« Rodeo » à l’épaule au rythme du cross-bitume

Dans son premier film, coup de cœur du jury Un certain regard, Lola Quivoron nous immerge dans la culture du cross-bitume. Étranglé par une polémique de façade, le métrage n’ayant aucune volonté de magnifier cette pratique, Rodeo narre surtout les pulsions et la quête salvatrice et furieuse d’une jeune femme portée par la performance enivrante de Julie Ledru. Objet mystique et excessif, souvent à l’emporte-pièce, Rodeo est un portrait de femme qui captive autant qu’il bouscule.

Le cross-bitume comme expression des représentations

Frénétique et aiguisé, Rodeo rejoint ces films qui utilisent soigneusement leur environnement pour caractériser et révéler leurs propos et leurs personnages. La nuance en fer de lance, le cross-bitume est l’occasion d’intégrer un univers a priori viriliste et marginal pour enrayer les représentations. Ce que fait admirablement la réalisatrice, sa protagoniste, à demi vaurienne et aventureuse, s’incarnant bien loin des poncifs ordinaires. D’emblée par l’écriture, Lola Quivoron installe son regard turbulent et vivace à l’embranchement du western et du film de braquage, surtout par un travail opératique qui catalyse les personnages dans un cinémascope détonant.

Le film dit “polémique” ne brille pas toujours par sa volonté d’entrechoquer les genres. Tout juste, Rodeo carbure surtout en tant qu’objet mystique et insondable. À la recherche d’une légitimé lorgnant autour du naturalisme, Rodeo perd et délaisse sa dimension fantasmagorique et sensuelle. C’est pourtant cette dimension qui fait vibrer et accroche, faisant de lui une œuvre mythique et rare dans le paysage hexagonal.

La Fureur de vivre

Rodeo n’est pas le réceptacle d’une pratique qu’il fantasme. Ode à la vie et aux sensations, le cross-bitume est ici en prolongement des désirs et des imaginaires. Une passion poussiéreuse et préjudiciable, pratiquée sur des pistes vierges et clandestines, que Lola Quivoron achemine dans un cinéma libre et sans concessions. Au plus proche des figures, les riders visiblement engagés et bouillants, la cinéaste livre un travail immersif et étourdissant. C’est là que se situe l’étincelle d’une proposition affranchie de toutes conventions entre cinéma-vérité et actioner.

Une exploration artistique à l’emporte-pièce que l’on aurait voulu encore plus imprévisible, à l’instar de son personnage, en particulier lors de sa symbiose avec le cinéma fantastique. À la fin, il reste un film d’une force rare et d’une rage déconcertante qui prend tout son sens et gagne à être vu en salles.

Bande Annonce – Rodeo

Synopsis : Julia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce milieu clandestin, constitué majoritairement de jeunes hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande…

Fiche Technique : Rodéo

Réalisation: Lola QUIVORON
Scénario: Lola QUIVORON avec la collaboration d’Antonia BURESI
Directeur de la photographie: Raphaël VANDENBUSSCHE
Montage: Rafael TORRES CALDERON
Son: Lucas DOMEJEAN
Mixage: Victor PRAUD
Décors: Gabrielle DESJEAN
Costumes: Rachèle RAOULT

Durée: 104 min
Format image: Scope
Format audio: 5.1
Visa n°: 149 285
Année de production: 2022

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3.5

Festival

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