Avec neuf longs métrages au compteur, dont En Liberté !, sorti récemment et nommé neuf fois aux Césars 2019, Pierre Salvadori a fait preuve de ses grandes qualités cinématographiques. Le réalisateur fait l’objet d’un livre passionnant aux éditions Playlist Society.
Alors que les grands succès publics de films comme Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ?, Les Tuche, Camping ou Aladin pourraient faire douter définitivement des « comédies à la française », il est bon de se rappeler qu’il existe certains cinéastes qui redonnent leurs lettres de noblesse au genre. On peut ainsi penser à Antonin Peretjako, auteur de l’hilaranteLoi de la jungleou, bien entendu, à Pierre Salvadori.
C’est ce dernier qui se trouve au centre du livre que Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat publient aux éditions Playlist Society. Cette maison nous avait déjà livré des livres remarquables sur Christopher Nolan, J. J. Abrams ou les frères Scott.
Le présent ouvrage, consacré à Pierre Salvadori, est découpé en deux parties. D’abord, nous avons un essai signé Nicolas Tellop, qui analyse avec bonheur les caractéristiques du cinéma de Salvadori. La seconde partie est un long entretien avec le réalisateur, qui revient sur son parcours, la fabrication de ses neuf films (dont le dernier en date, En Liberté !, est nommé neuf fois aux Césars 2019) et sa conception du cinéma.
Une comédie humaine
Une phrase revient plusieurs fois dans les différents entretiens que Pierre Salvadori a donnés, que ce soit pour ce livre ou à d’autres occasions, une citation qu’il attribue au critique Serge Daney et qu’il formule ainsi (même s’il avoue ne pas être sûr de l’exacte formulation) : « les films devraient refléter la possibilité d’être un humain sur terre ». Cette phrase semble guider le travail du réalisateur, qui place toujours l’humain en premier dans ses films, quel que soit le genre abordé (Les Marchands de sable, sorti en 2000, est plutôt un film noir). Au lieu de chercher à enchaîner des gags qui arrivent comme des cheveux sur la soupe, ou de miser sur le cabotinage d’acteurs qui surjouent honteusement, Salvadori fait arriver l’humour directement de ses personnages, de leur psychologie et des situations où ils se trouvent. Du coup, la comédie est souvent révélatrice du caractère, des fêlures, des faiblesses de ces personnages (qui sont aussi, bien souvent, celles du réalisateur lui-même).
Car si ses films sont souvent très drôles, ils n’oublient pas d’évoquer des sujets graves (chômage et précarité, solitude, dépression, exclusion…). Les films de Salvadori sont ancrés dans la réalité sociale actuelle et le cinéaste y expose ses propres états d’âme.
Ainsi, si c’est bien souvent l’idée d’une situation qui est à l’origine d’un film, c’est la logique des personnages qui aboutit au résultat que l’on voit à l’écran. Et, au fil de l’entretien, nous pouvons assister aux différentes étapes d’écriture des films, depuis le scénario jusqu’au montage (étape qui paraît être la plus compliquée pour Salvadori). Nous voyons comment un film est bel et bien un travail d’équipe : le réalisateur est à l’écoute de tous ceux qui l’entourent, depuis le producteur jusqu’aux techniciens, en passant par les acteurs ou le chef opérateur. Ainsi, au-delà de la simple description d’un cinéaste en plein travail, lire ce livre nous montre comment une comédie se travaille, comment elle nécessite un soin apporté à chaque détail et une précision d’écriture rare. Une comédie ne peut se contenter de médiocrité ou d’être bâclée.
Un mélange d’inspirations
L’essai qui ouvre le livre, quant à lui, inscrit le cinéma de Salvadori dans la lignée des comédies sophistiquées façon Lubitsch, Wilder ou Blake Edwards. Nicolas Tellop nous montre comment ce cinéma inspire le réalisateur français, mais comment aussi il s’éloigne de ces influences et ne se contente pas de chercher à reproduire le travail de ces glorieux prédécesseurs. Il s’en nourrit pour construire une œuvre qui lui est personnelle.
D’autant plus que Salvadori n’appartient à aucune école. Il prend un peu de screwball comedy, un peu des comédies italiennes des années 60 et 70 (où le contexte social affleure en permanence), un peu d’absurde, etc. Ce qui semble importer, d’après ses propos, c’est la cohérence, l’identité de chaque film.
En bref, que ce soit pour les films de Salvadori ou pour le cinéma dans son ensemble, ce livre est passionnant et instructif.
Fiche technique
Titre : Pierre Salvadori, le prix de la comédie
Auteurs : Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat
Editeur : Playlist Society
Nombre de pages : 139
« Pour la comédie humaine, je n’ai rien produit d’aussi bon. Je n’ai jamais fait non plus un film dans lequel l’atmosphère et les personnages aient été plus réels que dans celui-ci », s’exclame Ernst Lubitsch lui-même à propos de The Shop Around the Corner (ou Rendez-Vous, dans son triste titre français), qui est peut-être l’une des meilleures comédies romantiques jamais réalisées.
Synopsis : À Budapest, Alfred Kralik et Klara Novak travaillent dans la boutique de maroquinerie de Monsieur Matuschek. Les deux employés ne s’entendent guère. Alfred correspond par petites annonces avec une femme qu’il n’a jamais vue. Il découvre bientôt que cette mystérieuse inconnue n’est autre que Klara, l’employée qu’il déteste au magasin. Sans révéler à celle-ci la vérité, il cherche à se rapprocher d’elle et à s’en faire aimer.
Simple, basique ?
Il est bien difficile d’analyser The Shop Around the Corner, et d’ailleurs, au sortir du visionnage, l’envie n’y est pas. Parce que cette comédie est un tel flot de bonheur, de drôlerie et de légèreté qu’il faut s’y abandonner sans chercher à la décortiquer. La magie se suffit à elle même. Chez Lubitsch, tel est souvent le cas : ses films n’ont pas franchement l’air compliqués de prime abord, les histoires semblent très classiques, les décors ou la mise en scène n’ont rien de très spectaculaire, les personnages sont sympathiques mais un peu naïfs… De prime abord ! Car c’est bien tout le contraire, et là est le génie du réalisateur autrichien : donner l’impression que ses films sont faciles, simples, glissent tout seuls (et c’est ce qu’ils font), tout en cachant derrière cet apparat volontairement trompeur une rare intelligence d’écriture et de mise en scène. L’alchimie qu’il parvient à générer, et qui par la main de beaucoup d’autres aurait pu confiner à une lourdeur certaine (entre l’humour constant, les thématiques sociales sous-jacentes, les quiproquos et retournements de situation), est à l’inverse d’une finesse et d’une impesanteur incroyables.
Adaptée d’une pièce de théâtre de Laszlo, Parfumerie (1937), l’œuvre d’Ernst Lubitsch puise évidemment sa force dans les codes de la scène : le huis-clos poussant les personnages à se confronter (unité de lieu ou presque), la succession rapide des événements et des coïncidences (unité de temps et d’action), les gags théâtraux (comique de situation, de geste, de verbe). Comme au théâtre, la force du récit tient à ses dialogues époustouflants d’intelligence, qui peuvent faire rire en un rien de temps et par des phrases tout à fait banales – mais si justement écrites ! Sans parler du comique de répétition, là encore familier au cinéaste autrichien, qui tient ici à cette boîte à cigarettes jouant de la musique et qui s’immisce dans toutes les disputes.
D’un point de vue formel, Lubitsch trouve toujours de nouvelles choses à inventer. Certaines séquences sont virtuoses, comme celle du premier rendez-vous dans le café, où dans un premier temps James Stewart jette un coup d’œil depuis l’autre côté de la vitre contre laquelle est installée la table de Margaret Sullavan, participant à la malice et au perpétuel jeu du chat et de la souris qui se déploie entre ces deux personnages ; puis lorsqu’ils s’assoient dos à dos, face au vide, dans une symétrie parfaite qui illustre leur opposition. Les jeux de cadrage en miroir ne sont pas nouveaux chez lui, puisque sept ans plus tôt, dans Sérénade à Trois, il créait déjà une relation amoureuse en symétrie axiale entre Fredric March et Gary Cooper autour de Miriam Hopkins qui les polarisait.
On se délectera de nombreux plans-séquences à l’intérieur du magasin, la caméra passant d’une pièce à l’autre sans transition, suivant les personnages derrière les vitrines ou les étalages, les contournant tel un véritable client qui s’excuserait de bousculer leur discussion. L’immersion est totale, la caméra plaçant le spectateur dans le rôle de consommateur et de vendeur en même temps, l’intégrant à ce monde à part entière : « Je me sens plus ou moins comme le père de notre petite famille », se félicite le gérant M. Matuschek.
Ma famille d’abord
Néanmoins cette « famille » ne serait pas aussi mémorable si chacun de ses membres n’était écrit avec soin. D’abord, l’on a droit à des protagonistes contrastés : M. Matuschek est hilarant, sorte d’Oncle Picsou qui voudrait être tyrannique mais trahit une bienveillance touchante (Frank Morgan, déjà admirable dans Le Magicien d’Oz, devient le patron que tout le monde voudrait avoir) ; Klara Novak joue la femme forte de sa volonté et de sa détermination au travail, qui n’hésite pas à être insolente, voire méchante et blessante, tout en s’abandonnant à ses rêves d’amour idéal avec un sourire adolescent (Margaret Sullavan trouve ici un rôle sur mesure, pleine de vivacité, qui pétrifie par son visage angélique et bouscule par la gravité de sa voix) ; Alfred Kralic est l’employé modèle, qui essaie d’aimer et d’être aimé de tous mais ne peut empêcher quelques piques assassines lorsque le vase de sa patience déborde (James Stewart est comme à son habitude impérial, grand dadais maladroit et imposant à la fois, et qui retrouve d’ailleurs Margaret Sullavan après Next Time We Love en 1936 dans lequel les deux jouaient déjà à la comédie romantique). Autour de ces trois piliers, gravitent tout un tas de personnages secondaires plus légers (Pirovic, l’ami éternel et confident ; Vadas, le lèche-botte hautain détestable ; Pépi, le jeune coursier ambitieux et insolent).
La maladresse, l’élégance, la fierté, font de ces personnages de vraies fortes têtes non moins fragiles. Pour une fois à Hollywood, ils ne sont pas idéalisés, ce ne sont pas non plus des gens aisés mais au contraire des débrouillards qui se battent pour gagner leur vie. Ils ont les qualités mais surtout les défauts de tout le monde. Ils jouissent notamment de la fierté de l’uniforme (monter en grade, porter le chapeau) par une obsession cultuelle de l’apparence, parce qu’elle permet à ces modestes êtres humains de se sentir importants ou de « jouer aux bourgeois ». Lubitsch offre un portrait quasi-sociologique de cette catégorie sociale qui vit avec la crainte du chômage, le fantasme de l’ascension hiérarchique et l’impatience enfantine face aux primes.
Finalement, le génie de Lubitsch est de couper court au mystère en ne cherchant pas à cacher au spectateur la vérité du quiproquo. Aussi, à chaque instant, se dit-on qu’Alfred va révéler à Klara l’identité de son amant épistolaire, ou que son complice Pirovic va gaffer, ou bien qu’elle va elle-même s’en rendre compte. À chaque instant, se dit-on : « Vas-y, c’est le moment ». Et puis non, la dispute reprend alors que les planètes étaient alignées. Mais en constant décalage, et avec insouciance, Klara rétorquera à Alfred que « Nous sommes dans la même pièce, mais pas sur la même planète ». « Si seulement elle savait ! », s’écrie-t-on intérieurement. On se chamaille, voire plus, on se haït en face ; on se séduit, voire plus, on s’aime derrière la plume. Un mélange de jouissance et de frustration.
Maturité d’un style
Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon noteront le caractère inédit de ce film, quant à l’écriture des personnages qui « laissent percer […] un engagement vis-à-vis des sentiments et des personnages assez rare chez ce cinéaste du détachement et de l’ironie. » Et effectivement, comment ne pas s’attacher et aimer cette jolie bande de vendeurs et leur impayable gérant ? Lubitsch laisse de côté le sarcasme et la satire de Jeux dangereux ou Sérénade à Trois pour une honnêteté et une bienveillance totales. Plus de moquerie, uniquement de la bienveillance. Et ça fait beaucoup, beaucoup de bien.
The Shop Around the Corner n’est pas de ces films que l’on peut autopsier infiniment, à la manière d’un Bergman, d’un Tarkovski ou d’un Hitchcock ; Lubitsch n’en a ni la prétention, ni l’intention : son film est un moment de pure authenticité humaine, de pur cinéma sans ornements ni facéties, un « simple » instant de vie que l’on reçoit avec la même transparence et la même passion qui habitaient celui qui le fit naître.
Bande-annonce – Rendez-Vous
Fiche technique – Rendez-Vous
Titre original : The Shop Around the Corner Réalisation : Ernst Lubitsch
Distribution : Margaret Sullavan, James Stewart, Frank Morgan
Scénario : Samson Raphaelson et Ben Hecht (non crédité), d’après la pièce de Miklós László, Parfumerie (Illatszertár)
Société de production : Metro-Glodwyn-Mayer
Genre : comédie romantique
Durée : 99 minutes
Dates de sortie : 25 janvier 1940 (US), 10 août 1945 (FR)
Quelque cinquante années avant que Brian De Palma ne s’empare du personnage de Tony Montana, Howard Hawks façonnait un Scarface premier du nom anthologique, jetant une lumière crue sur les collusions entre la mafia et les notables de Chicago, comportant en sous-texte une intrigue incestueuse, et sursignifiant par différents dispositifs de mise en scène la mégalomanie, la violence et l’inculture d’antihéros s’accommodant volontiers des luttes de pouvoir et de la mort.
Au moment où Howard Hawks commence à tourner Scarface, des dizaines de films de gangsters se voient eux aussi mis en chantier. L’histoire épinglera cependant celui-ci, et à raison. L’ascension criminelle de Tony Camonte est linéaire, elliptique et classique : il se débarrasse de ses supérieurs, prend la tête de leur organisation, puis crible de balles ses ennemis. Mais la mise en scène comporte plusieurs trésors qui marqueront durablement le septième art. Il en va ainsi du magnifique plan-séquence d’ouverture : d’une durée de plus de trois minutes, il nous emmène de l’extérieur vers l’intérieur, s’attarde sur plusieurs protagonistes, passe de l’un à l’autre, puis se solde par un assassinat en ombre chinoise. S’il ne s’agit pas là du seul plan-séquence du film, c’est sans conteste le plus complexe et impressionnant.
Tourné en 1931, Scarface mit près d’un an avant d’être projeté pour la première fois en séance publique. Son producteur Howard Hughes subit les pressions considérables de William Hays, le président de la MPPDA (Motion Picture Producers and Distributors of America) et futur promoteur d’un célèbre code de censure portant son nom. Il faut dire que l’ancien journaliste Ben Hecht se basa sur les péripéties mafieuses d’Al Capone pour façonner son scénario, tout en y incorporant des allusions aux Borgia, notamment par le truchement de l’inceste et de la folie. Howard Hawks filme quant à lui un monde peuplé de sociopathes et d’imbéciles : Tony confond « habeas corpus » et « hocus pocus » – dans Les Soprano, ce sera Quasimodo et Nostradamus – ; son secrétaire se croit en fait « sociétaire » et se révèle complètement analphabète ; son bras droit, certes plus évolué, est indolent et s’amuse sans cesse avec une pièce de monnaie ; ses patrons se montrent aveugles à sa mégalomanie et sourds à ses sarcasmes ; tous se comportent comme des êtres puérils, cyniques et barbares.
Même s’il met l’accent sur les intrigues mafieuses, Howard Hawks adopte tout au long de son film de précieuses ruptures de ton : les scènes dialoguées succèdent aux séquences d’action, le sérieux au comique, le drame aux démonstrations de puissance ou de mégalomanie. Certaines tirades éclairent rapidement les enjeux de Scarface : « Costillo était le dernier gangster de l’ancien temps », puis « Ils vont se tirer comme des lapins » et enfin « Ce sera comme une guerre ». De son côté, Tony assène d’entrée de jeu : « Lovo ? C’est qui ? Juste un type un peu plus malin que Louis [qu’il vient d’assassiner]. » En quelques séquences les massacres s’égrènent effectivement : des gangsters portant des fleurs achèvent un rival immobilisé dans un lit d’hôpital ; des courses-poursuites effrénées et des drive-by ont cours dans les rues ; une fusillade d’une puissance étourdissante, dans l’appartement « tape-à-l’œil » de Tony, récemment pourvu de « volets en acier », vient clore les hostilités, avant que la caméra ne se porte ironiquement à la hauteur d’une enseigne lumineuse annonçant que « le monde vous appartient ».
Scarface est le film de toutes les tares : Cesca, la sœur quasi incestueuse de Tony Camonte, tourne autour des hommes comme un moustique autour d’un lampadaire, mue par des « idées d’adulte » ; les journalistes s’avèrent sensationnalistes et irresponsables ; les policiers, brutaux et impuissants ; les députés, incapables d’écrire des lois prévenant ou sanctionnant les crimes de la mafia. Surtout, Tony, « infâme fripouille », ressemble de plus en plus à « un boucher » dont les balles perdues échouent parfois sur des gamins innocents. Son chef-d’œuvre ? « Sept gars alignés contre un mur. Fauchés d’un seul coup. » Pendant ce temps, le spectateur ressent les influences expressionnistes, admire les travellings latéraux et les plans-séquences, se perd dans une sensation de fascination-répulsion à l’endroit de Tony, savoure le montage nerveux d’Edward Curtiss et observe des gangsters en smokings et leurs maîtresses en robes se mêler tranquillement à la haute société de Chicago lors de soirées mondaines.
Un demi-siècle avant qu’Al Pacino ne campe le personnage de Tony Montana, le charismatique Paul Muni incarne le mafieux Tony Camonte au temps de la prohibition. Howard Hawks se plaît à filmer son sourire narquois quand il évoque les peurs de son patron, à le montrer craquer des allumettes sur le badge d’un policier ou à immortaliser ses accès d’hystérie quand sa sœur prend le parti de s’approcher d’un autre homme que lui. En filigrane, c’est le rêve américain que ce Scarface premier du nom questionne. Les mafieux le détournent, le gangrènent et s’en nourrissent éhontément. Ils finissent par acquérir une puissance telle que ce sont finalement eux qui dirigent les villes. Le film posait d’ailleurs cette question opportune avant son lancement : « Que comptez-vous faire pour régler ce problème ? »
Bande-annonce de Scarface (Howard Hawks) :
Synopsis : Chicago, les années 1920. La mafia fraie avec les notables de la ville et s’arroge des pouvoirs croissants. C’est dans ce contexte que Tony Camonte, avec l’aide de son ami Guido Rinaldo, va peu à peu éliminer ses concurrents pour devenir la pointe avancée d’un gang craint de tous. Bientôt, seules ses ambitions démesurées et la vie intime de sa soeur sembleront l’animer…
Fiche technique : Scarface
Réalisation : Howard Hawks
Scénario : Ben Hecht, Seton Miller, John Lee Mahin, William Burnett
Musique : Adolph Tandler, Gustav Arnheim
Montage : Edward Curtiss
Photographie : Lee Garmes et Lewis William O’Connell
Société de distribution : United Artists
Durée : 1h33
Genre : Film de gangsters
Date de sortie : 31 mars 1932
Au regard des manifestations qui sévissent en France, des affaires d’Etat, des allusions complotistes qui pleuvent et lorsqu’on voit le fossé qui se creuse entre les différentes couches sociales de notre époque, on se dit que Cosmopolis de David Cronenberg, qui n’est autre que l’adaptation du roman éponyme de Don Delillo, est une douce mais inéluctable prémonition d’un chaos économique vertigineux.
Eric Packer, jeune golden boy de la finance, semble déconnecté de la situation de la société qui l’entoure, portant sur son visage et sa coupe gominée, l’incrédulité d’une élite dysfonctionnelle. Pourtant, le terme « entourer » est une bien forte et exagérée définition de son rapport à ses congénères. Son seul environnement de vie, une limousine, qui est une bulle d’égo cadenassée et fermée sur elle même, un enclos monde où le jeu d’échecs des finances se joue en un claquement de doigts. Une sorte de havre de paix pour traders déshumanisés qui sont aux premières loges de la descente aux enfers de l’humanité.
Très verbeux, à la logorrhée parfois imbuvable, le matériel de base de Don DeLillo est, sur le papier, une adaptation aux allures de mission impossible. Mais c’est sans compter sur la maestria de David Cronenberg et le charisme énigmatique de Robert Pattinson. Cosmopolis est un film d’une maîtrise visuelle hypnotique et Cronenberg en fait une œuvre presque claustrophobe, étouffée par l’entendue infinie de ces dialogues au symbolisme surréaliste engagés dans des situations à l’absurdité burlesque. A l’image de Videodrome et Crash, il dissèque comme personne les nouvelles mœurs du capitalisme et le reflet des nouvelles pulsions modernes.
Mais cette fois-ci, le corps ne s’imbrique pas avec la matière mais c’est l’esprit, la manière de dialoguer avec autrui, qui devient une mosaïque instrumentalisant la chute d’un système : que font les limousines la nuit ? nous demandera Eric Packer. Cosmopolis est un film sur l’immensité, sur le trou noir d’un effondrement économique, avec un jeu de miroir fascinant où le réalisateur met sa mise en scène au diapason de toute cette excentricité verbeuse, confronte son audace esthétique au jusqu’au-boutisme littéraire de Don deLillo, et porte la lumière sur un acteur, Robert Pattinson, au charisme insoupçonné dans ce rôle de jeune golden boy autiste avec comme seule envie, celle de se faire couper les cheveux alors qu’il sera sans doute la victime d’un assassinat. Quasiment tout le film se déroule dans cette limousine sans presque aucune discontinuité où tout est vu à travers les vitres teintées de cette maison sur roue, comme endroit fortifiant le monde qui nous entoure. Les plans serrés, les travellings aux mouvements légers et le montage labyrinthique sont d’une fluidité impressionnante. Visuellement, Cronenberg réalise un tour de force oppressant, laissant son film avancer au gré du vent avec ce rythme lent et capte le souffle silencieux indescriptible qui se dégage de cette limousine. La limousine est spacieuse mais assez petite pour nous asphyxier, cet endroit confiné est à l’origine des diatribes interminables de ses personnages, le silence presque caverneux contre-balance le brouhaha surgissant du monde extérieur, la violence physique du monde dans lequel on vit se superpose à la violence économique dans lequel vit notre golden boy.
Le capitalisme s’effondre, chaque chose a un prix et prône une valeur mathématique, où la société se désagrège, les informations se multiplient dans un chaos qui végète dans une chute vertigineuse, les humains ne communiquent que par le biais des chiffres. L’auto destruction de notre mode de vie est notre seule solution. Ces mots trouvent écho dans les entrailles de cette limousine, cette diarrhée verbale, hautaine et symbolique ne pourra s’échapper de ce bloc opaque qu’est cette voiture à l’immensité perpétuelle. Derrière ces réflexions philosophiques Cosmopolis dissimule une ironie, une drôlerie burlesque comme durant cette séance de touché rectal ou lors des dialogues sourds et amoureux entre Elise et Eric.
Ce dernier est seul mais toujours accompagné, sa vie sentimentale part en lambeau alors qu’il est marié à la belle Elise, il est froid devant la misère humaine mais est en quête de sensation encore plus forte que celle que lui apporte le monde des affaires, comme la mort ou le sexe. A l’image de cette longue confrontation finale, la manipulation des mots fait fureur, la déshumanisation est la plus totale, et la mort ne tient qu’à un fil. Sous ses airs abrupts et presque impénétrables, Cosmopolis se dévoile petit à petit pour laisser apparaître un grand film. Le film de David Cronenberg, est avec l’œuvre de David Fincher, The Social Network, l’un des plus grands films matérialisant les maux de notre époque.
Bande Annonce – Cosmopolis
Synopsis: Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.
Fiche Technique – Cosmopolis
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg
Interprétation : Robert Pattinson (Eric Packer), Sarah Gadon (Elise Shifrin), Paul Giamatti (Benno Levin), Juliette Binoche (Didi fancher)
Musique : Howard Shore
Photographie : Peter Suschitzky
Décors : Matt Middleton
Montage : Ronald Sanders
Sociétés de distribution : Stone Angels
Durée : 1h48 minutes
Genre : Thriller
Dates de sortie : 25 mai 2012 (FR)
En voilà une série qui décoiffe, qui dépote et envoie du petit bois, une série (dé)culottée qui appelle un chat un chat, une chatte une chatte et ceci est bien une pipe. Sex Education fait dans le cul et les prélims’ plutôt que dans le cul-cul la praline. Et une fois n’est pas coutume, les filles y sont aussi obsédées que les garçons : un partout la bite au centre. Et que ça saute sur Netflix !
Il fallait une audace et un humour tout britanniques pour réussir à bâtir quelque chose d’intéressant sur un pitch aussi improbable que celui-ci : pour se faire un peu d’argent de poche Otis, un lycéen cumulant phobie du sexe d’un côté et mère possessive, extravertie et nymphomane de l’autre, s’improvise thérapeute ès sexualité auprès de ses camarades. De l’extérieur ça fait peur, oui mais voilà, c’est rudement bien fait.
Des figures attachantes
D’abord parce que les personnages sont tous aussi originaux les uns que les autres. Otis, avec son style dégingandé relevant à la fois de Mister Bean et de Jacques Tati, sa mère donc, sexologue de son état, qui n’a pas son pareil pour mettre dans son lit tous les mâles qui passent par son cabinet ou sous son évier, Adam le fils du dirlo qui traîne sa dégaine de bad boy et sa trogne de neu-neu sous le regard jupitérien de son père ou encore Lily au style bien sage mais qui réclame à cor(ps) et à cri qu’on la prenne illico presto tout en dessinant des hentaïs particulièrement explicites. Oui, toute une galerie de personnages hauts en couleur, superbement interprétés et qui prennent du volume d’épisode en épisode.
Un série très bien écrite
Ensuite parce que les scénaristes ont établi une trame narrative parfaitement repérable. Une unité de lieu, -le lycée de Moordale,- une unité de temps, – la semaine scolaire – et une action récurrente, la thérapie d’un cas par épisode. Chaque nouveau chapitre s’ouvre ainsi sur une partie de jambes en l’air où au moins un des deux partenaires ne semble pas prendre son pied. S’ensuit la consultation du « docteur Otis » dont la maturité des réponses va aller croissant. Parallèlement à ces « études de cas », le scénario suit au long cours l’évolution des relations amicales ou amoureuses d’un carré de personnages auxquels on s’attache plus particulièrement. : Otis donc, son copain Eric dont l’homosexualité non assumée reste en souffrance, Maeve dont la misère sociale le dispute à son incroyable érudition littéraire et Jackson le champion du lycée qui enchaîne les lignes de piscine sans jamais réussir à nager dans le bonheur.
Du fond et de la légèreté
Enfin, la série de Lurie Nunn ne fait l’économie d’aucune question. Homoparentalité, avortement, rejet de son corps…tous les sujets sont abordés sans tabou et avec une grande légèreté de ton. Qui plus est, comme son titre l’indique Sex Education, se soucie aussi de pédagogie. Mais une pédagogie cash, prenant les situations à bras le corps. Comme cette démonstration générale sur le mode opératoire d’une fellation réussie. Il y aurait de quoi se planter lourdement. Mais non, le miracle est là et on sort de cette thérapie de groupe avec la banane.
Et ça, c’est toujours bon à prendre.
Sex Education : Bande annonce
https://www.youtube.com/watch?v=AZrXOulYuU0
Synopsis : Maeve, un jeune fille rebelle et Otis, fils d’une sexologue renommée, décident de créer un cabinet de sexologie dans leur lycée.
Sex Education : Fiche technique
Réalisateurs : Laurie Nunn, Kate Herron et Ben Taylor
Scénaristes : Laurie Nunn, Sophie Goodhart
Distributeurs (France) : Netflix
Genre : comédie
Saison : 1
On connaît la maison d’édition Playlist Society pour ses ouvrages sur de grands cinéastes, tels que Christopher Nolan, ou encore les frères Tony et Ridley Scott, elle revient avec un ouvrage sur le réalisateur français méconnu Henri-François Imbert.
C’est un livre tout bonnement passionnant qu’ont écrit Raphaëlle Pireyre et Quentin Mével, qui donne envie de se plonger dans la filmographie de ce réalisateur confidentiel, dont les œuvres sont plus intimistes que grand-public. Sa première partie analytique dotée d’une approche thématique permet de découvrir les films d’Henri-François Imbert sous le prisme de son rapport au passé, des objets du quotidien transformés en objets artistiques et bien d’autres encore. Sa deuxième partie fait place à un entretien avec le réalisateur lui-même, où l’on découvre ses multiples casquettes en tant que producteur, éditeur ou encore programmateur et ses débuts au Festival du Film d’Amiens.
« Album souvenir » pourrait être le sous titre générique de chacun des films du réalisateur, tant la nécessité de creuser le rapport entre mémoire et image constitue la raison de son cinéma. La collecte, la mise en rapport des images et du réel, le retour dans les lieux du passé sont les outils qu’il se donne pour creuser, à chaque film, ce questionnement sans fin.
Grâce à l’approche thématique des leitmotivs chers au réalisateur, on découvre des œuvres méconnues mais qui mériteraient davantage de reconnaissance et que ce livre nous aide mieux à appréhender.
Le cinéma d’Imbert recouvre le présent de la nostalgie de sa fugacité. Il entremêle les couches de passés, suggérant l’idée que le présent n’est au fond qu’un passé en devenir.
La deuxième partie, construite en tant qu’échange entre Quentin Mével et le réalisateur est également très intéressante car elle permet de revenir sur le travail de Henri-François Imbert qu’il commente lui-même en le contextualisant.
En bref, procurez-vous ce livre, indispensable pour tout amateur de cinéma français indépendant!
L’exercice de la suite est souvent un défi complexe. D’autant plus lorsque le premier volet a créé la surprise et a été majoritairement salué. Alors est-ce que Thomas Szabo et Hélène Giraud surmontent ce défi avec Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde ?
En 2014, avec Minuscule : La vallée des fourmis perdues, les deux créateurs parviennent à réunir tous les publics. Aussi bien les enfants et les parents que les aficionados de la série au format court et les cinéphiles et ce par delà les frontières françaises. Leur travail sera récompensé avec des critiques de la part de la presse dithyrambiques et plus de deux millions d’entrées dans le monde ainsi que le César du meilleur film d’animation en 2015.
Autant de raisons qui ont vu les attentes concernant cette suite être très élevées et qui aurait pu intimider Thomas Szabo et Hélène Giraud. Pourtant, le choix des deux créateurs semble clair dès le début du film. L’épure du premier opus est de mise et au lieu de proposer un dépaysement en retournant les codes du précédent long-métrage ou en proposant de nouveaux personnages principaux ils préfèrent s’inscrire dans la continuité de Minuscule : La vallée des fourmis perdues. En effet, le dépaysement passe par les lieux ; finies les Alpes ensoleillées qui cèdent leur place aux Alpes enneigées et à la Guadeloupe. Mais également par la mise en scène qui connaît quelques évolutions avec des gros plans très précis sur le visage des petites créatures et des mouvements de caméra plus complexes. Ce qui contribue à un véritable plaisir visuel de tous les instants qui amène le spectateur, peu importe son âge à retrouver son regard d’enfant.
Minuscule 2 : Les Mandibulesdu bout du monde étant un film quasiment muet et même si la mise en scène parvient parfaitement à retranscrire tous les dilemmes et toutes les relations entre les personnages il faut également revenir sur la musique du film. Hervé Lavandier cède ici sa place à Mathieu Lamboley (Le retour du héros) qui parvient à s’échapper de l’empreinte du précédent compositeur tout en conservant l’identité musicale de la série. Il apporte également une note de renouvellement avec une influence très présente de compositeurs de musiques de films japonais.
Les spectateurs les plus cinéphiles seront quant à eux ravis de retrouver, comme dans le précédent opus de nombreuses références cinématographiques ; notamment à la filmographie de Steven Spielberg (Indiana Jones et le temple maudit, E.T. l’extra-terrestre).
La réussite du film est telle qu’il finit par sembler trop court. Certains personnages, avec la réussite de leur apparence attisent la curiosité et mériteraient d’être davantage présents à l’écran et approfondis (les crabes, la tarentule). A cela s’ajoute un final expédié assez rapidement. Ce qui laisse croire que le film aurait pu faire dix minutes supplémentaires.
Dans tout les cas, Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde est une réussite qui égale son prédécesseur. Le charme fonctionne toujours autant et les personnages, nouveaux comme anciens sont tous très attachants. Cette suite émerveillera petits et grands et avec son atmosphère chaleureuse sera parfaite pour attendre le printemps.
Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde : Bande-Annonce
Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde : Fiche Technique
Réalisation : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Scénario : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Acteurs : Bruno Salomone, Thierry Frémont, Sarah Cohen-Hadria, Stéphane Coulon
Directeur de la photographie : Dominique Fausset
Montage : Valérie Chappellet et Benjamin Massoubre
Musique : Mathieu Lamboley
Superviseur des effets visuels : Laurens Ehrmann
Animateur : Thomas Monti
Producteur : Philippe Delarue
Sociétés de production : Futurikon
Sociétés de distribution : Futurikon, Le Pacte
Genre : Aventure
Durée : 92 minutes
Date de sortie : 30 janvier 2019
Au PIDS, Paris Images Digital Summit, LeMagduciné a pu découvrir en avant-première Mad Dreams & Monsters, le nouveau documentaire d’Alexandre Poncet et Gilles Penso qui reviennent, après Le Complexe de Frankenstein et les créatures au cinéma, sur la grande figure des effets spéciaux qu’est Phil Tippett.
Après Le Complexe de Frankenstein (2015), documentaire sur les créatures au cinéma, et Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux (réalisé en 2011 par Gilles Penso et produit par Alexandre Poncet et leur société Frenetic Arts), le duo nous revient avec Mad Dreams and Monsters. Le long métrage, qui revient sur le grand spécialiste de l’animation Phil Tippett, a été présenté au festival Gérardmer ainsi qu’au PIDS en « ultra avant-première », dixit Alexandre Poncet, le film n’étant pas encore finalisé.
Phil Tippett, un imaginaire manuel
Si vous ne le connaissez pas, vous avez forcément été témoin de son travail lors de visionnages de la trilogie originale Star Wars, de RoboCop I & II ou encore de Starship Troopers. Phil Tippett, comme le présente très bien le film, est l’héritier de Ray Harryhausen, le grand génie de la stop motion de la fin des années 40 au début des années 80. Les AT-AT de l’Empire Contre-Attaque, le jeu d’échec holographique de Star Wars, ou les piranhas du film homonyme de Joe Dante, Phil Tippett et sa bande de joyeux lurons les ont animés, et concernant certains éléments, créés de A à Z.
Ci-dessous, un clip sur l’élaboration des effets spéciaux de la trilogie originale Star Wars, vous pouvez y apercevoir Dennis Muren et Phil Tippett.
Tippett, c’est aussi un travailleur manuel qui a su, grâce au savoir-faire de son épouse et de son équipe, survivre au bouleversement de l’arrivée des outils numériques. Important changement qu’il a connu sur Jurassic Park. Si Tippett devait animer des dinosaures d’argile, Spielberg et l’équipe créative des effets spéciaux choisiront les animatronics incroyables de Stan Winston et les effets spéciaux numériques d’ ILM qui ne cessaient alors de repousser l’expérimentation digitale dans le domaine du cinéma. Jurassic Park constitue le point de basculement dans Mad Dreams and Monsters. Peu avant Jurassic Park, Tippett voulait revenir à des travaux plus personnels. Il le fit avec des documentaires sur les dinosaures. Appelé pour travailler sur le spectacle de Spielberg, il se sentit finalement trahi par son grand ami et collègue d’ILM, Dennis Muren. Mais la trahison est double : après la maestria de stop motion sur RoboCop 2, Tippett s’imagine sombrer, lui, sa carrière, son studio co-créé par sa femme Jules Roman, face à l’arrivée du miracle numérique. La dépression le guettait, lui et ses animateurs, mais soutenu par sa femme et son équipe, Tippett a su intégrer la vague digitale. Comme écrit plus haut, Tippett est l’héritier d’Harryhausen. Et Harryhausen, comme Tippett, n’était pas juste un pilier du stop motion. Ce sont tous deux des génies de l’animation capables d’insuffler la vie, et de faire de leurs créatures d’argiles de vrais personnages possédant une personnalité, un caractère grâce à leur animation. Et Tippett est un véritable spécialiste des animaux. Muren est loin d’être le traître que Tippett a perçu. Intelligent, brillant même, l’homme n’est pas aveugle : le numérique est l’avenir, mais les techniciens ne sont pas des animateurs. Tippett et son équipe utilisent les squelettes de leurs figurines, placent dessus des capteurs informatiques et continuent leur travail d’animation accompagné d’un ordinateur. ILM n’avait plus qu’à habiller ces squelettes en mouvement.
Mad God, ou comment parler de notre monde chaotique par Phil Tippett
Enfin, Tippett est un homme dont l’esprit et l’art créatifs modèlent sa vision du monde. Cette approche de Poncet et Penso traverse tout le film : du totem (accroché à son rétroviseur) constitué d’éléments récupérés ici et là par Tippett à sa dernière création audiovisuelle qu’est Mad God. Une œuvre surprenante et percutante sortie de l’imaginaire sombre de Tippett qu’il considère comme une thérapie pour faire face au chaos du monde… La plongée dans les ténèbres de Mad God a récemment gagné une troisième partie grâce à la campagne de crownfunding lancée par l’équipe créative. Un quatrième chapitre est prévu.
Ci-dessous, la bande-annonce de l’ambitieux projet de Phil Tippett, Mad God.
https://www.youtube.com/watch?v=mCwUlh-YZlc
Cette manière de distiller cette perception de ce Tippett méconnu permet au spectateur d’avoir une autre vision du travail conçu sur Star Wars ou Dragonheart. Vision appuyée par les commentaires de Paul Verhoeven, Jon Davison et Jules Roman : c’est un esprit créatif et artistique complexe.
Car on oublie beaucoup que les grands noms des effets spéciaux, Tippett, Harryhausen, Muren et Knoll, ne sont pas juste des techniciens. Ils sont des artisans, des ingénieurs créatifs, des narrateurs, des avant-gardes artistiques.
« On voulait une approche personnelle de Phil Tippett » – A. Poncet
L’approche personnelle du duo Poncet / Penso se ressent par la passion qui porte le projet. Les deux ont pu réanimer eux-mêmes certaines des grandes créations du studio de Tippett. On pense notamment à Caïn devenu une machine de guerre terrifiante dans le deuxième volet de RoboCop. Le fait de revoir les golems de Tippett reprendre vie apporte un cachet au film tout en exposant à quel point son imaginaire reste animé dans nos esprits. Cette vision énergique de l’héritage tippettien est séduisante et bien intégrée au documentaire tant elle évite de tomber dans le « geek shit ».
À gauche, Gilles Penso ; à droite, Alexandre Poncet, et au centre, Phil Tippett.
Toutefois, cette même approche personnelle peut avoir certaines limites. Poncet et Penso connaissent Tippett intimement. Ils ont dormi chez lui, passé beaucoup de temps ensemble. Et leur amitié, tout comme leur passion en l’homme, perdurera certainement jusqu’à leur dernier souffle. Si leur passion nous a heureusement contaminés, on peut regretter quelques éléments de mise en scène mettant à mal leur volonté d’un traitement pudique du personnage tantôt bourru, tantôt hilare qu’est Phil Tippett. On pense notamment au passage de la demande en mariage de Jules Roman qui nous raconte en drama queen qu’elle était alcoolisée lors de cet instant. Le discours continue en off tandis que sur l’écran se succèdent deux photographies du couple accompagnées par une musique beaucoup trop mélo pour ce moment plus tendre et léger que romantique. La séquence en fera d’ailleurs rire plus d’un dans la salle. Justement, concernant la musique composée par Alexandre Poncet, si elle se révèle être soignée, celle-ci est beaucoup trop présente tout au long du documentaire. On a ainsi pu se sentir émotionnellement pris en otage lors de la double trahison sur Jurassic Park. Oui, Tippett a souffert, oui on peut le comprendre émotionnellement et rationnellement, non nous n’avons pas besoin que la musique vienne nous appuyer la gravité du moment… On retrouvera aussi cette éternelle séquence de cris au génie avec les différents intervenants du film. Moment un peu too much qui aurait gagné à présenter un peu plus de légèreté dans le ton. Idem concernant le témoignage de Jules Roman qui ne reconnaissait plus son mari après ses quelques mois passés dans le désert sur le tournage de Starship Troopers, témoignage accompagné d’une photographie de Tippett appuyant le côté « usé et paumé » du personnage, aussi soutenu par une musique tristounette. Si tant est que cela ait été réel, il aurait fallu prendre parfois un peu de distance avec les propos de Roman qui, si elle s’est avérée être une importante personne dans la vie de Tippett à tous les niveaux, a tendance à incarner la drama-queen – l’un des défauts récurrents de nombreux reportages/documentaires revenant sur le passé à partir de récentes interviews – du film.
Malgré ces quelques soucis, Mad Dreams and Monsters est, à l’instar de leurs précédentes productions, un must-see pour les fans d’effets spéciaux et tous les curieux prêts à ouvrir la boite de pandore de la magie du cinéma.
Après avoir enflammé la croisette lors du dernier festival de Cannes, Burning sort enfin en DVD/Blu-ray ce 5 février. Le film de Lee Chang-dong, adapté de la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami, mêle satire sociale et drame amoureux dans un thriller envoûtant, dont la temporalité presque suspendue fige toute la beauté. Retour sur une oeuvre fascinante, à voir comme à redécouvrir.
Dans le sublime Poetry, Lee Chang-Dong racontait l’histoire d’une grand-mère âgée d’une soixantaine d’années, atteinte d’Alzheimer et se lançant dans l’art de la poésie. Si cette poésie ne constitue plus le cœur thématique de Burning, le réalisateur la distille habilement dans un thriller dramatique, aux ressorts proches d’une véritable tragédie grecque. La lenteur volontaire du premier acte, la longueur de plans fixes et de pures scènes contemplatives, dans lesquelles la jeune Haemi se livre à la pantomime ou à la danse africaine, laissent progressivement place à un développement angoissant, puis à une fin poignante quasiment annoncée.
Centrée sur les relations complexes nouées entre trois personnages, l’intrigue se déploie au fil de plus en plus tumultueux de leurs rencontres. Elle croise les destins de Jongsu, un jeune homme solitaire découvrant le désir amoureux, Haemi, une de ses anciennes camarades de classe qu’il retrouve par hasard, et Ben, un séducteur aussi riche qu’indéchiffrable. Si le thème du triangle amoureux a déjà été traité à maintes reprises à l’écran, il acquiert dans la nouvelle de Murakami et a fortiori dans Burning une dimension rarement égalée, entre passion amoureuse, fantasmes, pulsions et folie.
Lee Chang-dong dépeint dans son œuvre une société coréenne divisée, souffrant d’une fracture sociale entre la classe des riches et celle des laissés-pour-compte. Haemi, animatrice d’événements commerciaux, et Jongsu, fermier et livreur à mi-temps, peinent tous deux à gagner leur vie. Ils rêvent d’exercer des métiers, actrice et écrivain, totalement inaccessibles à leurs propres conditions, et logent respectivement dans un petit studio et une ferme presque à l’abandon. A leur opposé, Ben possède voiture et appartement de luxe, sans que l’on sache très précisément de quelle activité provient sa fortune. La rencontre de ces deux strates sociales n’est rendue possible que par le hasard, Haemi revenant avec Ben après son voyage en Afrique, et ne peut aboutir que par la poursuite réciproque de désirs cachés.
Lee Chang-dong utilise cette approche sociétale pour nouer un thriller bien ficelé, minimaliste mais prenant, dont l’ambiguïté surgit des silences, des non-dits et des métaphores. Tandis que l’on tente de saisir les protagonistes, le mystère s’épaissit. Si le réalisateur donne suffisamment d’indices pour s’assurer que le spectateur découvre l’abominable vérité ainsi que la nature des serres brûlées, il laisse planer le doute sur les émotions et les motivations de Haemi. Aimait-elle Jongsu ou Ben ? Recherchait-elle l’amour ou la garantie d’une vie confortable et luxueuse ? Ben demeure également assez énigmatique, entre ses expressions impassibles et ses propos souvent empreints d’un double sens rempli d’obscurité. C’est finalement à Jongsu, le personnage le plus humain et compréhensible, auquel on s’identifie. Grâce à ces individus impénétrables, aux émotions exacerbées, le suspense se maintient, la tension s’accroît jusqu’au final haletant.
En dehors du film, on regrette que cette édition DVD/Blu-ray ne propose pas à son public le moindre bonus excepté la bande-annonce. La richesse de Burning aurait pourtant mérité bien des analyses approfondies, tant du point de vue sociétal que littéraire et cinématographique. L’ajout d’un making-of, ou d’une simple interview de Lee Chang-dong, aurait sans doute permis d’apporter un éclairage sur ce film singulier et magnétique. Burning conserve ainsi tous les mystères de sa création et de sa symbolique, que chacun reste libre d’interpréter. Œuvre poétique par excellence, il faut croire que Burning ne s’explique pas, mais se ressent et se contemple comme le feu qu’il allume devant nos yeux ébahis.
Burning – Bande-annonce :
Caractéristiques du DVD :
Durée du film : 144 min
Durée totale : 146 min
Langue : coréen
Sous-titres : français
Image : 16:9 compatible 4/3
Son : Dolby Digital 5.1
Avec La Favorite, Yorgos Lanthimos signe son film le plus savoureux en dialogues et situations cocasses, mais peut-être le moins audacieux de sa carrière. Petite autopsie de l’audace au cinéma à l’heure des dérangeurs à la Haneke portés en vainqueurs jusqu’à Cannes, mais aussi au moment où François Ozon signe avec Grâce à Dieu, un film compliqué à financer de par son sujet (Canal Plus l’ayant lâché), dans la France de 2019… Alors c’est quoi l’audace au cinéma ?
Audace et succès
Qu’est-ce qu’un cinéma audacieux, exigeant et dérangeant ? Yorgos Lanthimos semblait avoir répondu à cette question ces dernières années jusqu’à ce qu’il devienne, avec The Lobster, une petite sensation à Cannes en 2015. Radical, il l’était d’autant plus en Grèce à ses débuts lorsqu’il accompagnait la folie de ses personnages dans Canines, ou encore lorsqu’il décadrait ses acteurs dans Alps, sorte de société secrète qui faisait revenir les morts à la vie par un étrange procédé. Par la suite, le réalisateur est devenu bankable auprès des acteurs du monde entier, comme le révèle le dernier numéro de Première (Janvier 2019). On se plierait devant lui depuis la France (Léa Seydoux en tête) jusqu’à Hollywood. Comment dès lors demeurer subversif tout en assumant son nouveau rôle de cinéaste à la mode ? Il s’agit rien moins que d’être comparé à Haneke (référence qu’apparemment il refuse, toujours selon ses mots dans Première), qui a lui-même fait tourner de grandes figures de cinéma, dont Isabelle Huppert. Mais pour l’actrice la subversion est une seconde nature, il n’est donc pas étonnant de les voir travailler ensemble.
Pourtant, dans La Favorite , on retrouve des acteurs un poil moins subversifs comme Emma Stone, devenue il y a peu l’énième « muse » de Woody Allen, dont l’humour ne fait de mal à personne. A ses côtés, la géniale Olivia Colman s’amuse à jouer une sorte d’hystérie, mais en ne faisant rien de plus que dans Love & Friendship où déjà l’on s’amusait à détourner les mœurs, en costume. Ce que dénonce ici Lanthimos, c’est l’hypocrisie des rapports humains. On pourrait alors tenter de le rapprocher d’un Buñuel qui, avec Le Charme discret de la bourgeoisie ou encore Journal d’une femme de chambre, pointait les vilenies du pouvoir, de l’argent et l’incapacité de ceux qui dirigent à réellement nous gouverner. Les têtes tombent donc de manière symbolique, un peu comme chez Sorentino dans Silvio et les autres, ou encore chez Östlund et sa dernière sensation The Square. Ces réalisateurs décident donc d’égratigner, au risque parfois de lasser, de se planter un peu comme Haneke et son très mal reçu Happy end, dont l’ironie du titre cachait toute la saveur cynique du propos.
Love and friendship
S’agit-il dès lors pour le réalisateur de Mise à mort du cerf sacré, de sonder nos bassesses les plus sombres, de nous projeter un écran de vérité pour effacer l’écran de fumée des conventions ? N’est-ce que cela ? Son cinéma n’a-t-il pas un sens plus profond, plus dérangeant, plus atypique ? Il serait question qu’il écrive un épisode de Black Mirror, série qui s’amuse, elle aussi, à déranger. Étrange sensation que de vouloir être sans cesse dérangés, tout en plébiscitant le dérangeur, en lui ouvrant grandes les portes des cinémas. Le dénonciateur ne finirait-il pas par devenir amuseur public ? C’est à cela que l’on pense lorsque La Favorite se met un peu à tourner en rond dans son propos, presque à ronronner. L’horreur ne s’inscrit plus dans la rétine tant elle est écrite dès la mise en scène, magistralement orchestrée, et devient presque « banale », « attendue ». Le long couloir traversé par les protagonistes, lieu de toutes les convergences, devient ainsi peu à peu le symbole de la répétition. Et l’on s’ennuie presque devant ces pérégrinations.
Heureusement que ce jeu de massacre, sur fond de décisions politiques, fait écho à nos sociétés contemporaines et nous rend inconfortables parce qu’il nous rappelle notre incapacité à prendre des décisions, ou notre lâcheté à les faire prendre par d’autres. Il n’y a qu’à voir comme, dans ce que l’on appelle pourtant démocratie, on met du temps, de la réticence à accepter que le peuple puisse avoir quelque chose de légitime à dire. Tout de suite renvoyé à son incapacité à se trouver une forme et des … leaders. Car il n’est question que de ça dans La Favorite, de celle qui se mettra à l’abri et, pire, de celle qui fera passer ses idées politiques en feignant l’amour. Ainsi, plus on voit les deux « favorites » tirer sur des oiseaux avec une précision macabre, plus la répétition prend aussi sens car elle montre à quel point tout être se modèle à l’image que l’on veut de lui. Tout en gardant sa cousine Abigail sous sa coupe, Lady Marlborough crée un monstre qui va peu à peu lui échapper. L’enjeu des corps, car c’est bien dans la mise en scène des corps que Lanthimos excelle, devient de plus en plus fort, jusque dans une acmé finale qui n’est pas sans rappeler certaines scènes d’Epouses et concubines (les fameux massages de pieds).
Mise à mort du cerf sacré
L’enjeu est finalement un peu toujours le même, amener le spectateur à regarder au-delà du massacre. Les belles images, les beaux costumes tout autant que les égratignures ou la boue sur les corps sont là pour nous forcer à dévier le regard. En riant, en s’offusquant aussi des mots qui sont prononcés, et qui tournent beaucoup autour du sexe, nous voyons ce qui est à l’œuvre dans les arcanes du pouvoir. Rien n’est dit frontalement par le réalisateur, mais la conscience naît aussi de notre capacité à nous dégoûter de que nous voyons, peut-être pour le fuir. Si l’on peut regretter que La Favorite devienne peu à peu une petite ritournelle, certes savoureuse, nous pouvons aussi comprendre qu’il s’agit d’une forme de jusqu’au-boutisme déjà à l’œuvre dans Mise à mort du cerf sacré, où les corps étaient froids, distants, jusqu’à être cassés, brisés.
Ce qu’opère Lanthimos ce n’est donc pas seulement une popularisation qui l’entraîne du côté des plus grandes stars, mais une mise à mort parfois de son propre discours. Bien sûr, La Favorite donne à voir autant qu’à penser, mais le propos est moins acerbe, moins radical qu’autrefois, comme s’il opérait des concessions. La Favorite n’est donc pas nécessairement le film que l’on retiendra du réalisateur. Espérons que le cerf sacré que la presse semble vouloir faire de lui, ne l’affadisse pas, à force de vouloir attirer les stars dans ses filets et les déshabiller de l’intérieur, comme de l’extérieur, en les jetant dans ses abîmes. Car le cinéma de Lanthimos est plus que cela, c’est le vecteur de nos peurs, de nos angoisses, de nos saloperies, et celui qui les regarde en face peut déjà un peu grandir grâce au cinéma. L’inconfort est un état qui doit déranger et non amuser car il est un choix assumé, celui de donner au spectateur ce qu’il est loin d’attendre. Et pour le spectateur intranquille, c’est tout un art.
La Favorite : Bande annonce
La Favorite : Fiche technique
Synopsis : Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.
Réalisation : Yorgos Lanthimos
Scénario : Deborah Dean Davis, Tony McNamara
Interprètes : Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone, Mark Gatiss, Nicolas Hoult, Joel Alwyn
Photographie : Robbie Ryan
Montage : Yoprgos Mavropsaridis
Sociétés de production : Element Pictures, Scarlet Films, Film4, Waipoint Entertainment
Distributeur : Twentieth Century Fox
Genre: Drame historique
Durée: 121 minutes
Date de sortie : 6 février 2019
Si l’on se cantonnait à la compétition lors de notre séjour à Gérardmer, on risquerait d’être déçus. Comme chaque année, cette dernière s’est avérée être en dents de scie, proposant à la fois de belles surprises ainsi que d’ innommables purges. Voilà pourquoi, il est important d’aller jeter un œil sur ce qui se trouve à côté. Le programme était, là aussi, alléchant. On a ainsi pu y découvrir trois raretés provenant des années 70, dont deux issus de l’ozploitation. Mais également un documentaire sur une figure majeure des effets spéciaux, et, pour finir, ce qui s’avère être le meilleur film de cette sélection, Freaks.
La Rose écorchée (Réalisé par Claude Mulot, France, 1970)
En partenariat avec le distributeur Le Chat qui fume, le festival de Gérardmer a lancé cette année une nouvelle catégorie dénommée Rétromania. L’occasion de découvrir ou redécouvrir des films de genre un peu oubliés, comme Maniac de William Lustig, ou le Renne Blanc de Erik Blomberg. Quant à nous, nous nous sommes penchés sur une bizarrerie made in France un peu tombée dans l’oubli, la Rose écorchée. Aux premiers abords, le film renvoie à un classique du cinéma fantastique français, Les Yeux sans visages de Franju. En effet, il met en scène un couple dont la femme va être défigurée, et va se faire passer pour morte. Jusqu’au jour où ils font la rencontre d’un chirurgien aux pratiques douteuses capable de modifier les visages : le couple se lance alors en quête d’une jeune femme à sacrifier pour permettre à l’épouse de récupérer sa beauté. Malgré tout ça, l’ambiance de La Rose écorchée se rapproche plus de celle d’une autre figure du genre hexagonal, Jean Rollin, de par son ambiance gothique, l’action du film se déroulant quasi exclusivement dans un château sinistre avec deux nains comme serviteurs, mais également dans l’érotisme qu’il essaie de dégager. Étonnement, le film ne souffre que de peu de temps morts, et arrive à captiver le spectateur tout du long avec son atmosphère lugubre, amplifiée par une musique au clavecin glaçante (et pas uniquement en filmant des nains faire du catch avec une femme nue dans la paille). La Rose écorchée offre également à une très jeune Annie Duperey, un rôle à l’opposé total de celui qu’on lui connait dans une Famille formidable. Elle y incarne une figure monstrueuse, désespérée à l’idée de retrouver sa beauté d’antan. Une belle petite gemme cachée du cinéma déviant français, proposée dans une très belle restauration.
Night of Fear (Réalisé par Terry Bourke, Australie, 1972)
Chaque année, le festival de Gérardmer offre des nuits blanches permettant, au travers de 2 ou 3 films, de revenir sur des sagas emblématiques du cinéma. Si l’an dernier, nous avions pu redécouvrir Hellraiser, pour cette 26ème édition, c’est tout un pan du cinéma d’exploitation qui a été mis à l’honneur. L’ozploitation, terme inventé à l’occasion de l’excellent documentaire Not Quite Hollywood, désigne en effet ces films complètement fêlés qui ont vu le jour en Australie à partir des années 70. Si certains comme Mad Max sont devenus des classiques, d’autres ont eu du mal à parvenir jusqu’en Europe. Pour commencer cette nuit blanche, c’est l’un des pionniers de ce courant qui ouvre les hostilités. Night of Fear devait être à la base une série, mais le produit fini a très vite fait déchanter les producteurs, qui ne sont même pas allés jusqu’à distribuer le film. Terry Bourke se voit alors obligé de louer des salles de strip-tease pour diffuser son film. Il faut dire que le visionnage de Night of Fear peut facilement rebuter, le film faisant preuve d’une démarche des plus expérimentales. Le pitch est assez basique et suit une jeune femme perdue dans la forêt se faisant poursuivre par un plouc déglingué amateur de rats. Malgré sa courte durée (54 minutes), l’expérience est des plus malaisante. De par son ambiance poisseuse qui inspirera certainement Tobe Hooper, mais surtout par sa bande-sonore dissonante et son sound-design atroce, Night of Fear joue avec les nerfs du spectateur. On ne peut pas compter non plus sur le jeu d’acteur, complètement à l’ouest sans aucune ligne de dialogue, les personnages se contentant d’émettre des gémissements. Une séance qui s’avérera marquante et qui entraînera au final plus de fous rires que de véritables frissons.
Long week-end (Réalisé par Colin Eggleston, Australie, 1978)
Après la mise en bouche Night of Fear, il est temps de tailler dans le lard avec un classique de l’ozploitation dont Tarantino a vanté les louanges, Long Week-end. On quitte un peu le côté très amateur du film de Terry Bourke pour tomber dans une véritable vision d’auteur. Long Week-end bénéficie avant tout d’un concept génial. Le film met en scène un couple ayant quelques problèmes sentimentaux et qui passe un week-end à la plage, histoire de raviver la flamme en train de s’éteindre. Sauf que sur place, ils ne témoignent d’aucun respect pour la nature, jetant leurs déchets et s’amusant à tirer sur tout ce qui bouge. Forcément, la nature va se venger des deux irrespectueux. Malgré là aussi une durée assez courte (1h30), Long Week-end prend son temps, s’attardant dans un premier instant à faire une radiographie des problèmes du couple. Tout cela permet d’instaurer une ambiance déjà très pesante, avant que la menace ne fasse sa première apparition. À ce niveau, Eggleston, plutôt que de miser sur une horreur démonstrative, joue plutôt sur une horreur psychologique. Lorsque les choses dérapent complètement, le climat se fait alors de plus en plus oppressant, Eggleston n’hésitant pas parfois à étirer les scènes à leur maximum pour bien imprégner son film d’une dimension suffocante. Regorgeant d’idées absolument fascinantes (comme celle du dugong zombie), Long Week-end est une œuvre iconoclaste, maniant la terreur latente de façon particulièrement intelligente, tout en offrant à plusieurs reprises ce qu’on attendait de la part d’un concept pareil (un homme aux prises avec un opossum par exemple). L’Australie qui a toujours étant un pays passionnant grâce à sa faune si unique, trouve ici le parfait contre-pied à cette image paradisiaque. Une image qui n’a d’ailleurs pas beaucoup plu aux australiens, ne supportant pas qu’on dépeigne leur biodiversité de cette façon.
Phil Tippett : Mad Dreams and Monsters (Réalisé par Gilles Penso et Alexandre Poncet, France, 2019)
Après ce petit voyage en terre australe, il est temps de revenir en France avec le nouveau documentaire du duo Gilles Penso/Alexandre Poncet. Après avoir consacré un film à la légende Ray Harryhausen, ils décident cette fois-ci de mettre à l’honneur son fils spirituel, à savoir Phil Tippett. Même si vous n’avez jamais entendu le nom de Tippett, vous ne pouvez qu’être familiers de son œuvre, particulièrement riche. En effet, ce spécialiste des effets spéciaux américains, et notamment de la stop-motion, a travaillé sur bons nombres de films cultes des 70s/80s/90s, obtenant d’ailleurs au passage plusieurs oscars. Tippett est entre autres le papa des aliens de la trilogie Star Wars, du dragon de Dragonslayer, des Piranhas de Joe Dante ou encore de ED-209 de Robocop. Bien que le documentaire soit de facture assez classique, alternant entre entretien et images d’archives, il dresse un portrait fascinant d’un homme passionné. Le film rend également pleinement hommage au travail fastidieux qui se cache derrière la stop-motion, et il est captivant de voir comment ces créatures prennent vie devant la caméra grâce au savoir-faire minutieux de Phil Tippett. Une belle mise en lumière d’un homme de l’ombre ayant révolutionné à de nombreuses reprises les effets spéciaux, comme en témoigne son travail oscarisé sur Jurassic Park.
Freaks (Réalisé par Adam B.Stein et Zach Lipovsky, États-Unis, 2018)
Autant garder le meilleur pour la fin, et finissons donc cette série de chronique sur le 26ème Fantastic’Arts avec le grand coup de cœur de cette édition, Freaks. Récompensé au PIFFF, le film du duo Stein/Lipovsky s’est étrangement vu relégué hors-compétition, alors qu’il aurait pu être un sérieux prétendant au Grand Prix. Comme The Unthinkable, Freaks est un film qui sait entretenir son mystère sur ses intentions, et dont nous allons taire le maximum afin de préserver la surprise. On se retrouve face à un père et une fille, qui n’a pas le droit de quitter la maison, sous prétexte qu’elle est différente et que le monde extérieur veut la tuer. Même si certains aspects de Freaks ont déjà pu être vus ici ou là, la générosité qui émane du travail de Stein et Lipovsky est stupéfiante. Avec très peu de personnages et une utilisation maline du huis-clos, les auteurs arrivent à créer une véritable mythologie permettant la création d’un univers riche dont on ne voit au final qu’une infime partie. Le fantastique se transforme alors ici en une épopée familiale bouleversante, bien aidée par un excellent casting. Si Emile Hirsch ou Bruce Dern n’ont plus grand chose à démontrer, la véritable révélation provient de la jeune Lexy Kolker aussi touchante que charismatique. Freaks réussit tout ce qu’il entreprend, créant une alchimie évidente entre ses protagonistes, offrant des séquences d’action efficaces malgré là aussi un budget serré. On tient ici la véritable pépite du festival.
Les anglais nous ont offert deux choses en 2018 : une bonne dose de rire avec leur non-prophétique hymne « It’s Coming Home » pendant la Coupe du Monde, et une série haletante sur Netflix. La différence ? Leur équipe de football n’a pas terminé sur le podium, tandis que Bodyguard est une des 3 meilleures productions de l’année.
Mini-série ayant fait un carton plein en Angleterre en août dernier avec le meilleur lancement d’une œuvre dramatique à la télévision britannique depuis plus d’une décennie, l’œuvre de Jed Mercurio, le créateur de Lines Of Duty, a même conquis 11 millions de british pour son épisode final. Il n’aurafallu attendre qu’un mois pour voir débarquer Bodyguard sur Netflix France, le 24 Octobre 2018. Mais pourquoi tant de succès autour de cette série ? First of all, let me introduce you the topic “ ma’am “.
David Budd, vétéran de guerre d’Afghanistan, est désormais policier au Metropolitan Police Service de Londres en tant qu’agent de protection. Le 1er Octobre, alors que ses enfants et lui ont rendu visite à la mère de l’ancien militaire, il déjoue un attentat à la bombe dans un train en direction de Londres. Son sang-froid et son professionnalisme seront remarqués dans les plus hautes instances du pays, et lui feront obtenir une promotion : celle de la garde rapprochée de Julia Montague, figure politique montante, et Secrétaire d’État à l’Intérieur. Seulement, son ultra-conservatisme et son protectionnisme vont à l’encontre de ses convictions personnelles. Blessé et traumatisé par une guerre qui n’a que pour responsables les personnes qu’il doit désormais protéger, il va se retrouver en première ligne d’une tourmente politique sous fond d’état d’urgence…
Alors on pourra dire ce que l’on veut à propos de nos amis les rosbeefs : qu’ils ne savent pas cuisiner, qu’ils sont mauvais au foot, qu’ils voient autant le soleil que Dracula devant Netflix tout un hiver. S’il y a bien un truc qu’on ne pourra leur enlever, c’est la qualité de leurs productions télévisuelles. De The Terror à Peaky Blinders en passant par Utopia, on frôle très souvent les chefs d’œuvre ! Et Bodyguard rentre dans ce cercle-là. Ce cercle à deux faces. Car tout est question de dualité dans cette série, d’ascenseur émotionnel et d’évolutions scénaristiques sinusoïdales. Finalement, à y regarder de plus près, Bodyguard est comme un électrocardiogramme, et pendant le visionnage, de battre mon cœur ne s’est plus arrêté. (D’ailleurs, je veux pas te faire peur mais ma critique contient des spoilers, alors si t’as pas vu la série, je te conseille de revenir dans 6 heures quand tu l’auras vue, bisous bisous)
Threats are coming ma’am
Et on commence avec le premier point fort de cette série : ses personnages. Le personnage principal, David Budd, est incarné par Richard Madden (aka Robb Stark dans Game Of Thrones mesdemoiselles). La complexité de Mr. Budd est approfondie et donne carte blanche à l’acteur pour nous dévoiler tout son talent, probablement un rôle tremplin après Game Of Thrones mettant fin à son personnage à l’épisode 3 de la saison 9 (les vrais savent). Tantôt professionnel, carré et sérieux dans sa fonction, il devient un homme plus torturé, instable et impulsif dans la vie privée.
Cette dualité est la première fondation de cette série. Cette fonction de garde rapprochée fait écho à son passé militaire, ses blessures, physiques ou mentales, et font par ailleurs de chaque scène d’action dans laquelle il est impliqué un soldat, un soldat discipliné, procédurier et limite infaillible. Par contre, sa vie privée, c’est Bagdad.
Une vie de couple qui fond comme neige au soleil, un rattachement militaire fraternel avec un groupe de vétérans composé d’un ancien de son escouade Andy Apsted (joué par Tom Brooke que l’on peut retrouver notamment dans le très bon Preacher). Un milieu social fragile et instable qui sera la genèse de sa perte de repères. Une sorte de Frank Castle avec un costume cravate et un accent so british qu’il sent même le fish and chips.
Ce n’est qu’à partir du milieu de l’épisode 2, appelons-le moment Budd Down, que l’on découvre la réelle profondeur du personnage de David Budd, une fois “ cantonné au travail de bureau “ suite à la tentative d’attaque au camion-bélier dans l’école de ses enfants. C’est dans sa vie privée qu’il va chercher un repère, Andy Apsted. Mais ce dernier, par une action individuelle, fera tomber ses convictions. David Budd est en PLS comme Harry Kane après le coup de sifflet final en demi-finale.
Son repère n’aura pas été sa femme. D’ailleurs, qu’en est-il de sa vie de couple ? Il semblerait que depuis, Mademoiselle fréquente quelqu’un. Alors, comme toute âme perdue, David va chercher du réconfort dans les bras d’une autre, normal direz-vous. Seulement, quand on passe sa vie au boulot, le choix des possibilités se réduit. Comme après avoir demandé “ A t-il un procès au cul ? “ à une partie de Qui-est-ce édition limitée ‘Présidents de la République Française’.
Et c’est dans les bras de celle qui doit protéger (en soit, plus il est près, plus elle est protégée, donc il ne fait que son travail) qu’il trouvera un échappatoire à sa vie privée. Alors, très honnêtement, à part une petite connexion scénaristique par la suite et parce qu’on avait pas vu les fesses de Richard Madden à la télévision britannique depuis Game Of Thrones, cette romance a été, selon moi, aussi utile que le H dans Hawaï.
À moins que ce point d’orgue n’ait été l’apogée de l’évolution dans l’intimité de Julia Montague. Froide, austère et autoritaire à la manière d’une Margaret Thatcher des grands soirs, de par sa fonction et ses convictions politiques, la relation qu’elle entretient au fil des épisodes avec son garde du corps s’adoucit, tantôt de l’empathie, tantôt de l’entraide. C’est justement cette seconde dualité entre femme ferme sur le public et plus adoucie et femme emphatique dans le privé, qui crée l’attachement au personnage. Tout est finalement question de dualité entre les personnages, c’est à en devenir schizophrène cette série.
T’es tendu David, t’es tendu !
Le trailer de la série est vraiment trop américanisé. Sérieusement, les scènes d’action nous font imaginer que la moitié de cette série est basée sur de l’action, avec des bolides à la Fast & Furious, des snipers à la Shooter Tireur d’Élite et des bombes distribuées comme des capotes aux Solidays.
Alors oui, Bodyguard n’est pas venu pour enfiler des perles et il y a de l’action. Mais il se fait aussi un malin plaisir à jouer avec nos nerfs comme Gepetto le fait avec le corps de Pinocchio. L’introduction de 20 minutes est là pour le confirmer et la dernière fois que j’ai vu quelqu’un si bien scotché à quelque chose, c’était dans un reportage VICE.
20 minutes de tension où l’on découvre déjà les forces et faiblesses de David Budd, qui se retrouve en pleine préparation d’un attentat à la bombe dans un train qui ramène ses deux enfants à la maison. Son professionnalisme, son calme et sa rapidité d’action contre la détresse d’une jeune femme, Nadia, portant une ceinture d’explosifs …. 20 minutes haletantes qui m’ont rappelé celles qui ont suivi le but de Samuel Umtiti lors de la demi-finale de Coupe du Monde France – Belgique où j’étais pas bien du tout.
C’est justement ce dosage entre scènes de tension, d’action et de thriller qui offre à Bodyguard une sacrée gueule. Dans ces moments de tension, rien n’est “ too much “ : la musique est aussi calibrée qu’un chef d’orchestre sous adderall, les plans nous permettent de ressentir les émotions des personnages et l’on est happé par le dénouement qui approche comme un esturgeon à la ligne d’un pêcheur californien.
Et les deux épisodes suivants resteront dans la même dynamique. Cette attente, cette anticipation, cette suspicion que l’on éprouve dans ses moments de rush intenses nous accrochent. Que ce soit dans l’épisode 2 lors de l’attaque au camion-bélier ou dans l’épisode 3 lors de l’attentat à la bombe au St Matthew’s College, le climat instauré est très réussi et j’aurais pu avoir bu 6 pintes avant, que je me serais retenu d’aller pisser.
Néanmoins, cette dernière attaque, qui sera fatale, embarquera la série vers un autre tournant : une version plus thriller, politique avec ses enjeux, ses manipulations. Bref, ça va mettre des tacles à la gorge sévères au sein du gouvernement anglais.
Y a-t’il un terroriste dans le gouvernement ?
Dans Bodyguard, il est aussi question de pouvoir, de jeu de chaises musicales, de tacles entre politiques, avec des personnages qui montent en gamme. La jalousie, les doutes et les suspicions vont bon train et montrent bien les coulisses d’un gouvernement. Et encore une fois question de dualité. Tout ce carcan est aussi instable en interne qu’en externe, avec l’état d’urgence et la menace terroriste qui est en place.
Même s’il est parfois difficile de savoir qui est à quel poste, tant les personnages secondaires sont nombreux, cela n’enlève en rien l’attirance que nous procure Bodyguard pour ce méli-mélo d’intérêts personnels et de doutes pour chaque personnage, mêlant habillement le genre thriller et policier.
Alors oui, tout était parfait, ficelé comme des bonnes paupiettes de mon pays, ce fut un met excellent, mais malheureusement, la fin de repas n’était pas à mon goût. “ Oh Bodyguard, oh Bodyguard, pas ça, pas ça, pas ça Bodyguard. Oh non pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait ! “. Il y avait du Thierry Gilardi qui résonnait dans ma tête à la fin de cette saison.
Car après 5 épisodes et demi, la dernière demi-heure a voulu aller trop vite, en supprimant certains éléments, comme la fuite du personnage principal qui prend aussi facilement la poudre d’escampette que Macron ne consomme celle de perlimpinpin. Bien que les coupables ont été trouvés, certaines réponses sont un peu bâclées. Le personnage de Nadia est finalement réintroduit pour nous proposer un twist venu de l’espace. De femme victime lobotomisée, elle passe de l’alter-ego féminin d’Oussama Ben Laden. Allez savoir pourquoi, peut-être la dualité de trop.
En conclusion, une série très forte visuellement, avec des scènes de tension marquantes comme l’on aura pas vues à la télévision depuis longtemps, un Richard Madden qui s’offre un rôle référence et les anglais qui signent, encore une fois, une œuvre de qualité indéniable.
Bodyguard : Bande-annonce
Bodyguard : Fiche technique
Créateurs : Jed Mercurio
Réalisation : Thomas Vincent, John Strickland
Scénario : Jed Mercurio
Interprétation : Richard Madden (David Budd), Sophie Rundle (Vicky Budd), Vincent Franklin (Mike Travis), Ash Tandon (Deepak Sharma), Gina McKee (Anne Sampson), Keeley Hawes (Julia Montague), Pippa Haywood (Lorraine Craddock), Stuart Bowman (Stephen Hunter-Dunn)
Image : John Lee
Musique : Ruth Barrett, Ruskin Willamson
Montage : Andrew McClelland, Steve Singleton
Direction Artistique : Steve Wright, Henry Jaworski
Décors : Annalisa Andriani
Costumes : Charlie Knight
Production : Eric Coulter, Simon Heath, Elizabeth Kilgarriff, Jed Mercurio, Priscilla Parish, Tina Pawlik, Roderick Seligman
Société de Production : World Productions
Genre : Crime, Drame, Thriller
Format : 1h
Diffusion : BBC One, Netflix