Magma : le risque zéro

Second long-métrage en solo de Cyprien Vial après Bébé tigre (2015), Magma se définit comme un récit d’apprentissage à travers la relation de mentorat et intergénérationnelle de deux volcanologues. Il devrait en découler une atmosphère pesante au cœur d’une Guadeloupe en ébullition, entre les soupçons d’un éveil volcanique et une évacuation préventive qui n’a rien d’ordinaire. Malheureusement, la crise peine à exploser dans ce film qui minimise toute forme de tension et qui se renferme dans les travers d’une réflexion trop théorique.

Synopsis : Katia Reiter dirige l’Observatoire Volcanologique de Guadeloupe depuis une dizaine d’années. Elle forme un duo de choc avec Aimé, jeune Guadeloupéen auquel elle transmet sa passion du métier. Alors qu’elle se prépare pour une nouvelle mission à l’autre bout du monde, la menace d’une éruption majeure de la Soufrière se profile. L’ile est aux abois et Katia va devoir assurer la sécurité de la population…

Vial n’a pas pour vocation de proposer sa version du Pic de Dante ou du rocambolesque Volcano. Proche des conseils de la volcanologue Audrey Michaud-Dubuy pour un ancrage réaliste, son film nous immerge dans un premier temps dans les travaux de l’observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe (OVSG), aux abords de « la vieille dame ». Ainsi surnomme-t-on la Soufrière, l’imposant volcan actif de l’île. L’équipe scientifique y est chargée de surveiller et de prévenir des activités qui constitueraient un risque pour la population de Basse-Terre. Des éruptions phréatiques interrogent alors les experts, tandis que les esprits s’échauffent à l’annonce d’une évacuation préventive de masse. Le scénario écrit par Vial et Nicolas Pleskof décrit les conséquences d’une telle initiative. Werner Herzog en a d’ailleurs documenté les événements dans son court-métrage La Soufrière, en prenant le pouls de la ville fantôme de Basse-Terre durant l’éruption volcanique de 1976. Magma s’en inspire en grande partie en transposant les enjeux d’autrefois à nos jours.

La montagne solitaire

Plus que jamais dans la ligne de mire du cinéma, français notamment, la Guadeloupe est rendue à ses citoyens à travers des images qui captent l’authenticité de l’environnement antillais. À mi-chemin des cartes postales et de la fibre documentaire, le cinéaste tente de restituer à la Basse-Terre une aura quasi mystique. Pour autant, il ne filme pas la Soufrière comme une créature divine, avec l’intention de châtier l’humanité pour ses vices, mais comme un témoin d’une outrageuse réalité, celle d’une évacuation qui vire au « désastre social, dont l’île porte encore les stigmates ». Dans cette étude-ci, Vial en profite donc pour montrer en arrière-plan de quoi est fait le quotidien des Guadeloupéens. De cette manière, l’évacuation abusive des autorités démontre les pertes matérielles et de confiance d’une population avec qui on rencontre des difficultés à communiquer.

Il s’agit du même sentiment qu’éprouve Aimé, un jeune volcanologue en manque d’expérience et d’affirmation, envers son mentor Katia Reiter. Cette dernière est une spécialiste confirmée qui prend beaucoup de plaisir à former le thésard attaché à sa terre natale. Ce duo trouve une bonne alchimie dans les confrontations, notamment grâce à la justesse de Théo Christine, qui a déjà été mis en avant dans Suprêmes, Vermines et Vivre, Mourir, Renaître. Quant à l’excellente Marina Foïs, elle entretient un rapport au corps qui rend son jeu expressif et son personnage vivant. Leur dualité est amenée à basculer dans une complémentarité symbolique afin de remplir leur mission. « On conseille. Il décide. » S’ajoute à toute l’incompréhension collective un manque d’uniformisation dans les directives, qui sont parfois opposées aux résultats des scientifiques. L’absence de données concrètes devrait alors créer un sentiment d’urgence et de tension. Il n’en est rien dans cette intrigue qui n’expose pas beaucoup des personnages aux enjeux sociaux et politiques qui entourent l’évacuation de masse prolongée par le préfet. Par ailleurs, Mathieu Demy s’illustre particulièrement bien dans ce rôle de bureaucrate, fédéré à la France métropolitaine.

Il se joue ici un film catastrophe sans véritable catastrophe. Ce qui est toujours possible, mais en acceptant de capter une forme de tension à vif, comme le Sully de Clint Eastwood par exemple. Tout l’enjeu sur le fait d’anticiper les risques se transforme peu à peu en une intranquillité, malheureusement trop sourde pour que le spectateur s’inquiète pour les protagonistes. Cyprien Vial ne nous donne à observer qu’un début d’ébullition alors que la nature de son sujet s’appuie sur les tensions internes qui divisent les Guadeloupéens. Cette opposition est à l’image du conflit d’ego au sein des volcanologues, dont la compétence première serait de « ne pas culpabiliser ». Une contradiction qui rend le personnage de Katia attachant, mais qui parasite la passation et l’ascension héroïque d’Aimé qui se déroule en arrière-plan ou en hors champs dans le dernier acte. En somme, et à l’instar de ses héros malgré eux, il manque encore à Magma une prise de risque dans la représentation d’une menace grandissante des forces de l’ordre, car le film abandonne souvent ses idées à mi-chemin. Seule émerge cette volonté d’espérer et de célébrer l’identité retrouvée d’une Guadeloupe forte et indépendante. Elle ne suffit pas à valoriser cette œuvre aussi ambitieuse que prometteuse.

Magma – Bande-annonce

Magma – Fiche technique

Réalisation : Cyprien Vial
Scénario et dialogues : Cyprien Vial et Nicolas Pleskof
Interprètes : Marina Foïs, Théo Christine, Mathieu Demy, Mikaël Blameble, Genny Dagnet, Dimitry Zandronis, Djanyss Adelo, Daren Delannay Marinette, Robin Breton, Aude Massengo
Image : Jacques Girault
Montage : Sanabel Cherqaoui
Son : Yolande Decarsin, Daniel Sobrino et Pascal Villard
Musique originale : Léonie Pernet
Décors : Cédric Henry
Costumes : Carole Chollet
Production : Dharamsala (Isabelle Madelaine), Darius Films (Émilie Tisné)
Pays de production : France
Distribution France : Pyramide Distribution
Durée : 1h25
Genre : Drame
Date de sortie : 19 mars 2025

Magma : le risque zéro
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2.5

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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