Le phénomène Skam : la série tendance norvégienne

Dressant le portrait réaliste d’une jeunesse candide, Skam se révèle être un véritable phénomène en Norvège. La série transmedia y fait régulièrement plus d’audiences que Game of Thrones. Analyse d’un succès qui passionne les adolescents norvégiens.

Skam c’est « honte » en norvégien, mais c’est aussi la nouvelle série qui a réussi à réunir 192 000 téléspectateurs dès sa première saison, à la télévision norvégienne. Considéré comme « la série télévisée la plus cool de Norvège » par Verdens Gang, un grand quotidien norvégien, Skam doit avant tout son accueil dithyrambique à son concept. La série raconte le quotidien d’une bande d’adolescents, qui se construisent à travers leurs expériences et leurs amours. Aux premiers abords vu et revu, la singularité du concept repose ailleurs. En effet, la série crée un lien fort avec la réalité. Chaque personnage de la série possède son propre compte Instagram, que les fans de la série peuvent suivre. Ainsi on peut suivre la vie d’Isak ou de William en dehors de la série. De plus, la série joue sur le registre transmedia et ne cesse jamais de faire des ponts entre la fiction et la réalité. Marianne Furevold, productrice de la série norvégienne l’explique « Lorsque les héros de la série vont à une fête le vendredi, la vidéo de la fête est mise en ligne le vendredi ». Les comptes des personnages et le contenu en ligne évoluent en temps réel et en même temps que la diffusion des épisodes. Chaque vendredi, un nouvel épisode est diffusé est compile l’ensemble des vidéos et contenus qui ont été postés sur le site officiel de Skam. Ce concept interactif a valu à la série, lors de la cérémonie Gullruten, qui récompense les œuvres de l’industrie télévisé norvégienne, le prix de « l’innovation de l’année », aux côtés de quatre autres récompenses.

Mais le concept ne serait rien sans la qualité intrinsèque de la série. Comparé à la série britannique Skins, car abordant les mêmes thématiques notamment celle de l’adolescence, Skam se démarque avant tout par son optimisme. Là où Skins proposait des personnages virulents et des intrigues noires, Skam célèbre la douceur et la candeur de ses personnages. N’hésitant pas à aborder des thèmes sombres comme l’abus sexuel, la série reste tout de même une ode à l’amour et à la beauté. La série respire la sincérité et évite de nombreux lieux communs, souvent attachés aux comédies adolescentes. En effet, l’un des atouts de la série est son authenticité. Une authenticité que les jeunes téléspectateurs se plaisent à retrouver. Renforcé par son aspect interactif, Skam établit un vrai lien avec son audience. Si les amours lycéens et la recherche de la sexualité sont des sujets qui sont souvent traités dans les séries pour adolescents, ils n’auront été que rarement traités avant tant de justesse et de simplicité. Qui tournerait le dos à une série qui relate en toute vérité ses problèmes et bonheurs du quotidien ?

Le succès de la série peut aussi s’expliquer par son esthétique soignée et son excellent casting. Par une photographie, qui ravira la communauté« tumblr », la série est un plaisir pour les yeux. Tout est équilibré et calibré pour retranscrire la douceur et la suavité des lieux. De plus, Skam trouve aussi sa beauté dans ses acteurs. Imparfaits, candides, amoureux ou tout simplement humains, les personnages respirent la délicatesse et le charme. La série ne se prive également par d’avoir un panel de beaux acteurs, comme Tarjei Sandvik Moe qui incarne Isak, et dont le compte Instagram est suivi par plus de 300 000 personnes. Des internautes vont même jusqu’à dédier des pages Tumblr à leurs personnages favoris.

L’engouement autour de la série n’a pas laissé les pays étrangers indifférents. Si NRK, le média où est diffusé la série refuse de rajouter des sous titres anglais aux épisodes, pour des raisons de droit d’auteur liés aux musiques utilisées, une version américaine est prévue sous le nom de Shame pour l’année 2017. Il sera sûrement difficile de capturer l’essence d’une série qui n’avait en aucun cas prévu ce retentissement. La productrice Marianne Furevold le confie « Je fais de la télévision depuis de nombreuses années, et je n’ai jamais rien vécu d’aussi phénoménal ». « Nous cherchions à ramener les jeunes vers la télévision NRK, et c’est plutôt réussi rajoute-elle. » Skam puise sa force de son authenticité et de son concept dans un pays où les digital natives sont très présents. Toujours dans la justesse, Skam ne copie pas l’adolescence mais la vit en même temps que ses spectateurs, sans jamais faire semblant.

La saison 4 devrait être diffusée en Printemps 2017.

Skam : bande-annonce

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