Ava, surnom « Le plus bel animal du monde »

Scénarisée par Emilio Ruiz et dessinée par Ana Mirallès, cette BD nous donne une idée de qui était Ava Gardner, la femme aussi bien la que star absolue de son époque. Pour cela, les auteurs ont choisi de la présenter lors d’une visite promotionnelle au Brésil, après le tournage du film La Comtesse aux pieds nus (Joseph L. Mankiewicz – 1954).

Ne trouvant aucune référence à ce séjour d’Ava Gardner, il faut bien dire que cette BD donne l’impression d’une fiction suffisamment bien documentée pour donner l’impression d’évoquer des faits réels, ce qui malgré tout est tout à fait possible. Malheureusement, les auteurs ne donnent aucune indication concernant d’éventuelles sources d’informations.

Arrivée à Rio

L’ascension d’Ava Gardner commence au milieu des années ‘40. En 1954, elle se trouve à l’apogée de sa carrière en tant que star. Elle a déjà voyagé dans de nombreux pays, pour différents tournages – dont Mogambo (John Ford – 1953) en Afrique – et pour la promotions de ses films. En provenance de Cuba, elle atterrit à Rio de Janeiro sans imaginer ce qui l’attend sur place. Dès l’aéroport, une foule de fans et une meute de journalistes s’agglutine autour d’elle, de manière étouffante. Elle est accompagnée de Rene, sa gouvernante et de David son agent qui va devoir lui servir de garde du corps. Avant même d’atterrir, Ava a donné une interview, probablement à un Américain à qui elle explique que si les journalistes disent régulièrement n’importe quoi à propos de sa vie privée, elle ne va jamais jusqu’à la contestation, pour la simple et bonne raison que cela donnerait encore du grain à moudre à la presse. On pourrait imaginer que tout est dit concernant l’attitude de la presse et son rôle dans le fonctionnement du star-system, mais la suite de l’album va nous montrer comment tout cela peut conduire à des situations paroxystiques.

Ava épiée

Bien entendu, si tout le monde attend Ava Gardner à Rio, ce n’est pas systématiquement pour le simple plaisir de la la voir en vrai et éventuellement d’obtenir un autographe ou une interview. Les journalistes ne sont pas à court d’imagination pour obtenir des informations plus personnelles que celles que la star veut bien délivrer. D’autre part, Ava Gardner a son caractère. Et puis, c’est tout simplement une femme qui a des besoins et une vie privée assez tumultueuse. Ce que l’album sous-entend, c’est qu’il est quasiment impossible pour une telle star d’avoir une vie privée au sens où le commun des mortels l’entend. En 1954 l’actrice est poursuivie par les assiduités du milliardaire Howard Hugues (véridique) qui ne lésine pas sur les moyens pour la séduire (cadeaux) mais aussi pour l’espionner (véridique également) afin d’apparaître face à elle aux moments où elle ne s’y attend pas. Mais elle n’en est pas amoureuse, alors qu’elle l’a été du crooner Frank Sinatra (véridique). Malheureusement, leur histoire d’amour est devenue impossible et ils sont sur le point de divorcer (toujours véridique) et en sont arrivés à l’échange de réelles vacheries. D’ailleurs, Ava a déjà en tête de s’installer en Espagne, car elle aime l’ambiance du pays (malgré la dictature franquiste…), la tauromachie et les toreros, dont un plus particulièrement. Et puis, en tant que femme, Ava aime une certaine liberté, ainsi que s’amuser, faire la fête, boire aussi semble-t-il.

Ava à Rio

La BD nous montre donc l’ambiance du Brésil de l’époque (le président de la république s’est suicidé il y a à peine deux semaines, suite à une période de grands troubles dans le pays), même si l’aspect politique n’est que sous-entendu. Quand Ava veut visiter la ville de nuit, accompagnée, elle trouve un taxi et peut même monter jusqu’à la statue du Christ Rédempteur. Cet aspect, peu crédible, s’avère intéressant pour donner une idée de la ville à cette époque.

Ava, la presse et le star-system

Le plus concluant s’avère néanmoins l’exploration de la relation entre Ava Gardner et la presse locale. La star est sous les feux de l’actualité et le moindre de ses faits et gestes est observé, la presse ne se gênant pas pour tout déformer afin de marquer les esprits et favoriser les ventes. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais montre bien l’influence qu’il peut avoir sur le comportement et la mentalité d’une personne devenue une star. Ce que subit Ava est éprouvant et fait monter le stress. Il n’est donc pas étonnant, vu son caractère, qu’elle puisse s’emporter à l’occasion. Et puis, sa position de star l’amène à exprimer quelques caprices, dont elle ne mesure pas forcément les conséquences. Bien entendu, le moindre petit faux pas fait alors les choux gras de la presse. Le pays étant sous tension, la situation devient quasiment incontrôlable. D’où la brièveté du séjour d’Ava.

Un épisode crédible

Le scénario est bien équilibré, pour montrer la situation de la star, la façon dont elle est attendue à Rio et tout ce que cela provoque. Ava Gardner nous est montrée de façon parfaitement crédible, y compris et c’est fondamental, dans la façon dont elle est représentée par Ana Mirallès. Disons que la beauté d’Ava Gardner, qui inspira un joli titre à Alain Souchon (1989) inspire également une BD de qualité au duo Mirallès-Ruiz. Il est clair que du côté d’Hollywood, on se réjouit de ce que le passage d’Ava à Rio déclenche, ce qui montre comment tout le système fonctionne : il faut susciter de l’envie, de la curiosité, pour vendre du rêve. Le rêve, c’est celui d’une femme au physique hors du commun qui vient de tourner un film avec un réalisateur très réputé, qui en plus s’inspire librement de la vie personnelle de sa star. Peu importe donc qu’elle soit à l’origine de quelques malentendus plus ou moins importants, du moment qu’on parle d’elle au bon moment.

Ava : Quarante-huit heures dans la vie d’Ava Gardner, Ana Miralles (dessin) et Emilio Ruiz (scénario)

Dargaud : sortie le 18 octobre 2024

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3.5

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