Le Robot Sauvage : critique du classique Disney par DreamWorks

Qui l’aurait cru ? Pour ses 30 ans, DreamWorks a échappé à une crise financière dévastatrice grâce à son indomptable guerrier panda, malgré de lourds licenciements successifs rapportés par Deadline et Cartoon Brew. Mieux encore, le studio, fondé pour rivaliser avec la firme aux grandes oreilles, semble plus que jamais y parvenir avec un vrai-faux classique d’animation Disney : Le Robot Sauvage. Réalisé par le vétéran Chris Sanders, à qui l’on doit Lilo et Stitch et le premier Dragons (co-réalisé avec son ami Dean DeBlois), The Wild Robot (son titre original) convoque habilement le souvenir de WALL·E et Le Géant de fer, tout en rendant hommage au bestiaire centenaire de son concurrent, de Bambi à Frère des ours.

En parallèle, Disney se contente de massacrer ses classiques et exerce une pression inédite auprès de Pixar selon IGN — sans oublier l’échec stellaire Wish en 2023. Aussi, DreamWorks brille et confirme son engagement pour une nouvelle association entre la 2D et la 3D. Le Robot Sauvage s’impose ainsi comme une création originale qui redonne du souffle à une industrie en crise.

Copyright @ 2024 Universal StudiosCopyright @ 2024 Universal Studios

Synopsis : L’incroyable épopée d’un robot – l’unité ROZZUM 7134 alias “Roz” – qui après avoir fait naufrage sur une île déserte doit apprendre à s’adapter à un environnement hostile en nouant petit à petit des relations avec les animaux de l’île. Il finit par adopter le petit d’une oie, un oison, qui se retrouve orphelin.

[Edit du 28 octobre : Le Robot Sauvage a franchi la barre symbolique des 200 millions de dollars pour un budget estimé à 80 millions hors marketing.]

Roz is the new Eve

D’abord et avant tout, DreamWorks s’est toujours construit en écho, souvent en réponse directe aux créations de Disney-Pixar. L’exemple le plus frappant reste Shrek en 2001, qui a marqué un tournant dans l’histoire de l’animation 3D. Sa relecture des figures du conte avait brillé face à un Disney sclérosé, bien avant que celui-ci n’acquière Pixar et devienne dépendant de son âge d’or. En vérité, avant que la firme aux grandes oreilles ne regagne son souffle avec Raiponce en 2010, DreamWorks avait trouvé en Pixar un rival de taille, aussi bien narratif que technologique. Ce duel, ancré dans l’ADN du studio depuis Fourmiz contre 1001 pattes en 1998, a toujours orienté ses choix créatifs, pour le meilleur (Dragons), mais aussi pour le pire (Gang de requins).

En 2024, cependant, le cadre a radicalement changé. DreamWorks, comme toute l’industrie, traverse une crise sans précédent. Il est certes difficile de nier le lien entre WALL·E et Le Robot Sauvage, notamment la ressemblance du droïde sonde Eve avec le robot d’assistance Roz. Toutefois, on décèle une riposte clairvoyante de Chris Sanders à l’égard des studios d’animation états-uniens, désormais obsédés par les suites, les algorithmes et l’intelligence artificielle. À ce titre, l’auto-critique revêt une dimension ironique : la compagnie ayant fabriqué l’unité ROZZUM, nommée ici Universal Dynamics (en clin d’œil à la pièce R.U.R. signé Karel Čapek en 1920), renvoie aussi au célèbre studio qui distribue DreamWorks depuis 2016.

IA Robot

Au fond, Le Robot Sauvage va plus loin : il se dresse avec humilité, tel un phare dans la tempête d’une industrie aux abois. Par son usage subtil de la 2D (symbolisant ici la nature authentique) alliée à une 3D éprouvée, il lie une modernité technologique à un héritage classique. Sa narration universelle et originale puise dans de grands classiques de l’animation, de Mon voisin Totoro au sous-estimé Le ant de fer (prolongeant l’exploration du mythe de Superman tout en faisant écho à La Guerre des mondes). En réalité, l’ex-Disney Chris Sanders, loin d’être revanchard, s’anime d’un espoir tenace dans l’avenir de l’animation. Ce souffle vital, bien que parfois limité scénaristiquement, fait corps avec l’imagerie de The Wild Robot, dont le succès — déjà assuré en quelques jours dans les salles américaines — pourrait s’avérer crucial pour l’avenir d’un médium soucieux des nouveaux systèmes d’intelligence artificielle.

Dès le début, le réalisateur et son équipe ont cité le peintre français Claude Monet comme principale source d’inspiration visuelle. Et il est clair qu’aucun blockbuster d’animation américain n’avait offert de tels paysages depuis des décennies. Ces décors, majestueux et aux traits fins, permettent ainsi à une faune complexe, pleine de ressort comique, de s’épanouir dans son intrication et dans toute sa diversité. Du renard espiègle à la matriarche opossum et ses petits, ce bestiaire abouti met en lumière tout un pan du cinéma d’animation anthropomorphique et soutient une fable a priori banal sur la maternité et la famille.

In fine, Le Robot Sauvage s’impose essentiellement grâce à sa sincérité, son authenticité, et sa foi si précieuse dans un médium fondateur en crise. Vive le cinéma d’animation !

Bande Annonce Le Robot Sauvage

Fiche Technique — Le Robot Sauvage

Titre original : The Wild Robot

Réalisation : Chris Sanders
Scénario : Chris Sanders, d’après le roman Robot sauvage de Peter Brown

Production : Jeff Hermann, Dean DeBlois

Musique originale : Kris Bowers
Distribution : Universal Pictures France
États-Unis – 2024 – 102 minutes

Avec Lupita Nyong’o, Pedro Pascal & Catherine O’Hara (Voix originales)

Avec Sara Martins, Yannick Choirat & Kylian Trouillard (Voix françaises)

Sortie le 9 octobre 2024

Note des lecteurs1 Note
3.5

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