La Cité de Dieu : une œuvre d’art aux allures documentaires

La Cité de Dieu nous raconte l’histoire d’une favela Carioca. À travers sa narration bruyante et haute en couleurs, le film nous raconte une histoire d’enfance, de vie, une de rêve, ou encore une histoire de mort. Ce film édifiant nous transporte dans un monde aussi fascinant qu’effrayant, et nous donne sans crier gare, une majestueuse claque cinématographique.

Dans le Rio des années 60, la Cidade de Deus, est le théâtre de toutes les violences. Buscapé (fusée) est un jeune artiste de la favela, trop chétif pour se frotter au banditisme, il se rêve photographe. A travers son objectif, il nous raconte, l’histoire de la Cité de Dieu et des enfants qu’elle a vu naître. Un récit de guerre de gangs, d’amitié, de trajectoires différentes, de désarroi, mais aussi d’espoir.

Bienvenue à la Cité de Dieu

Notre voyage dans la Cité de Dieu ne nous laisse aucun répit. De la scène d’ouverture à la scène finale, les enchaînements de séquences donnent le tournis. Derrière la caméra, Fernando Mereilles et Katia Lund, enchaînent les choix audacieux en alternant les zooms, les dézooms et les travellings dans une abondance de détails et de bruits. Ce rythme effréné semble donner au spectateur une sensation de mouvement, une impression de courir au même titre que les personnages qui sont toujours dans la fuite ou la poursuite. Dès lors, le récit peut sembler confus, mais il est en réalité minutieusement orchestré, presque chorégraphié. Dans la cité de Dieu, chaque détail a son importance. Outre la mise en scène, le ton du film semble alterner entre un ton grave et dénonciateur et un presque trop-plein d’actions que l’on peut retrouver dans les films de mafia ou au centre des films de Scorsese.

Une succession de chapitres, sous la forme de flashbacks, dressent le portrait de différents protagonistes pour nous raconter l’histoire de cette favela qui a tant souffert. Ces flashbacks sont accompagnés d’une narration en voix-off qui semble raconter une légende urbaine. La Cité de Dieu semble trouver un équilibre intéressant entre un film d’action et un film à vocation documentaire. La représentation d’une « guerre des gangs » dans la Cidade de Deus, ne relève malheureusement pas de la pure fiction sinon d’une dure réalité qui persiste aujourd’hui au Brésil. Le film vient dès lors souligner les difficultés inhérentes à une naissance, une vie dans les favelas et représenter les nombreux destins brisés par l’héritage transgénérationnel d’une « loi du plus fort ».

La réalisation est empreinte d’une certaine vérité frôlant même, de très près, le réalisme. Malgré cela, c’est également un film porteur d’espoir. Avec le personnage de Buscapé, le film offre, par-dessus tout, une magnifique ode à la rédemption et au rêve. Tant dans la théorie que dans la pratique, la Cité de Dieu, démontre que par-delà la réalité violente des favelas, il y existe aussi une autre vie, d’autres possibilités.

La Cité de Dieu, 10 ans après

En 2013, une décennie après la sortie remarquée du film, le documentaire La Cité de Dieu, 10 ans après voit le jour. Réalisé par Luciano Vidigal et Cavi Borges, il s’intéresse à l’impact du film sur la vie des acteurs.

Lorsque l’on visionne ce documentaire, les choix de castings, effectués 10 ans auparavant, prennent tout leur sens. La grande majorité des protagonistes de la Cité de Dieu sont incarnés, non pas par des acteurs professionnels, mais par des jeunes issus eux-mêmes de favelas. C’est un choix qui vient apporter une forme de pureté, quelque chose de cru au film.

Dans le documentaire, de nombreux témoignages d’acteurs sont recueillis. Tous témoignent des contradictions qu’ils ont observées entre la vie de rêve à Cannes, la quadruple nomination du film pour un Oscar et le retour à la réalité des favelas. Il est fait référence à la cruauté du monde du cinéma : passer d’une star à vivre dans un milieu hostile, avec la « guerre autour de soi ».

Certains déplorent une glamourisation des favelas alors que d’autres attribuent l’ouverture des favelas au tourisme à la Cité de Dieu. Ces immenses quartiers, longtemps ignorés, sont devenus sources d’attraction et de fascination depuis la sortie du film dans les années 2000. Pourtant, ce scénario est une réalité de vie pour les acteurs, pas une scène fictive au service du divertissement. Ces derniers racontent leurs difficultés à se détacher du film, qui est une référence immense dans le cinéma brésilien et international. Pour certains, la Cité de Dieu, a été un tremplin professionnel, une ouverture vers une évolution dans le monde de l’art et de la télévision, allant jusqu’à Hollywood dans quelques cas exceptionnels. Pour d’autres, le film ne représentait qu’une opportunité financière et demeure aujourd’hui un souvenir regretté et empreint de nostalgie.

Ce beau documentaire permet de comprendre l’histoire de ces favelas et de comprendre ce que la caméra ne nous raconte pas. Il ouvre notamment une discussion sur les difficultés qui persistent pour une personne brésilienne, noire et née dans une favela, de se démarquer dans un pays aussi multiculturel que divisé. La Cité de Dieu est en conclusion un film quasi-documentaire et au ton politique qui restera à jamais dans les annales du cinéma international indépendant.

Bande-annonce : La Cité de Dieu

Fiche technique : La Cité de Dieu

Titre original : Cidade de Deus
Réalisation : Fernando Meirelles, coréalisé avec Kátia Lund
Scénario : Bráulio Mantovani d’après le roman de Paulo Lins
Avec Alexandre Rodrigues, Leandro Firmino da Hora, Seu Jorge…
Photographie : César Charlone
Montage : Daniel Rezende
Musique : Ed Cortês, Antonio Pinto
Producteurs : Andrea Barata Ribeiro, Mauricio Andrade Ramos, Elisa Tolomelli
Sociétés de distribution : Miramax Films (États-Unis), Mars Films (France), Walt Disney Studios Mot
12 mars 2003 en salle | 2h 15min | Policier, Drame

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