Reims Polar 2025 : King Ivory, quand la drogue dure…

Si le Casino de Martin Scorsese pistait l’argent sale comme un fléau qui consumait l’humanité, King Ivory se sert d’un nouvel opiacé de synthèse comme d’un liant pour connecter ses personnages. John Swab l’a pensé comme un film choral, où les trajectoires d’un jeune migrant mexicain et de son passeur, d’un flic des stups et son fils toxicomane, de mafieux irlandais sont amenés à se croiser, et ce, toujours par l’intermédiaire de la drogue. Tulsa et sa périphérie deviennent ainsi le théâtre d’une guerre sans merci pour endiguer de nouvelles crises des opiacés.

Synopsis : D’une puissance cent fois supérieure à celle de l’héroïne et quasiment indétectable, le Fentanyl, surnommé « King Ivory », a inondé le marché américain, déclenchant un raz-de-marée d’overdoses, de crimes et de dépendances. Le policier antidrogue de Tulsa, Layne West, épaulé par son partenaire Ty et l’agent du FBI Beatty, a pour mission de trouver les responsables, alors que son fils Jack devient accro à cette drogue.

Les États-Unis peinent toujours à résoudre la crise des opiacés. Le documentaire de Nan Goldin, Toute la beauté et le sang versé, nous rappelle cet épisode dramatique, mais John Swab choisit une approche plus testostéronée au détour des guerres de gangs. Une manière pour le cinéaste originaire de Tulsa de conjurer le mauvais sort que lui a causé le fentanyl durant sa toxicomanie. Apache, Murder 8, Poison, TNT ou encore King Ivory, la substance illicite possède toutes sortes d’appellations à rendre nostalgiques les accros d’héroïne. La nouvelle drogue de synthèse s’infiltre partout, jusque dans le domicile d’un officier de la brigade des stupéfiants, Layne West (James Badge Dale), qui ne peut qu’observer la lente descente aux enfers de son fils Jack (Jasper Jones). Layne est intègre et excelle aussi bien sur le terrain de jeu des narcotrafiquants que comme un père de famille idéal. Il est le bras armé de la justice, mais peut-il vraiment changer la donne ?

Un cauchemar sans nom

Plus loin au sud, Ramón Garza (Michael Mando) s’enrichit en sa qualité de passeur pour ses compatriotes mexicains. Dans une séquence d’ouverture assez didactique, on nous fait comprendre qu’il y a une raison familiale derrière ce business obscur. Il en va de même aux parents du jeune Lago (David De La Barcena), qui rêve d’écouter du rock ‘n’ roll pendant des études universitaires qui le mèneront au fameux « rêve américain ». Un rêve qui en restera un pour lui et ses parents qui ont sacrifié tout ce qu’il possédait, même leur enfant unique. Rapidement enrôlé dans les combines des cartels locaux, Lago devient, malgré lui, le premier domino à entraîner la chute des autres.

Pourtant, il est loin d’être à l’origine de la tragédie commune qui frappe autant les justes que les injustes. C’est ce que souligne Holt (Graham Greene), chef d’un cartel qui continue de diriger son business depuis un pénitencier qui lui sert de refuge contre ses ennemis. Il missionne alors un Irlandais (Ben Foster), ayant un larynx artificiel, pour élargir son territoire de vente dès sa sortie de prison. Peut-être est-ce enfin là l’origine du mal. Mais ce mal, déjà sous les verrous, peut encore mordre à pleines dents s’il le souhaite. Swab utilise une narration fragmentée de son histoire pour brouiller les pistes, où l’on ne sait plus qui traquer. C’est un peu le dilemme que rencontre Layne, dont l’intégrité et la détermination ne suffisent pas à prévenir les drames qui touchent ses proches.

King Ivory possède des similitudes avec The Strangers’ Case, un film sur l’immigration que l’on a découvert à Deauville, et rencontre le même défaut quant à sa narration choral. Les segments sont traités de manière inégale, si bien que certains d’entre eux se révèlent sous-développés, voire superficiels. De même, la tension s’atténue dans le montage, passé une première demi-heure introductive ludique et généreuse en adrénaline. La plus grande force de John Swab demeure dans ses manœuvres un peu plus martiales, les fusillades, en gardant les séquences clés de Sicario dans le rétroviseur. Outre cela, l’écriture des personnages manque de finesse, et certaines grosses ficelles de l’intrigue peuvent gâcher quelques rebondissements. King Ivory reste cependant bien emballé et divertissant pour terminer son discours de rédemption dans un dénouement nuancé et peu optimiste, qui annonce à la fois le déclin des opioïdes et de la nouvelle génération de consommateurs.

Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.

King Ivory – Fiche technique

Réalisation et Scénario : John Swab
Interprètes : James Badge Dale, Ben Foster, Michael Mando, Rory Cochrane, Ritchie Coster, George Carroll, Graham Greene, Melissa Leo
Photographie : Will Stone
Montage: Andrew Aaronson
Producteurs : Jeremy M. Rosen
Société de production : Roxwell Films
Pays de production : États-Unis
Distribution internationale : Universal Pictures
Durée : 2h10
Genre : Policier, Drame, Thriller

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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