J.J. Abrams ou l’éternel recommencement : entretien avec l’auteur Erwan Desbois

En octobre 2017 est sorti chez les fructueuses éditions Playlist Society un nouvel essai consacré au cinéma. Écrit par Erwan Desbois, l’ouvrage revient sur J.J. Abrams et son œuvre constituée par cet essentiel « éternel recommencement ». CineSériesMag vous propose une interview abramsienne avec l’auteur…

Le mot de l’éditeur : En moins de quinze ans, J. J. Abrams s’est imposé comme l’une des figures phares d’Hollywood. Créateur de séries qui ont redéfini le genre (Alias, Lost et Fringe), réalisateur à la tête d’énormes franchises (Mission Impossible, Star Trek et Star Wars), et producteur de renom via sa société Bad Robot, il est devenu le nouvel homme-orchestre du cinéma américain, s’inscrivant ainsi dans la lignée de son mentor Steven Spielberg. Se distinguant par son désir de préserver l’équilibre entre la part de l’auteur et celle de l’entertainer, il s’assure que ses créations peuvent toucher le plus grand nombre tout en puisant constamment dans des thèmes qui lui sont chers. Son œuvre est traversée par l’idée fixe de la réinvention. Quels que soient les différents noms qu’on lui donne – reboot, remake, reprise, hommage –, il s’agit toujours pour lui d’interroger la question de l’héritage du cinéma. J. J. Abrams ou l’éternel recommencement explore à quel point l’histoire cinématographique est une boucle, et cherche à répondre à cette question : comment dépasser ses modèles tout en marchant dans leurs pas ?

1 / CinéSériesMag – Erwan Desbois, qui êtes-vous ?

Erwan Desbois : Un passionné de cinéma, devenu critique par goût d’écrire sur ce que les films provoquaient en moi et les réflexions qu’ils déclenchaient ; et par goût du rôle de passeur que cela fait endosser, faire découvrir des films méconnus, ou bien des angles particuliers d’analyse de films et de séries. J’écris aujourd’hui pour le site Accreds.fr (consacré à l’actualité des festivals de cinéma), en anglais pour l’International Cinephile Society (icsfilm.org), et pour la revue en ligne Playlist Society, qui mène également une activité de maison d’édition d’essais consacrés à la pop culture.

« Chez Abrams, le méta mène à une croyance sincère dans les mythes, ceux qui se transmettent de génération en génération aussi bien dans les films que dans la réalité. »

J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, Erwan Desbois, p. 75 –

2 / L’éternel recommencement – via les reboots, resets, remakes, reprises, hommages – est, comme vous l’avez démontré, essentiel dans l’œuvre d’Abrams. Aussi le cinéaste affirmerait « que la valeur et la vitalité du cinéma résident dans la perpétuation de son premier degré et de son innocence » et il serait « dans la manipulation méta des références tout en faisant jaillir de ses films un imaginaire renouant avec une pureté enfantine » (pages 83 & 84 de l’ouvrage). Mais peut-on vraiment dire que l’œuvre d’Abrams est innocente tant elle est consciente de l’héritage qu’elle porte et doit préserver ? Peut-on dire qu’elle fonctionne complètement au premier degré à la vue de l’importance de sa caractéristique méta ?

Erwan Desbois : C’est précisément tout l’enjeu de l’œuvre d’Abrams, et plus généralement du cinéma : préserver sa part d’innocence, son âme d’enfant. Sans cela, la magie disparaît et il ne reste que sa forme appauvrie, la prestidigitation, spectacle désincarné avec ses « trucs », ses ficelles. C’est une problématique qu’Abrams intègre souvent dans ses histoires, via ses protagonistes : Rey dans Star Wars VII (elle garde une foi inébranlable en les mythes de son enfance), Ethan Hunt dans Mission : impossible 3 (il s’amuse comme un gamin espiègle à préparer ses missions, avec force déguisements, jeux de cache-cache ou du chat et de la souris), Walter Bishop dans Fringe (c’est une fois qu’il renoue avec son âme d’enfant, et que celle-ci vient équilibrer son savoir scientifique potentiellement dangereux, qu’il devient un héros)…

Le cinéma est par construction tellement artificiel qu’il faut en face un puissant premier degré pour équilibrer la balance – c’est la fameuse (et cruciale) « suspension d’incrédulité », qui donne leur force aux meilleurs films. Il faut croire au cinéma pour que le cinéma fonctionne, et le méta ne fait qu’amplifier ce point en rendant encore plus visible la part d’artificialité.

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Dans ‘Star Wars’, G. Lucas filmait un Luke tourné vers l’horizon, « toujours tourné vers l’avenir » (dixit Yoda – Episode V). Enfant, Abrams a vu comme ses personnages des vaisseaux s’envoler et a rêvé de prendre part à leurs aventures. Il les a vus traverser l’espace au cinéma, participer à des périples créatifs excitants via la fenêtre d’un grand écran. Et comme eux, il a un jour pris le contrôle du « spaceship » pour mener son propre parcours. La Foi, encore et toujours, en l’imagination, en l’humain et sa capacité à accomplir l’impossible – ou ce qui lui semble l’être.

3 / Dans l’épisode 21 de la saison 2 de Fringe, La Rencontre (Northwest Passage), le personnage de Peter confirme par un dialogue quelque chose d’essentiel concernant votre essai : « Si vous pouvez l’imaginer, c’est que ça existe ». Vous avez justement réfléchi à la question de l’imagination et des rapports fiction/réalité/spectateurs dans l’œuvre d’Abrams. Peut-on dire que ses créations sont d’abord celles d’un spectateur – enfant rêveur – en quête de foi et donc d’espoir en l’impossible ?

Erwan Desbois : Oui, et cela vient en prolongement de la question précédente. Le cinéma (et les séries) ont ce pouvoir immense de créer devant nos yeux des univers, et de nous les faire explorer, sans aucune autre limite que celles que nous choisissons de nous imposer. Abrams fait partie de cette catégorie de cinéastes – à mes yeux les plus intéressants, de loin ! – qui ont bien compris que la clé est dès lors de ne pas s’imposer de limites, de ne pas brider le pouvoir du cinéma. C’est ainsi que l’on défriche les pistes les plus passionnantes, que l’on pose les questions les plus pertinentes et que l’on vit les aventures les plus folles. Tout ça est condensé et parfaitement illustré dans l’autobiographique Super 8, où Abrams renoue avec son enfance de spectateur et cinéaste amateur, qui rêve de mondes impossibles, les fait exister par le cinéma et ce faisant transforme et sublime le monde réel dans lequel il vit.

« Le traitement du paranormal dans Fringe, à travers l’attitude et les réactions de Walter, renouvelle la devise « je veux croire » (« I want to believe ») de son modèle X-Files. Ici, le mantra se veut nettement plus affirmatif : « Bien sûr que je crois ». Ou selon les mots de Walter dès le deuxième épisode de la série : « La foi. Toujours une bonne chose de l’avoir. »

Ibid., Erwan Desbois, page 82 –

4 / À propos de la Foi, vous la dites essentielle dans l’œuvre de JJA, et elle l’est aussi dans votre ouvrage. Vos recherches sur le bouddhisme traversent l’ensemble de votre travail. Vous revenez sur le concept de bodhisattva*(1) et vous terminez ainsi : « Nous pouvons voir son parcours (celui de Jake dans 11.22.63 série produite par Abrams), et ceux de Jack, Joe, Kirk, Peter, comme des exemples nous mettant sur la voie des constantes, quelle que soit la forme qu’elles prennent ». Alors, votre épilogue pourrait être interprété comme ceci : Abrams – à travers ses créations – ne serait-il un bodhisattva audiovisuel ?

Erwan Desbois : Abrams s’inscrit très clairement dans le courant de pensée selon lequel le cinéma peut (pour reprendre l’expression de Stanley Cavell) nous rendre meilleurs : les questions éthiques posées à travers les parcours des personnages que l’on suit à l’écran, et les réponses qui y sont apportées, peuvent tout à fait résonner avec nos propres expériences et incertitudes.

Chez Abrams, cette résonance est appuyée par le fait que ses héros doivent construire leur histoire, dont ils sont acteurs (y compris dans leurs erreurs) comme nous sommes acteurs de nos vies. Une des constantes de son œuvre est de rejeter toute forme de simplification abusive des récits : les personnages ne sont pas manichéens, les enjeux véritables ne sont pas basiques, il n’y a pas de recours à des effets de type « deus ex machina » pour orienter le scénario. Si le happy-end est au rendez-vous au final, ce n’est donc pas en tant que conclusion garantie d’un chemin balisé ; c’est le fruit des choix (humains, moraux) et des prises de conscience des protagonistes. Abrams nous donne à voir des exemples auxquels nous pouvons nous identifier, d’histoires d’un salut que les personnages ont su aller chercher comme nous pouvons le faire à notre tour.

*(1) « soit celui qui a atteint l’Éveil, qui possède le souvenir intégral de toutes ses existences passées et peut en conséquence ouvrir la voie du salut pour lui-même et les êtres qui l’entourent » – J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, page 111

Ci-dessous, le thème de Fringe composé par J.J. Abrams.

5 / Vous insistez bien dans le livre sur le fait qu’Abrams cherche à marcher dans les pas de George Lucas et surtout de Steven Spielberg pour qui il a une admiration sans bornes. Plus tôt vous présentez ses thématiques, notamment le rapport au père, mais vous n’expliquez pas le pourquoi de cette thématique qui est en fait très liée à Spielberg et à son histoire familiale. Celle d’Abrams est tout de même très différente de celle de son modèle, de même que son parcours professionnel : ses parents sont producteurs de téléfilms, son père le conseillera quant à son approche du cinéma… Assez jeune, suite à un festival de court métrage, il est repéré par Kathleen Kennedy, l’associée de Spielberg, qui l’invite lui et Matt Reeves à venir restaurer les films de son idole. À seize ans, il travaille sur la bande-originale d’un film d’horreur… Il est plus véritablement que métaphoriquement « un fils d’Hollywood ». Et son travail du reboot, reprise, hommage, traverse ses thématiques qui ne sont pas vraiment les siennes.

Erwan Desbois : Il me semble justement que la thématique centrale du travail d’Abrams, qui rassemble toutes les autres, est la question de la place que l’on peut se créer pour et par soi-même dans un monde où tout est a priori déjà en place. L’héritage est au cœur de ce problème (est-il possible, envisageable de modifier, corriger ce qui nous a été légué ?), et la figure du père – biologique ou non – est le symbole le plus évident de notre rapport compliqué à l’héritage.

Qu’Abrams ait, comme vous le signalez, grandi à Hollywood (où la reprise des histoires et œuvres du passé est une pratique constante), avec de plus les deux types de père (un père biologique producteur pour la télévision, un mentor artistique en la personne de Spielberg), le rend encore plus investi par ce sujet. Il l’a vécu et il le raconte sous ses multiples facettes.

« Laisse le passé au passé »

« Let the past be the past »

William Bell à Walter Bishop

– Fringe, S2, Ep.22 –

6 / On pourrait penser qu’Abrams s’amuse comme un enfant avec des jouets du passé – Star Trek (dont il n’était pas un fan), Star Wars (qui l’a bercé), Mission: Impossible –, et pourtant on peut noter dans ses séries et films que le passé ne peut être réparé. Au contraire, il faut accepter que ce qui a été fait est figé, cela pour mieux avancer. Vous écrivez page 102 : « Abrams est obnubilé par cette idée de la reconstruction, ici formulée par la phrase (de Kirk dans ST Into Darkness: Souvenons-nous de ce que nous étions et que nous devons être à nouveau ». La reconstruction chez Abrams est un grand souhait. À l’inverse de la modification du passé – pour l’améliorer ou retrouver un être perdu – et de la nostalgie qui n’apportent rien hormis de la souffrance : on peut évoquer Fringe et l’épisode du voyageur du temps interprété par Peter Weller ou plus simplement le personnage de Walter Bishop, Star Trek, Star Wars VII… Le passé se doit d’être affronté. Il ne faut pas le fuir, ni chercher à le modifier, ou encore moins se perdre dans ses échos. Ne serait-pas là, dans son rapport au passé, que nait le héros abramsien ?

Erwan Desbois : C’est vrai, et on pourrait le formuler ainsi : le passé, et tout ce que l’on en a hérité, ne peuvent être changés ; et si l’on veut que le présent et le futur puissent être changés, ce que l’on peut et doit faire évoluer, c’est soi-même. Cela rejoint la question de l’enchevêtrement du destin et du libre-arbitre dans les œuvres d’Abrams : ils ne sont pas opposés mais fonctionnent en symbiose, la trame du destin étant tissée par la somme de nos choix individuels.

7 / Jeff Pinkner, producteur exécutif, scénariste et réalisateur sur la série Fringe déclare dans une interview : « le public est intéressé par les réponses, nous, par les conséquences des réponses ». On trouve cet intérêt narratif dans toute la filmographie d’Abrams : ce n’est pas tant le dévoilement du mystère qui compte que ces merveilleuses ou terrifiantes conséquences sur les êtres humains, personnages principaux ou non. Ne serait-ce pas ici une manière pour le cinéaste (et ses acolytes) de réenvisager le feuilletonesque et ses nombreux twists, révélations, et autres caractéristiques narratives à travers le prisme plus subtil de l’humain ?

Erwan Desbois : Oui, et cette réponse de Pinkner me fait penser à une autre, donnée par David Lynch à propos de la nouvelle saison de Twin Peaks : « Un mystère résolu, vous l’oubliez et vous passez au suivant. Un mystère non résolu, c’est frustrant, mais c’est comme un cadeau ». Un mystère dans une histoire ne doit jamais être une fin en soi, c’est un moyen pour atteindre autre chose. Donner une réponse fermée, définitive est une faute à tous points de vue : narratif (votre histoire est morte après ce point final), éthique (vous perpétuez l’illusion que les problèmes peuvent être résolus une fois pour toutes, qu’il existe des réponses et des vérités absolues), et humain. On en revient à l’écart entre prestidigitation et magie : soit votre mystère est un tour de passe-passe dont vous vous contentez de donner le « truc » (la réponse), soit vous y insufflez de l’âme (en concentrant votre attention sur les effets de ce tour sur les humains, ce que cela révèle d’eux ou change en eux), et alors vous obtenez de la magie, une histoire et une œuvre bien plus intéressantes.

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En 2015, J.J. Abrams réveillait la Force avec l’épisode VII ‘Star Wars The Force Awakens’.

8 / Le rejeu de séquences et motifs spielbergiens dans Super 8 m’a apparu comme une manière pour Abrams de rendre autant hommage à son mentor que d’exposer les différences qui les séparent. Et une chose est flagrante : son rapport à l’horreur. Elle est davantage visible dans le cosmos abramsien que dans la très large cinématographie de Spielberg. Ce rapport à l’horreur ne serait-il pas lié à un autre héritage à porter, celui des films de monstres et d’épouvante-horreur ?

Erwan Desbois : Effectivement, tout en étant très lié à Spielberg, Abrams fait intervenir dans ses créations l’héritage de nombreuses formes et références de cinéma : l’horreur (Cloverfield, Super 8, pas mal d’épisodes de Fringe aussi), l’espionnage, la science-fiction… Et ce qui est encore plus intéressant, c’est de voir que ce travail l’amène à se charger de prolonger ou ranimer des franchises dont il n’était a priori pas proche à l’origine – ses reprises de Mission : Impossible ou Star Trek. Comme si à force de (bien) la travailler, Abrams devenait le principal porteur de l’idée d’héritage à Hollywood et de sa perpétuation – tentant même à son tour, de lancer une franchise originale avec Cloverfield.

« J.J. Abrams fait partie de ceux qui font un pas de côté par rapport à ce samsara du cinéma hollywoodien, cercle vicieux usant jusqu’à l’os les anciennes légendes, parce qu’inapte à s’en inventer de nouvelles et bien en peine de soutenir ceux qui s’y risquent (…) Sauter dans le futur tout en restant obnubilé par le passé, voici une attitude symptomatique de nos sociétés modernes où coexistent, d’une part, l’attrait toujours plus grand pour la technologie, et, de l’autre, une omniprésence de la nostalgie et du besoin de retrouver les émotions de notre enfance. »

Ibid., pages 65 & 73 –

9 / Revenons sur l’état de la cynique machine américaine à grand spectacle : ne pensez-vous pas que J.J. Abrams a participé sans le vouloir – à l’image de Spielberg et Lucas avec la problématique du blockbuster – à la vague de nostalgie filmique qui déglutine sur nos écrans – petits et grands – depuis quelques années ? Je pense, comme vous (page 75), à ces productions parmi lesquelles on trouve Jurassic World, Blair Witch (2016), Terminator Genysis, Knight Rider (2008-2009)…

Erwan Desbois : Certainement, mais c’est là un phénomène qui dépasse n’importe quel cinéaste : car Hollywood a toujours fonctionné de la sorte, cherchant à capitaliser au maximum sur les succès individuels en les transformant en phénomènes de masse – quitte à épuiser les filons les uns après les autres, en lassant le public à force de lui proposer des mauvaises copies de ce qu’il avait apprécié. Et depuis que le cinéma n’est plus dominant (avec l’arrivée de la télévision hier, des services de streaming aujourd’hui), cette pratique va en s’amplifiant.

Pour revenir aux réalisateurs, et pour reprendre l’image de la « vague », il me semble que ce qui fait une part du talent et de l’intérêt d’Abrams comme de Spielberg avant lui, est leur faculté à se comporter en surfeurs qui parviennent à rester juste devant la vague sans se faire avaler par elle. Leur attention est fixée sur le coup d’après, celui qui leur permettra de prolonger ou réinventer leur carrière en restant fidèles à eux-mêmes tout en renouvelant l’intérêt du public. 

10 / Vous avez dû faire un énorme travail de spectateur pour proposer un tel essai sur Abrams. Quel extrait devrait être (re)visionné pour bien terminer la lecture de cet entretien ?

Erwan Desbois : Je vais tricher et en proposer deux : le discours final de Kirk (évoqué plus haut) dans Star trek Into Darkness, pour sa portée humaine (« Souvenons-nous de ce que nous étions et que nous devons être à nouveau ») et le beau raccord fait à la fin avec le mantra de la série originelle ; et la scène d’ouverture de Mission : Impossible III, première séquence de cinéma conçue par Abrams, et parfaite sur tous les registres du cinéma de divertissement – tension, mystère, méta, direction d’acteurs…

 J.J. Abrams ou l’éternel recommencement

Erwan Desbois

Publié le 18 Octobre 2017

128 pages – Cinéma / Essai

jj-abrams-ou-l-eternel-recommencement-visuel-du-livre-cinema-essai-chez-les-editions-playlist-society

7 euros en Version Numérique

14 euros en Version Papier

https://www.youtube.com/watch?v=s41sTKSQlyk

Ci-dessus, la deuxième séquence conseillée par Erwan Desbois pour bien terminer la lecture de cet entretien.

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