Les prochaines aventures du Dieu nordique se dévoilent à travers un synopsis et une nouvelle photo officielle. Un Thor : Ragnarok qui promet baston, gladiateurs et Hulk.
Si la bande-annonce du 17ème film de l’univers cinématographie Marvel n’a pas encore été dévoilée, les informations sont nombreuses autour des péripéties du Dieu du tonnerre, attendues pour le 25 octobre 2017, en France. Le film est réalisé par Taika Waititi, à qui l’on doit Vampires en toute intimité. On retrouve évidemment au casting Chris Hemsworth et Tom Hiddleston dans leurs rôles respectifs de Thor et Loki, mais également Mark Ruffalo qui reprend ici son rôle de Bruce Banner et son alter-ego Hulk. Karl Urban ( Skurge ), Cate Blanchett ( Hela ) et Tessa Thompson ( Valkyrie ) seront également de la partie. Si nous avons appris récemment que Doctor Strange sous les traits de Benedict Cumberbatch fera aussi une apparition dans le film, l’intrigue de Thor : Ragnarok se dévoile à travers son synopsis officiel :
Dans Thor : Ragnarok, Thor est emprisonné de l’autre côté de l’univers sans son marteau, et se retrouve dans une course contre la montre pour retourner à Asgard et stopper le Ragnarok – la destruction de son monde natal et la fin de la civilisation Asgardienne – entre les mains d’une nouvelle menace très puissante, l’inflexible Hela. Mais avant cela, il doit survivre au plus dangereux des concours de gladiateurs, qui le place face à son ancien allié et collègue Avengers : l’Incroyable Hulk !
On peut donc s’attendre à des séquences de combat de haute volée grâce à les réunions de nos deux Avengers. L’intrigue du film puise ses références dans la série de comics The Unworthy Thor, où le héros perd son marteau. Mais aussi dans le fameux comics Planet Hulk où le monstre vert se retrouve exilé sur une autre planète et évidemment l’arc Ragnarok dont le film tire son titre.
On peut également attendre plus d’humour que dans les deux volets précédents. Chris Hemsworth a déclaré lors de la convention Wizard World Philadelphia « c’est très fun. Je pense qu’au niveau du ton, c’est un grand et excellent changement, plus que tout ce que nous avons vu avant. Taika Waititi, le réalisateur, si vous connaissez un peu son travail, il a juste un incroyable talent de comique qui met beaucoup de cœur dans tout ce qu’il fait. C’est un Thor très différent, c’est un Loki différent aussi; nous partons dans un autre monde que nous ne connaissons pas ». C’est donc avec grande impatience que nous sommes en droit d’attendre Thor Ragnarok, qui s’annonce comme un film audacieux et rafraîchissant dans l’Univers Marvel.
Dressant le portrait réaliste d’une jeunesse candide, Skam se révèle être un véritable phénomène en Norvège. La série transmedia y fait régulièrement plus d’audiences que Game of Thrones. Analyse d’un succès qui passionne les adolescents norvégiens.
Skam c’est « honte » en norvégien, mais c’est aussi la nouvelle série qui a réussi à réunir 192 000 téléspectateurs dès sa première saison, à la télévision norvégienne. Considéré comme « la série télévisée la plus cool de Norvège » par Verdens Gang, un grand quotidien norvégien, Skam doit avant tout son accueil dithyrambique à son concept. La série raconte le quotidien d’une bande d’adolescents, qui se construisent à travers leurs expériences et leurs amours. Aux premiers abords vu et revu, la singularité du concept repose ailleurs. En effet, la série crée un lien fort avec la réalité. Chaque personnage de la série possède son propre compte Instagram, que les fans de la série peuvent suivre. Ainsi on peut suivre la vie d’Isak ou de William en dehors de la série. De plus, la série joue sur le registre transmedia et ne cesse jamais de faire des ponts entre la fiction et la réalité. Marianne Furevold, productrice de la série norvégienne l’explique « Lorsque les héros de la série vont à une fête le vendredi, la vidéo de la fête est mise en ligne le vendredi ». Les comptes des personnages et le contenu en ligne évoluent en temps réel et en même temps que la diffusion des épisodes. Chaque vendredi, un nouvel épisode est diffusé est compile l’ensemble des vidéos et contenus qui ont été postés sur le site officiel de Skam. Ce concept interactif a valu à la série, lors de la cérémonie Gullruten, qui récompense les œuvres de l’industrie télévisé norvégienne, le prix de « l’innovation de l’année », aux côtés de quatre autres récompenses.
Mais le concept ne serait rien sans la qualité intrinsèque de la série. Comparé à la série britannique Skins, car abordant les mêmes thématiques notamment celle de l’adolescence, Skam se démarque avant tout par son optimisme. Là où Skins proposait des personnages virulents et des intrigues noires, Skam célèbre la douceur et la candeur de ses personnages. N’hésitant pas à aborder des thèmes sombres comme l’abus sexuel, la série reste tout de même une ode à l’amour et à la beauté. La série respire la sincérité et évite de nombreux lieux communs, souvent attachés aux comédies adolescentes. En effet, l’un des atouts de la série est son authenticité. Une authenticité que les jeunes téléspectateurs se plaisent à retrouver. Renforcé par son aspect interactif, Skam établit un vrai lien avec son audience. Si les amours lycéens et la recherche de la sexualité sont des sujets qui sont souvent traités dans les séries pour adolescents, ils n’auront été que rarement traités avant tant de justesse et de simplicité. Qui tournerait le dos à une série qui relate en toute vérité ses problèmes et bonheurs du quotidien ?
Le succès de la série peut aussi s’expliquer par son esthétique soignée et son excellent casting. Par une photographie, qui ravira la communauté« tumblr », la série est un plaisir pour les yeux. Tout est équilibré et calibré pour retranscrire la douceur et la suavité des lieux. De plus, Skam trouve aussi sa beauté dans ses acteurs. Imparfaits, candides, amoureux ou tout simplement humains, les personnages respirent la délicatesse et le charme. La série ne se prive également par d’avoir un panel de beaux acteurs, comme Tarjei Sandvik Moe qui incarne Isak, et dont le compte Instagram est suivi par plus de 300 000 personnes. Des internautes vont même jusqu’à dédier des pages Tumblr à leurs personnages favoris.
L’engouement autour de la série n’a pas laissé les pays étrangers indifférents. Si NRK, le média où est diffusé la série refuse de rajouter des sous titres anglais aux épisodes, pour des raisons de droit d’auteur liés aux musiques utilisées, une version américaine est prévue sous le nom de Shame pour l’année 2017. Il sera sûrement difficile de capturer l’essence d’une série qui n’avait en aucun cas prévu ce retentissement. La productrice Marianne Furevold le confie « Je fais de la télévision depuis de nombreuses années, et je n’ai jamais rien vécu d’aussi phénoménal ». « Nous cherchions à ramener les jeunes vers la télévision NRK, et c’est plutôt réussi rajoute-elle. » Skam puise sa force de son authenticité et de son concept dans un pays où les digital natives sont très présents. Toujours dans la justesse, Skam ne copie pas l’adolescence mais la vit en même temps que ses spectateurs, sans jamais faire semblant.
La saison 4 devrait être diffusée en Printemps 2017.
Passant avec les honneurs l’épreuve du temps, et à travers sa thématique et un nouveau regard sur le mythe de l’automobile, Christine s’impose comme une très bonne adaptation d’un roman de Stephen King, et accessoirement un des meilleurs films du maître Carpenter.
Synopsis : La première fois qu’Arnie vit Christine, il tomba en extase devant cette beauté aux formes éblouissantes. C’était dit, ils allaient lier leurs destins pour le meilleur et pour le pire. Mais Christine, la belle plymouth, modèle 57, n’aime pas beaucoup les rivales. Gare à celles et ceux qui voudront approcher Arnie!
Ambiance familière, mais thème nouveau
Détroit, 1957. Le spectateur est plongé au sein même d’une chaîne de production automobile. Cette industrie, connaissant son apogée à cette époque notamment grâce à l’application des principes fordistes, symbolise à elle seule l’essor de la société de consommation, et l’appropriation par les ménages de biens jugés essentiels à leur quotidien. Le convoyeur en marche, les voitures, toutes identiques les unes des autres, défilent à l’écran. Puis surgit Christine, magnifique Plymouth à la carrosserie impeccable, surmontée de courbes élégantes au rouge vif, sublimée par un panoramique horizontal. Toutefois, cette vision idyllique tourne court lorsque le capot de la voiture se referme brutalement sur la main d’un technicien chargé de contrôler le moteur… ou lorsque le chef de ligne retrouve un de ses employés mort sur la banquette avant à la fin de la journée. Dès les premières minutes, Carpenter nous confirme avec peu d’artifices pourtant bien évocateurs son postulat de base: Christine ne sera pas un objet comme les autres, mais bien un personnage à part entière !
Une relation dévorante
Il nous emmène ensuite dans les années 80 afin de nous présenter l’ensemble des protagonistes, et les lieux communs s’y afférant. Ainsi, nous suivrons principalement le parcours d’Arnie, archétype du jeune homme ringard dans beaucoup de films de cette époque : garçon au physique peu avantageux (gomina noir, nez imposant surmonté d’une énorme paire de lunettes), invisible aux yeux de ses camarades de lycée. Il est également sous l’emprise d’une certaine forme de domination, à la fois sociale, car souffre-douleurs d’une bande de blousons noirs, mais aussi familiale, puisqu’obligé par ses parents de passer des soirées Scrabble avec eux plutôt que de sortir courir les filles avec son meilleur ami Dennis. Ce dernier est tout à fait l’opposé d’Arnie : beau gosse, sportif de haut niveau faisant parti de l’équipe de football de l’école, et véritable gentleman auprès de ces dames. Une ambiance teenage movie plutôt classique donc, mais qui par son langage légèrement fleuri et cru va en contradiction avec cette tendance. Elle ne durera d’ailleurs que 10 minutes, jusqu’au moment de la première rencontre entre Arnie et Christine.
« Qu’est-ce qu’elle a de si particulier cette voiture ? » demande Dennis. « J’en sais rien ! Peut-être parce que j’ai trouvé pour la première fois de ma vie quelqu’un d’encore plus laid que moi. » Tombant éperdument amoureux de cette épave qu’il s’empresse de retaper, une véritable relation de proximité s’installe entre l’homme et la machine. Cela ne fera qu’empirer, cette communion devenant une véritable obsession pour Arnie. Dès la 35ème minute, son look change, à l’image de son comportement : faisant preuve de beaucoup plus d’assurance, il se rebelle contre ses parents et réussit à conquérir la plus belle fille du lycée. De dominé, il devient dominant. Si l’on peut regretter ce développement un tantinet rapide, ainsi qu’une relation avec Christine peu visible, on remarquera très vite que ce n’est pas sur ce point de vue que Carpenter a choisi d’axer son long métrage, mais bien sur la personnalité de Christine. Peu importe de savoir si elle est réellement possédée ou non, le but est bien de montrer sa puissance, son caractère vivant, ses dérapages contrôlés… Bref, les conséquences de sa relation avec Arnie. Car avec une tension montant progressivement, le pouvoir de Christine se dévoile petit à petit (les meurtres s’enchaînent, sa capacité à reformer sa carrosserie s’étend) et son emprise sur l’esprit d’Arnie devient de plus en plus considérable, le poussant dans des excès de violence très inhabituels de sa part. Il en vient même à considérer Christine comme une véritable compagne : « Plus personne ne nous fera de mal tant que l’on est ensemble ».
Cet axe psychologique est véritablement la grande réussite du film, conjugué à un nouveau regard porté sur la relation homme-machine. Car si ce thème est bien coutumier dans le domaine de la science-fiction (citons à la pelle la saga Terminator, I-Robot, et dans une moindre mesure2001- L’Odyssée de l’Espace pour les plus célèbres d’entre eux), il est plus rare dans le genre du fantastique, où un objet du quotidien devient une véritable machine à tuer et influence son utilisateur. Il est d’autant plus mis en valeur grâce à la mise en scène impeccable de John Carpenter. Comme à l’accoutumée, ses mouvements de caméra élégants mettent en valeur ses personnages. Plus particulièrement Christine, dont l’iconisation réussie parvient à la rendre réellement effrayante dans certaines scènes à l’impact visuel fort. On se souviendra notamment du bolide en feu, poursuivant sans relâche sa proie le long d’une route plongée dans l’obscurité, ou encore du duel final, où son capot déformé s’apparente davantage à une gueule béante montrant ses crocs. La bestialité de la machine au sens propre du terme ! On pardonnera ainsi volontiers quelques fautes de goût mineures, par exemple des caricatures un poil trop forcées (le garagiste, horripilant à force d’insultes, de crachats et de mastication de chewing-gum), ou des personnages relativement anecdotiques (l’inspecteur de police, présent pour justement renforcer la tension et les soupçons auprès d’Arnie, parait bien lisse).
Rythmé par une BO rock des plus punchy, et assez éloigné de ce qui se faisait à l’époque en matière d’épouvante, Christine reste toujours une excellente surprise à (re)découvrir. Cette adaptation confirme le savoir-faire narratif et technique de John Carpenter, et le talent inné de Stephen King à distiller l’angoisse… même vis-à-vis d’une voiture.
Christine : Bande annonce
https://www.youtube.com/watch?v=fOBUAylNOxU
Christine : Fiche technique
Réalisation : John Carpenter
Scenario : Bill Phillips, d’après l’œuvre de Stephen King
Interprétation : Keith Gordon (Arnie Cunningham), John Stockwell (Dennis Guilder), Alexandra Paul (Leigh Cabot), Robert Prosky (Will Darnel), Harry Dean Stanton (Rudolph Junkins), Kelly Preston (Roseanne)…
Photographie : Donald M. Morgan
Montage : Marion Rothman
Décors : Daniel A. Lomino
Costumes : Darryl Levine
Musique : John Carpenter et Alan Howarth
Production : Richard Kobritz, Larry J. Franco, Kirby McCauley, Mark Tarlov, Barry Bernardi
Société de production : Columbia Pictures, Delphi Premier Productions, Polar Film
Distribution : Columbia Pictures
Durée : 110 minutes
Genre : Fantastique
Date de sortie : 5 janvier 1984 Etats-Unis – 1983
Nocturnal Animals est une œuvre déroutante, sublimée par la perfection de son casting et l’audace de ses visuels mais qui ne convainc pas totalement en raison de son absence de subtilité et ses maladresses qui rendent son propos trop nébuleux.
Synopsis : Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’œuvre qui lui est dédicacée.
L’art de la vengeance
Styliste de renom ayant propulsé l’entreprise Gucci au sommet dans les années 90, Tom Ford est un esthète au goût étrange mais envoûtant qui affirme une identité visuelle forte. Le voir donc se laisser aller à ses envies de cinéma pour son premier film en 2009 était quelque chose d’assez intriguant. Surtout que son A Single Man s’est très vite imposé comme une œuvre à la maîtrise absolue et une très belle proposition de cinéma. De quoi être curieux quant au tournant que prendrait la carrière filmique du cinéaste. Il aura presque fallu attendre 8 ans pour que celui-ci daigne retourner derrière la caméra mais il a l’intention de le faire en marquant les esprits. Réunissant un casting phénoménal et promettant un thriller tortueux et déroutant au style affirmé, tout était réuni pour faire de Nocturnal Animals une des grosses attentes de ce début d’année 2017. Mais les attentes sont malheureusement synonymes de déception, Ford peine ici à marquer l’essai.
Au niveau de la forme, il ne fait aucun doute que l’on est face à un film de Tom Ford, on retrouve le maniérisme obsessionnel du cinéaste dans la construction très symétrique de ses plans. Visuellement le tout est fabuleux, véritable ballet de forme et de couleurs qui offre quelque chose de totalement envoûtant. Nocturnal Animals transmet la laideur par le prisme du beau et construit par ses visuels des images paradoxales, où l’on se retrouve constamment subjugué par la beauté des plans mais révulsé par ce que ceux-ci montrent. Le beau et le laid ne forment qu’un au point que l’on s’interroge sur leurs notions même, soulignés par un générique d’ouverture étrange et fascinant qui s’impose comme une des audaces les plus marquantes vues dans un film ces dernières années. Sur ça, la réalisation flirte souvent avec la virtuosité, jonglant à merveille entre un univers de paraître froid et clinique et un redneck movie crade à la violence sèche tout en parvenant habilement à éviter l’exercice de style. Sur le visuel, les deux univers dépeints par Nocturnal Animals s’entrecroisent et se répondent à merveille, aidés par une photographie somptueuse de Seamus McGarvey qui joue brillamment avec les contrastes de couleurs pour une image léchée et pleine de nuances. Les compositions musicales d’Abel Korzeniowshi pleines de charme et de sensibilité accompagnent aussi parfaitement le récit et on ne déplorera qu’un montage abrupt qui souligne le manque de subtilité de l’œuvre. Les similitudes entre le livre que lit l’héroïne et ce qui lui est arrivé dans son premier mariage sont souvent grossièrement mis en parallèle et le film à la fâcheuse tendance d’entrecouper les scènes chocs du livre par les réactions exagérées du personnage d’Amy Adams, enlevant toute la force de ces passages qui ont pourtant une gestion de la tension proche de la perfection. La première scène au sein du livre est absolument tétanisante.
Mais là où le bât blesse c’est dans l’écriture emplie de maladresses. La partie roman est plutôt bien gérée, elle a ses clichés et apparaît un peu classique mais se montre efficace car elle possède des personnages forts, complexes et qu’on prend plaisir à suivre. Ce qui se passe dans la réalité sera par contre plus problématique. Déjà, le film juge que jongler entre la réalité de l’héroïne et le livre de son ex-mari n’est pas suffisant et rajoute des flashbacks sur leur relation qui viennent alourdir le récit. Il veut tant en montrer et en expliquer qu’il desserre la force de son œuvre et cède aux développements plan-plan et parfois un peu niais. Et l’ensemble n’est pas aidé par certains dialogues tout droit sortis d’un article d’Art de séduire du style « Les 7 phrases pour la faire tomber amoureuse de vous ». Un enchaînement de phrases toute faites et sans émotions qui tranchent avec l’aspect ultra maîtrisé de la forme. On sent un certain laxisme dans l’écriture qui par excès de confiance se croit plus intelligente qu’elle ne l’est. Car lorsqu’elle va tout dire sur le couple au centre du film, elle va se montrer bien trop nébuleuse sur le propos en lui-même, pouvant même laisser croire à une certaine misogynie. Ce n’est évidemment pas le cas, car si l’on pousse la réflexion on se rend compte que le propos est savamment ambigu et même plutôt vrai et audacieux, l’individu n’est qu’un être médiocre et apeuré qui fuit la potentielle lumière du bonheur pour se complaire dans la noirceur de son malheur. D’où le titre du film mais dans sa sur-explication de certaines choses et son manque total d’égard pour d’autres, Nocturnal Animals ne pousse pas forcément le spectateur à faire la démarche de cette réflexion. Le film se veut à la fois accessible et exigeant et place le public dans une fausse zone de confort qui va le faire se référer uniquement à ce qu’il voit et ne va pas chercher à réfléchir à ce que l’on lui montre. L’aspect symbolique paraît du coup évident alors qu’il est biaisé par les maladresses de son traitement, même si toutes les clés sont là pour comprendre le propos. L’attention étant portée ailleurs on peut facilement se dire, à tort, que l’on en n’a pas besoin.
Nocturnal Animals en devient donc un film qui se tire lui-même une balle dans le pied par excès de confiance. L’œuvre reste une réussite car l’on reste subjugué par son ambiguïté audacieuse et envoûtante qui est totalement sublimée par une forme fantasmagorique. C’est un récit vénéneux au propos intéressant qui, même s’il est accompagné d’une mise en scène sophistiquée et d’un excellent casting, est parfois maladroit dans sa construction. Les petits défauts s’accumulent, le pire étant le manque de subtilité et les dialogues ratés, au point que le statut de grand film, dont il avait pourtant le potentiel, échappe à Nocturnal Animals. Pour autant l’œuvre reste efficace et a ses moments de pure virtuosité notamment à travers le jeu parfois habité de ses acteurs. Même si certains restent dans leurs registres, comme Michael Shannon et Amy Adams, tous deux très bons mais dans les prestations graves qui les caractérisent. C’est Jake Gyllenhaal, flamboyant dans un rôle qui lui fait avoir plusieurs facettes qu’il maîtrise toutes à la perfection, mais surtout Aaron Taylor-Johson qui impressionnent. Ce dernier offre une performance phénoménale qui fait totalement changer d’avis sur les capacités de l’acteur qui avant ça manquait de charisme et de profondeur. Mais ici, il est grandiose dans sa prestation vicieuse et animale au magnétisme fascinant.
Nocturnal Animals : Bande annonce
Nocturnal Animals : Fiche technique
Réalisation : Tom Ford
Scénario : Tom Ford, d’après le roman Tony and Susan d’Austin Wright
Interprétation : Amy Adams (Susan Morrow), Jake Gyllenhaal (Tony Hastings / Edward Sheffield), Michael Shannon (l’inspecteur Bobby Andes), Aaron Taylor-Johnson (Ray Marcus), Armie Hammer (Hutton Morrow), Isla Fisher (Laura Hastings),…
Image : Seamus McGarvey
Montage : Joan Sobel
Musique : Abel Korzeniowski
Décors : Shane Valentino
Producteur : Tom Ford et Robert Salerno
Société de production : Fade to Black
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 116 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 4 janvier 2017
Un Michael Fassbender torturé, un rythme effréné, une tension palpable : la nouvelle bande-annonce du film A Ceux qui nous ont offensés met l’eau à la bouche et promet un long-métrage puissant et angoissant.
Le film britannique réalisé par Adam Smith se dévoile un peu plus à travers une nouvelle et intense bande-annonce. A ceux qui nous ont offensés ( Trespass Against Us ) s’annonce être un frénétique drame familial et policier. On retrouve au casting Michael Fassbender et Brendan Gleeson, qui ont récemment partagés l’écran dans Assassin’s Creed.
Synopsis :
Les Cutler vivent comme des hors-la-loi depuis toujours dans une des plus riches campagnes anglaises, braconnant, cambriolant les résidences secondaires et narguant la police. Luttant pour faire perdurer leur mode de vie, Chad est tiraillé entre les principes archaïques de son père et la volonté de faire le nécessaire pour ses enfants. Mais la police, les traquant sans relâche, l’obligera peut-être à choisir entre sa culture et le bonheur des siens…
Lorsqu’un grand nom du roman fantastique rejoint un grand nom du cinéma fantastique, cela donne naissance à The Dead Zone, une œuvre où un enseignant se retrouve avec le destin du monde entre ses mains.
Synopsis : Après un accident de voiture qui le plongera dans le coma pendant 5 ans, Johnny Smith enseignant, se réveille avec un « don ». Il possède en effet la faculté de voir le passé ou l’avenir de la personne qu’il touche.
Au début des années 80, les adaptations cinématographiques de l’oeuvre de Stephen King se multiplient. L’horreur et le fantastique déployés dans ses romans rendent l’aspect cinématographique particulièrement alléchant, d’autant plus que le succès de l’auteur va en grandissant. Il n’est pas étonnant de voir alors de grands réalisateurs se lancer dans des projets d’adaptation. Si certains sont très éloignés du genre de l’horreur, comme Stanley Kubrick dont Shining restera le seul film d’épouvante de sa filmographie, il est plutôt logique que les pontes du cinéma d’horreur nord-américain apportent leur pierre à l’édifice. Si Romero ouvre le bal en 1982, l’année 1983 sera celle des deux plus grands noms du cinéma de genre à l’époque, John Carpenter et David Cronenberg.
Alors pilier du body horror avec des oeuvres comme Scanners ou Videodrome, David Cronenberg est un cinéaste avec des thèmes très particuliers qui émanent de chacun de ses films. Les deux plus importants étant la chair et la psyché. S’amusant à maltraiter les corps et les esprits, et usant d’effets spéciaux pour la plupart peu ragoûtants, le canadien s’est très vite fait une place dans le monde de l’épouvante. En 1983, même année que son gros succès Videodrome, Cronenberg se lance donc dans l’adaptation de The Dead Zone, un roman de Stephen King. Ce dernier raconte l’histoire de Johnny Smith (Christopher Walken), un instituteur qui suite à un grave accident de voiture et une période de coma, se retrouve à son réveil affublé de pouvoirs psychiques lui permettant de voir le futur ou le passé des personnes avec lesquelles il entre en contact. Au même moment, Greg Stillson (Martin Sheen) est en course pour devenir sénateur des Etats-Unis. C’est un candidat très proche du peuple, mais qui en même temps n’inspire pas vraiment confiance. Lors d’un meeting, Johnny découvre alors le futur de Stillson dans lequel il est président des USA et s’apprête à lancer une salve de missiles.
On remarque très vite la présence de certaines obsessions du cinéaste canadien, et cela malgré le fait que le film ressemble beaucoup à un projet plus commercial. C’est en effet le premier film pour lequel le réalisateur n’est pas également scénariste. Si la chair ne subit pas de modifications (on retrouve cependant une sorte de métamorphose du personnage principal du fait que le pouvoir est accordé à Smith après un grave accident de voiture et une période de coma), c’est surtout la psyché qui est mise en avant ici, faisant de The Dead Zone, un véritable thriller psychologique. Après les protagonistes de Scanners possédant également des pouvoirs psychiques, Cronenberg continue sur cette lancée avec The Dead Zone. Dès que Johnny Smith touche une personne, il reçoit alors une vision de cette personne, cela peut être le passé comme c’est le cas avec son docteur ou avec un cadavre, ou le futur comme c’est plus souvent le cas, lui permettant alors d’empêcher plusieurs drames.
Cronenberg prend clairement le temps de bien implanter son récit. Le personnage de Sheen n’apparaît d’ailleurs quasiment pas dans la première heure du film. Cela va permettre à Cronenberg de véritablement se concentrer sur Johnny Smith et la découverte de ses pouvoirs. Dans un premier temps, cela se fait par la terreur lors de la première apparition des visions au contact d’une infirmière. Une montage rapide de successions de plans entre Walken et l’infirmière sous le choc des cris poussés par Smith, et des visions d’un incendie quasi-apocalyptique. Cette première séquence possède un certain aspect viscéral qui nous fait basculer directement dans cette nouvelle vie qu’est celle de Johnny. A partir de cette première vision qui va permettre le sauvetage de la fille de l’infirmière, la réputation de « médium » de Johnny va se répandre dans tout Castle Rock.
Le récit se perd alors dans diverses directions, retrouver le contact avec un être perdu de vue depuis longtemps, une petite enquête policière, tout cela avec comme point d’ancrage les nouvelles habiletés de Johnny. C’est agréable à suivre, mais ça manque un peu de consistance, restant assez simple et n’allant pas vraiment au fond d’une réflexion précise. Il faudra vraiment attendre la dernière partie du film et l’arrivée de Martin Sheen pour offrir un aperçu plus réflexif du pouvoir de Johnny Smith. En effet la vision que va obtenir le personnage de Christopher Walken vient à lui se faire poser une question. Une question qui renvoie d’ailleurs à un des principes du voyage temporel. Cette question est : Si tu pouvais retourner dans le passé, irais-tu tuer Adolf Hitler ? Johnny se trouve en prise avec une information capitale pour l’avenir de son pays, voire de l’humanité, mais doit-il agir en conséquence quitte à tout sacrifier.
Cette dernière partie de The Dead Zone est clairement la plus intéressante. Le film de Cronenberg n’est pas mauvais, il reste cependant trop classique, et montre bien qu’il ne s’agit pas d’un projet véritablement personnel du canadien. Il n’est pas étonnant que le roman sera finalement adapté bien plus tard sous forme de série (ce qui était au départ prévu après le film mais Walken et Sheen ont eu des problèmes d’emploi du temps). L’aspect feuilletonnant de la première partie du film où Walken résout plusieurs cas colle à la perfection avec une série télévisée, et apparaît bien trop maigre pour un film d’1h45. Cronenberg a quand même réussi à imprimer sa patte au long-métrage, et même s’il est loin d’être le projet le plus marquant de sa filmographie, The Dead Zone reste un film fantastique bien mené, avec un Christopher Walken plutôt bon, et un Martin Sheen sociopathe qui s’en donne à cœur joie.
The Dead Zone : Bande Annonce
The Dead Zone : Fiche technique
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : Jeffrey Boam d’après le roman The Dead Zone de Stephen King
Interprétation : Christopher Walken ( Johnny Smith), Brooke Adams ( Sarah Bracknell), Herbert Lom ( Dr Sam Weizak), Anthony Zerbe ( Roger Stuart), Martin Sheen ( Greg Stillson)..
Photographie : Mark Irwin
Montage : Ronald Sanders
Décors : Carol Spier
Musique : Michael Kamen
Production : Debra Hill, Dino de Laurentiis, Jeffrey Chernov
Durée : 105 minutes
Genres : Drame, fantastique, thriller
Date de sortie : 21 octobre 1983
Avec Shining, Stanley Kubrick comptait réaliser le film d’horreur parfait. Force est de constater que le long métrage marque le genre et la culture populaire tout en étant, pourtant, une émancipation totale de l’œuvre de Stephen King
Synopsis: Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés…
Précédé par Carrie et Salem, Shining constitue aussi bien le troisième roman de Stephen King que la troisième œuvre à être adaptée de l’auteur sur grand écran. A l’époque best-seller en librairie, il permit à King d’être considéré comme le véritable « Maitre de l’horreur moderne ». Si la situation du romancier est au plus haut, celle de Stanley Kubrick, à l’époque déjà considéré comme l’un des plus grands réalisateurs en activité, est beaucoup moins certaine. Malgré ses quatre oscars, Barry Lyndon, le précédent film du cinéaste, est un échec au box-office, mettant de ce fait son adaptation du roman de Diane Johnson, The Shadow Knows, en suspend. La Warner fait donc parvenir le manuscrit de The Shining sur le bureau de Kubrick avec l’assurance d’un succès commercial assuré grâce à l’adaptation d’un best-seller littéraire. C’est ainsi que Stanley Kubrick, aidé par Diane Johnson au scénario, se lance dans une adaptation très libre de Shining, peut être trop pour en faire une bonne adaptation.
Shining le film, est l’œuvre de son auteur. Outre l’exercice de style au sein d’un genre très peu considéré à l’époque (en l’occurrence le cinéma d’horreur), le long métrage s’inclut parfaitement dans la filmographie de son réalisateur, dans sa recherche profonde de l’esthétique cinématographique. On retrouve alors la sève kubrickienne, dans sa conception la plus pure : la froideur de son atmosphère, la fracture mentale de ses protagonistes et la lente construction scénaristique de son intrigue. Le réalisateur a toujours souhaité réaliser le film d’horreur parfait, un genre en pleine émergence, notamment dans la volonté de jeunes grands réalisateurs d’en faire leur marque de fabrique. On citera alors David Cronenberg (Frissons, Chromosome 3), Tobe Hopper (Massacre à la Tronçonneuse), Wes Craven (La colline a des yeux) ou encore George Romero (Zombie), qui, tout comme Stanley Kubrick, ont inclus leur style dans un genre viscéral, propice à marquer le spectateur et la pop culture de leur empreinte. C’est donc dans l’optique d’un labyrinthe mentale que Kubrick axe son récit. A la fois physique avec le jardin construit comme un labyrinthe et psychique, avec la schizophrénie du personnage cérébral de Jack Torrance. Interprété par un Jack Nicholson transcendé, il constitue l’une des plus grandes réussites dans la caractérisation d’un personnage au cinéma. Le reste du casting n’est pas en reste, notamment l’angélique Shelley Duvall et Danny Lloyd, tous deux remarquable de justesse. Ce trio incarne la réussite du long métrage dans la construction de son récit et ses personnages, tous affectés par un sentiment effrayant de mysticisme, dans un hôtel sous forme de catharsis pour eux-mêmes. Le réalisateur utilise alors le mouvement pour tromper le spectateur sur les uniques certitudes qu’il possède. En effet, Kubrick ne donne que très peu de clés d’interprétation, aussi bien pour stimuler l’imaginaire de son public que pour ajouter une aura mystique à sa production. C’est donc dans la psychanalyse que Stanley Kubrick base ses thématiques, afin d’atteindre un surnaturel et une vision du paranormal très froides et presque cliniques. Un point de vue à l’impact redoutable sur la culture populaire, notamment avec la saga Poltergeist initiée par Tobe Hopper ou encore Paranormal Activity d’Oren Peli, sans jamais, pour autant, retrouver le génie kubrickien.
Une adaptation très (trop) libre ?
Cependant, c’est à ce moment-là que le bât blesse. A tellement vouloir imprégner son style visuel au sein de son œuvre, Stanley Kubrick échoue avec Shining, à adapter les thématiques qui faisaient toutes la sève du livre de Stephen King. L’œuvre originelle traitait de paternité, montre une véritable descente aux enfers d’un homme d’une réelle bonté envers sa famille et décrit les ravages de l’alcool dans les relations de l’Homme. De même, son ton était résolument optimiste et plutôt chaud dans son atmosphère. A contrario, Kubrick dépend la folie existentielle de Jack Torrance, semblant schizophrène dès la première scène. De même, le feu tient une place particulière dans le roman de Stephen King, notamment dans un final haletant et dévoilant le véritable pouvoir du shining. A l’inverse, le final de Shining le film se clôt dans le froid quasi polaire des Rocheuses du Colorado, quand l’atmosphère clinique renforce cette sensation de malaise et de claustrophobie chez le spectateur. L’adaptation proposée par Stanley Kubrick néglige donc ce qui faisait l’essence même des thématiques de Stephen King. Ce dernier ayant avoué que le roman était partiellement autobiographique, il constituait une vraie désinhibition pour son auteur. Kubrick préfère s’attacher à son style graphique d’une froideur glaçante, certes parfaitement adapté pour un long métrage de genre, mais supprime de ce fait, toutes thématiques provenant de l’imagination affolante du maître de l’horreur moderne. Malgré tout, cette démarche est-elle pour autant critiquable ? Elle constitue en effet tout le sens de l’expression « adaptation cinématographique » et se justifie par l’apport d’un sens et d’une ambiance propre à son auteur. Quand Stephen King décide de s’attacher à une cause très réaliste qu’est la violence paternelle, Kubrick, avec l’aide de sa scénariste Diane Johnson, souhaite quant à lui établir un mélange entre la psychanalyse sous forme de labyrinthe mental et le surnaturel clinique. Stephen King en viendra à critiquer l’adaptation (tout en louant le film sur ses qualités) et écrire une minisérie intitulée Shining : Les Couloirs de la Peur, pour coller plus à l’ambiance et aux thèmes de l’œuvre d’origine. Dans les faits, l’avis du romancier semble le plus juste : Shining est un chef d’œuvre cinématographique mais une adaptation manquée de l’œuvre qu’il adapte.
Shining est une incontestable réussite cinématographique mais se dérobe totalement de l’œuvre de Stephen King. Il témoigne à la fois de la qualité d’une adaptation par un auteur apportant ses propres thématiques et de l’émancipation d’un cinéaste par rapport à une œuvre. Le long métrage comme le livre resteront des monuments, chacun à leur façon, prouvant la difficulté d’adapter cet auteur fantasque, véritable maître de l’épouvante.
Shining : Bande-annonce
Shining : Fiche Technique
Réalisation : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick et Diane Johnson, d’après le roman Shining, l’enfant lumière de Stephen King
Interprétation : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers…
Musique : Wendy Carlos, d’après la symphonie fantastique de Berlioz ; Rachel Elkind, Gyorgy Ligeti, Bela Bartok, Krzysztof Penderecki
Montage : Ray Lovejoy
Producteurs : Stanley Kubrick et Jan Harlan
Société de production : Hawk Films, Peregrine
Distribution : Warner Bros
Budget : 19 000 000 $
Récompenses : Lauréat du Saturn Awards du meilleur second rôle pour Scatman Crothers
Genre : Horreur, fantastique
Durée : 119 minutes
Date de sortie : 16 octobre 1980
Les vampires de Salem, le romancier fantastique Stephen King adapté par le grand cinéaste de l’horreur.
Synopsis : Ben Mears, un auteur revient à la petite ville du Maine, Salem Lot, où il a passé les premières années de sa vie, pour y écrire un livre. Un climat anxiogène s’installe alors que de mystérieuse disparitions touchent les habitants de cette petite ville.
Le berceau de l’effroi
Stephen King a plusieurs fois affirmé que son histoire favorite était celle écrite pour Salem, particulièrement pour ce qu’elle disait des petites villes. Salem est le diminutif de Jerusalem’s Lot, lieu unique du deuxième roman du maître du fantastique et le théâtre d’événements surnaturels dramatiques. C’est donc l’histoire d’un village perdu au milieu du Maine et de ses habitants horrifiés par les disparitions qui secouent soudainement leur ville. Ainsi qui mieux que le réalisateur de Poltergeist pour s’attaquer à son adaptation ? Tobe Hooper réalise en 1979 un téléfilm de près de trois heures intitulée Les Vampires de Salem.
À Jerusalem’s Lot, chacun a son opinion sur leur commune. »Toutes les petites villes ont leur maison hantée » dit l’un, « C’est comme ça que l’on réagit dans une petite ville » dit l’autre. Fidèle à la volonté de King, Salem’s Lot s’évertue à dépeindre le quotidien bouleversé d’une communauté par l’arrivée d’étrangers et d’événements surnaturels. Le policier, le prêtre, l’enseignant, l’agent immobilier, les gosses… tous les habitants sont concernés par les événements qui touchent leur petite société. Hooper ne sacrifie aucun personnage secondaire. Le scénario s’adapte donc parfaitement pour la télévision, avec une durée de près de trois heures, pour pouvoir brasser tout le spectre de cette petite ville.
S’il y a une patte Hooper indéniable, le format télé et une distribution de comédiens sans charisme (à l’exception notable de James Manson, plus mystérieux que jamais dans le rôle de l’étrange étranger) rendent le tout très insipide. Indéniablement aujourd’hui Les Vampires de Salem a très mal vieilli . Si le réalisateur a tenu à rester au plus près de l’histoire de King, l’excellente dramaturgie de ce roman de 600 pages ne transparaît pas dans cette adaptation. Dans le roman il faut bien attendre quelques centaines de pages pour que le mystère sur ces disparitions soient levées. Nul ne peut alors se douter à la lecture qu’il détient un livre de vampires dans les mains. Tobe Hooper ne peut pas cacher bien longtemps le mystère en ressortant l’imagerie vampirique dès la première disparition… Ainsi le suspect colis glacé qui apparaît dès la première heure n’a plus rien de mystérieux. Les traducteurs français ont fait plus fort en déflorant l’intrigue dès le titre : Les Vampires de Salem.
D’abord imaginée pour le cinéma, cette adaptation préféra le format de mini-série pour rester le plus fidèle au roman d’origine. Mais ce parti-pris se retourne contre lui car le roman, fort de ses 600 pages, nécessitait plus de deux épisodes de 90 minutes pour retranscrire sa dramaturgie, son suspense et toute son épouvante.
Les Vampires de Salem : Bande-annonce
Les Vampires de Salem : Fiche Technique
Réalisation : Tobe Hooper
Scénario : Paul Monash d’après le roman Salem de Stephen King
Interprétation : David Soul, James Manson, Lance Kerwin, Bonnie Bedelia
Photographie : Jules Brenner
Montage : Tom Pryor, Carroll Sax
Décors : Mort Rabinowitz
Musique : Harry Sukman
Production : Richard Kobritz
Distributeur : CBS
Durée : 184 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 17 novembre 1979 /24 novembre 1979
Carrie c’est la puissance de la norme, ce moule unique dans lequel sont forgées les civilisations modernes, rejetant à la marge tous les anormaux, ces handicapés sociaux « qui aimeraient bien avoir l’air, mais qui ont pas l’air du tout ».
Synopsis: Carrie White vit seule avec une mère austère qui, entièrement dévouée à Dieu, entend bien faire de sa fille une dévote comme elle. Cela vaut à Carrie brimades et moqueries au collège, du fait de son ignorance totale de la vie sociale. Le jour où, ignorant ce que sont les menstruations, elle va être ridiculisée sous la douche par ses camarades, Carrie va laisser grandir en elle un pouvoir qui n’en était jusqu’ici qu’à ses balbutiements.
Tout à la fois premier roman de Stephen King et première adaptation d’un de ses romans, Carrie fait partie de ses quelques romans qui ont eu la chance de rencontrer un grand réalisateur même si, à l’époque, Brian De Palma n’en était qu’à ses débuts. Mais quels débuts prometteurs puisqu’avec Carrie, dont les droits n’avaient encore été acquis par personne (même si les candidats se bousculaient), il trouvait une matière à sa main: une trame narrative pleine de promesse et un fond qui donnait du sens à l’histoire. C’est peut dire que Brian De Palma a été fidèle au roman (contrairement à de nombreux massacres cinématographiques ou télévisuels dont Stephen King a été victime par la suite), il parvient à respecter le livre, tout en faisant du film une oeuvre personnelle. Carrie est une seule et même oeuvre, qui appartient à deux auteurs.
Comme cela deviendra son habitude, Brian De Palma innove, s’amuse avec les possibilités techniques de l’époque pour tenter de traduire visuellement ce que raconte le scénario. Même s’il a regretté cet écran divisé au moment du drame final car cela ruinait l’action, il reste le talent: Carrie sous la douche découvrant la menstruation est un prodige et le sang sera présent tout le film, comme un fil rouge. C’est là toute l’intelligence de ce cinéaste: il ne joue pas avec la caméra pour épater la galerie, mais la met toujours au service de son histoire, pour lui apporter un supplément d’âme. L’âme de ce film (comme du livre d’ailleurs), son sens profond, n’est pas la télékinésie qui est, comme souvent chez King, un prétexte. Ni même forcément la religion. Carrie est un film sur la norme et sa transgression (proscrite évidemment) et qui pose une question: la perfection est-elle dans la norme ? Une transgression qui trouve son origine dans la tyrannie religieuse de cette mère possédée par Dieu, une bigoterie qui met mal à l’aise ses voisins. Une mère hors norme qui engendre une fille hors norme, réservée, mal dans sa peau, à part et laissée pour compte par ses camarades de classe. Eux sont souvent beaux, sortes d’americans dreams incarnés. Des jeunes normaux, eux, qui trouvent la pleine satisfaction dans le martyre qu’ils infligent à Carrie, souillon timide et laide: elle les rassure sur qui ils pensent être. La rejeter c’est repousser ce qu’ils ont peur de devenir.
Si le casting est excellent, on peut tout de même sans honte le résumer à deux actrices: Piper Laurie et Sissy Spacek. Si Piper Laurie n’a pas eu une immense carrière (tout de même nominée aux Oscars pour ce film), elle a eu cet immense rôle de mère, croyante et pratiquante jusqu’à la folie, rejetant tiout l’aspect matériel et surtout charnel de la société dans laquelle elle vit. Et il y a Sissy Spacek, en début de carrière à l’époque, jusque là surtout cantonnée aux films TV. Pour son audition, elle prit une vieille robe et couvrit ses cheveux d’huile. Elle obtint le rôle et reste aujourd’hui la seule Carrie mémorable. Rarement une actrice aura tant frôlé la perfection, sachant incarné la fille recluse, laide et timide, puis sublime aux yeux d’une étrange beauté, pour finir en ange exterminateur, qui comprend que ce monde n’est pas ouvert aux anormaux comme elle. Poignante et touchante, puis fracassante de beauté, puis terrifiante. Sa nomination aux Oscars devint alors une évidence, mais la concurrence fut rude en 1977.
Il y a bien un petit reproche que l’on pourrait faire à De Palma, c’est d’avoir escamoté tout le passage de la destruction de la ville de Chamberlain par Carrie, il y avait là matière à du grand spectacle. Mais ce film fait tout de même partie des plus belles adaptations de Stephen King, de celles pour lesquelles le réalisateur s’est donné la peine de comprendre l’auteur, d’écouter ses mots, d’aller au-delà des apparences du fantastique. Brian De Palma a eu le talent d’imaginer comment nous lecteurs, nous avions bien perçu les personnages, leurs émotions et l’histoire que voulait raconter l’auteur. Après le mot fin la question reste posée: Dieu a-t-il donné ce pouvoir à Carrie ? Quant à Brian De Palma, il aura compris qu’être fidèle et infidèle tout à la fois, là réside le secret d’une bonne adaptation.
Carrie : Bande-annonce
Carrie : Fiche Technique
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Lawrence D. Cohen d’après l’œuvre de Stephen King
Interprétation : Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, John Travolta
Musique : Pino Donaggio
Montage : Paul Hirsch
Producteurs : Brian De Palma, Paul Monash et Louis A. Stroller
Société de production : Redbank Films
Distribution : Carlotta Films
Budget : 1 800 000 $
Récompenses : Grand Prix au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1977
Genre : Horreur, fantastique, drame
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 22 avril 1977
Primé à Cannes (Prix SACD, Semaine de la Critique) l’hypnotique Diamond Island de Davy Chou est une immersion au cœur du Cambodge, à mi-chemin entre réalisme social et expérience visuelle.
Les insulaires
Diamond Island, ou le nom un peu kitsch d’un projet immobilier destiné à un tourisme de luxe. Une cité démesurée bâtit sur une île et qui parvient à mêler bidonville et 5 étoiles. Ignorée de Phnom Penh par une rivière mais reliée par un pont, Diamond Island est un archétype; drainant la jeunesse paysanne dans ses chantiers insalubres afin d’ériger des caryatides flambant neuves. Davy Chou qui se plonge dans la fiction pour la première fois (après un documentaire remarqué en 2012 : Le sommeil d’Or) utilise ce cadre à des fins esthétisantes plus que sentencieuses et signe un film d’une beauté rare.
Dans un pays ou 50% de la population a moins de 24 ans, l’adolescent est roi en sa demeure; un jeunisme que l’on retrouve forcément en toile de fond du discours du cinéaste français (d’origine cambodgienne). Davy Chou s’adonne à une contemplation quotidienne de la vie de Bora (Sobon Nuon) un garçon de 18 ans qui quitte sa ferme et sa famille afin de travailler dans la capitale. Une capitale qu’il commence par éviter, comme le font les autres habitants de son quartier. Cantonné dans ce complexe qui profite à sa manière aux locaux puisque le travail y est continu, relai infernal d’ouvriers diurnes puis nocturnes. Bora et ses amis, noctambules sur les chantiers comme dans les parcs de loisirs qu’ils ont bâtis, errent dans un espace que le réalisateur poétise d’une manière inattendue. L’amoncellement de tôles, de poutres, de machineries est une sphère à part où la ligne et la couleur priment sur le matériau ; les plans imprégnés d’un certain pop art évoquent alors nos jeux de mécano, sorte d’infantilisation du cadre qui dédramatise autant qu’il indigne. Ces instants de beauté purement plastique s’immiscent dans la construction ondulante du film qui rappelle, sur ce point, la déambulation de Kaili Blues (Bi Gan). Avec une mise en scène mouvante où le véhicule abonde, le film distille les scènes motorisées : que ce soit sur la moto clinquante de son frère retrouvé, ou dans la nouvelle voiture de sa petite amie. Une fracture que Davy Chou s’amuse à souligner dans un contexte moins heureux, lorsque Bura se retrouve à pousser un cortège funèbre dans sa campagne qu’il redécouvre.
Oeuvre tentaculaire autour d’une jeunesse à deux vitesses, Diamond Island est un film émancipatoire sur une société rongée par le déracinement. La vie urbaine ne semble être animée que par les festivités occidentales, la Saint-Valentin est commercialisée, sexualisée, le canon coréen admiré, le langage anglicisé. Très vite Bura se lasse de sa tâche mécanique et de ses potes malhabiles, et cède à un nouveau monde que lui entrouvre son frère. Excursions nuiteuses, nouvelles rencontres, Iphone 6 la vie du jeune homme s’électrise ; comment assumer alors une réalité qu’il ne peut s’empêcher de jugée inférieure ? Sa famille face à l’Amérique, son amoureuse du ghetto ou la fille branchée de Phnom Penh ? Les dilemmes crèvent rapidement son mode de vie illusoire lorsqu’il réalise qu’il ne gagnera pas sans perdre, l’écart est grand et il a déjà changé. Davy Chou reprend une inquiétude que l’on avait aussi vu chez Jia Zhang Ke l’année dernière (Au-delà des montagnes), une observation mêlée d’appréhension et d’excitation vis-à-vis du chemin emprunté par leur pays. Où le tout-développement dresse des murs entre, et dans, les générations. Une alerte qui relève plus du murmure dans le dispositif du jeune cinéaste, ce dernier préférant exposer un romanesque moderne.
Diamond Island joue sur les contraires, charnel et pudique, monotone et furtif ; le film dépeint avant tout une société changeante. La nuit n’existe plus, les chantiers illuminent le ciel, et les néons le sol ; des tours sans fin surplombent les quartiers terreux, la ville s’étale sans élégance pourtant Davy Chou la rend séduisante. Aidé sans doute par les traits androgynes des cambodgiens, dont l’envie est palpable. Ce premier long métrage est un brassage identitaire et esthétique d’une grande finesse, le film parfait pour terminer (ou commencer) l’année.
Diamond Island : Bande-annonce
Diamond Island : Fiche technique
Réalisation: Davy Chou
Scénario: Davy Chou,Claire Maugendre
Interprétation: Nuon Sobon, Nov Cheanick, Chhem Madeza, Korn Mean, Nut Samnang, Meng Sophyna, Min Jany, Khim Samnang, Oun Batham, Hang Sreyleap, Dom Sreyroth
Photographie: Thomas Favel
Montage: Laurent Leveneur
Décors: Samnang Pak
Costume: Samphors Chorn
Musique: Jérémie Arcache, Christophe Musset
Producteurs: Charlotte Vincent
Production: Aurora Film
Distribution: Les films du losange
Durée: 1h39
Genre: Drame
Récompense: Prix SACD, semaine de la critique, Cannes 2016/ Grand Prix festival du film de Cabourg/ Golden Gateway du meilleur film, festival international du film de Mumbai
Une année 2016, certes, marquée par de nombreuses nouveautés qui présentent un bel avenir, mais n’oublions pas non plus les meilleures saisons des séries plus anciennes. Il est temps de dresser le bilan, dont voici le verdict.
À la veille de 2017, qui s’annonce prospère en terme de séries avec les retours de Sense8, Prison Break, ou d’autres fictions inédites telle que Legion ou American Gods, revenons sur ces nombreuses saisons qui auront marqué notre imaginaire télévisuel. Ainsi, comme pour le bilan des nouveautés, vous retrouverez ici les 5 meilleures saisons de l’année selon la rédaction, à travers un classement non hiérarchisé.
Véritable dénicheur de pépite, Netflix achète à la chaîne britannique Channel 4, six nouveaux épisodes de Black Mirror, toujours chapeauté par Charlie Brooker. Le réseau social devenu ascension social et dépendance, la réalité virtuelle comme prison dorée ou le chantage virtuel sont des thématiques qui viennent marquer d’une pierre pas si blanche la plus réussie des saisons de l’anthologie anticipative…
Antoine Mournès : « Une des plus puissantes anthologie qu’il ait été donné d’exister. Apocalyptique sans jamais être surmoralisateur, la fiction côtoie dangereusement la réalité pour un plaisir sériephilique pleinement satisfait… On en redemande ! »
Kévin List : « Les craintes se sont rapidement dissipées. Netflix a réussi un hold-up en reprenant la série d’anticipation de la BBC et offre l’un des grands moments audiovisuels de l’année. Anxiogène, bouleversant, implacable et qui ne peut laisser indifférent, chaque épisode s’achevant sur un ultime plan qui amène la réflexion. Une série passionnante et nécessaire ! »
Maxime Thiss : « Changement de diffuseur, mais toujours même recette pour Black Mirror. Parfois racoleuse, parfois oppressante, souvent cynique, cette saison 3 de Black Mirror reste toute aussi inégale que ses prédécesseurs mais aura le mérite d’offrir avec San Junipero son meilleur épisode pourtant très éloigné du ton habituel de la série. »
Alors qu’ABC patauge avec ses Agents of SHIELD depuis 4 ans, on ne peut pas en dire autant pour Netflix qui, au contraire, crée une vraie mythologie de qualité, en parallèle du Marvel Cinematic Univers, avec ses Defenders : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage, et prochainement Iron First. La première saison de Daredevil était déjà parfaitement maîtrisée, mais la saison 2 fait l’exploit d’être encore meilleure. Deux parties de saisons distinctes qui sont en parfaites symbioses en intégrant deux nouveaux personnages, le Punisher et Elektra, apportant toujours plus de profondeur au personnage de Matthew Murdock. Il nous tarde de voir notre 4 super-héros réunis dans une même série…
Julien Dugois : « Heureusement que Netflix, et en particulier Dardevil, est là pour tirer le meilleur de la cinégénie propre à la mythologie Marvel. »
Antoine Mournès : « Une continuité équilibrée qui assure une force toujours plus certaine à la série grâce à l’arrivée de deux personnages clés joués brillamment. Le trio Charlie Cox, Deborah Ann Woll et Elden Henson est magique et la frenchie Elodie Yung assure la relève… »
Perrine Mallard : « Une premiere partie de saison somptueuse avec The Punisher, un antagoniste des plus réjouissant, incarné par le talentueux Jon Bernthal, qui vole la vedette à Daredevil. Suivit malheureusement d’une deuxième partie beaucoup moins palpitante qui pâtit du manque de crédibilité d’un héros fade. »
Maxime Kasparian : « La première saison pose de bonnes bases narratives pour une saison 2 qui explose. Première partie consacrée au Punisher, et seconde partie sur l’arrivée de Elektra. Dans les deux situations, la réalisation, la mise en scène, nous accroche, et nous donne toujours plus envie de revenir à chaque épisode. »
Une saison 5 qui avait beaucoup divisé, surement car elle s’étirait trop sur les livres de George R. R. Martin. Heureusement la 6ème saison, diffusée en Mai dernier a su apporter un nouveau souffle dans son univers en s’émancipant des œuvres littéraires. Les Starks reprennent peu à peu le pouvoir, et Daenerys se lance enfin dans la conquête de son trône. Avec l’un des meilleurs épisodes 9 réalisé depuis le début, et un épilogue magistral annonçant officiellement les prémices des derniers combats avant de savoir qui accédera sur le Trône de Fer. Après avoir vu une saison 6 exceptionnelle, il nous tarde que visionner la saison 7 qui n’arrivera que durant l’été 2017.
Julien Dugois : « La série culte a de moins en moins à offrir. Seules quelques scènes épiques maintiennent cette saison dans le haut du panier. »
Kévin List : « Une fin de saison en apothéose, une maitrise visuelle et narrative sans faille, des acteurs à leur sommet et à l’arrivée, la confirmation que Game of Thrones est l’une des plus grandes séries de tous les temps. Te foire pas sur la 7eme ! »
Perrine Mallard : « Après une saison 5 éreintante, les intrigues avancent et l’hiver est enfin là, annonçant une suite poignante. On retiendra surtout l’épisode “Battle of the Bastards”, magnifiquement mis en scène, qui est à ce jour le meilleur épisode de la série. »
Maxime Thiss : « En s’émancipant complètement du livre, Game of Thrones offre l’une de ses meilleures saisons et confirme son statut de leader de la télévision. »
Maxime Kasparian : « Alors que la saison 4 était l’une des meilleures, la suivante a beaucoup déçu. Au contraire, la saison 6 relance toute son intrigue à travers la revanche des Starks, en attendant l’arrivée de la Khaleesi. Mise en scène et scénario impeccable, la fin n’a jamais été aussi proche… »
House of Cards Saison 4
Dernière saison dirigée par le showrunner et créateur Beau Williamson, la quatrième d’House of Cards est probablement la plus dense et froide qu’il soit. En centrant la première partie sur une lutte impitoyable avec sa femme, plus redoutable ennemi, pour terminer sur une nouvelle mécanique politique visant à sa réélection au travers d’intrigues qui ont pris naissance dans les saisons précédentes, l’adaptation us fait de Kevin Spacey et Robin Wright (qui réalise 4 épisodes) de véritables héros shakespeariens, probablement les plus passionnants anti-héros qu’il ait été donné de voir sur le petit écran…
Antoine Delassus : « Beau Willimon continue inlassablement à sonder les dérives du pouvoir, magnifié par les performances habitées de K.Spacey et R.Wright. »
Julien Dugois : « On continue à regretter le temps où les Underwood étaient de vrais figures maléfiques. Leur soap-opera à la Maison Blanche n’a rien de subversif. »
Antoine Mournès : « Un face à face glaçant et toujours impeccable dans lequel Robin Wright déploie une force de jeu sans précédent ».
Kévin List : « Girl Power dans cette saison qui aurait pu trouver une résonance particulière si Hilary Clinton avait gagné la Présidence. Robin Wright est incroyable tandis que Kevin Spacey reste magistral. Le plus grand couple macbethien tout média confondu et une saison 4 qui confirme la maîtrise exceptionnelle de cette série politique. »
Orange is the new black nous a toujours offert des saisons de qualités, mais nous sommes définitivement passé au stade au dessus l’été dernier. Des personnages toujours plus fascinants et parfaitement interprétés (mention spécial aux talents de Uzo Aduba, Samira Wiley et Lori Petty). La série fascine en nous faisant rire, nous agaçant parfois ou nous attendrissant, mais la réalité et la violence n’en sont pas oubliées bien au contraire. La fin de saison est poignante avec la disparition d’un personnage aimé du public et des autres protagonistes en s’inspirant du Black Lives Matter. Netflix a offert une année 2016 exceptionnelle grâce à ses nouveautés, sans pour autant oublier ses ainées qui sont House of Cards et Orange is the new black.
Zoran Paquot: « Magnifique rattrapage de la saison 3. Une fin fantastique, même si triste. »
Perinne Mallard : « Une saison plus sombre et suffocante à chaque épisode, la série nous prend aux tripes, plus violente que jamais avec un final qui nous hantera longtemps. Orange is the New Black ne nous avait jamais autant bouleversé. »
Maxime Kasparian : « Après une saison 3 portée sur la religion et l’humour, la saison 4 est tout aussi intense à travers une dramaturgie plus soutenue au fil des épisodes de plus en plus prenant. Nous somme face à une fin crescendo des plus marquantes et violentes, et c’est grâce à ça que la série tire son épingle du jeu. »
En adaptant un excellent roman de Philip Roth, American Pastoral paru en 1997 et récompensé d’un prix Pulitzer, Ewan McGregor s’essaie à la réalisation avec un bien trop classique drame historique qui ne réussit guère à atteindre son cœur de cible.
Synopsis : Fin des années soixante, Seymour Levov, un riche homme d’affaires, est marié à une très belle femme, miss New Jersey, et mène une vie paisible jusqu’au jour où sa fille devient une militante pacifiste contre la guerre du Vietnam et fait exploser un bureau de poste.
Un récit impersonnel sur fond historique
Philip Roth, marqué par des thèmes aussi puissants que les tumultes de la sexualité et de la psychologie masculines, le poids de l’Histoire et de l’héritage, la hantise de la désagrégation du corps et de la mort, et la place du judaïsme, a trouvé en l’acteur britannique récompensé, un long métrage qui ne trouvera jamais la poésie de la rupture. En effet, attiré par une bande annonce percutante aux thématiques précises telles que la lutte historique et l’émancipation familiale, on se rue dans les salles obscures en cette fin d’année glacée. Mais force est de constater qu’au bout d’une demi-heure de film, les rouages sont inexistants au profit d’une émotion sans cesse tirée à quatre épingle. Présenté presque sans grand bruit au 41ème TIFF, American Pastoral s’échine à peindre la fin d’un rêve américain.
Le trio formé par Ewan McGregor en père bienveillant ancien sportif et soldat, Jennifer Connelly en miss New Jersey vindicative, et leur fille jouée toujours à la limite du cliché par Dakota Fannings (qu’on retrouvera dans Ocean’s Eight prévu pour 2018), a tout d’un christmas movie engageant. Très rapidement, le genre glisse de manière attendue vers le drame historique en surexploitant les images d’archive. Mais ce récit est amené par un autre et inutile (le piège de l’adaptation littéraire) d’un point de vue externe et sans lien direct. Un ami d’enfance rencontre à la 45ème rencontre d’une promotion, le frère incarné par Rupert Evans, vieilli par un maquillage grossier, qui raconte les péripéties de Swede Levov. La plongée est lente et maladroite.Rien ne favorise l’attention, une mise en scène convenue, une photographie impersonnelle et un récit linéaire dont on s’extrait à chaque fois que l’émotion est soulignée par des yeux humides en gros plan. Le spectateur reconnaît un certain classicisme hollywoodien cher aux premières œuvres de Clint Eastwood en tant que réalisateur, mais n’identifie aucune subjectivité tant la portée du message vient anéantir l’absence de poésie. Ce qui est fort dommage, puisque le poids du travail est conséquent et palpable, mais ne ressort guère dans cette traduction visuelle au premier degré. La notion de « héros », qui plus est, joué par Ewan en personne, par un excès de naïveté qui lui est propre, car on lui reconnait le rôle du « jeune premier », ne concorde aucunement avec ce père perdue dans la tourmente d’une histoire qui le dépasse par les engagements de sa propre fille.
Heureusement que certains seconds rôles créent la surprise comme Uzo Aduba (Orange Is The New Black) en assistante dévouée et Molly Parker (House of Cards) en pédopsychiatre éclairée, mais tout est effleuré, les conditions salariales, le poids patriarcal, la crise de l’adolescence, la guerre du Vietnam, la folie, les convictions politiques… pour réussir correctement à captiver l’auditoire et divertir intelligemment. Il est délicat d’endosser plusieurs casquettes lors d’un premier long métrage et malheureusement, Ewan McGregor peine à briller devant et derrière. (Même la musique d’Alexandre Desplat est vite oublié après la séance!!!) On l’attend malgré tout de pied ferme pour sa double interprétation des frères Stussy dans la saison 3 de Fargo et la reprise de Renton dans la suite de Transpotting…
American Pastoral : Fiche Technique
Réalisation : Ewan McGregor
Scénario : John Romano, d’après Pastorale américaine de Philip Roth
Interprétation : Ewan McGregor (Swede Levov), Jennifer Connelly (Dawn Levov), Dakota Fanning (Merry Levov), Peter Riegert (Lou Levov), Rupert Evans (Jerry Levov), Uzo Aduba (Vicky), Molly Parker (Sheila Smith), David Strathairn (Nathan Zuckerman)…
Photographie : Martin Ruhe
Direction artistique : Gregory A.Weimerskirch
Décors: Daniel B. Clancy
Costumes : Lindsay McKay
Montage : Melissa Kent
Musique : Alexandre Desplat
Production : Sidney Kimmel, Gary Lucchesi, Tom Rosenberg
Société de production : Lakeshore Entertainment et Sidney Kimmel Entertainment
Distribution : Lionsgate (USA), Mars Distribution (France)
Budget : NC
Genre : drame historique
Durée : 126 minutes
Date de sortie : 9 septembre 2016 (TIFF), 21 octobre (USA), 28 décembre 2016 (France)…