?
Pire : le parti pris de Serra, filmer de très près et presque à hauteur du sol, empêche de ressentir le danger. On le mesure bien mieux dans l’unique scène où Roca est capté de loin, qui permet de saisir les mouvements. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Roca est ressorti, paraît-il, déçu de la projection : le film ne rend pas justice à son héroïsme.
Pour que la conscience du danger revienne, il faut que Roca devienne la victime. Le spectateur se surprend à attendre cela, pulsion morbide générée par la répétition presque mécanique des passes. C’est ce qui va se produire deux fois : à Madrid, Roca est foulé au sol, pour la première fois c’est le taureau qui le regarde de haut ; la seconde fois, à Bilbao, il est cloué contre une barrière, les deux regards sont au même niveau. Cette question du regard est cruciale : pour l’exprimer, Serra part des pieds de Roca et remonte lentement son corps vers le haut ; peu après, il ne montre que les sabots du taureau. La hauteur est l’apanage de l’humain.
Son staff accourt pour le secourir. La fin est invariable : le toréador, dans un moment de tension qu’exprime parfaitement le très grimaçant Roca (voir photo), plante la muleta à un endroit précis, fatal pour l’animal qui rapidement s’effondre, avant d’être traîné comme une carcasse par des chevaux. Le tout sous les clameurs du public.
Celui-ci n’est pas le sujet du film : Serra aurait pu, classiquement, filmer la réaction des spectateurs, il ne le fait que très peu. La foule salue des célèbres olé les belles passes, siffle quand il désapprouve, applaudit quand la bête meurt, mais elle reste pour l’essentiel hors champ. Seul le corps à corps homme-animal intéresse le cinéaste.
Un film envoûtant ou ennuyeux ?
Cette longue et intense séquence va être répétée trois fois. Serra a beau varier les angles de vue, les événements (un cheval tombe à terre, un taureau est montré gambadant dans l’arène avant d’être affaibli, Roca réagit au spectacle donné par un collègue, il brandit les fameuses oreilles du taureau comme un scalp…), on finit par se lasser. Même de la mort du taureau ? Chacun répondra. Ces pattes en l’air, cette langue pendante, cet œil qui vire risquent de remuer pas mal le spectateur. Qui, peut-être, trouvera assez dérisoire le petit jeu auquel vient de se livrer ce fanfaron de Roca au regard de l’agonie tragique du taureau.
La limite du film – son caractère répétitif – est aussi sa force : c’est elle qui provoque le questionnement du spectateur. Splendide ou pathétique, cet accoutrement qu’on voit Roca revêtir comme une reine aidée par sa suivante ? Car il y a quelque chose de royal dans le statut du jeune homme : on a déjà évoqué sa cour, le siège dans la voiture aux allures de trône, on notera aussi cette scène au Ritz, noyée d’or, où Roca et son assistant attendent l’ascenseur. Touchants ou ridicules, les signes de croix et les petits baisers donnés par Roca à son pendentif ou à une image de la Vierge posée sur sa table de chevet ? La religion, avec le machisme, est la deuxième mamelle de la corrida. Fascinantes ou bouffonnes, les mimiques outrées de Roca ? Une chose est sûre : elles restent en mémoire.
On ne dira jamais assez la force de la répétition. Même si celle-ci peut aussi, comme ici, provoquer l’ennui. Tardes de soledad, ce n’est pas Jeanne Dielman, le joyau de Chantal Akerman, mais il y a à l’œuvre une puissance commune, un pari sur les effets de l’insistance.
Une éthique laissée hors champ
Les questions éthiques ne manqueront pas pour autant d’émerger. D’un côté, on dira que la corrida, pour cruelle qu’elle soit, l’est moins que l’élevage industriel qui traite les animaux exactement comme des objets – au moins l’animal, ici, est-il considéré comme un être vivant… fût-ce en le traitant de « fils de p… » ! De l’autre, on objectera que l’élevage, au moins, c’est pour se nourrir, pas pour le seul plaisir de voir mourir une bête.
Vaste débat, où chacun placera son curseur. Quant au film d’Albert Serra, il témoigne d’une authentique démarche d’auteur : ne pas argumenter, ne pas même expliquer (pas sûr que les « anti » ressortent en ayant mieux compris les motivations des adeptes de la corrida), simplement placer la sensibilité du spectateur face à un rite en passe de disparaître. La mélancolique Valse triste de Jean Sibelius clôt le film. Triste ? Mais pour qui ? Pour la cohorte de taureaux qu’on vient de voir exécutés ou pour la corrida qui vit son crépuscule ? Telle est la question, celle qu’Albert Serra n’a, à raison, pas posée, laissant à chaque spectateur le soin de le faire pour soi-même.
De retour de son école militaire, Cassandre a 15 ans et vient passer l’été dans la demeure bourgeoise de ses parents. Tout dérange dans cette atmosphère et Cassandre semble s’en accommoder jusqu’à ce qu’elle se retrouve confrontée à une autre réalité et ouvre les yeux sur son statut de victime pour mieux le renverser, voire le transcender. Un conte tragique et initiatique inspiré de l’histoire personnelle de la réalisatrice, Hélène Merlin.
A la manière de Constantin Alexandrakis avec son livre Hospitalité au démon, à l’origine du projet de Cassandre, il y a les images qui obsèdent Hélène Merlin et la reproduction d’un schéma de violence qu’elle veut briser. Elle nous plonge donc dans l’esprit de Cassandre (celle qui a refusé les avances d’Apollon dans la mythologie), une « héroïne sans voix » et Hélène Merlin décide que : « puisque sa voix n’a pas été entendue, il faut entrer dans sa tête afin de voir ce qu’elle a vu » (voir Elles dormaient sous le sable, Floriane Joseph, 2024). Nous voyons donc à travers les yeux de Cassandre et sa voix off nous entraîne au cœur de son histoire. Le procédé peut paraître artificiel, mais Cassandre est un conte tragique autour d’une histoire vécue.
L’ogre, c’est le père, impeccable Eric Ruf aussi autoritaire qu’empêtré dans son rôle. Il faut attendre que le patriarche rompt le pain avant de commencer à manger. La mère (Zabou Breitman pimpante, inquiétante, touchante), participe à cette toute-puissance du père, elle qui fût autrefois féministe et lectrice d’Hara-Kiri, elle singe une existence, tout en couvant son fils comme une mère maquerelle. Et puis, il y a le frère, Philippe, dont le père exploite la moindre trace de virilité pour mieux l’écraser, et qui se réfugie dans les jupons de sa mère. Philippe adore sa petite sœur, d’ailleurs quand le film commence, elle le rejoint et il lui offre un rap de sa composition pour glorifier son retour. Plus tard, ce sera une cassette audio contenant une compilation. Cassandre l’interrompt, on va bientôt passer à table. Pour compléter ce tableau de famille, il y a les deux grandes sœurs absentes du foyer depuis leur émancipation à 18 ans, et que la mère a découpées… des photos familiales.
Cassandre semble ne pas vraiment maîtriser son corps dans ces premières images : sa mère l’épile à la cire au milieu du salon, fait des commentaires sur ses sous-vêtements, tout le monde se balade vaguement à poils. Le frère évoque sa sexualité soi-disant débridée aux États-Unis, mais qu’on sent inventée, sans aucun complexe. Tout le génie de Cassandre sera de la faire reprendre le pouvoir sur ces micro-agressions quotidiennes. Le glissement va se faire progressivement, d’abord par des instants où Cassandre, dissociée, sidérée, semble sortir de son corps et vouloir cogner, s’échapper. On est dans le fantasme de la rébellion, dans ce que le corps et l’esprit vivent juste après l’agression physique (on parle ici d’inceste), puis peu à peu, Cassandre va décider, mettre en scène pour contre-attaquer ou du moins choisir où et quand elle sera possédée. Cette mise en scène de soi comme victime qui choisit dérange, bouscule et elle est voulue par la réalisatrice, comme une possibilité d’échapper au statut de marionnette éternelle d’agressions incestueuses. On voit d’ailleurs la jeune ado devenue adulte (interprétée par Agathe Rousselle) jouer sans paroles un spectacle avec une marionnette comme un double de celle qu’elle était et qu’elle veut réparer. Au présent, Cassandre sait que l’agression arrivera, elle veut choisir quand et comment. Elle ne pense pas encore à partir.
Pour opérer ce glissement, la réalisatrice fait sortir Cassandre de l’enfer familial. À la faveur d’un élément déclencheur, Cassandre prend des cours d’équitation dans un petit centre équestre. Elle y rencontre des aidants, des personnages qui ne « crient jamais », c’est ce que la petite Maëlle dit à propos de son père Fred, le moniteur des lieux. Cassandre y rencontre surtout Laetitia qu’elle invite dans le manoir familial et très vite, sans que Laetitia ait besoin de beaucoup parler, l’indécence de ce que Cassandre vit va lui sauter aux yeux.
Cassandre est un film d’été mais sa cruauté et son décalage permanent, comme un déni de réalité qui explose, en font un drame à part entière. Pourtant, l’incongruité des situations crée également l’humour du projet avec des dialogues ciselés, improbables mais pourtant vrais. Tout est ici affaire de contrastes, de mots et de corps. Surtout, tous les objets, les sons, les lumières, participent à comprendre l’univers mental de Cassandre. Ce conte parfois simpliste (l’enfer au manoir, le paradis au centre équestre) porté par l’énergie bravache de Billie Blain (déjà aperçue dans Le règne animal) cache en vérité un grand secret, celui d’agressions perpétrées sur plusieurs années, de générations sacrifiées. Soudain, le vent Cassandre se lève et elle va tenter de vivre.
Cassandre : Bande annonce
Cassandre : Fiche technique
Synopsis : Été 1998. Campagne. Cassandre a 14 ans. Dans le petit manoir familial, ses parents et son frère aîné remarquent que son corps a changé. Heureusement, Cassandre est passionnée de cheval et intègre pour les vacances, un petit centre équestre où elle se fait adopter comme un animal étrange. Elle y découvre une autre normalité qui l’extrait petit-à-petit d’un corps familial qui l’engloutit…
Réalisation : Hélène Merlin
Scénario : Hélène Merlin, Anne-Claire Jaulin, Clara Bourreau
Casting : Billie Blain, Florian Lesieur, Laïka Blanc-Francard, Zabou Breitman, Eric Ruf, Guillaume Gouix, Shanna Keil
Photographie: David Cailley
Montage : Nassim Gordji Tehrani
Distributeur : Zinc Film
Production : Une Fille Productions, Zinc Film, France 2 Cinéma, Daylight Films
Durée : 1h43
Genre : Drame
Date de sortie : 2 avril 2025
On couronnait les souverains de France dans la précieuse cathédrale Notre-Dame de Reims, mais à l’Opéraims, ce sont les meilleurs films noirs que l’on célèbre. Depuis cinq ans d’existence, après être passé par Beaune et Cognac, le festival international du film policier continue d’attirer les amateurs de polar. Rencontres avec les équipes, hommages aux talents du cinéma et masterclasses gravitent également autour des nombreux films présentés en compétition et en avant-première. Rendez-vous du 1er au 6 avril pour les découvrir !
Nous avons quitté la précédente édition de Reims Polar avec un cocktail de terreur et de jubilation avec le magnifique Steppenwolf d’Adilkhan Yerzhanov, notre coup de cœur incontesté. Borgo et Only the river flows dominaient également la compétition, dont le jury n’arrivait pas à les départager. Mais, à la fin, il ne pouvait en rester qu’un. Et si Highway 65 manque de marquer les esprits, le film israélien réalisé par Maya Dreifuss reste séduisant dans ses portraits de femmes qui évoluent dans un milieu masculin.
Le cinquième événement
Qui donc succèdera au palmarès ? Quelles nouvelles surprises nous attendent dans cette 5e édition ? La sélection Sang Neuf ajoute encore plus de saveur à l’investigation cinéphilique qui se profile, en nous emmenant jusqu’en Guadeloupe, en passant par l’Autriche, l’Irlande et la Turquie notamment. Une rétrospective des œuvres de Claude Chabrol récidive également pour notre plaisir, doublée du traditionnel prix qui porte son nom. C’est Le Royaume, de Julien Colonna, qui succède aux Algues Vertes de Pierre Jolivet. Puis, l’hommage aux œuvres de Kiyoshi Kurosawa se conclut avec son dernier cru, Cloud, présenté en séance de minuit à la Mostra de Venise 2024. Autant dire qu’il y en a pour tous les goûts dans cette riche sélection internationale et prometteuse.
Et cette année, le festival propose un nouvel espace, en accès libre, afin de renforcer son esprit convivial et de favoriser les rencontres. Réglez-vous à l’heure anglaise pour les Odette Tea Times qui permettront de rencontrer le jury police, l’équipe de Reims Polar, le président du jury de la critique Philippe Rouyer… Tous les jours de 16h à 18h, le public pourra participer à des ateliers maquillage effets spéciaux offerts par Make Up Forever Academy.
Jurys dans le viseur
En ce qui concerne le jury, Bruno Podalydès (frère aîné de Denis) s’entoure d’Anne Le Ny, de Hugues Pagan, de Caroline Proust, d’Alice Taglioni, d’Arnaud Valois et de Jonathan Zaccaï pour porter un regard éclairé sur la compétition. Sans opter pour la voix de l’éloquence, comme ses précédents intervenants, le président du jury a concocté trois petits tours de magie sur scène, avec la complicité du présentateur David Rault et la bonne humeur du public. Un aparté qui a su captiver une assemblée conquise par un cassage des codes dans les règles de l’art.
Quant à la sélection Sang Neuf, elle aura pour enquêteurs Sami Bouajila, Noée Abita, Stefan Crépon, Sayyid El Alami et Florence Loiret Caille, sans oublier le jury Jeunes de la Région Grand Est. La synergie de ce collectif ne peut qu’amener à des débats intéressants. Et le traditionnel Prix Police sera remis par l’équipe de Danielle Thiéry, une commissaire divisionnaire littéraire qui s’est fait connaître avec son roman Des clous dans le cœur.
Film d’ouverture
Copyright Guy Ferrandis | Lawrence Valin | Little Jaffna
Départ en trombe à Reims Polars 2025. Après une cérémonie dynamique, Lawrence Valin ouvre la compétition sans plus attendre avec Little Jaffna, nous immergeant dans un polar au cœur d’une communauté tamoule à Paris. Entre récit d’espionnage, le film de gangster, une quête identitaire et un amour pour la culture sri lankaise, ce film français indépendant met en lumière l’histoire d’une nation qui est déchirée par une guerre civile peu médiatisée. Une belle surprise qui s’accompagne d’un casting sauvage convaincant et d’une musique qui rythme ce thriller efficace. Little Jaffna est programmé pour les salles obscures le 30 avril 2025.
Après Ava qui montrait Ava Gardner dans un voyage de promotion à Rio de Janeiro et L’enfer fascinante version façon roman graphique d’un film qu’Henri-Georges Clouzot n’a jamais pu achever, Thibault Vermot et Alex W. Inker nous proposent de suivre Fritz Lang dans sa vie et son travail de cinéaste. La lecture de ce nouveau jalon du lien entre le cinéma et la BD met en évidence que ses auteurs – assurément cinéphiles – s’intéressent à l’ensemble du processus de la création cinématographique.
Le tout début présente la rencontre fortuite de Fritz Lang, à pied dans Berlin, avec l’inspektor Lohmann, de la Kriminalpolizei, qui pensait à lui et prétend qu’il le cherchait. Lohmann entraine le cinéaste prendre une bière pour lui expliquer son plan : faire un film d’une histoire d’assassinats sur laquelle il enquête. Lohmann imagine qu’en marquant le public, l’œuvre pourrait « changer le monde ».
Premières impressions
Ce début amène de nombreuses remarques, dont celle de l’usage de l’allemand pour certaines expressions (et davantage par la suite) ainsi que pour le titre et ceux des chapitres qui vont jusqu’à utiliser un lettrage à tendance gothique. Si pour ces titres, on trouve une traduction en fin d’ouvrage, il n’en est rien pour le reste. Lecture achevée, je considère que la gêne est minime, car on devine les significations par le contexte. Et je rapprocherais volontiers ce choix de celui que fait Robert Merle dans La mort est mon métier situé lui au cœur de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’ici on sur la période de montée du nazisme. A noter également l’organisation d’une double planche avec des vignettes à lire en spirale, ce qui surprend jusqu’au moment où on comprend qu’elles sont numérotées (procédé repris sur une autre double planche, sur la fin). Enfin, il faut penser à lire l’album en faisant la distinction entre les personnes réelles et leurs représentation sous forme de personnages, car les auteurs ne se contentent pas d’illustrer une tranche de vie. Ils présentent tout cela selon leur vision personnelle. D’ailleurs, dans le film, le policier qui intervient à la fin n’est autre que le commissaire Lohmann…
La personnalité de Fritz Lang
Le début s’avère rapidement bien plus crédible qu’il n’y paraît au premier abord. En effet, Lang a eu affaire à la police, puisque sa première femme, Lisa Rosenthal, est morte d’un coup de feu reçu dans des circonstances douteuses. Et si l’enquête conclut non au suicide mais à une mort accidentelle, il reste des zones d’ombre. Ainsi, le coup a été tiré par une arme appartenant à Fritz Lang, alors que celui-ci entretenait une liaison avec Thea von Arbou, sa scénariste, installée dans un appartement voisin. Et si on sait que Thea von Arbou devint la seconde épouse du réalisateur, on reste dans l’incapacité de situer précisément la date du décès de Lisa, car tous les documents relatifs à sa disparition sont irrémédiablement perdus. La question est posée : l’accident ne se serait-il pas produit au cours d’une dispute ? Ainsi Fritz Lang trainerait un tel sentiment de culpabilité qu’il imprégnerait toute son œuvre. Une théorie parfaitement crédible, même si d’autres thèmes majeurs (la vengeance, la pulsion de mort, le double, la manipulation des foules par un surhomme), jalonnent l’œuvre du cinéaste. Tout cela pour dire que le personnage de Lohmann se justifie et que ce roman graphique utilise de nombreux éléments vérifiables. Ce qui n’empêche pas les auteurs de faire sentir que le réalisateur qui adorait raconter des histoires, pouvait affabuler sur certains points. Ainsi, il existe plusieurs versions pour expliquer sa perte d’un œil, dont une pour prétendre que non, finalement, il n’était pas borgne ! Il ne faudrait donc surtout pas croire que Fritz Lang était un homme admirable en tous points parce qu’il a tourné quelques films faisant l’histoire du cinéma.
Fritz Lang et son nouveau projet
Quand il rencontre Lohmann, Fritz Lang tente d’achever le tournage de La femme sur la Lune (1929) adapté d’un roman de Thea von Harbou, mais qui ne rencontra pas le succès qu’il espérait. Ce sera son dernier film muet, puisqu’il s’attaque au tournage de ce que sera M (connu chez nous comme M le maudit). Réflexion de Fritz à son majordome, Hans « En passant du muet au parlant, c’est comme si je passais de l’enfance à l’âge adulte. » Dans la BD, c’est Lohmann qui lui apporte le sujet, puisqu’il enquête sur l’histoire réelle du « Vampire de Düsseldorf ». Cette histoire, particulièrement révélatrice du climat qui régnait alors en Allemagne, nous est montrée sous la forme de planches sans le moindre dialogue, avec des silhouettes en ombres chinoises, esthétiquement très réussies, qui montrent avec quelle facilité l’assassin œuvrait (phrase particulièrement révélatrice « La rue est devenue un terrain de chasse »). L’assassin nous est d’ailleurs présenté dans d’autres situations, puisqu’il fut arrêté, jugé et exécuté. Ainsi Lohmann invite Fritz Lang à assister à un interrogatoire derrière une glace sans tain. L’homme se dit comme habité par une pulsion incontrôlable. Il a été jusqu’à proposer à sa femme de le dénoncer pour toucher la forte somme liée à son arrestation. Et puis, Inker dessine son visage de façon à ce qu’il évoque celui d’Hitler. D’autre part, Thea qui discute du projet avec Fritz au téléphone, lui dit « Quand un crime est commis, c’est toute la société qui est responsable. A un niveau ou un autre ! Toute la société ! »
Quand tout s’emboîte
Tous ces éléments inspirent Fritz Lang qui rencontre Peter Lorre. Celui-ci interprétera l’assassin et le tournage se fera, cela ne s’invente pas, dans un hangar à zeppelins. On imagine aisément l’impression d’espace inspirant à Fritz Lang un énorme caprice. L’expressionnisme qui caractérise son œuvre est présent dans le dessin d’Alex W. Inker, un noir et blanc qui fait sentir ce qu’on observe dans M le maudit : une atmosphère poisseuse, particulièrement révélatrice de la période, avec quelques détails significatifs d’une décadence comportementale. Dans cet ordre d’idées, le scénario de la BD fait jouer un rôle déterminant à la fillette interprétant une des victimes de l’assassin. On note également l’intervention de truands réels (véridique) pour interpréter ceux qui constitueront le tribunal improvisé pour juger l’assassin dans les sous-sols de la ville. Bien que jamais mentionnée dans le film, on devine qu’il s’agit de Berlin. Le tournage lui-même n’est jamais montré dans la BD, malgré son épaisseur (278 pages). Peu importe puisqu’elle en intègre de nombreux éléments. Suffisamment à mon avis pour donner envie aux lecteurs qui ne connaitraient pas le film, de le découvrir enfin (et aux autres de le revoir) !
Krimi – Thibault Vermot (écriture) et Alex W. Inker (dessin et scénario) Sarbacane : parution le 2 avril 2025
L’ouvrage Lactations filmiques d’Aurel Rotival, publié par les Presses Universitaires de Rennes, effeuille un motif récurrent du cinéma : le lait. À travers une série d’analyses, l’auteur interroge les représentations lactées à l’écran, mais surtout leur pouvoir symbolique et leur place dans l’histoire de la pensée humaine. Du lait comme agent nourrissant au lait comme médium métaphysique, il s’agit d’explorer un champ d’étude qui mêle iconologie, anthropologie et théologie, en démontrant que ce motif, loin d’être anodin, éclaire en réalité des problématiques culturelles contemporaines.
Le lait au cinéma agit tel un opérateur de sens. Chaque jet lacté, chaque épanchement de cette substance corporelle, réactive une série de questionnements humains profondément ancrés dans l’histoire : les rapports sociaux, la différence des sexes, l’identité raciale, la structure de la parenté… Le lait, comme le démontre longuement Aurel Rotival, porte en lui une charge symbolique qui s’étend bien au-delà du cadre strictement narratif des films. Il devient ainsi un vecteur de relectures et de réactivations historiques.
L’auteur ne se limite pas à une simple étude formelle des images, puisqu’il s’attache à déchiffrer comment ces motifs lactés, à travers le cinéma, réactualisent des discours et des symboles datant souvent des siècles passés. Le lait devient ainsi une passerelle entre les formes anciennes de pensée et leurs expressions modernes. Maître de conférences à l’Université Lumière, Luc Vancheri formule très bien le programme méthodologique de cette approche : « Voilà qui demande que nous nous intéressions à la provenance (Herkunft) et à l’émergence (Entstehung) de tels moments et problèmes de la pensée – affaire de généalogie –, que nous repérions comment ils se transmettent et se transforment – affaire de morphologie –, et, enfin, que nous comprenions comment ils se réactivent au contact d’un film – affaire d’archéologie. »
Parmi les représentations analysées, on retrouve le motif de la Virgo lactans – la Vierge Marie allaitant. Profondément enraciné dans la tradition chrétienne, ce motif devient un terrain d’étude des plus riches pour comprendre la dimension spirituelle et théologique du lait. Aurel Rotival cite l’historien de l’art Jérémie Koering qui explique que le lait de la Vierge, loin de se limiter à un acte nourricier, devient un moyen d’accéder à une sagesse divine : « En prenant en bouche cette nourriture divine, Bernard ingère la science ou mystérieuse sapience de Dieu. » Le lait supporte alors l’essence d’une transmission spirituelle.
Dans une société où le regard masculin a longtemps structuré la production cinématographique, les scènes de lactation sont parfois teintées de violences symboliques et de réifications du corps féminin. L’auteur analyse des films comme Orange Mécanique (1971), où le lait est réduit à une fonction sexuelle au service du désir masculin, illustrant une version pervertie de la lactation bernardine. La scène du Korova Milk Bar, avec ses statues féminines servant de « distributeurs de lait », est un exemple frappant de ce regard objectifiant. Dans cette scène, Stanley Kubrick, comme bien d’autres cinéastes avant lui, inscrit le lait dans une logique de contrôle et de domination sur le corps féminin.
Aurel Rotival ouvre des perspectives plus subversives en étudiant des films qui reconfigurent les dynamiques traditionnelles. Il cite des exemples où le lait devient un moyen d’explorer la fluidité des genres et des formes alternatives de parenté. Le mythe de Caritas Romana, où une fille allaite secrètement son père en prison, est revisité dans des films comme Les Valseuses (1974) et Madonnen (2007), où des formes non conventionnelles de lactation et d’intimité sont explorées. Ces films remettent en question les normes traditionnelles de la famille et de la sexualité, ouvrant un champ d’interrogation sur la maternité et l’émancipation féminine.
Le lait, en tant que métaphore de l’alimentation et de l’identité, est également utilisé au cinéma pour traiter des questions raciales. Dans le Beloved adapté de Toni Morrison, le lait devient le symbole d’une violence systémique, où l’appropriation du lait d’une esclave noire par des Blancs illustre l’exploitation, la violence et la négation de l’identité noire. Cette appropriation du lait maternel est un acte de domination coloniale, une métaphore visuelle de l’extinction de l’autonomie des corps noirs. Le film Mange, ceci est mon corps (2009) de Jérôme Fritel, dans une scène où un domestique noir se recouvre de lait, met quant à lui en lumière les tensions raciales en se réappropriant le lait comme un masque blanc, un moyen de dénoncer la violence du colonialisme et la construction des identités raciales.
Particulièrement dense, Lactations filmiques chemine sans mal de François Bœspflug à Andreï Tarkovski, de l’agentivité optique mâle à l’inversion énergétique d’Aby Warburg, pour construire une analyse rigoureuse et inédite des motifs lactés au cinéma. Humeur corporelle profondément liée à la procréation et à la sexualité, le lait possède une puissance symbolique structurante, que le grand écran a exploitée à de nombreuses reprises pour façonner des imaginaires à double sens. De nombreuses scènes nous connectent ainsi à des héritages culturels et idéologiques multiples. Les motifs lactés agissent comme des outils iconologiques permettant un double mouvement analytique : ils rejouent les dispositifs historiques ayant structuré ces problématiques et ils en questionnent la pertinence actuelle.
L’apport majeur de cet ouvrage réside ainsi dans une lecture du cinéma comme lieu de réactivation des savoirs et des symboles qui traversent l’histoire de la pensée humaine, tout en offrant une lecture critique et subversive de la place du lait, symbole de fertilité, de domination, mais aussi de renouvellement. L’ensemble des « lactations filmiques » analysées y est appréhendé comme un « hyperthème », un réseau complexe de motifs et de thèmes entretenant des relations paradigmatiques et syntagmatiques, puisant leur sens de leurs interactions au sein du film et de leur résonance avec l’histoire culturelle. C’est ambitieux, parfois sibyllin, mais non moins passionnant.
Lactations filmiques, Aurel Rotival PUR, mars 2025, 304 pages
Les machines à sous en ligne évoluent constamment pour offrir plus de variété et de sensations fortes aux joueurs. Parmi les innovations les plus populaires de ces dernières années, on trouve les machines à sous avec achat bonus. Elles permettent aux joueurs d’accéder directement aux tours gratuits ou à la fonctionnalité principale du jeu sans attendre qu’elle se déclenche naturellement.
Mais comment ces machines fonctionnent-elles vraiment ? Et surtout, est-ce que cela vaut le coup de payer pour un bonus ? Dans cet article, nous allons répondre à ces questions de façon claire et simple.
Qu’est-ce qu’une machine à sous avec achat bonus ?
Les machines à sous avec achat bonus, aussi appelées « Bonus Buy slots », offrent la possibilité d’acheter directement l’accès à la fonctionnalité bonus du jeu, comme les free spins ou les jeux spéciaux à gains élevés.
Une fonctionnalité payante intégrée
Au lieu de jouer normalement et d’attendre que les symboles bonus apparaissent sur les rouleaux, vous avez l’option de payer un montant fixe (souvent entre 50x et 100x votre mise) pour accéder instantanément à la phase bonus.
Comment fonctionne l’achat de bonus ?
Étapes simples
Choisissez votre mise : Comme pour une machine à sous classique, vous commencez par choisir votre mise.Cliquez sur « Acheter le bonus » : Si le jeu propose cette fonction, un bouton dédié apparaîtra. Il vous indiquera également le coût exact de l’achat.
Lancez la fonctionnalité bonus : Une fois l’achat confirmé, vous accédez immédiatement au mode bonus (souvent des free spins ou un jeu spécial).
Recevez vos gains : À la fin de la fonctionnalité bonus, vos gains sont ajoutés à votre solde.
Exemple concret
Si vous misez 1 € par tour et que l’achat du bonus coûte 100x votre mise, vous paierez donc 100 € pour accéder au mode bonus. Si le bonus vous rapporte 200 €, vous aurez doublé votre investissement. Mais si vous gagnez seulement 50 €, vous subirez une perte.
Avantages de l’achat de bonus
Gagner du temps: Pour les joueurs impatients, cette fonction est idéale. Sur les nouveaux casinos en ligne, vous n’avez pas besoin de faire des dizaines ou centaines de tours dans l’espoir de déclencher les free spins.
Accès immédiat à la partie la plus excitante du jeu: Les bonus sont souvent les moments les plus divertissants et potentiellement lucratifs d’une machine à sous. Avec l’achat bonus, vous entrez directement dans l’action.
Potentiel de gains élevé: Certains bonus peuvent offrir des multiplicateurs importants, des jackpots ou des combinaisons spéciales. L’achat bonus permet de viser ces gros gains plus rapidement.
Inconvénients de l’achat de bonus
Coût élevé: Le principal inconvénient est le prix. Acheter un bonus peut être cher, surtout si vous ne gagnez pas assez pour couvrir l’investissement.
Volatilité importante: Les fonctionnalités bonus sont souvent très volatiles. Cela signifie que vous pouvez gagner beaucoup… ou très peu. Il est donc possible de perdre rapidement une partie importante de votre bankroll.
Risque d’abus: Avec l’achat de bonus, il est facile de rejouer encore et encore en espérant toucher « le gros lot ». Cela peut conduire à une perte de contrôle si vous ne fixez pas de limites.
Quand cela vaut-il la peine d’acheter un bonus ?
Lorsque vous avez une bankroll solide: Si vous avez un bon budget de jeu et que vous êtes prêt à prendre un risque mesuré, acheter un bonus peut être une bonne stratégie. Cela vous permet de profiter immédiatement du potentiel du jeu.
Si vous aimez les jeux à haute volatilité: Les joueurs qui apprécient les sensations fortes et les gains explosifs préfèrent souvent cette option. Le risque est plus élevé, mais la récompense peut l’être aussi.
Pour tester une machine: Vous pouvez aussi utiliser l’achat de bonus pour découvrir rapidement le cœur d’un jeu et voir s’il vous plaît avant de l’explorer plus en profondeur.
Conseils pour bien utiliser l’achat bonus
Jouez en mode démo d’abord: Avant de miser de l’argent réel, essayez la machine en mode démo. Cela vous permet de comprendre le fonctionnement du bonus et d’estimer son potentiel, comme le proposent de nombreux nouveaux casinos en ligne.
Fixez une limite d’achat: Décidez à l’avance combien de bonus vous allez acheter, et respectez cette limite. Cela vous protège contre les pertes excessives.
Choisissez les bons jeux: Tous les bonus ne se valent pas. Certains jeux offrent de meilleurs retours sur investissement que d’autres. Recherchez les taux de redistribution (RTP) et la volatilité du jeu avant de vous lancer.
Ne jouez pas pour vous « refaire »: Si vous perdez sur un achat bonus, évitez d’en racheter un autre dans la foulée pour essayer de récupérer votre perte. Cela peut rapidement devenir une spirale.
Les meilleurs types de joueurs pour cette fonctionnalité
Les joueurs expérimentés : qui comprennent les risques liés à la volatilité.
Les chasseurs de gains élevés : qui cherchent des jackpots ou gros multiplicateurs.
Ceux qui aiment l’action rapide : sans passer par les tours classiques.
Conclusion
Les machines à sous avec achat bonus offrent une expérience unique et intense. Elles permettent d’accéder rapidement aux fonctionnalités les plus palpitantes du jeu. Mais comme toute chose dans le monde du casino, elles doivent être utilisées avec modération.
Avant d’acheter un bonus, posez-vous toujours la question suivante : suis-je prêt à perdre cette somme ? Si la réponse est oui et que vous jouez pour le plaisir, alors pourquoi pas. Mais n’oubliez jamais que les jeux de hasard restent imprévisibles, et que la gestion de votre bankroll est essentielle.
Les éditions Glénat publient Savane, la saga des Munroe, l’intégrale des aventures d’une famille blanche au Kenya. Christian Perrissin et Boro Pavlovic dressent un portrait saisissant d’une dynastie coloniale en plein délitement, confrontée à ses conflits internes et aux évolutions historiques d’un Kenya déchiré entre héritage colonial et tensions raciales persistantes.
Les Munroe ne sont a priori pas à plaindre. Dans un Kenya relativement pauvre, ils font office de riches propriétaires terriens blancs, établis depuis plusieurs générations dans la vallée du Rift. Cependant, les temps changent et ils voient leur autorité contestées par les mutations d’une société qui ne tolère plus les privilèges hérités d’un autre âge. Parallèlement, une maladie ravage leurs récoltes et amenuise leur pouvoir économique.
Le pivot dramatique de cette fresque familiale et coloniale n’est autre que Sean Munroe, le fils cadet. Accusé injustement du meurtre sordide de Mama Nzambi, sa petite amie kikuyu issue des quartiers précaires de Nairobi, il est victime d’un passage à tabac en prison et profite d’un transfert pour s’évader. Alors que les autres membres du clan semblent submergés par leurs propres préoccupations – la tenue du domaine agricole, un mariage intéressé pour le père de famille –, Sean campe un bouc émissaire idoine, poursuivi par la police mais surtout par l’ombre pesante des injustices passées. Christian Perrissin et Boro Pavlovic nous font en effet rapidement comprendre qu’il doit payer pour tous les méfaits blancs passés sous silence.
Le drame familial s’enrichit ainsi d’éléments d’enquête policière passionnants, notamment à travers la traque haletante de Sean à travers le bush kenyan. Cette dimension apporte une tension dramatique et narrative diablement efficace, permettant en seconde intention d’approfondir les fractures profondes d’un pays marqué par les séquelles du colonialisme et les rancœurs accumulées entre communautés. En toile de fond, des événements réels comme l’affaire Cholmondeley, symptomatique de l’impunité dont bénéficiait encore récemment une certaine élite blanche, donnent à la fiction une dimension ancrée dans le réel, qui renforce la crédibilité du récit.
Visuellement, Boro Pavlovic réalise un travail remarquable, porté par un trait précis, élégant et une maîtrise impressionnante des paysages et expressions. Son dessin réaliste saisit avec finesse la beauté rude de la savane africaine, la tension palpable des interactions humaines et offre un portrait particulièrement soigné des personnages africains, évitant avec succès les pièges de la caricature ou de l’exotisme facile. Il donne corps à un récit qui, loin de se réduire à une simple chronique des rivalités familiales, s’érige en une authentique fresque sociale – les disparités communautaires, géographiques, historiques… Savane, la saga des Munroe explore avec acuité les conséquences des inégalités structurelles et le poids des préjugés raciaux, plaçant le destin de Sean au centre d’une intrigue aux ramifications complexes, dont sa famille, souvent abjecte, n’est que la pointe avancée.
En réinventant habilement les codes du feuilleton familial pour les enrichir d’une réflexion subtile sur les réalités historiques et sociales du Kenya contemporain, Christian Perrissin et Boro Pavlovic livrent une œuvre à la fois divertissante et profonde, vivement recommandée aux amateurs de récits mêlant suspense, histoire et aventure. Du bidonville de Kibera aux plaines de Magadi, d’un inspecteur de police intègre et obstiné à un frère jaloux et sociopathe, tout contribue à restituer les fissures d’un pays en proie à des profondes divisions.
Savane, la saga des Munroe, Christian Perrissin et Boro Pavlovic Glénat, mars 2025, 200 pages
L’Atlas des déserts de Ninon Blond et Aurélie Boissière (éditions Autrement) invite à dépasser les clichés sur ces espaces arides qui couvrent un tiers des terres émergées. À travers une approche multidimensionnelle riche de plus de 90 cartes et infographies, l’ouvrage explore l’histoire, l’évolution, les spécificités, les enjeux et les représentations des déserts à travers le monde, révélant leur complexité et leur importance contemporaine.
Malgré leur caractéristique commune d’aridité, les déserts se présentent sous une multiplicité de formes : de sable, de roche, chauds ou froids, peuplés ou non. L’ouvrage insiste sur la difficulté d’une définition unique. Il aborde également la longue histoire des déserts, expliquant comment leur étude permet de comprendre leur formation, leur évolution et leurs spécificités. Certains déserts sont en place depuis des millions d’années, tandis que d’autres sont plus récents, et des zones aujourd’hui désertiques ont connu des périodes plus vertes.
L’atlas distingue les déserts zonaux, liés aux circulations atmosphériques, des déserts azonaux, résultant de processus climatiques ou topographiques localisés. Il met en lumière le rôle des explorations scientifiques et de celles visant à découvrir les ressources et matières premières que recèlent ces espaces. Bien que définis par un manque d’eau disponible pour la vie biologique, les déserts se révèlent riches en ressources, notamment en hydrocarbures, qui représentent une aubaine pour certains pays désertiques mais aussi un risque géopolitique et environnemental. La gestion de l’eau, denrée rare mais vitale, est un enjeu crucial, avec l’exploitation des eaux souterraines et la déviation des eaux de surface, sources potentielles de perturbations environnementales et de tensions géopolitiques. L’atlas souligne que l’intégration des déserts dans la mondialisation passe par l’exploitation de matières premières, y compris les terres rares, dans un contexte de transition énergétique.
Loin d’être des étendues vides et inhabitées, les déserts sont des espaces peuplés de longue date, où se déploie un habitat spécifique. L’ouvrage explore les modes de vie adaptés à ces milieux extrêmes, tels que le nomadisme, le semi-nomadisme et l’élevage transhumant, ainsi que les habitats traditionnels comme les tentes, les yourtes et les igloos. Il montre comment des villes désertiques ont émergé, souvent liées au commerce, à l’exploitation de ressources ou à la présence d’eau, devenant des points d’appui pour la sédentarisation. L’atlas aborde également la perception des déserts comme des espaces marginaux servant de refuge ou de repli, et la volonté des États de contrôler ces zones stratégiques.
Les déserts sont également présentés comme des espaces sujets aux conflits, où divers acteurs cherchent à s’approprier les richesses ou utilisent leur éloignement et leur marginalité. Les potentialités économiques des déserts en font des centres stratégiques, et les ressources qui s’y trouvent peuvent être une source de pouvoir et de financement dans le cadre de conflits. Ce n’est pas tout, puisque l’atlas met en évidence, parallèlement, la fragilité de ces milieux face aux changements climatiques, à la désertification et à l’ensablement, affectant les populations qui y vivent.
Le sujet, inépuisable, passe aussi par la fascination qu’exercent les déserts sur l’homme, se traduisant par un riche imaginaire présent dans la religion, la littérature et les jeux vidéo. Les œuvres de fiction puisent dans les caractères topiques et les clichés associés aux déserts, qu’il s’agisse de l’exotisme des récits de voyages du XIXe siècle ou des quêtes identitaires et contemplatives de la littérature et des jeux vidéo contemporains.
Cet Atlas des déserts offre une vision complète et actualisée des déserts, soulignant leur diversité, leur histoire complexe, leurs enjeux économiques, sociaux et géopolitiques, ainsi que leur place dans l’imaginaire collectif. Richement illustré, l’ouvrage constitue une ressource précieuse pour quiconque souhaite approfondir sa compréhension de ces territoires essentiels et souvent mal compris.
Atlas des déserts, Ninon Blond et Aurélie Boissière Autrement, mars 2025, 96 pages
Avec Marie, récit d’une GPA, Théa Rojzman au scénario et Marie Jaffredo aux illustrations livrent un témoignage précieux, sensible et engagé sur un sujet aussi intime que controversé : la gestation pour autrui (GPA).
Marie est une enfant semblable à toutes les petites filles du monde, à ceci près qu’elle grandit auprès de deux papas, François-Xavier et Thomas. Leur histoire commence à une époque où la loi française sur « le mariage pour tous » n’existe pas encore, dans une société en mutation lente mais certaine. C’est là, dans ce contexte de revendications et de droits en devenir, que ce couple homosexuel nourrit progressivement un rêve commun : devenir parents.
Confrontés à l’impossibilité légale d’avoir recours à la GPA en France, François-Xavier et Thomas se tournent vers les États-Unis, où la pratique, très encadrée, est autorisée sous certaines conditions éthiques. Mais le cheminement vers la parentalité se révèle ardu, jalonné de défis financiers (jusqu’à 150 000 dollars engagés), juridiques (plus de 70 pages de contrats stricts) et surtout émotionnels. Les auteurs ne cachent rien des complexités humaines inhérentes à cette démarche. Comment établir une relation saine avec la mère porteuse et la donneuse d’ovules ? Que faire face aux imprévus, aux échecs potentiels et aux questionnements éthiques soulevés par la procédure ?
Ces interrogations sont d’autant plus exacerbées lorsque surgit l’inattendu : la pandémie mondiale de COVID-19. Alors que François-Xavier et Thomas préparent joyeusement l’arrivée de leur enfant, les frontières se ferment brutalement en mars 2020. Qu’importe, il en faudra davantage pour mettre à mal leur projet de fonder une famille…
Richement documenté, le récit explore les aspects pratiques et administratifs liés à la GPA outre-Atlantique : avocats, agences spécialisées, délais d’attente interminables. Mais plus qu’une simple restitution factuelle, c’est l’épaisseur humaine du témoignage qui en fait tout l’intérêt. Les doutes, les craintes, les instants de joie intense mais fragile sont subtilement retranscrits par Théa Rojzman, tandis que les dessins délicats et expressifs de Marie Jaffredo apportent une touche douce et empathique au propos.
Marie, récit d’une GPAne néglige pas les questions connexes que le recours à la gestation pour autrui ne manque pas de soulever. Il est ainsi question de la place à accorder à la mère porteuse dans l’histoire familiale, de l’attachement affectif et de la manière dont cette « pratique » peut être perçue et acceptée en France (y compris juridiquement).
D’une sincérité touchante, l’album de Théa Rojzman et Marie Jaffredo délivre un témoignage à la fois intime et universel, et éclaire une réalité souvent mal comprise, ou caricaturée. C’est une histoire d’amour profond, de combats quotidiens et d’espoir inébranlable. Un récit qui interroge profondément notre rapport à la parentalité, au couple et à l’éthique. Un ouvrage à découvrir.
Marie, récit d’une GPA, Théa Rojzman et Marie Jaffredo Glénat, mars 2025, 112 pages