Tardes de soledad : une corrida intime

Avec « Tardes de soledad », Albert Serra propose une approche intime de la corrida. Sans prendre parti. Et en osant la répétition immuable de séquences. Lassant ou envoûtant ?

Présentation des duellistes

Le plan d’ouverture est magnétique. Un taureau noir, dans le noir de la nuit noire. Son souffle. Son immobilité. Sa puissance contenue. Dans un deuxième cadrage il fait face à la caméra, la fixant d’un regard dur. Raccord avec le regard de Roca de face dans le véhicule qui le conduit à l’arène. D’emblée, voilà un geste de mise en scène.

Après avoir sélectionné deux toréadors, le réalisateur a finalement retenu l’unique Andrès Roca Rey tant celui-ci l’a impressionné. Le jeune homme, originaire du Pérou, est une star de la discipline, réputé pour son goût du risque. On va le suivre dans trois représentations, successivement à Madrid, Bilbao et Séville. Saluons le parti pris, signe d’une conscience artistique : Albert Serra a choisi de ne montrer que la corrida et les trajets d’une arène à l’autre. On ne saura rien de la vie privée de Roca, qu’on devine d’ailleurs pauvre tant l’homme est obnubilé par sa passion.

Un héros solitaire et fragile

La solitude qu’évoque le titre, c’est celle du taureau certes, mais aussi celle de Roca, qui semble sans cesse coupé de son entourage, assez peu sensible à la pluie d’éloges qui déferle sur lui. À plusieurs reprises, il demande, symboliquement, qu’on éteigne la lumière du plafonnier qui le douche. « Ce n’est pas possible », lui répond-on invariablement. Impossible de quitter la lumière. Alors que ça cause derrière et autour de lui, Roca médite sur ce qu’il vient de vivre. « J’ai eu de la chance », répète-t-il plusieurs fois. Ou : « pourquoi le taureau m’a-t-il épargné ? »… Il y a chez Roca un doute, une quête de sens qui tranche avec la mâle assurance de son entourage.

Ce cercle rapproché, qu’on nomme cuadrilla, commente ses derniers exploits, flatte tant et plus le toréador qui en a « vraiment de grosses », lui qui a réglé son sort à ce « fils de p… de taureau ». Machisme bien lourd constitutif de la discipline. On ne verra d’ailleurs quasi aucune femme durant les deux heures du long-métrage. Dans la culture machiste, les femmes respectables se réduisent à la pucelle et à la mère, comme l’a bien montré Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe. Si celle-ci peut cumuler, c’est encore mieux : d’où l’omniprésence de la figure de la Sainte-Vierge dans le documentaire. Quant au sang, celui du taureau, il est impur comme celui des règles féminines : il peut « contaminer ».

La culture viriliste se concentre sur les gonades : le staff de Roca affirme qu’il a les plus belles cojones du pays. Aussi grosses que celles du taureau ? Car le taureau est un symbole de puissance sexuelle : à lui seul, il insémine tout un troupeau de vaches. Un taureau pour x vaches, comme ici un toréador pour x taureaux. Comme le considéraient les rites anciens, le vaincre c’est s’emparer de sa force virile. La cuadrilla ne cesse de stimuler la fibre machiste de Roca : on va « humilier » Madrid, dans le public, ils vont tous vouloir « le sucer ». Quant à l’épée qui viendra achever le taureau, elle a tout du pénis qui entre par effraction dans la chair. La culture du viol n’est pas loin. Les féministes se réjouiront autant que les spécistes – sans parler des cumulard-e-s…

Pourtant, pour un surhomme notre toréador semble bien fragile. La caméra s’attarde sur ses fins mollets (son talon d’Achille ?) et, lorsqu’il revêt sa tenue d’apparat incluant un long collant moulant, on pourrait presque croire à un drag queen au moment d’entrer en scène. À moins qu’il ne s’agisse de la tenue d’un super-héros ? Lorsque celui-ci est touché dans son intégrité physique, c’est l’affolement : le dieu risque de chuter, et avec lui toute la culture patriarcale. D’où l’inquiétude qui se manifeste à l’égard d’une blessure à la cuisse.

La solitude des hommes de pouvoir (Roca en est un à sa façon) et de représentation (Roca en est un plus encore) est l’un des thèmes favori d’Albert Serra : Pacifiction et La mort de Louis XIV traitaient déjà du sujet. Il y a là un paradoxe – puisque ceux-ci sont toujours très entourés et courtisés – assez fécond à explorer.

Un témoignage intime

Comme le dit le cinéaste, la corrida vit son « crépuscule », étant de plus en plus interdite, même en Espagne ou au Mexique : il y a donc de sa part la volonté de témoigner de ce qu’il considère être le « dernier rite occidental ». La motivation de Serra rappelle celle de Valérie Massadian pour son magnifique Nana : la réalisatrice montrait en ouverture l’égorgement d’un cochon dans une ferme. La scène était réelle, comme ici, ce qui a amené Serra à affirmer qu’on n’aura jamais vu autant de vrai sang au cinéma… Âmes sensibles s’abstenir, donc.

Si l’on est de ceux qui pensent que l’art n’est pas là pour apporter des réponses mais pour poser des questions, on adhèrera probablement à la démarche d’Albert Serra. Le sujet est polémique, inflammable même. Le film de Serra n’est ni pro ni anti corrida. Il la donne à voir « comme cela n’a jamais été fait » : ce qu’il montre, c’est précisément ce que ne voient pas les aficionados, beaucoup trop loin. Car Serra, c’est l’originalité de son film, a choisi de filmer au plus près l’homme et la bête. Le combat, dans toute son intimité. Plusieurs micros disposés sur le corps du toréador créent un effet immersif assez puissant.

La corrida, une lutte inégale

Première séquence de corrida à Madrid. Longue, très longue. Mais pas trop longue : ce qui se déroule sous nos yeux est fascinant. La progression du spectacle respecte d’immuables étapes. On interpelle le taureau de toute part pour le troubler. Des picadores à cheval commencent à affaiblir l’animal, alternant avec quelques passes du toréador. Le banderillero prend alors le relais : il semble s’envoler au moment où il plante ses harpons sur le corps du taureau. Si l’on en doutait, la cruauté, l’abjection, la violence, peuvent être esthétiques.

L’adversaire est suffisamment affaibli pour que Roca puisse l’approcher de très près. Détail terrible, plus encore que le sang s’écoulant de ses flancs : cette langue qui sort de sa bouche, exprimant toute la souffrance de l’animal. Commence alors une suite de passes ponctuées des mêmes interpellations : « ola toro !… ah ah ah ! », qui finissent par envoûter. Chose étrange, la bête ne charge que lorsqu’on le lui ordonne : à maintes reprises, on voit Roca parader tout près de lui, lui tournant le dos, et l’on se dit que le taureau pourrait bien l’attaquer. Non, il ne bouge qu’à la demande, et à chaque fois le toréador esquive. On finit par se dire que les dés sont pipés, le taureau un simple jouet qu’on actionne d’un bouton. L’argument brandi par les pro-corrida, celui qui veut que l’animal est élevé à la dignité de son adversaire humain dans l’affrontement, en prend un sacré coup. La corrida, affaire de postures, serait-elle une imposture ?

Pire : le parti pris de Serra, filmer de très près et presque à hauteur du sol, empêche de ressentir le danger. On le mesure bien mieux dans l’unique scène où Roca est capté de loin, qui permet de saisir les mouvements. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Roca est ressorti, paraît-il, déçu de la projection : le film ne rend pas justice à son héroïsme.

Pour que la conscience du danger revienne, il faut que Roca devienne la victime. Le spectateur se surprend à attendre cela, pulsion morbide générée par la répétition presque mécanique des passes. C’est ce qui va se produire deux fois : à Madrid, Roca est foulé au sol, pour la première fois c’est le taureau qui le regarde de haut ; la seconde fois, à Bilbao, il est cloué contre une barrière, les deux regards sont au même niveau. Cette question du regard est cruciale : pour l’exprimer, Serra part des pieds de Roca et remonte lentement son corps vers le haut ; peu après, il ne montre que les sabots du taureau. La hauteur est l’apanage de l’humain.

Son staff accourt pour le secourir. La fin est invariable : le toréador, dans un moment de tension qu’exprime parfaitement le très grimaçant Roca (voir photo), plante la muleta à un endroit précis, fatal pour l’animal qui rapidement s’effondre, avant d’être traîné comme une carcasse par des chevaux. Le tout sous les clameurs du public.

Celui-ci n’est pas le sujet du film : Serra aurait pu, classiquement, filmer la réaction des spectateurs, il ne le fait que très peu. La foule salue des célèbres olé les belles passes, siffle quand il désapprouve, applaudit quand la bête meurt, mais elle reste pour l’essentiel hors champ. Seul le corps à corps homme-animal intéresse le cinéaste.

Un film envoûtant ou ennuyeux ?

Cette longue et intense séquence va être répétée trois fois. Serra a beau varier les angles de vue, les événements (un cheval tombe à terre, un taureau est montré gambadant dans l’arène avant d’être affaibli, Roca réagit au spectacle donné par un collègue, il brandit les fameuses oreilles du taureau comme un scalp…), on finit par se lasser. Même de la mort du taureau ? Chacun répondra. Ces pattes en l’air, cette langue pendante, cet œil qui vire risquent de remuer pas mal le spectateur. Qui, peut-être, trouvera assez dérisoire le petit jeu auquel vient de se livrer ce fanfaron de Roca au regard de l’agonie tragique du taureau.

La limite du film – son caractère répétitif – est aussi sa force : c’est elle qui provoque le questionnement du spectateur. Splendide ou pathétique, cet accoutrement qu’on voit Roca revêtir comme une reine aidée par sa suivante ? Car il y a quelque chose de royal dans le statut du jeune homme : on a déjà évoqué sa cour, le siège dans la voiture aux allures de trône, on notera aussi cette scène au Ritz, noyée d’or, où Roca et son assistant attendent l’ascenseur. Touchants ou ridicules, les signes de croix et les petits baisers donnés par Roca à son pendentif ou à une image de la Vierge posée sur sa table de chevet ? La religion, avec le machisme, est la deuxième mamelle de la corrida. Fascinantes ou bouffonnes, les mimiques outrées de Roca ? Une chose est sûre : elles restent en mémoire.

On ne dira jamais assez la force de la répétition. Même si celle-ci peut aussi, comme ici, provoquer l’ennui. Tardes de soledad, ce n’est pas Jeanne Dielman, le joyau de Chantal Akerman, mais il y a à l’œuvre une puissance commune, un pari sur les effets de l’insistance.

Une éthique laissée hors champ

Les questions éthiques ne manqueront pas pour autant d’émerger. D’un côté, on dira que la corrida, pour cruelle qu’elle soit, l’est moins que l’élevage industriel qui traite les animaux exactement comme des objets – au moins l’animal, ici, est-il considéré comme un être vivant… fût-ce en le traitant de « fils de p… » ! De l’autre, on objectera que l’élevage, au moins, c’est pour se nourrir, pas pour le seul plaisir de voir mourir une bête.

Vaste débat, où chacun placera son curseur. Quant au film d’Albert Serra, il témoigne d’une authentique démarche d’auteur : ne pas argumenter, ne pas même expliquer (pas sûr que les « anti » ressortent en ayant mieux compris les motivations des adeptes de la corrida), simplement placer la sensibilité du spectateur face à un rite en passe de disparaître. La mélancolique Valse triste de Jean Sibelius clôt le film. Triste ? Mais pour qui ? Pour la cohorte de taureaux qu’on vient de voir exécutés ou pour la corrida qui vit son crépuscule ? Telle est la question, celle qu’Albert Serra n’a, à raison, pas posée, laissant à chaque spectateur le soin de le faire pour soi-même.

Bande-annonce : Tardes de soledad

Fiche technique : Tardes de soledad

  • Réalisation et scénario : Albert Serra
  • Genre : Documentaire
  • Année de production : 2024
  • Date de sortie : 26 mars 2025 | 2h05
  • Distribution : Dulac Distribution
  • Production :
    • Andergraun Films
    • Lacima Producciones
    • Idéale Audiences
    • Rosa Filmes
  • Image : Artur Tort Pujol
  • Montage :
    • Albert Serra
    • Artur Tort Pujol
  • Musique :
    • Marc Verdaguer
    • Camille Saint-Saëns
    • Jorma Kaukonen
  • Interprète principal : Andrés Roca Rey
Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

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Jérôme Duvivier
Jérôme Duvivierhttps://www.lemagducine.fr/
Chanteur et enseignant en jazz, j’ai une deuxième passion : le cinéma. Un lointain atavisme familial peut-être, puisque Julien Duvivier était mon grand oncle ! Mes critiques sont plutôt des analyses car ce que j’aime avant tout c’est exprimer tout ce qu’il y a à tirer d’une œuvre. Ces analyses sont volontiers descriptives pour que le lecteur puisse revivre le film. Mes héros en cinéma ? Ils sont nombreux et aux quatre coins du globe. Liste non exhaustive ! D’est en ouest, chez les cinéastes vivants : Hamagushi, Bong Joon-ho, Lee Chang-dong, Rasoulof, Nuri Bilge Ceylan, Pawlikowski, Skolimowski, Cristian Mungiu, Béla Tarr, Milos Forman, Kaurismäki, les Dardenne, Jonathan Glazer, Ruben Östlund, Lars Von Trier, Pedro Costa, Jodorowsky, Iñarritu, Francis Ford Coppola… Et chez les anciens : Kurosawa, Ozu, Eisenstein, Kalatozov, Tarkovski, Satyajit Ray, Kiarostami, Murnau, Fassbinder, Fritz Lang, Dreyer, Fellini, Pasolini, Chantal Akerman, Agnès Varda, Bresson, Renoir, Carné, Buñuel, Hitchcock, Kubrick, Bergman, Raoul Ruiz, John Ford, Orson Welles, Buster Keaton, Chaplin… Des chefs d’oeuvre ? "Le voyage à Tokyo", "Barberousse", "Le cuirassé Potemkine", "Quand passent les cigognes", "Nostalgia", "M le Maudit", "L’aurore", "Fanny et Alexandre", "Jeanne Dielman", "Le Bonheur", "Au hasard Balthazar", "L'année dernière à Marienbad", "Le procès", "L’homme qui tua Liberty Valence", "Vertigo", "Le Parrain", "Les harmonies Werckmeister"…

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