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Bilan séries 2016 : les meilleures nouveautés

2016, une année riche en nouveautés, voici le compte rendu de notre top des meilleurs séries TV Westworld, This is us, The Night Of, The Young PopeStranger Things et plein d’autres encore.

Après 366 jours marqués par un début assez macabre (morts de célébrités en chaîne) ou des événements tout aussi troublants qui ont affectés l’actualité internationale tels que Trump, Orlando, Alep, les Panama Paper, le Brexit, maintenant George Michael et Carrie Fisher… etc , il nous faut faire le point sur une autre actualité que nous pouvons et devons couvrir : ce qui a marqué l’année séries 2016. La rédaction s’est penchée sur 5 meilleures nouveautés qui méritent le projecteur. L’ordre est aléatoire et ne représente aucunement un top hiérarchisant. Les votes ont concerné 28 nouveautés principalement américaines et européennes.

Bilan séries 2016 selon la rédaction

 This is us

Actuellement 10 épisodes sur 18 ont été diffusés, elle reprendra le 10 janvier. Créée par Dan Fogelman (scénariste de Crazy Stupid Love et Raiponse), elle marque le retour de Milo Ventimiglia (Heroes, Gotham, Chosen) et Justin Hartley (Gilmore Girls, Revenge, Mistresses) et déroule sur deux temporalités, trois générations d’une famille de triplés… Plus grand succès NBC depuis des décennies, This is us est une comédie dramatique de 45 minutes.

Antoine Mournès : « Une ode sensible à la vie, des contradictions existentielles qui nous sont à chacun propre, la métaphore de l’ambition dans un des meilleurs shows jamais réalisés »

Maxime Kasparian : « Une nouveauté NBC drama-familiale sans le côté dramatisation à tout va célèbre dans ce genre de network. Simple, sincère, riche en émotion. Il peut ne rien se passer de trépident, et pourtant on apprécie ces relations, ces valeurs et convictions (certes très américaines parfois dans le cliché) mais qui fait très vite chaud au cœur et nous oblige à continuer »

Louis Verdoux : « Une fable émouvante, sensible et humaniste remarquable. Jamais cliché ni larmoyante. Une grande œuvre »

Pascal J-h C Topige : « Une série d’extrême qualité, du propos tenu au dialogue/monologue/déroulé. Un jeu d’acteur à cru pour un casting à point et une réalisation rarement excessif et omniprésente, mais souvent valorisant le scénario. La série brille par sa simplicité, son authenticité, l’audace et le courage d’évoluer sur une Network à l’heure du grand élitisme apporté par les plateformes de streaming et les papis du câble! Bravo! »

Perrine Mallard : « Une série “feel good” qu’on a pu déguster entre les fêtes de famille, humaine et optimiste, This Is Us fait chaud au cœur et émeut. Si honnête et simple qu’on lui pardonne ses quelques manques de subtilité. »

 Westworld

Le projet HBO, qui selon la rumeur a comme ambition de contrer l’arrêt de Game of Thrones prévu pour 2018 et une saison 8, est connu depuis plus d’un an, ce qui nous a tous permis de nous replonger dans Mondwest, le film original de Crichton. J.J. Abrams à la production, Jonathan Nolan (petit frère prodige de Christopher) et son épouse scénariste Lisa Joy aux commandes pour une pléiade d’acteurs confirmés : Anthony Hopkins, Sidse Babett Knudsen, Ed Harris, Thandie Newton, Evan Rachel Wood… Lorsque le scénario de Jurassic Park côtoie l’anticipation, la science-fiction et le western. On obtient un succès assuré…

Antoine Mournès : « Bien que trop discursif, cette adaptation a su déployer une énergie monstre en créant l’addiction… »

Grégoire Lemaitre : « HBO frappe (très) fort avec cette première saison, où l’on assiste fasciné à la naissance d’une conscience décortiquée. »

Clément Fauré : « Portée par des acteurs exceptionnels, mais sans être totalement novatrice la série ouvre tout de même de superbes perspectives dans l’anticipation »

William Ducrois : « Une série ambitieuse, à l’esthétisme soigné, à la thématique riche et captivante. Une première partie d’exposition un peu longue mais une seconde partie riche en révélations. »

Louis Verdoux : « Un scénario plutôt intéressante notamment dans son uchronie plutôt bien traitée. L’esthétique est très soignée, que ça soit dans les décors, la photographie et les effets visuels. Malgré tout, comme toutes productions HBO, elle souffre d’un rythme bâtard, parfois longuet et effréné. »

Jimmy Martin : « La série la plus ambitieuse vue depuis Lost. Une direction artistique au top qui égale d’ores et déjà la super machine Game of Thrones. »

Perrine Mallard : « Bien que pas révolutionnaire dans son sujet, la série intrigue et les acteurs, notamment la captivante Thandie Newton, sont remarquables mais Westworld déçoit par un rythme inégal et des twists scénaristiques parfois grossiers et superflus. »

Vincent Baudart : « Après un début qui augurait le meilleur, la séries s’enlise dans des développement superflus, du spectaculaire outrancier et une intelligence de façade. Jonathan Nolan à son meilleur, avec tout les avantages et les inconvénients que cela implique. »

Maxime Thiss : Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un Nolan, Westworld est une série qui se croit plus intelligente qu’elle n’est et qui marquera les esprits que par sa deuxième partie de saison où les twists s’enchaînent en mode roue libre. A côté de ça, on se demande où est passé le budget tellement la direction artistique est pauvre.

The Night Of

L’événement sériel de l’été était cette mini-série HBO de 8 épisodes entre 57 et 96 minutes. Le rappeur et acteur Riz Ahmed n’en est pas à son premier passage à l’écran, mais il est évident que son rôle de l’étudiant « naïf » Nasir Khan l’a révélé au grand public. Débutant comme un rapide road movie urbain et nocturne, le show nous propose une mécanique subtile sur le système judiciaire américain.

Julien Dugois : « Grâce à son écriture soignée qui assure un réalisme et une portée sociologique fascinantes, The Night Of s’impose comme la meilleure série judiciaire de ces dernières années »

Marush Ka : « Comment la machine judiciaire et ses rouages implacables font basculer le destin d’un homme. Bluffant et génial »

Kévin List : « Manque parfois de finesse, mais les différentes strates de l’administration judiciaire et du processus d’enquête policière rend cette série fascinante, aidée par un style visuel froid et anxiogène qui donne matière à réflexion. Excellente performance des acteurs, Riz Ahmed et John Turturro en tête. »

Maxime Thiss : « La plus belle réussite de HBO de l’année. Une mini-série judiciaire rudement efficace desservi par un casting impeccable. »

Sara Art : « Porté par un casting incroyablement talentueux, TNO radiographie les lents engrenages d’un système judiciaire à la dérive. Cette mini-série en mode “true crime” ne fait pas que vous inviter dans une cellule de prison elle en verrouille aussi la porte. »

The Young Pope

En compétition au festival de Cannes depuis son 2ème long-métrage, Paolo Sorrentino a obtenu une notoriété internationale depuis son oscar du meilleur film étranger avec La grande bellezza en 2011. Après David Lynch, Hitchcock, Barry Levinson, Altman, Tarantino, Cameron, Soderberg… Sorrentino se lance à la conquête du petit écran avec cette série franco-italo-espagnole qui a divisé la rédaction. Judd Law incarne un nouveau Pape dans une peinture noire de la religion, aux côtés de Cécile de France, Diane Keaton, James Cromwell et Ludivine Sagnier.

Antoine Mournès : « Apathique, lent et grossier, c’est un comble de devoir survivre à 4 épisodes avant d’apprécier le potentiel qui reste encore à défendre »

Marush Ka : « La perle de cette fin d’année. Parfait en tous points (esthétique, dialogues, interprétation, ton). Dommage que les derniers épisodes s’égarent »

Julien Dugois : « Aucune portée théologique ni morale, juste l’histoire d’un connard habillé en blanc. Quel intérêt ? »

Sara Art : « Une série somptueuse, décalée et déroutante avec au centre ce « Jeune Pape » complètement hallucinant, machiavélique et rock n’roll. Décrit par Sorrentino comme un personnage «rusé et naïf, à l’ancienne et pourtant très moderne, à la fois doutant et résolu, ironique, pédant, blessé et impitoyable», un paradoxe intriguant à suivre dans la prochaine saison. »

Alexandre Léaud : « The Young Pope est une œuvre à part entière de Paolo Sorrentino. Il traite complètement ses thèmes (le divin, la mort) tout en faisant une série de qualité. Jude Law y est à son meilleur, épatant à chaque nouvel épisode. »

Stranger Things

Netflix bouleverse une fois de plus le petit écran avec cette série estivale de 8 épisodes créé par les frères Duffer, jeunes scénaristes de science-fiction et films d’horreur. Après leur premier long-métrage Hidden tourné en 2012 et sorti 3 ans plus tard, M. Night Shyamalan les engage pour écrire la saison 2 de Wayward Pines. Ils s’approprient l’univers de Spielberg, Carpenter, Stephen King ou encore George Lucas avec Stranger Things qui rend hommage à la pop culture des années 80. Une deuxième saison est en préparation…

Julien Dugois : « Un splendide hommage au cinéma des années 80, mais trop limité par ce seul concept. »

Maxime Kasparian : « Un chef-d’œuvre proposé par le célèbre Netflix qui enchaîne les succès et petites pépites. Plaisir de replonger dans les références SF des années 80, à Spielberg, tout en apportant de l’originalité, de la créativité au format long-télévisuel »

Louis Verdoux : « Ou la preuve que pomper allègrement sans aucune once de créativité n’est pas gage de qualité. Jamais on n’en reparlera »

Kévin List : « Une série délicieusement référencée, parfois à outrance empêchant la série de trouver son style, autre que dans l’hommage. Ça manque de singularité mais cette dose de rétro fait un bien fou et redonne ses lettres de noblesse aux « films avec des gamins confrontés au monde adulte ». »

Clément Fauré : « Agréable retour enfantin dans les années 80 d’une esthétique très soignée »

Gabriel Mabille : « Une série pour les nostalgiques des eighties, sur l’imaginaire, le pouvoir de la suggestion et le monde de l’enfance. […] Une version un peu plus mainstream du tout aussi étonnant et très étrange It Follows de David Robert Mitchell. Les frères Duffer permettent à Netflix d’avoir enfin un argument de poids dans son catalogue avec cette création originale récente qui a marqué l’année 2016 de son empreinte. »

Perrine Mallard : « Une très bonne surprise de la part de Netflix, qui certes, manque peut être d’une personnalité propre mais qui tient la route et nous captive jusqu’a la dernière minute. Mention spéciale pour les enfants qui jouent toujours juste. »

William Ducros : « Un rythme sans temps mort, des personnages attachants, une histoire maîtrisée. Même si la série reprend les codes et l’ambiance année 80 avec des enfants héros, les tenants et aboutissements sont bien trouvés. »

Mentions Spéciales 

Encore plus de séries U.S.

La première saison d’une nouvelle anthologie signée Larry Karaszewski (scénariste de Ed Wood, récompensé pour Larry Flynt en 1996, et Big Eyes) et produite par Ryan Murphy retrace relativement habilement, entre tumulte historique et réalisme poignant, les affres du procès d’O.J.Simpson, célèbre joueur de base-ball et acteur, accusé d’avoir tué son ex- femme et son amant.

Quarry
Inspirée par les romans éponymes écrits par Max Allan Collins et diffusée à la rentrée 2016 sur Cinemax et OCS en France, la série, à la manière de Rectify, conte le retour d’un soldat en 1972 à Memphis qui subit le rejet de ceux qu’il aime… Le réalisateur Greg Yaitenes a collaboré sur des séries de renom telles que Dr House, Lost, Prison Break, Heroes ou encore Bones ou Les Experts. Seul deux des douze romans de la collection ont été traduits en français : Primary Target (Un candidat de choc) et The Last Quarry (Un dernier pour la route). Tout porte à croire qu’une deuxième saison serait en route..?

En cette fin d’année, pour les fêtes, Netflix est une fois de plus au coeur de l’actualité. The OA, créée par Brit Marling (I Origin, Babylon, Another Earth) et Zal Batmanglij, mélange les genres pour faire vivre au spectateur une expérience de synesthésie sans précédent. Malgré quelques fuites et maladresses qui nous décroche du récit principal, la série suit les traces sensitives de Sense8 pour nous proposer un combat épique pour sa propre survie de l’ordre du « divin ».

Du côtés hexagonal

Les Grands
Triplement récompensé à La Rochelle au Festival de la fiction tv (deuxième plus grand événement après Monaco), cette comédie dramatique de 10×20′ OCS retrace la dernière année scolaire de 5 collégiens en classe de troisième. Drôle, incroyablement touchant et percutant, cette nouveauté française touche en plein coeur. On attend impatiemment la saison 2, dont le tournage s’est terminé en novembre dernier.

Les créateurs suédois dont on leur connait la cultisme Bron (/Tunnel/The Bridge) s’associent avec Canal + pour un thriller sophistiqué en plein été arctique. Contredire le clair obscur remet en question nos certitudes et le voyage est saisissant. Meilleur démarrage depuis Tunnel et portée par une Leila Bekthi époustouflante, cette nouveauté franco-suédoise à la frontière du fantastique, dont une saison 2 est déjà sur papier, reste à être validée par la chaîne câblée française. Si vous avez aimé Occupied, X-Files et la saga Millenium

Au-delà des murs
La mini-série franco-belge Arte au format exceptionnel, 3×45′ est une prouesse du genre. Jamais les français n’auront réussi à nous reconstitué une atmosphère visuelle aussi pesante, entre Lovecraft et Edgar Allan Poe, depuis Maupassant, Prospère Mérimé ou Victor Hugo. Véritable puzzle psychologique, escape game et conte intemporel créé par Hervé Hadmar et Marc Herpoux…

Outre-Manche

Fleabag
2016 aura été une année propice pour Phoebe Waller-Bridge, jeune dramaturge, actrice et scénariste/réalisatrice anglaise, car depuis son apparition dans La Dame de Fer au côté de Meryl Streep en 2011 et la saison 2 de Broadchurch en 2015, elle a créé deux sitcoms d’un nouveau genre à succès : Crashing et Fleabag. La deuxième est une véritable perle d’humour noir et d’autodérision par les studios Amazon. Quelle plaisir d’ailleurs de revoir Olivia Colman en belle-mère exécrable. A voir et revoir sans modération !

The Collection
Oliver Goldstick, producteur exécutif sur Pretty Little Liar et Ravenswood (oui l’amitié avec I. Marlene King est certaine!), a réussi à réunir la BBC, Amazon et France 3 pour une série historique à l’élégance tirée entre quatre épingles. Sombrement soyeuse, malgré quelques maladresses, The Collection recontextualise les heures de gloire de la mode et du luxe sur fond de soap policier. Avec Alix Poisson (Parents Mode d’emploi, Disparue), Alexandre Brasseur, Sarah Parish, Tom Riley (Da Vinci’s Demons) et Richard Coyle (The Fall).

Brief Encounter
Adaptée d’une histoire vraie, celle de Jacqueline Gold qui est devenue riche femme d’affaire avec sa marque de produits érotiques Ann Summers, la comédie dramatique, créée par le duo féminin Oriane Messina et Fay Rusling, a des allures de soap opéra, mais n’en que le générique. Brief Encounter déploie des personnages touchants et une sensible histoire qui ne peut guère nous laisser indifférent au travers cette mère célibataire trompée, à l’ambition contredite par des mentalités trop étriquées. On retrouve la sublime Penelope Wilton (Downton Abbey, Doctor Who…) !

Passengers, un film de Morten Tyldum : Critique

Après le biopic à Oscars, le réalisateur Morten Tyldum se lance avec Passengers dans le blockbuster estampillé SF. Avec savoir-faire, il livre une romance classique mais sympathique pour finalement tomber très vite dans le grand n’importe quoi.

Synopsis : L’Avalon est un vaisseau faisant route vers une lointaine planète colonisée. À son bord, plus de 5 000 passagers sont plongés dans un coma artificiel, afin de supporter ce périple de 120 ans. Mais durant le voyage, une capsule d’hibernation dysfonctionne et réveille son occupant, James Preston, 90 ans trop tôt. Devant faire face à l’incapacité de se « rendormir » et donc à une dure réalité, il va devoir y mener sa vie en solitaire. Au bord de la déprime, il décide de réveiller Aurora Dunn, une jeune femme dont il est tombé éperdument amoureux. Ainsi commence pour les deux passagers une longue existence isolée de tous, que menacent les nombreuses avaries du vaisseau…

Une rafraîchissante romance spatiale qui part à la dérive

Pour son premier long-métrage en langue anglophone (Imitation Game), Morten Tyldum était entré par la grande porte. Et pour cause, le cinéaste norvégien a su se faire remarquer par les studios hollywoodiens en livrant un biopic à Oscars (huit nominations, dont Meilleur scénario adapté en poche), mené d’une main de maître par Benedict Cumberbatch. Une œuvre certes imparfaite mais qui convainquit les producteurs de lui donner les rênes d’un projet bien plus ambitieux. Un blockbuster à gros budget (120 millions de dollars) se déroulant dans l’espace tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick. Mais le bonhomme avait-il suffisamment d’épaules pour y porter un tel projet ? Si le savoir-faire est au rendez-vous de ce Passengers, Tyldum n’aura pas su se démarquer de la machine hollywoodienne pour permettre à son film de s’envoler au-delà des étoiles.

En même temps, de la part du producteur Neal H. Moritz (Fast & Furious, xXx, Urban Legend, Souviens-toi… l’été dernier), il ne fallait vraiment pas s’attendre à monts et merveilles !  Les nombreuses bandes-annonces annonçaient la couleur, en dévoilant un divertissement alliant romance et action spectaculaire qui préfère en mettre plein la vue plutôt que de mettre en avant les thématiques propres à Philip K. Dick. S’il existe des exceptions (Blade Runner, Total Recall et Minority Report), les adaptations de l’auteur n’ont jamais réussi à lui faire honneur au cinéma. Et Passengers ne déroge pas à la règle en se présentant au public tel un film d’une banalité scénaristique désespérante. Pire, le script ne reprend que les premières lignes de la nouvelle (un homme se réveillant lors d’un voyage spatial de plusieurs décennies) pour emmener le tout en pleine foire des clichés hollywoodiens : romance prévisible, répliques téléphonées… Si vous pensiez avoir de l’intelligence ou même ne serait-ce qu’une once de suspense, vous vous êtes tout bonnement trompés de séance !

Pourtant, le film captive, du moins dans sa première partie. Malgré son classicisme aussi gros qu’une maison, Passengers possède suffisamment d’atouts en poche pour être un blockbuster efficace dans ce qu’il entreprend. À savoir mettre en scène une romance qui tient la route, notamment grâce à un couple vedette diablement glamour. Si Chris Pratt a encore du chemin à parcourir au niveau de son jeu d’acteur en matière de dramatisation, il sait y faire en matière de décontraction. Quant à Jennifer Lawrence, elle n’a décidément plus rien à prouver quant à ses talents de comédienne tout-terrain. À eux deux, ils forment un duo attachant que l’on a envie de voir évoluer dans ce somptueux vaisseau, mis en images par le biais de très bons décors et effets spéciaux. Le tout plongé dans une ambiance hypnotisante, se balançant entre les compositions mystérieuses de Thomas Newman et de la légèreté plus que bienvenue (principalement amenée par le personnage de Michael Sheen). Bref, vous l’aurez compris : Passengers se révèle être une romance très sympathique et touchante, par moments envoûtante avec ces plans spatiaux et qui mérite l’achat du ticket.

Malheureusement, la seconde partie vient tout gâcher, et pas qu’un peu ! Jusque là cantonné à son histoire d’amour, Passengers dévie vers l’action pure et dure mais surtout le grand n’importe quoi n’ayant tout simplement aucun sens. Tentant de régler les problèmes rencontrés par le vaisseau le conduisant à sa perte, les deux héros vont alors enchaîner des péripéties d’une invraisemblance grotesque. L’ensemble a beau se montrer tendu avec ses effets spéciaux et sa musique, c’est plutôt l’ennui qui pointera le bout de son nez, à cause d’un montage sans génie, de répliques qui feront plus rire qu’autre chose et de tant de clichés délivrés à la pelle que cela en devient indigeste. Et même si la romance reprend le dessus sur la fin, elle ne fonctionne plus du tout, Passengers étant tombé dans le ridicule le plus abyssal qui soit. Il suffit de voir les dernières minutes du film pour s’en rendre compte, ce dernier proposant un rôle très minimaliste à Andy Garcia (même pas 5 secondes à l’écran) et nous jetant à la figure une morale écologiste sortie de nulle part. « Quel beau gâchis » seront sans nul doute les mots qui vous viendront à l’esprit aussitôt le générique de fin commencé.

Surtout qu’à la vue de sa première partie, Passengers avait tout ce qu’il fallait pour finir l’année 2016 non pas en beauté (n’exagérons rien !) mais avec savoir-faire. Cependant, bien qu’il ait eu le talent nécessaire à mener ce blockbuster à bien, Morten Tyldum n’aura pas su se défaire d’un cahier des charges hollywoodien imposant action démesurée et happy end niaiseux, avec lesquels il n’est pas encore habitué. Peut-être pour la prochaine fois ! Mais ne vous inquiétez pas : si vous voulez une nouvelle adaptation de Philip K. Dick qui promet, nous vous conseillons de patienter jusqu’au 4 octobre prochain, date à laquelle sortira le très attendu Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Car là, comme peut déjà en témoigner la première bande-annonce, le chef-d’œuvre de science-fiction est quasiment à portée de mains !

Passengers : Bande-annonce

Passengers : Fiche technique

Titre original : Passengers
Réalisation : Morten Tyldum
Scénario : Jon Spaihts, d’après la nouvelle Le voyage gelé de Philip K. Dick
Interprétation : Jennifer Lawrence (Aurora Dunn), Chris Pratt (James ‘Jim’ Preston), Michael Sheen (Arthur), Lawrence Fishburne (Gus Mancuso), Andy Garcia (Morris), Kimberly Battista (l’officier Fitzgerald), Jamie Soricelli (une passagère), Aurora Perrineau (Céleste)…
Photographie : Rodrigo Prieto
Décors : Guy Hendrix Dyas
Costumes : Jany Temime
Montage : Maryann Brandon
Musique : Thomas Newman
Producteurs : Stephen Hamel, Michael Maher, Ori Marmur et Neal H. Moritz
Productions : Columbia Pictures, LStar Capital, Village Roadshow Pictures, Original Film, Company Films, Start Motion Pictures et Wanda Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 120 M$
Durée : 116 minutes
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 28 décembre 2016

États-Unis – 2016

 

Les meilleurs films 2016 : Notre top 20

Chacun a fait son top 10 annuel de ses films préférés, et une fois cumulés il apparaît que The Revenant, The Neon Demon ou encore Les 8 Salopards sont les plus cités, sans forcément être aimés de tous.

Et voilà, 2016 s’achève. Cette année laisse derrière elle le souvenir de fortes émotions, bonnes comme mauvaises. Parmi elles, on retiendra notamment les longues conversations endiablées entre spectateurs assidus car, contrairement aux dernières années, aucun des plus gros succès au box-office n’a su faire l’unanimité. Au contraire, il semble même que plus un film soit haut placé dans nos votes individuels et moins il ait fait consensus à l’échelle collective.

Top 20 des meilleurs films 2016 selon la rédaction:

N°1 : THE REVENANT
D’Alejandro González Iñárritu
(sorti le 24 février)

Antoine D. : Un survival doloriste sublimé par DiCaprio mais dont la propension à l’autosatisfaction de tourner d’Iñarritu empêche le spectacle total ou le chef d’œuvre.
Antoine M. : Sublimé par la caméra fluide et légère de Lubezki qui vient capter tel un papillon l’instinct de survie d’un Occidental en terre inconnue, The Revenant déploie sa force naturelle, telle un volcan en constante irruption, par le jeu d’un très très grand acteur.
Hervé : Une première heure formidable dans l’opposition entre des Blancs carnassiers et des Indiens proches de la nature. La partie « survival » vient hélas plomber le film.
Louis : Summum d’immersion et d’esthétique, The Revenant crève l’écran pour fusionner avec le spectateur, lui faisant vivre mille maux. Photographie exceptionnelle, performance et réalisation jusqu’au boutiste, un film de malade !
Marushka : Un film immersif et éprouvant où tout le monde donne tout, des acteurs au réal en passant par le chef op’…

N°2 : THE NEON DEMON
De Nicolas Winding Refn
(sorti le 8 juin)

Hervé : Un film surtout intéressant pour tous les mystères qu’il met en scène, toutes ces questions sans réponse qui troublent le spectateur.
Julien : Un exercice de style aussi insipide que le jeu de son actrice principale. On a définitivement perdu l’auteur de Pusher, tombé du coté obscur du cinéma tape-à-l’œil!
Kévin L. :
Cette maîtrise visuelle refnienne couplée à une critique -certes simpliste- du monde de la mode est l’un des plus beaux moments de subversion de l’année.
Maxime T.
: L’égotrip fantasmagorique de NWR. La radicalité et l’esthétisme poussés à leurs extrêmes pour nous offrir l’œuvre la plus marquante de l’année et de son réalisateur, le tout teinté d’un aspect autobiographique.
Sébastien
: NWR est Jessy et Jessy est NWR. Un ego surdimensionné qui court à sa perte dans un déluge visuel et thématique proche de la sorcellerie fascinant. Film malade incroyable.

N°3 : LES 8 SALOPARDS
De Quentin Tarantino
(sorti le 6 janvier)

Jimmy : Plus de sang, plus de huis-clos, plus de salopards : le plus tarantinesque des Tarantino n’en reste pas moins un Tarantino !
Kévin L. : Trois heures de grand spectacle pour un film dans la pure tradition des films de Tarantino : Jubilatoire, d’un cynisme noir absolu et d’une profondeur remarquable.
Louis : Image magnifique mais récit en roue libre. Tantôt jouissif dans sa seconde partie mais désespéramment long dans sa première partie. Les acteurs sont parfaits.
Marushka : Énorme déséquilibre. Beaucoup trop long dans sa première partie, trop gore et expéditif dans la seconde. Et Tim Roth cabotine!
SébastienL’histoire de l’Amérique et sa relation à la violence vue et revue par Tarantino. Un film somme, qui à défaut d’être passionnant, a une qualité divertissante dont seul l’américain a le secret, par un mélange des genres fluides et des ruptures de tons caustiques.

 

N°4 : MADEMOISELLE
De Park Chan-Wook
(sorti le 1er novembre)

Hervé : Un souci esthétique certain mais une volonté trop manifeste de choquer, un pseudo-érotisme qui se révèle être une coquille vide.
Kévin L. : La violence psychologique qui se dégage de cette arnaque triangulaire est la réussite de ce film. Park Chan-Wook nous offre une nouvelle œuvre au scénario retors et à la sensualité folle.
Marushka : Trop de twist tue le twist. Difficile de ne pas décrocher avant la fin de la troisième partie malgré une grande beauté formelle et une esthétique sublime.
Sébastien : Une mise en scène et une direction artistique inventive, un récit surprenant mais le mauvais goût parfois potache enlève toute trace d’émotion ou de poésie.
Vincent : Flamboyant film d’arnaque ou Park Chan Wook développe une narration en gigogne délirante tout en mettant en avant son amour manifeste pour le « mauvais goût ».

N°5 : ELLE
De Paul Verhoeven
(sorti le 25 mai)

Jimmy : D’une liberté folle et d’un réalisme cru, Verhoeven réussit une fois de plus à mettre en doute toutes nos convictions les plus profondes. Le retour d’un immense artiste avec, en prime, la plus grande de notre actrices !
Kévin L. : Un thriller bourgeois magnifié par la force et l’esprit tordu de Paul Verhoeven. S’il manque un chouia de tension et de suspense, on peut compter sur la perversité d’une Isabelle Huppert magistrale.
Louis : Intéressant pour le fond jouant sur la perversion des individus mais filmé comme un téléfilm France 3 avec une tension ridicule et des acteurs froids comme la glace. Pas agréable.
Sébastien : Verhoeven qui contamine de son emprise et de sa perversité les clichés du cinéma français. Imparfait, mais emmené par une Isabelle Huppert toujours aussi féline et froide.
Zoran : Une tension bien trop superficielle pour un casting mitigé. Une résolution bien trop rapide, une énumération de faits au final inabouti.

 

N°6 : THE STRANGERS
De Na Hong-Jin
(sorti le 6 juillet)

Antoine M.  : Ahurissant par la multitude des tons toujours en parfaite équilibre, ébouriffant par la nature grossière du personnage principal pris dans une spiral descendante jusqu’à l’enfer de Dante.
Hervé : Film éblouissant, mélangeant les genres (de la comédie burlesque à l’horreur en passant par le drame familial) pour créer une œuvre unique, dérangeante, un labyrinthe sans sortie.
Jimmy : Dans le genre du thriller coréen poisseux, Na Hong-Jin fait preuve d’une imperfectible maîtrise formelle. The Strangers en est la plus belle preuve.
Julien : Tout ce que le cinéma fantastique peut offrir de meilleur en un seul et même film. Mieux qu’un chef d’oeuvre : la quintessence d’un genre.
Sébastien : Au départ, on pense se taper un énième polar sud-coréen bien troussé. Mais l’abime du fantastique chamanique surgit et on se prend une grosse gifle de suspense.

 

N°7 : ZOOTOPIE
De Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush
(sorti le 17 février)

Antoine D. : Les génies de Disney assènent avec la grâce de l’animation, une belle attaque contre les inégalités de notre société. Très réjouissant.
Antoine M. : La personnification comme leitmotiv pour une adresse aux enfants sommes toutes attendrissantes, mais malheureusement peu singulière. Preuve en est, le seul sourire est repris dans la bande annonce…
Kévin L. : La construction de cet univers anthropomorphique donne toute la saveur de ce nouveau Disney. Sans compter son intrigue policière détonante qui renouvelle la patte du studio aux deux grandes oreilles.
Maxime K. : Un dessin animé qui mélange modernité et nostalgie en traitant de notre actualité en se réinventant et en ramenant à la mode l’animation animalière qui a fait le succès des années 90.
Zoran : Même si plutôt commun sur la forme, toutes les références sont magiques, notamment celle du Parrain. Des punchlines de partout, des touches humoristiques justes.

 

N°8 : PREMIER CONTACT
De Denis Villeneuve
(sorti le 7 décembre)

Antoine D. : Villeneuve tisse avec un sujet de pure science-fiction, une analyse pertinente sur l’importance du langage. Solide et puissant.
Béa : Un questionnement philosophique sur le temps. De la SF intelligente ET jubilatoire qui ne prend pas le spectateur pour des chèvres…
Grégoire : Quête discursive et stylisée, Premier Contact est un grand film sur les liens si spéciaux qui unissent pensée et langage.
Hervé : A une esthétique remarquable et très travaillée se rajoute une réflexion sur le langage et la communication. Dans le genre, pas vu mieux depuis Rencontres du 3ème Type de Spielberg.
Kévin L. : Denis Villeneuve confirme qu’il est l’un des cinéastes actuels les plus intéressants de sa génération. Premier Contact est une œuvre de SF grandiose, complexe et traitée avec justesse.

N°9 : NOCTURAMA 
De Bertrand Bonello
(sorti le 31 août)

Béa : Plus qu’un film, Nocturama c’est du cinéma avec de multiples propositions de la part de Bertrand Bonello qui joue de manière incroyable sur le temps, la lumière, la musique et offre une œuvre puissante sur un sujet casse-gueule.
Julien
: Un casting prometteur et une mise en scène virtuose qui nous immergent dans un suspense haletant qui atteint son paroxysme dans un final ahurissant dont on ne ressort pas indemne.
Louis : On voudrait plus de films sur le terrorisme, mais pas de cet acabit. La tension est mal dosée tandis que le montage anarchique n’arrange rien. Malgré le charisme des interprètes, le fond reste survolé et le manque de budget se fait ressentir.
Marushka : Intrigant et original. On a envie de se laisser porter mais on ne comprend pas réellement où le film veut en venir dans son propos. Belle construction scénaristique, visuel solide.
Sébastien : Du vrai cinéma. Bonello ne tombe pas dans le piège du film pédagogique et établit une véritable œuvre à contre-courant qui voit le terrorisme comme acte de communion des communautés.

 

N°10 : JUSTE LA FIN DU MONDE
De Xavier Dolan
(sorti le 21 septembre)

Antoine D. : Dolan innove, perturbe, choque et assoit un florilège d’émotions à travers une banale querelle familiale. Brillant.
Béa : Égal à lui-même, Dolan est dans l’outrance, et ça marche. Ici, ce sont les (très) gros plans qui traduisent l’incommunicabilité et l’étouffement. En tous points fidèle à la pièce de Jean-Luc Lagarce, il a réussi à en traduire les hésitations, les réécritures, et à sublimer les dialogues quasi-fragmentaires du dramaturge.
Chloé : Clairement pas un grand Dolan. Une tendance à se caricaturer. De beaux plans, mais du vide globalement. « Dolan est mort, vive le cinéma ».
Louis : On ressent une certaine puissance sur le final, malgré un début ridicule et grossier. Evidemment, ça ne plaira pas à tout le monde.
Sébastien : Un huis clos rébarbatif, un récit creux qui peine à émouvoir. Tout cela entremêlé d’une direction d’acteur outrancière.

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Page 2 : Suite du Top des meilleurs films 2016

The Deleted, une série de Bret Easton Ellis : Critique Saison 1

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Le site de streaming Fullscreen se lance dans la création de séries et fait pour cela appel à l’auteur américain Bret Easton Ellis ( Les lois de l’attraction, American Psycho) pour nous offrir The Deleted. Mêlant une intrigue mystérieuse avec un témoignage d’une jeunesse désabusée et perdue, cette très courte série reprend bien des ingrédients habituels des oeuvres de Bret Easton Ellis.

Auteur subversif s’il en est, comme en témoignent ses romans à succès tels que Moins que zéro et American Psycho, Bret Easton Ellis est également un grand cinéphile. Après avoir écrit le scénario du film de Paul Schrader, The Canyons, il n’est pas étonnant de voir l’écrivain passer pour la première fois derrière la caméra. Certes ce ne sera pas sur le grand écran, mais pour une série que Bret Easton Ellis va prendre la triple casquette showrunner/réalisateur/scénariste. C’est le site de streaming peu connu Fullscreen qui va lui offrir cette chance, et permettre à sa série The Deleted d’être diffusée aux Etats-Unis.

Youthorama

Pour peu qu’on soit familier de l’œuvre de Bret Easton Ellis, The Deleted ne va pas nous emmener dans des terrains inconnus. On y suit donc un groupe de jeunes personnes, toutes belles et superficielles, que l’on peut facilement rapprocher avec les protagonistes de ses premiers livres Moins que zéro et Les lois de l’attraction. Ces jeunes gens vont évoluer dans un Los Angeles ensoleillé au magnifique ciel bleu. Encore une fois, on reste dans un univers typique de Ellis. La cité des anges est une véritable carte postale et va être un cadre propice aux déambulations et errances de ses protagonistes rongés par un certain mal intérieur. Bien évidemment sexe, drogue et violence seront de la partie comme dans tous bons récits de Bret Easton Ellis.

The Deleted se démarque par son format très particulier. En effet, la série est particulièrement courte, seulement 8 épisodes dont la durée oscille entre 12 et 15 minutes. Cela laisse très peu de temps pour bien instaurer son récit et développer les personnages. Ellis s’en sort avec les honneurs même si on ressent assez vite un manque de substance. Le pilot est par ailleurs assez confus. Les personnages se succèdent très rapidement, les scènes de sexe sont nombreuses et on a du mal à voir un semblant d’histoire dans ces 15 premières minutes. Ellis va cependant réussir à instaurer un certain mystère dans les épisodes suivants, on remarque deux groupes qui se détachent. L’un est composé de cinq personnes : Ryder, Logan, Garrett, Mason et Agatha. Ces jeunes gens ont réussi à s’enfuir d’une sorte d’institut énigmatique. L’autre groupe est composé de Parker et Breeda qui eux semblent encore faire partie de cet institut/secte et essaient de remettre la main sur les fugitifs.

Si il y a bien une chose qui se dégage de tous ces personnages, c’est le mal-être qu’ils ressentent, et notamment pour les 5 « fugitifs ». Plus encore, on dirait que leurs émotions semblent avoir disparu. Garrett passe son temps à se scarifier dans l’espoir de ressentir quelque chose, Mason et Agatha enchaînent les parties de jambes en l’air. Seul Ryder semble être encore lucide et arrive à prendre son destin en main. Logan quant à lui est l’instigateur de cette fuite, et se trouve dans le même état d’esprit que ses camarades, mais reste à l’écart, et n’entre pas en contact avec eux. De leur côté Parker semble vivre une belle vie, et Breeda ressemble à un Terminator dont les émotions n’ont jamais existé. Ces différents comportements contribuent à épaissir de plus en plus le mystère autour de cet institut dont les 5 jeunes gens se sont échappés.

Moins que quinze

Malgré ce petit mystère qui enveloppe toute la saison, la série peine à convaincre réellement, et sa courte durée est un avantage à ce point. Bret Easton Ellis a dans ses romans érigé la vacuité de l’existence comme l’un de ses thèmes favoris. On retrouve bien évidemment cela dans The Deleted, avec un nombre important de scènes ne contribuant pas vraiment à l’intrigue. Les enchaînements de scènes de sexe pourraient par ailleurs paraître injustifiés pour la plupart des spectateurs. Les premiers épisodes donnent vraiment une impression de surplace et il n’est pas rare de se demander à la fin des 14 minutes : « c’est tout ? ». La série n’est cependant pas aussi radicale que certains romans de son auteur.

Les apparences et la superficialité dictent bien évidemment la direction artistique de la série. Avec son esthétique flirtant entre le porno chic et la télé réalité et ses acteurs aux corps d’Apollon, on peut se dire que la beauté intérieure a été laissée sur le carreau. Bret Easton Ellis s’est constamment amusé de ces éléments dans ses romans. Ici, ça peine à transparaître même si connaissant la personne on se doute bien que l’intention est là. C’est peut-être l’un des gros problèmes de la série, c’est qu’elle ne laisse pas de place à la dérision. Tout est trop sérieux, même si ce n’est pas forcément ce que veut Bret Easton Ellis. La plume de Ellis n’est pas aussi incisive et cynique qu’à son habitude, elle fait même preuve de fainéantise. Il ressasse des thèmes qui lui sont chers, sans vraiment en faire quelque chose de consistant . L’aspect thriller essaie de cacher un peu le tout avec l’énigme de l’institut mais c’est au final un écran de fumée qui n’arrive pas à masquer les défauts évidents.

The Deleted marque donc le premier essai de Bret Easton Ellis à la télévision, et ne s’avère pas réellement convaincant. La durée est clairement un avantage et un inconvénient, elle empêche à la fois d’aller au fond des choses mais d’un autre côté permet de rendre la série plutôt digeste comparé à ce qui aurait pu être fait si elle avait duré plus longtemps. Bret Easton Ellis tombe cependant dans un travers dont il s’est toujours amusé, la superficialité. Superficiel est vraiment le mot qui décrit le mieux The Deleted, et malheureusement pas dans un bon sens ( si tant est qu’il y ait un bon sens à ce mot, mais qui renvoie bien évidemment à la façon dont Ellis a l’habitude de traiter de la chose). La série aurait gagné à s’attarder un peu plus sur ses personnages, tout en offrant un once de paranoïa supplémentaire (autre élément que Ellis maîtrise très bien comme en témoigne le tétanisant Glamorama). La série ne possède pas que des défauts et tout le mystère qui englobe l’institut est intéressant et plutôt bien mené, notamment dans la seconde partie de saison. La bande-son est elle aussi très agréable qui contribue énormément à cette ambiance pesante de mystère. The Deleted laisse cependant un goût amer dans la bouche, surtout quand on connait le talent de la personne derrière.

Synopsis :  Deux jeunes personnes mystérieuses viennent de récupérer une maison près de la plage de Malibu. Pendant ce temps, Ryder, Mason, Agatha, Garreth et Logan essaient de reprendre le cours normal de leur vie après une expérience traumatisante. Très vite, ils commencent à se faire kidnapper les uns après les autres.

The Deleted : Fiche Technique

Créateur : Bret Easton Ellis
Réalisation : Bret Easton Ellis
Scénario : Bret Easton Ellis
Interprétation : Madeline Brewer (Agatha), Amanda Cerny (Breeda), Ian Nelson (Parker), Spencer Neville (Garrett), Daniel Zovatto ( Logan), Nash Grier (Ryder), Will Peltz ( Mason)…
Production : Bret Easton Ellis, Kurt Kittleson, Ross Levine, Braxton Pope
Société de production : Prettybird Pictures
Genre : Drama, thriller
Format : 8 épisodes de 15 minutes
Chaîne d’origine : Fullscreen
Diffusion aux USA : 4 décembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

Le fondateur, un film de John Lee Hancock : Critique

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Le fondateur commence comme une publicité édulcorée de la malbouffe fabriquée à la chaine pour se poursuivre comme une apologie de l’avidité et de la malhonnêteté, devenant alors plus écœurant encore.

Synopsis : Au milieu des années 50, un ambitieux vendeur d’accessoires de cuisine fait la rencontre de deux frères qui ont monté en Californie un restaurant de hamburgers à la rapidité révolutionnaire. Il leur propose de s’associer pour les aider à monter une franchise qu’il espère fructueuse.

Une affaire de milk-shakes et de gros sous

Deux ans et demi après Walt Disney avec Dans l’Ombre de Mary, John Lee Hancock s’en prend à une autre figure du capitalisme et de l’exploitation du travail à la chaine, celui de Ray Kroc, le fondateur de la franchise McDonald’s. Un personnage qu’il pouvait sembler bon d’évoquer pour illustrer le rêve américain. Le choix d’un ancien acteur comique de la trempe de Michael Keaton, après le come-back fulgurant que lui a permis Birdman, ferait de ce rôle celui d’un fringant magouilleur caricatural dont le cynisme serait propice à une peinture acide du pouvoir de l’argent-roi. Mais, cela impliquerait que le film de Hancock soit affublé d’un sous-texte un tant soit peu subversif. Bien au contraire, c’est dans la voix de la success-story la plus consensuelle que s’enfourne le scénario signé par Robert D. Siegel (The Wrestler, Turbo…). La prestation de Keaton se retrouve alors limitée à afficher un sourire idiot du début à la fin, certainement pas de quoi lui faire espérer concourir à l’Oscar du meilleur acteur. Son jeu crispé s’accorde en fin de compte avec la superficialité de l’ensemble de ce long-métrage aussi impersonnel que la recette d’un Big Mac.

La rencontre entre Kroc et les deux créateurs du concept qui fera la réussite de leur restaurant est déjà l’occasion d’un flashback aux allures de success-story plein de complaisance, allant jusqu’à réussir à donner à McDonald l’image d’une honnête affaire de famille. Dans cette première partie du film, l’élément formel le plus saisissant est certainement la direction artistique dont profite la reconstitution des années 50 dans les scènes en extérieur. La suite de ce biopic insignifiant allant ensuite rapidement se réduire à des décors intérieurs, cet argument s’effacera aussitôt. N’en restera qu’un récit mou du genou car pauvre en éléments dramaturgiques, ceux-ci n’apparaissant de plus que comme de grosses ficelles scénaristiques qui assurent un minimum de rythme à l’avancée de l’histoire. Si encore l’humour avait permis de prendre un peu de recul vis-à-vis de cet individu aussi déloyal envers ses partenaires professionnels qu’envers sa femme, Le Fondateur aurait pu se construire sur une interrogation morale autour de ses agissements. Mais jamais son comportement antipathique n’est remis en cause. Au contraire, son enrichissement est porté dans les dernières minutes comme un modèle à suivre, aboutissant à une œuvre politique américaine platement conservatrice et surtout éthiquement détestable.

Le fondateur : Bande-annonce

Le fondateur : Fiche technique

Réalisation : John Lee Hancock
Scénario : Robert D. Siegel
Interprétation : Michael Keaton (Raymond Kroc), Nick Offerman (Dick McDonald), John Carroll Lynch (Mac McDonald), Laura Dern (Ethel Fleming), Linda Cardellini (Joan Smith)…
Photographie : John Schwartzman
Montage : Robert Frazen
Direction artistique : Michael Corenblith
Musique : Carter Burwell
Producteurs : Don Handfield, Jeremy Renner, Aaron Ryder
Productions : FilmNation Entertainment, The Combine
Budget : 7 millions $
Distribution : EuropaCorp Distribution
Durée : 115 minutes
Genre : Biopic
Date de sortie : 28 décembre 2016
États-Unis – 2016

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Portrait : Brie Larson, évoquée mais pas divulguée

Brie Larson : A ne pas confondre avec Alison Brie de par sa presque paronymie ou encore moins avec Alicia Vikander de par la similitude de leurs montées en gloire en 2015/2016. Ce « disclaimer » est important à édicter avant tout portrait, que dis-je, historiographie de la nouvelle future icône du cinéma américain. Certes, au delà d’être oscarisée à 26 ans, ce qui rend singulière Brie Larson c’est cet effet de “Girl next door / Who’s that girl?” accolé à sa personne. Comment s’est elle élevée au rang de « personnalité de l’année » avec une telle singularité ? Mystère ou évidence ?

Piqûre de rappel : souvenez-vous en 2012, c’est elle qui donnait la réplique à Jonah Hill dans 21 Jump Street. C’est elle aussi en 2013 qui a fait les beaux jours des critiques de cinéma dans le très réussi mais moins connu Short Term 12 au coté de Rami Malek. Pourtant, Brie à commencé sa carrière très tôt comme bon nombres de futures stars hollywoodiennes de la génération Y. De parents divorcés et assez progressistes, elle est élevée en Californie à coup de American Conservatory Theater et d’auditions juniors pour diverses campagnes de publicités et sitcoms américaines. Brie est ce que l’on peut appeler une enfant précoce des écrans.

Si elle s’essaie a sa profession depuis l’âge de 11 ans à travers des sitcoms pour la WB et plus tard, sur The Tonight Show With Jay Leno dans sa troupe d’improvisation, elle ne décrochera son premier grand rôle qu’à l’age de 18 ans en 2009. Elle joue l’adolescente stéréotypée, un peu volage et très en colère, de Toni Colette dans l’excellent et mémorable United States of Tara pour Showtime. Et oui, la petite blonde qui déteste sa mère et sa condition et qui passe son temps à changer de copain, à se droguer, et à énerver tout le monde, c’était Brie ! Durant ces 3 saisons, elle nous montre un talent inné pour le « dramédie ». Toutefois, l’actrice adulescente ne rencontre pas le même succès public qu’une Amanda Seyfried ou qu’une Shailene Woodley, qui ont toutes deux percé en même temps qu’elle. Elle se fait plus discrète et choisit consciemment ses projets, entre deux blockbusters et séries à succès (Trainwreck, Community).

Brie s’attaque aux cinéma indépendant en 2013 de par sa collaboration avec Destin Daniel Cretton, jeune réalisateur inconnu à l’époque. Ce projet de moyen métrage transformé en long métrage, permet à Brie de pouvoir explorer un jeu beaucoup plus à cru et proche de la méthode Stanislavsky et « strasbergienne ». Le matériel lui permettant cela, elle s’octroie une transformation fulgurante à l’écran. On est loin de la « comique de service » ou de la « peste détestable ». Brie prouve qu’elle peut tenir des rôles plus dessinés et encrés dans une réalité qui ne serait pas la sienne en tant qu’« enfant star ». Sa performance lui permet de remporter plusieurs prix au niveau national lors de festivals et de se rendre visible à Hollywood.

En 2014 elle est choisi pour le rôle principal dans l’adaptation cinématographique du roman Room d’Emma Donahue. Elle y incarne une jeune femme séquestrée, violée, et esseulée durant plusieurs années, n’ayant que force de survie en son fils de 5 ans, présent avec elle dans ce huis clos en enfer. Ce personnage dur et nivelé est enfin le rôle qui va lui faire passer du rang de jeune actrice en activité à star montante d’Hollywood. Si sa performance n’est pas la meilleure de 2015, elle est la chouchoute de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences et des pontes d’Hollywood, qui font d’elle la Anne Hathaway de cette saison. Elle est enfin consacrée, malgré sa volonté non-avouée de rester à moitié sous les feux des projecteurs.

En 2017, nous pourrons la retrouver dans notamment Kong : Skull Island avec Samuel L. Jackson mais aussi dans une nouvelle collaboration avec Destin Daniel Cretton nommé The Glass Castle. Brie Larson multiplie les rôles mais reste en demi teinte en ce qui concerne les films à gros budgets. Pourtant, dans une ironie la plus complète, le rôle qui fera le plus parler d’elle en 2016 sera son apparition au San Diego Comic Con. On l’annonce comme étant le premier visage de Captain Marvel pour la saga des Avengers au cinéma. Cette seule annonce fut consulté par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube et relayé par les médias le même jour. On aurait presque oublié quelle avait remporté un Oscar en début d’année (non, ce n’était pas Jennifer Lawrence sur scène !)

Suite à ce développé, on pourrait se demander pourquoi Brie Larson est l’une des personnalités de 2016 si elle est à ce point hors de propos en terme de parcours et de reconnaissabilité ? Osons simplement affirmer qu’elle est la preuve que cette année fut aussi surprenante qu’oubliable cinématographiquement parlant. Brie est une actrice douée et très prometteuse mais elle est loin de l’accolade très starifiée des oscarisées à la Jennifer Lawrence ou aux rangs d’honneur à la Leonardo Dicaprio. Elle est une artiste qui évolue dans son métier et qui s’est vue projetée dans la cour des grands poseurs un peu trop tôt.

Est-ce qu’on se souviendra d’elle sans se tromper et autrement que comme la future Captain Marvel en 2017 ? Peut-être pas, pour les raisons énoncées juste avant. Est-ce une mauvaise chose? Non parce qu’à l’instar des Diane Keaton ou des Viola Davis de nos jours, on la reconnaîtra plus tard comme cette excellente actrice dont on peine à se souvenir des débuts (malgré les récompenses des premiers temps). Un grand talent persistant et actif dont on ne connaîtra la source car tellement nuancé et mûrie au fil des années, loin des caméras à gros budgets, à l’instar des jeunes stars poussées trop tôt et égarées trop vite. Voici tout le bien que nous pouvons lui souhaiter !

Auteur : Pascal J-H.C Topige

Ash vs Evil Dead : critique série saisons 1 et 2

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Sommet d’humour noir, d’une inventivité burlesque et horrifique défiant toute concurrence, l’univers Evil Dead passe avec brio le cap du petit écran et s’impose comme le digne successeur des films de Sam Raimi.

Plus qu’un hommage : une véritable continuité

Necronomicon, deadites, armée des ténèbres… Pour bon nombre de cinéphiles, ces termes ne sont pas inconnus et symbolisent le caractère culte qui entoure la trilogie Evil Dead. Ces trois films sont l’œuvre d’un esprit pas comme les autres, en l’occurrence celui de Sam Raimi, véritable passionné de cinéma depuis le plus jeune âge, et réalisateur accompli dans le genre horrifique et fantastique. D’acabit très différent les uns des autres (l’horreur pur pour le premier, la comédie gore aspect pour le second en terminant par un troisième volet délirant et tendance « héroic fantasy »), les films témoignent d’une maestria technique caractérisant le cinéma de son réalisateur : une caméra virtuose et dynamique à travers des travellings rapides et gros plans sur visages, un sens acéré du découpage et du montage et une iconisation de ses personnages. Ils ont également su dépasser les caractéristiques du film d’horreur pour s’affranchir de ce simple statut et devenir tout simplement au fil des années une véritable référence. L’annonce d’une série consacrée au héros de la saga, Ash, incarné par Bruce Campbell, avait donc de quoi attiser grandement la curiosité, surtout lorsqu’on sait que le projet est porté à bout de bras par Sam Raimi et Bruce Campbell eux-même, mais aussi les craintes les plus profondes chez les nombreux fans. Revenir ainsi 22 ans après le troisième opus ne se justifiait que très partiellement, surtout après la sortie en 2013 d’un remake du premier film, certes à l’esthétisme très réussi mais d’un goût discutable. L’inventivité dont ont fait preuve les deux compères est-elle toujours présente cette fois-ci sur le petit écran, ou n’est-elle qu’une façade pour cacher un projet ne tenant que sur de très faibles bases ?

Que les fans de la première heure (et les autres) se rassurent : titillant notre fibre nostalgique tout en poursuivant des thèmes nouveaux, Raimi, d’ailleurs en charge de la réalisation du pilote, et Campbell s’amusent comme des dingues et nous livrent une des meilleurs séries du moment. Ni plus, ni moins ! Et dès les premières minutes, nous sommes conquis. En à peine une demi-heure, ils montrent leur savoir-faire à travers de nombreux artifices : personnages haut en couleur, hémoglobine à souhait, deadites et le retour de la fameuse tronçonneuse au terme d’un ralenti mythique rythment cet épisode et constituent la symbiose de leur plaisir à retravailler ensemble dans un projet dont il maîtrise toutes les ficelles. Car c’est bien simple, le plaisir, cette fois chez le spectateur, ne s’affaiblira aucunement tout au long des 20 épisodes constituant ces deux premières saisons. Mieux : il monte crescendo.

Du fun, du gore, et une bonne tranche de rire !

 

Et ce pour plusieurs raisons ! La principale d’entre elles est bien entendu l’aspect comique, fer de lance des deux derniers films originaux, qui est ici développé dans sa plus belle outrance. Tantôt irrévérencieuse, où même des enfants peuvent être victimes de la malédiction du livre des morts (en l’occurrence, broyé par un ventilateur de plafond), tantôt extrêmement potache (parmi de nombreux exemples, on peut citer Ash entraîné par les tripes d’un macchabée à l’intérieur de ce dernier…en passant par le plus petit orifice du corps humain…), la comédie revêt divers aspects et n’est pas forcément là où on l’attend. Ce qui est bénéfique, surtout en ces périodes où elle a bien du mal à se renouveler, que ce soit dans le paysage cinématographique ou l’univers des séries télé.

Cette inventivité se retrouve également dans le panel diversifié des antagonistes de nos héros. Outre les désormais célèbres cadavéreux, on retrouve des monstres d’outre-tombe ressemblant étrangement aux créatures de The Descent, une redoutable poupée haute comme trois pommes et aux arguments tranchants, une voiture possédée que n’aurait pas renié John Carpenter, ou encore un énorme zombie à l’aspect volontairement grotesque évoquant furieusement le monstre final de Braindead. Cet aspect que l’on qualifiera d’artisanal, notamment dans les maquillages et les effets gore, en rajoutent une couche dans le plaisir nostalgique éprouvé face à Ash vs Evil Dead. Le but n’est pas d’envahir l’écran d’effets numériques polluant tout effet de terreur (par ailleurs relativement discrets et utilisés à bon escient), mais bien de proposer des maquillages et visuels fait à la main, renforçant le côté trash de certaines scènes. Il suffit de voir les têtes explosées, visages et peaux arrachées et autres tortures physiques subies par les protagonistes pour s’en convaincre. Ne voulant pas se rapprocher de la perfection d’un Rob Bottin et de son formidable travail sur The Thing, les créateurs reviennent à leurs premiers amours, en évoquant la trilogie originale mais aussi tous les longs métrages de la même époque de catégorie similaire, à l’instar des premiers Peter Jackson (Bad Taste) et d’autres OVNI cinématographiques (Re-Animator).

Le mythe Bruce « Ash » Campbell

 

Enfin, il est pour ainsi dire impossible d’évoquer Ash vs Evil Dead sans parler de son personnage principal : Ash Williams ! Armé de son canon scié et de sa tronçonneuse, ce personnage a connu une telle iconisation au fil des films, poussée à l’extrême dans le troisième volet car il est vu comme un véritable messie, qu’il est absolument jouissif de le revoir déchiqueter en masse du zombie 23 ans après ! Surtout qu’il revêt absolument toutes les caractéristiques de l’anti-héros : porté vers la boisson, à tendance raciste, vulgaire, beauf, et profondément stupide. C’est quand même par sa négligence et une bonne dose de drogue que toute cette histoire commence ! Il arrive pourtant à s’en affranchir pour afficher une tendance héroïque à part entière, arborant fièrement ses armes de prédilection et sauvant ses amis dans les situations les plus folles. De même, le développement du personnage est très intéressant au fil des deux saisons. En effet, si la première s’apparente davantage à un hommage en bonne et due forme reprenant les éléments les plus emblématiques de son univers (la cabane perdue dans les bois, la main coupée d’Ash, le mysticisme entourant le Necronomicon…), la seconde va encore plus loin en développant les origines du personnage, et en creusant davantage son antériorité. Une grande partie de son enfance et adolescence est mise à découvert notamment à travers son village et sa maison d’enfance et la relation difficile qu’il entretient avec son père (formidable Lee Majors, célèbre Homme qui valait trois milliards, présent dans la saison 2). Le rôle est bien sûr repris par Bruce Campbell, visiblement ravi de retrouver son personnage fétiche. Tout en mimiques, gesticulations et répliques bien senties, il porte la majeure partie du show sur ses épaules. Mais pas que !

 

Car ses autres comparses ne sont pas en reste. Il est par exemple affublé de deux partenaires aussi opposés que complémentaires : Kelly, une jeune battante au caractère bien trempé, et Pablo, petit freluquet admiratif d’Ash mais ne manquant pas de témérité. La relation du trio fonctionne bien, tant et si bien que la personnalité de Campbell ne les éclipse pas. Rajoutons également Lucy Lawless (célèbre Xena de la série du même nom), antagoniste principale de la première saison avant de devenir un compagnon d’armes essentiel à leur quête, ainsi que Joel Tobeck, réincarnation du diable se baladant de peau en peau. Tous interprètent sans exagération ni cabotinage leurs rôles. Petite ombre au tableau cependant : le personnage de Samantha, pas particulièrement attachant et dont la romance naissante avec Ash arrive sans justification particulière. De même, certains spectateurs peuvent aller plus loin en montrant du doigt certaines facilités scénaristiques. C’est notamment le cas pour la passation des deux premières saisons avec une conclusion un brin poussive, ou tout simplement l’origine même de la série, où Ash réveille à nouveau les démons en citant, sous l’emprise de la drogue, les passages du Necronomicon (et ce malgré tout ce qu’il a vécu précédemment). Toutefois, il s’agit de facilités excusables, car elles résultent de décisions prises par Ash lui-même, ne brillant nullement par leur logique.

A l’heure du bilan, ces deux premières saisons inaugurent très positivement une série ne ressemblant à aucune autre, et où le spectateur est pressé de la retrouver pour d’autres aventures hautes en couleur. Décérébrée, transgressive et décomplexée, Ash vs Evil Dead est avant tout le fruit des retrouvailles de sales gosses passionnés, aimant profondément leurs références et bousculer ce qui se fait actuellement en matières de séries. Et ça fait du bien !

Synopsis : Ash Williams, ex tueur de démons, vient de passer ces 30 dernières années à vivre dans une caravane et bosser comme vendeur dans un magasin de bricolage. Mais un soir où il est fortement alcoolisé, il fait l’erreur de lire le Nécronomicon qui fait revenir les Cadavéreux, qui menacent ainsi de détruire l’humanité. Ash est contraint de sortir de sa retraite de tueur de démons pour sauver le monde à l’aide de son fusil Remington calibre 12 à canon scié et de sa tronçonneuse fixée à sa main droite.

Ash Vs Evil Dead : Bande annonce

Ash Vs Evil Dead : Fiche Technique

Créateur : Sam Raimi, Bruce Campbell et Craig DiGregorio
Réalisation : Sam Raimi, Michael J Bassett, David Frazee, Michael Hurst, Tony Tilse, Rick Jacobson, Mark Beesley
Scénario : Michael J. Bassett, Sean Clements, Zoe Green, Sam Raimi, Ivan Raimi, Craig DiGregorio, James Eagan, Dominic Dierkes, Rob Wright, Tom Spezialy, Christina Welsh, Hank Chilton, William Bromel
Interprétation : Bruce Campbell (Ashley « Ash » Williams), Ray Santiago (Pablo Simon Bolivar), Dana DeLorenzo (Kelly Maxwell), Lucy Lawless (Ruby Knowby), Jill Marie Jones (Amanda Fisher), Lee Major (Broke Williams)…
Production : Sam Raimi, Bruce Campbell, Craig DiGregorio, Robert G. Tapert
Sociétés de production : Starz, Renaissance Pictures
Genre : Horreur, comédie
Format : 10 épisodes de 30 minutes environ
Chaine d’origine : Starz
Diffusion aux USA : depuis octobre 2015

Etats-Unis – 2015

Better Call Saul, une série de Vince Gilligan et Peter Gould : critique des saisons 1 et 2

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Quelques semaines avant la troisième saison de Better Call Saul, dont les anciens fans de Breaking Bad attendent qu’elle fasse le lien avec leur série favorite, faisons un point sur les deux premières saisons. Une réussite en demi-teinte.

Synopsis : Plusieurs années avant de défendre Walter White sous l’identité de Saul Goodman, Jimmy McGill était encore un jeune avocat qui essayait de se faire une place sur le marché de la justice d’Albuquerque, à l’ombre du monopole détenu par un cabinet cofondé par son frère.

Beaking Saul

Personnage culte de la série Breaking Bad, Saul Goodman méritait-il une série en guise de spin-off ? C’est cette question qui travaillait les spectateurs aussi bien avant qu’après la diffusion de ces vingt épisodes. Pour beaucoup d’amateurs, il eut été intéressant de découvrir ce qu’allait devenir cet avocat véreux après les événements de la cinquième saison de Breaking Bad, celui-ci restant celui des protagonistes dont le destin y fut le moins clarifié, hormis l’évocation d’un exil sous une fausse identité. A l’inverse, c’est son passé que Vince Gillian a choisi de développer. La façon dont Jimmy McGill est devenu Saul Goodman, ce magouilleur amoral presque burlesque et dont chaque apparition était un effet comique face à la brutalité pesante des trafiquants de drogue, pouvait promettre une série hilarante, mais il n’en est rien. C’est davantage sur un ton chargé en mélancolie et en humour noir que les showrunners ont choisi d’imaginer ce prequel. Le rôle de Bob Odenkirk n’en reste pas moins identifiable à sa mèche de travers, à ses costumes criards et surtout à son incomparable bagout. L’épisode pilote de la première saison débute d’ailleurs par une scène où l’on le découvre vieilli et reconverti en employé dans un petit restaurant du Nebraska, une façon de faire de la série un flashback et surtout de nous faire comprendre que l’idée de nous raconter comment il rebondira n’est pas définitivement abandonnée.

Lorsqu’on le retrouve au début de la première saison, Jimmy est donc un débutant, dont le bureau est confiné à l’arrière salle d’une onglerie vietnamienne et le travail limité aux dossiers perdus d’avance qui lui sont confiés en tant que commis d’office. Un personnage qui serait tragique s’il ne s’agissait de ce baratineur ambitieux. En cela, l’interprétation de Bob Obenkirk est remarquable, dans la façon qu’il a de dégager une énergie qui le rend facétieux et de jouer sur le vide affectif qui justifie en partie son cynisme. Le défi apparait dès les premiers épisodes comme étant de donner sa part d’humanité à cette figure qui, jusque-là, n’était vue que comme une caricature écrite comme une dénonciation sarcastique du système judiciaire américain. L’écriture et la mise en scène de Vince Gillian et ses acolytes parviennent alors à parfaitement remplir cette mission, en jouant sur le poids du passé personnel et familial pour construire leur anti-héros et en prenant leur temps pour tisser son portrait et faire lentement monter une certaine pression. Le scénario souffre tout de manque d’un manque d’enjeux inhérent au concept même de la série, l’unique finalité étant de savoir quel élément va briser le peu d’idéaux de Jimmy pour le transformer en Saul Goodman. Un point de rupture qui se fait attendre.

Cette façon qu’ont les showrunners de nous laisser dans l’expectative de retrouver le personnage iconique de Breaking Bad est le principal reproche que l’on puisse faire à cette série sur la longueur. Pourtant, alors que la saison 1 réussit à poser les graines d’une évolution filant droit vers ce qui sera l’extravagant Saul Goodman, avec une scène de clôture qui semble même annoncer de le retrouver dès les épisodes suivants, la seconde saison met un frein brutal à cette évolution. La saison 2 privilégie en effet une approche bien moins légère au thriller judiciaire et aux relations, aussi bien professionnelles que personnelles, qui servent de fils rouges à l’arc narratif d’un Jimmy désormais plus avocat qu’arnaqueur. Réduit à quelques plaidoiries volubiles et un passage clipesque de l’épisode 7, l’humour rutilant du tchatcheur excentrique est profondément amoindri, tout comme l’est la mélancolie illustrée dans la première saison par des flashbacks et désormais limitée au jeu pour le moins expressif de Bob Odenkirk. Si cette seconde saison ne parvient plus à développer en profondeur son personnage principal, c’est aussi parce que son scénario donne une place presque aussi importante à l’histoire en parallèle de Mike Ehrmantraut, qui n’était qu’un personnage secondaire dans les premiers épisodes. Bien qu’en retrait, le rôle de Jonathan Banks y avait lui aussi acquis une certaine profondeur qui justifiait son caractère taciturne, mais les auteurs de la saison 2 ont tenu à se servir de lui pour introduire d’autres personnages secondaires de Breaking Bad. Autrement dit, faire plaisir aux fans d’une série culte et oublier de faire avancer la leur.

Fort heureusement, la qualité technique de la série restera constante au fil des 20 épisodes, profitant d’une photographie irréprochable et d’un montage qui donne corps à l’évolution de ses personnages. On retrouve indéniablement derrière ses qualités ce qui a fait la réussite esthétique de Breaking Bad, mais sans doute est-ce l’idée d’avoir essayé de calquer le modèle d’écriture qui prenait son temps pour développer le parcours de Walter White qui est la plus grosse tare de Better Call Saul. Entre un univers judiciaire qu’il est difficile de rendre aussi attractif que celui du trafic de drogue, un enjeu unique et connu d’avance qu’est la transformation du personnage principal et les digressions accordées à des personnages secondaires qui donnent le sentiment d’assurer le fan-service sans faire avancer l’intrigue principal, le scénario de ce spin-off a un mal fou à se trouver et se construit sur un rythme bien trop inégal pour assurer le show sur la durée. Espérons à présent que la saison saura retomber sur ses pattes.

Better Call Saul : Bande-annonce

Better Call Saul : Fiche technique

Créateur/Showrunner : Vince Gilligan et Peter Gould
Réalisation : Adam Bernstein, Colin Bucksey, Larysa Kondracki…
Interprétation : Bob Odenkirk (Jimmy McGill), Jonathan Banks (Mike Ehrmantraut), Rhea Seehorn (Kim Wexler), Michael McKean (Chuck McGill), Patrick Fabian (Howard Hamlin), Michael Mando (Nacho Varga)…
Photographie : Arthur Albert
Montage : Kelley Dixon
Musique : Dave Porter
Direction artistique : Tony Fanning
Production : Mark Johnson, Bob Odenkirk, Thomas Schnauz, Melissa Bernstein, Vince Gilligan, Peter Gould…
Diffuseur : AMC
Genre : Comédie, thriller
Format : 20 épisodes de 45 minutes environ

États-Unis – 2015

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Rectify, saison 4 : critique série

Dans un anonymat contre lequel la série dramatique de Sundance TV, n’a jamais lutté, Rectify a fait ses adieux au petit écran après 4 saisons d’une densité exceptionnelle ; et en effectuant un virage vers un optimisme contagieux Ray McKinnon s’est même offert le luxe d’un final plein d’espoir.

J’espère donc je suis

Après un long méandre de drames et d’incommunications la série a enfin quitté le sentier élégiaque que la famille Holden s’attachait à suivre machinalement. Coincés entre les sursauts du passé, que ce soit sous formes de traumatismes ou de regrets, et l’incertitude que promettaient les séparations et les rebondissements judiciaires, chaque membre de la famille a longtemps eu tendance à se pétrifier dans une inaction douloureuse. Pourtant Rectify propose un dénouement où la confiance règne, et ce en dirigeant l’attention de ses protagoniste non pas sur leurs rêveries mais sur leurs espérances, aussi minimes soient elles.

Le premier épisode de cette dernière saison a magistralement donné le ton, puisque que d’emblée nous avons retrouvé Daniel (Aden Young) métamorphosé. Accessoirement barbu, il est devenu un employé à la tâche robotique, il partage dorénavant une maison avec un petit groupe d’inconnus qui, comme lui, a un passé carcéral. (Ré)inséré sur le papier, il demeure cependant cet illustre inconnu que tout le monde peut craindre à souhait après l’avoir googlisé. Il va dès lors dévoiler de jolies ressources au fil de ses rencontres et s’aventurer de plus en plus profondément dans un processus de réconciliation. Et ce au gré d’une intimité partagée, de dialogues désinhibés et d’une double révélation : dans un premier temps artistique (trop peu traité à notre goût), puis romantique. Dans un entrepôt non loin de son travail, il fait la connaissance d’une jeune artiste, Chloé. Caitlin Fitzgerald (qui avait déjà fait tourner des têtes dans feu Masters of Sex) est la principale nouvelle venue du casting pour cette dernière saison ; elle campe une femme autonome, libertaire et un peu excentrique. Son âme peu conformiste va immédiatement lui permettre d’appréhender cet homme étrange qui n’a pas cru à la réalité de leur première rencontre dans son atelier ; sans doute était-il trop chamboulé par ce microcosme dédié à un esthétisme jugé utopique dans le monde désenchanté dans lequel il erre. Le badinage qui s’en suit marque sans trop de surprise l’importante corrélation entre confiance en soi et confiance en l’autre, leitmotiv émotionnel de ces 8 derniers épisodes.

Se refusant à toute forme de didactisme, RayMcKinnon (Sons of Anarchy) ne se cloitre ni dans la morale, ni dans une narration verrouillée. Dans la continuité d’une série qui n’a eu de cesse de saisir un drame avec une sensibilité quasi exhaustive, épousant tous les regards, toutes les frustrations, sa fin ouverte n’est qu’une simple suggestion. Pas de triomphe juridique (bien qu’assez sous entendu), pas d’ellipse spatio-temporelle à la « ils vécurent heureux », mais une conclusion délicate, ensoleillée osera t-on dire.

Dans le premier épisode, encore une fois, Daniel, nous gratifie d’un judicieux « l’enfer c’est les autres » avant de s’effondrer dans un monologue transcendant sur la solitude. Pas celle de l’indépendance que cherche à tatillon Tawney, future ex femme de Teddy ; ni celle de l’autonomie poursuivie par Amantha. Mais une solitude radicale, imposée, destructrice, que va expérimenter Daniel pendant des années dans le couloir de la mort.  Lequel, faute de contacts étrangers à lui-même, finit par perdre toute notion d’individualité ; sorte d’ataraxie meurtrière à partir de laquelle on parvient à se faire disparaître. Sa sœur évoquera même Lazare dans les derniers instants de la série, c’est peut être là où l’on touche le nerf de Rectify, lorsqu’on se rend compte qu’au fil de cette saison, chaque personnage s’est vu renaitre. Un discours semi biblique que l’on retrouve dans la bouche de Tawney, ou carrément nihiliste quand il s’agit d’Amantha, mais jamais dénoué d’une certaine expectation envers les situations à venir. La mutation qui s’opère entre une espérance d’abord fantasmée, puis peu à peu actée, symbolise le propos global de la série. Tout n’est que prétexte à discourir sur une condition humaine qui abuse soit de sa liberté soit de sa servilité.

Le vrai drame de Rectify n’est pas l’emprisonnement de Daniel, mais sa libération ; le seul protagoniste qui matérialise concrètement cette idée de prison, puis d’absence de prison. Mais il est assez évident que chacun des personnages porte en lui les mêmes appréhensions quant à leur solitude et culpabilité. La peur de Tawney, la colère de Teddy, la rancœur de son père, la déception d’Amantha, et la honte de sa mère ; le casting presque allégorique décortique les états de conscience de Daniel et va finalement l’aider à les surmonter. L’espérance fait ici figure de jauge pour s’auto-évaluer. Là où l’ancien détenu ne voyait en ses attentes qu’un nouveau moyen de se décevoir, il réalise que la déception est un luxe que seule la croyance peut autoriser. Syllogisme inversé en quelque sorte, qui fait de nos envies le métronome de notre existence, puisque l’on espère à la hauteur que l’on vit. Ainsi, emmuré avec son pote Kerwin le comble du fantasme était une ballade en voiture dans les rues de New York ; quelques années plus tard il se laisse à rêver d’une famille.

Rectify en plus d’être une série singulière dans le paysage de la télévision américaine, a mené jusqu’au bout son désir de conter un drame sans jamais tomber dans l’emphase. Imprégné des grands thèmes : la justice, l’amour, ou la famille, Rectify s’est efforcé de montrer une voie un peu plus lumineuse. Et si le propos bouleversant n’a su captiver qu’une infime partie de spectateurs, elle a très certainement su les fidéliser grâce à une mise en scène exemplaire. Cadrage, photographie, costume, tout concorde vers l’idée d’un humanisme en constante lutte avec son humanité. En guise de conclusion on citera évidement cette troupe de comédiens, admirablement dirigée, qui a su porter le show vers les sommets trop souvent ennuagés de la télévision. Une très grande série.

Rectify saison 4 : Bande-annonce

Synopsis: À 18 ans, Daniel Holden est emprisonné et condamné à mort pour viol et meurtre de sa petite amie Hanna. Il est libéré dix-neuf ans plus tard grâce à de nouvelles preuves ADN, il tente de se reconstruire une nouvelle vie dans sa ville natale où presque tout le monde le croit coupable, dans l’attente de son nouveau procès.

Rectify : Fiche technique

Créateur : Ray McKinnon
Interprétations : Aden Young, Abigail Spencer, Clayne Crawford, Adelaide Clemens, J. Smith Cameron, Luke Kirby, Bruce McKinnon, Cailtlin Fitzgerald,
Production : Don Kurt
Genre: Drame
Format: 52min (8 épisodes/saison)
Diffuseur : Sundance TV

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Le retour des Contes de la crypte avec M. Night Shyamalan menacé ?

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De nouvelles révélations en provenance des Etats-Unis pourraient gâcher les festivités de fin d’année pour les amateurs de séries horrifiques. Le projet d’un grand retour du programme culte des années 1990, Les Contes de la crypte, annoncé depuis le mois d’avril 2016, pourrait être compromis.

La série horrifique Les contes de la crypte devait faire son grand retour pour la fin de l’année 2017 sous la direction de M. Night Shyamalan. Le programme, qui avait fait les belles heures de la chaîne M6 en France dans les années 1990, devait revenir sur la chaîne câblée américaine TNT pour une nouvelle saison de 10 épisodes. Un personnage terrifiant créé spécialement pour l’occasion devait accueillir les téléspectateurs dans la crypte. L’ancien gardien devait être remplacé pour des questions de droit concernant le comédien John Kassir et HBO.

Le grand retour des Contes de la crypte devait s’inscrire dans une soirée spéciale dédiée à l’horreur. Deux autres séries étaient à retrouver en complément d’un nouvel épisode passé en compagnie du gardien de la crypte (Time of Death et Creatures). En août dernier, le directeur de la chaîne TNT, Kevin Reilly, avait annoncé que le programme serait diffusé au cours du dernier trimestre de l’année 2017.

Le retour des Contes de la Crypte menacé ?

La rédaction de Bloody Disgusting vient de dévoiler des informations exclusives mardi 20 décembre qui risquent de décevoir bon nombre de fans d’horreur. Une source proche de l’unité de développement de la série aurait confié au journaliste Brad Miska que la résurrection des Contes de la crypte était menacée voire compromise. Des problèmes budgétaires seraient à l’origine de ce revirement spectaculaire. Le développement de la série serait donc pour le moment arrêté.

Cette information est donc officieuse mais provient d’une source proche du développement et de la production. Les fans de la série culte espèrent donc que M. Night Shyalaman et la chaîne TNT dissiperont rapidement ces rumeurs et ces révélations. Le début d’année 2017 pourrait donc être crucial pour la série. La direction de la chaîne TNT et M. Night Shyamalan risquent d’essayer de trouver un compromis idéal pour que ce projet de série ambitieux puisse voir le jour. Verra-t-on même la mise en place d’un financement participatif  dans les mois qui viennent ?  M. Night Shyamalan ne s’est pas encore exprimé sur ces rumeurs et ces informations relayées par Bloody Disgusting.

La série qui tenait les spectateurs en haleine dans un savant mélange d’humour noir et d’hémoglobine pourrait donc être compromise. Twin Peaks devrait être le seul revival des années 1990 prévu à la télévision aux USA en 2017.

 

Une nouvelle rassurante de dernière minute !

Des précisions viennent d’être apportées par la rédaction de Bloody Disgusting dans la soirée du mercredi 21 décembre. Un représentant de la chaîne TNT s’est confié à leur micro sur ces récentes rumeurs de développement arrêté :

Les droits qui concernent cette série culte et ancienne sont compliqués. TNT et des collaborateurs ont essayé de trouver une solution depuis plus d’un an. Des avancées significatives ont été faites.

Le processus de développement devrait donc pouvoir se poursuivre si les questions légales parvenaient à être résolues dans les semaines qui viennent. La phase de développement de la série a donc connu une phase d’hibernation assez longue depuis de nombreux mois pour des raisons légales. La série d’origine était diffusée à l’époque sur HBO aux USA.

Les prochaines semaines vont donc être décisives et cruciales avec d’intenses négociations à la clé pour des questions de droits. Espérons que la série ne sombre pas donc dans la phase maudite souvent qualifiée dans la profession de developement hell. Le projet fou du grand retour des Contes de la Crypte orchestré par M. Night Shyamalan connaît donc de nombreux rebondissements passionnants. Reste à savoir si TNT, HBO et les équipes de cette nouvelle série parviendront à trouver un compromis rapidement pour lancer officiellement le tournage des premiers épisodes et trancher définitivement la question d’ordre légal. Espérons que le gardien de la crypte ne se retourne pas dans sa tombe en apprenant ces évolutions concernant le développement de la série !

Portrait : Leonardo DiCaprio, l’enfant chéri d’Hollywood

Petit prodige du cinéma américain, Leonardo DiCaprio a séduit le public et les plus grands réalisateurs. Longtemps prisonnier de sa jolie frimousse, il a su prouver tout en restant humble qu’il était un acteur talentueux, maîtrisant à merveille, à la fois l’art de la performance et celui de l’élégante sobriété.

 Le « Golden Boy »

On pourrait dire que tout prédestinait cette gueule d’ange aux yeux bleus perçants à conquérir un jour le monde du 7ème art.

Né en 1974 d’un père italien et d’une mère allemande, Leonardo Dicaprio grandit dans les quartiers populaires de Los Angeles. Soutenu par ses parents, il embrasse une carrière d’acteur dès son plus jeune âge après avoir suivi des cours de comédie. En 1993, il est choisi pour jouer aux côtés de son acteur préféré Robert de Niro dans le film Blessures Secrètes, un rôle décisif dans la carrière du jeune acteur. La même année, il incarne un handicapé mental dans Gilbert Grape, donnant la réplique à Johnny Depp. Une prestation qui lui vaudra d’être nominé pour l’Oscar du « Meilleur Acteur dans un second rôle ». Il a alors 19 ans.

Petit surdoué du grand écran, le jeune DiCaprio enchaîne les rôles secondaires jusqu’à Roméo+Juliette dans lequel il obtient le rôle principal. Mais c’est véritablement en prêtant ses traits à celui qui deviendra une figure emblématique du cinéma américain, Jack Dawson, que l’acteur accède au statut de star. Sur le tournage du film de James Cameron, il fait la connaissance de Kate Winslet qui prendra une grande importance dans sa vie et qu’il retrouvera en 2009 pour partager la tête d’affiche d’une oeuvre sensible et cruelle, signée Sam Mendes, Les Noces Rebelles. La boucle est bouclée. C’est pour lui le début de la gloire. Le joli minois du grand écran intéresse les plus grands réalisateurs tels que Danny Boyle qui lui offre sa première performance dans La Plage, Steven Spielberg, Christopher Nolan, et plus récemment Clint Eastwood et Quentin Tarantino. Qui d’autre que Quentin Tarentino pour proposer aux spectateurs de découvrir un DiCaprio campant non seulement un second rôle mais qui plus est, un personnage raciste, amoral et violent ? En 2013, dans un tout autre registre, c’est au personnage culte de Fitzerald, Gatsby, que l’acteur donne vie, l’un des personnages les plus emblématiques de la littérature. DiCaprio prouve à nouveau qu’il est capable d’interpréter deux rôles aux antipodes à quelques mois d’intervalle, sans ne jamais perdre ni de sa superbe, ni de sa crédibilité. 

Au début des années 2000, DiCaprio rencontre celui qui sera à l’origine d’une collaboration unique, Martin Scorsese. Un couple de travail qui se formera en 2003 pour le film Gangs of New York. S’en suivront quatre autres oeuvres dans lesquelles l’acteur incarnera des personnalités en quête de grandeur et de reconnaissance, Aviator en 2004, Les Infiltrés en 2006, Shutter Island en 2010 et Le Loup de Wall Street en 2013. DiCaprio devient le nouvel enfant chéri du réalisateur, comme l’avait été avant lui Robert de Niro à qui Scorsese avait offert des rôles mémorables. En plus de lui apporter succès et expériences, le réalisateur permet à l’acteur de prendre sa revanche auprès de ceux qui, après Titanic, doutaient encore de sa capacité à être autre chose qu’un sex symbol.

« The Revenant »

 Le retour du héros

Après une performance à couper le souffle dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio s’était offert un break loin des caméras. Des vacances au soleil ? Loin de là, si l’on sait que l’acteur en a profité pour se consacrer à son deuxième amour, l’écologie, et que l’autre moitié du temps, il préparait son grand retour …

En 2013, il nous éblouissait par sa fougue et son talent pour incarner des personnalités tourmentées, dont lui seul à le secret. En 2016, c’est devant la caméra du réalisateur Alejandro González Iñárritu que l’acteur étrenne son jeu toujours irréprochable.

Un  acteur récompensé

Éternel «minet» depuis son rôle dans Titanic, DiCaprio, malgré son talent d’acteur incontestable, peinait à faire reconnaître qu’il faisait définitivement partie des Grands. Même ses fans n’y croyaient plus, et pourtant, à 41 ans, Leonardo DiCaprio remporte l’Oscar du « Meilleur Acteur » pour son rôle dans le très intense The Revenant. Certainement l’une des plus grandes injustices du monde du cinéma enfin réparée. Non content de nous éblouir d’une nouvelle performance hors du commun, l’acteur nous offre l’un des plus beaux discours de l’histoire de la cérémonie des oscars, devant une maman très fière et son amie de toujours, la ravissante Kate Winslet. Mais DiCaprio n’est pas du genre à oublier sa chère planète, même un soir tel que celui-ci où il est à l’honneur. Au contraire, il profite d’avoir les regards braqués sur lui pour passer un message. Talentueux, modeste ET engagé.

Un acteur engagé

En 1998, l’acteur fonde « La Fondation Leonardo DiCaprio » avec la perspective d’oeuvrer pour la protection de la planète. Au programme : préserver la faune, la flore, les océans, prévenir du changement climatique et offrir de l’eau potable à ceux qui n’en ont pas. Rien que ça ! Non loin de s’en tenir à ces jolies résolutions, DiCaprio signe un contrat de 3 ans avec la marque de montres de luxe TAG Heuer, qui s’engage à reverser des royalties à la fondation « Natural Resources Defense Council » et « Green Grass International ». Il produit son propre documentaire en 2007, sur les traces d’Al Gore, La Onzième heure, Le dernier virage sur les conséquences du réchauffement climatique et sera prochainement aux côtés du président américain Barack Obama dans Avant le déluge, un documentaire signé Fisher Stevens, actuellement en production.

Considéré par les américains comme une véritable « Green Star », Leonardo DiCaprio est également un homme généreux et à l’écoute, comme en à récemment témoigné sa réaction suite aux attentats de Nice en juillet 2016. Touché, l’acteur a réuni de nombreuses stars, telles que Marion Cotillard ou Naomi Campbell, lors d’un Gala de charité destiné à soutenir les victimes et leur famille. Influent et très apprécié par ses pairs, il est parvenu a récolter la somme de 2,1 millions d’euros ce soir-là et l’acteur a même tenu à donner de sa fortune personnelle. Un geste que les français n’oublieront pas, celui d’un homme bon et altruiste. 

D’enfant star à muse de Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio a eu un parcours exemplaire. Toujours appliqué, discret, modeste et réfléchi, chacun des films dans lesquels il a un jour tourné se transforme en or. Acteur, scénariste, mais aussi défenseur des causes perdues, Leo a le coeur sur la main. 

Une générosité énorme, à la vie comme à l’écran, Leonardo DiCaprio est définitivement une personnalité à suivre, si ce n’était pas déjà fait. 2016 aura marqué un tournant dans la carrière de l’acteur, désormais oscarisé, une récompense méritée qui nous conforte dans l’idée que l’interprète de Jack Dawson a fait du chemin depuis Titanic, beaucoup de chemin.  

The Revenant : Bande annonce 

Auteur : Yael Calvo

Hedi, un film de Mohamed Ben Attia : critique

Avec Hedi, Mohamed Ben Attia raconte l’histoire d’une révolution presque impossible, mais qui souffle pourtant dans la vie d’un trentenaire tout chamboulé.

Le vent se lève 

Quand on le rencontre, Hedi est happé par les envies des autres, les siennes sont en suspens. Il s’apprête à épouser une femme qu’il connaît très peu, tout est organisé par sa mère, et travaille sans compter pour un boulot qui évolue en porte à porte. Le regard porté sur le personnage est donc d’abord celui d’un empêchement. Le réalisateur insiste sur l’immobilisme d’Hedi, sa fadeur, presque pour insister sur l’agitation des autres, leur couleur. La mère est enthousiaste, envahissante. La petite amie est pleine de désir d’avenir. Quant à Rim, dont il va bientôt croiser le chemin, c’est la joie de vivre même. Ces trois femmes très différentes sont des figures passionnantes, bien plus qu’Hedi au final. Car Hedi est une métaphore, celle d’un pays qui tentera lors du printemps arabe de sortir de sa léthargie, de se défaire de ses démons. Pourtant, on sait aujourd’hui que la situation de la Tunisie, toile de fond du film, est loin d’être révolutionnaire. On voit donc des traditions perdurer. Et le personnage le plus libre est finalement celui (enfin celle) qui a fait le choix du voyage, de l’ailleurs.

L’amour fou ?

La rencontre entre Hedi et Rim ressemble à une poésie absurde et c’est « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie »*. Car c’est elle qui est l’image la plus belle d’un pays qui voudrait s’ouvrir au monde, grandir, pétiller, se libérer. Elle n’a pas d’attaches, mais tombe pourtant amoureuse. Elle ne supporte que la vérité, la douceur, la beauté. Elle ne reste pas sur place. Tout le contraire d’Hedi, que l’on voit surtout errer, redire les mêmes discours (pour appâter des clients), et faire le même trajet en voiture. Résultat, le film est à dominance grise. C’est ce qui gâche un peu le plaisir, l’ennui n’étant jamais bien loin. L’acteur Madj Mastoura compose un personnage fermé, plein de reproches, qui tente de faire sortir ce qu’il contient en lui. Une vraie tête à claques au final. L’image d’un pays qui s’est écrasé en pleine révolution… Le printemps s’est changé en automne, puis en hiver. La course immuable des saisons a repris.

*extrait de André Breton, L’amour fou

Hedi : Bande annonce

Hedi : Fiche technique

Synopsis : Kairouan en Tunisie, peu après le printemps arabe. Hedi est un jeune homme sage et réservé. Passionné de dessin, il travaille sans enthousiasme comme commercial. Bien que son pays soit en pleine mutation, il reste soumis aux conventions sociales et laisse sa famille prendre les décisions à sa place. Alors que sa mère prépare activement son mariage, son patron l’envoie à Mahdia à la recherche de nouveaux clients. Hedi y rencontre Rim, animatrice dans un hôtel local, femme indépendante dont la liberté le séduit.
Pour la première fois, il est tenté de prendre sa vie en main.

Réalisateur : Mohamed Ben Attia
Scénario : Mohamed Ben Attia
Interprétation : Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita, Hakim Boumessoudi…
Photographie : Frederic Noirhomme
Production : Dora Bouchoucha, Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Nadim Cheikhrouha
Sociétés de production : Nomadis Images, Les films du Fleuve
Distribution (France): Bac Films
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 28 décembre 2016

Tunisie/France – 2016

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