Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Second long-métrage en solo de Cyprien Vial après Bébé tigre (2015), Magma se définit comme un récit d’apprentissage à travers la relation de mentorat et intergénérationnelle de deux volcanologues. Il devrait en découler une atmosphère pesante au cœur d’une Guadeloupe en ébullition, entre les soupçons d’un éveil volcanique et une évacuation préventive qui n’a rien d’ordinaire. Malheureusement, la crise peine à exploser dans ce film qui minimise toute forme de tension et qui se renferme dans les travers d’une réflexion trop théorique. Synopsis : Katia Reiter dirige l’Observatoire Volcanologique de Guadeloupe depuis une dizaine d’années. Elle forme un duo de choc avec Aimé, jeune Guadeloupéen auquel elle transmet sa passion du métier. Alors qu’elle se prépare pour une nouvelle mission à l’autre bout du monde, la menace d’une éruption majeure de la Soufrière se profile. L’ile est aux abois et Katia va devoir assurer la sécurité de la population… Vial n’a pas pour vocation de proposer sa version du Pic de Dante ou du rocambolesque Volcano. Proche des conseils de la volcanologue Audrey Michaud-Dubuy pour un ancrage réaliste, son film nous immerge dans un premier temps dans les travaux de l’observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe (OVSG), aux abords de « la vieille dame ». Ainsi surnomme-t-on la Soufrière, l’imposant volcan actif de l’île. L’équipe scientifique y est chargée de surveiller et de prévenir des activités qui constitueraient un risque pour la population de Basse-Terre. Des éruptions phréatiques interrogent alors les experts, tandis que les esprits s’échauffent à l’annonce d’une évacuation préventive de masse. Le scénario écrit par Vial et Nicolas Pleskof décrit les conséquences d’une telle initiative. Werner Herzog en a d’ailleurs documenté les événements dans son court-métrage La Soufrière, en prenant le pouls de la ville fantôme de Basse-Terre durant l’éruption volcanique de 1976. Magma s’en inspire en grande partie en transposant les enjeux d’autrefois à nos jours. La montagne solitaire Plus que jamais dans la ligne de mire du cinéma, français notamment, la Guadeloupe est rendue à ses citoyens à travers des images qui captent l’authenticité de l’environnement antillais. À mi-chemin des cartes postales et de la fibre documentaire, le cinéaste tente de restituer à la Basse-Terre une aura quasi mystique. Pour autant, il ne filme pas la Soufrière comme une créature divine, avec l’intention de châtier l’humanité pour ses vices, mais comme un témoin d’une outrageuse réalité, celle d’une évacuation qui vire au « désastre social, dont l’île porte encore les stigmates ». Dans cette étude-ci, Vial en profite donc pour montrer en arrière-plan de quoi est fait le quotidien des Guadeloupéens. De cette manière, l’évacuation abusive des autorités démontre les pertes matérielles et de confiance d’une population avec qui on rencontre des difficultés à communiquer. Il s’agit du même sentiment qu’éprouve Aimé, un jeune volcanologue en manque d’expérience et d’affirmation, envers son mentor Katia Reiter. Cette dernière est une spécialiste confirmée qui prend beaucoup de plaisir à former le thésard attaché à sa terre natale. Ce duo trouve une bonne alchimie dans les confrontations, notamment grâce à la justesse de Théo Christine, qui a déjà été mis en avant dans Suprêmes, Vermines et Vivre, Mourir, Renaître. Quant à l’excellente Marina Foïs, elle entretient un rapport au corps qui rend son jeu expressif et son personnage vivant. Leur dualité est amenée à basculer dans une complémentarité symbolique afin de remplir leur mission. « On conseille. Il décide. » S’ajoute à toute l’incompréhension collective un manque d’uniformisation dans les directives, qui sont parfois opposées aux résultats des scientifiques. L’absence de données concrètes devrait alors créer un sentiment d’urgence et de tension. Il n’en est rien dans cette intrigue qui n’expose pas beaucoup des personnages aux enjeux sociaux et politiques qui entourent l’évacuation de masse prolongée par le préfet. Par ailleurs, Mathieu Demy s’illustre particulièrement bien dans ce rôle de bureaucrate, fédéré à la France métropolitaine. Il se joue ici un film catastrophe sans véritable catastrophe. Ce qui est toujours possible, mais en acceptant de capter une forme de tension à vif, comme le Sully de Clint Eastwood par exemple. Tout l’enjeu sur le fait d’anticiper les risques se transforme peu à peu en une intranquillité, malheureusement trop sourde pour que le spectateur s’inquiète pour les protagonistes. Cyprien Vial ne nous donne à observer qu’un début d’ébullition alors que la nature de son sujet s’appuie sur les tensions internes qui divisent les Guadeloupéens. Cette opposition est à l’image du conflit d’ego au sein des volcanologues, dont la compétence première serait de « ne pas culpabiliser ». Une contradiction qui rend le personnage de Katia attachant, mais qui parasite la passation et l’ascension héroïque d’Aimé qui se déroule en arrière-plan ou en hors champs dans le dernier acte. En somme, et à l’instar de ses héros malgré eux, il manque encore à Magma une prise de risque dans la représentation d’une menace grandissante des forces de l’ordre, car le film abandonne souvent ses idées à mi-chemin. Seule émerge cette volonté d’espérer et de célébrer l’identité retrouvée d’une Guadeloupe forte et indépendante. Elle ne suffit pas à valoriser cette œuvre aussi ambitieuse que prometteuse. Magma – Bande-annonce Magma – Fiche technique Réalisation : Cyprien Vial Scénario et dialogues : Cyprien Vial et Nicolas Pleskof Interprètes : Marina Foïs, Théo Christine, Mathieu Demy, Mikaël Blameble, Genny Dagnet, Dimitry Zandronis, Djanyss Adelo, Daren Delannay Marinette, Robin Breton, Aude Massengo Image : Jacques Girault Montage : Sanabel Cherqaoui Son : Yolande Decarsin, Daniel Sobrino et Pascal Villard Musique originale : Léonie Pernet Décors : Cédric Henry Costumes : Carole Chollet Production : Dharamsala (Isabelle Madelaine), Darius Films (Émilie Tisné) Pays de production : France Distribution France : Pyramide Distribution Durée : 1h25 Genre : Drame Date de sortie : 19 mars 2025 Magma : le risque zéroNote des lecteurs0 Note2.5
La rédaction LeMagduCiné·MusiqueMarty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes