Cloverfield, un film de Matt Reeves : critique

Une petite révolution dans le film de monstre

Synopsis : alors que des amis organisent une fête pour dire au revoir à un jeune homme qui part travailler au Japon, New-York est attaqué par un monstre géant dont on ne sait rien.

Alors que la surprise 10 Cloverfield Lane sort sur les écrans, il est temps de revenir sur le premier film de la série, réalisé par Matt Reeves qui, auparavant, avait écrit le scénario de The Yards, de James Gray, et qui, plus tard, réalisera La Planète des Singes : L’Affrontement.

Found footage

Cloverfield, c’est un film de monstre géant tourné selon le procédé du Found footage : nous assistons à toute l’histoire à travers les images prises par le caméscope personnel d’un New-Yorkais moyen. Le film illustre parfaitement les avantages et les inconvénients de cette technique, rendue célèbre par Le Projet Blair Witch (ou, bien plus tôt, par Cannibal Holocaust) et souvent utilisée dans les films d’horreur ces dernières années.
L’avantage, c’est de nous plonger directement en plein cœur de l’action. Loin des autres films du genre, le spectateur est ici au milieu de la foule en panique, ne comprenant pas forcément ce qui arrive, ce qui augmente encore l’angoisse ressentie. Au lieu d’adopter un point de vue « d’en haut », comme dans les films habituels du genre, Cloverfield prend un point de vue « d’en bas ». Nous n’avons donc qu’une vision très parcellaire des événements, et le réalisateur en profite pour faire de cette expédition nocturne un véritable cauchemar.

Le cinéaste exploite bien les possibilités du found footage. Ainsi, de temps en temps, le spectateur voit défiler des images du passé, où Beth et Bob, deux des personnages principaux, vivaient heureux et insouciants. Ces images, qui reviennent à intervalles réguliers, forment un contraste qui rend encore plus dramatiques la situation présente.

Angoisse

Le maître-mot ici, c’est l’angoisse. Tout est fait pour mettre le spectateur dans la même situation anxiogène que les personnages. Nous sommes en immersion totale au sein de ce Manhattan en état de guerre contre un danger inconnu. La quasi-invisibilité du monstre, que l’on ne voit que très peu et, le plus souvent, que par petits détails, fait qu’il peut être n’importe où . Il semble surgir de nulle part. Pire : avec les petites bestioles qu’il fait naître, il est partout.
Cette omniprésence du danger fait de Cloverfield une très belle métaphore du terrorisme. Certaines scènes sont très marquantes : un immeuble s’écroule, la poussière envahit la rue, des survivants déambulent, traumatisés… Les images rappellent immanquablement celles du 11-Septembre.
Le film multiplie les situations où les personnages principaux se retrouvent en danger : couloirs du métro, immeuble en équilibre instable, pont où se presse une foule dense… Cela permet de rester constamment sous tension. Les personnages sont sans cesse en état d’urgence. Ils courent en permanence, que ce soit pour échapper au danger ou pour se précipiter à la recherche de quelqu’un. Cela, ajouté à la brièveté du film (81 minutes), fait de Cloverfield un film où le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer, une fois passée l’introduction.

Défauts

Car les premières scènes du film constituent le grand point faible de l’ensemble. L’introduction est longue et plutôt dénuée d’intérêt. La fête organisée par les amis de Bob pour son départ au Japon, les questions posées par le vidéaste aux autres personnages, tout cela donne vingt bonnes minutes que l’on sent passer avec lenteur.
L’autre point faible est inhérent au style employé par Matt Reeves. En effet, le film repose entièrement sur l’idée qu’au moins un personnage continue à filmer, quelle que soit la situation. Or, plus le spectateur approche de la fin et plus cela devient improbable. Apprécier Cloverfield jusqu’à son terme revient à accepter une certaine facilité d’écriture.
Mais cela ne gâche rien au plaisir que l’on éprouve devant le film. Rarement l’ambiance d’apocalypse aura été aussi bien ressentie par les spectateurs. On en ressort secoué, terrassé devant un grand film qui se crée une place unique dans un genre pourtant très codifié. Une belle réussite.

Cloverfield – bande annonce

Cloverfield – Fiche Technique

Réalisateur : Matt Reeves
Scénariste : Drew Goddard
Interprètes : Michael Stahl-David (Rob Hawkins), Odette Yustman (Beth McIntire), Jessica Lucas (Lily Ford), Lizzy Caplan (Marlena Diamond), T. J. Miller (Hud Platt).
Directeur de la photographie : Michael Bonvillain
Montage : Kevin Stitt
Décors : Robert Greenfield
Producteur : J. J. Abrams, Bryan Burk
Société de production : Paramount Pictures, Bad Robot
Société de distribution : Paramount Pictures
Budget : 25 millions de dollars

Récompense : Saturn Award 2008 du meilleur film de science-fiction

Date de sortie en France : 23 janvier 2008
Genre : fantastique
Durée : 81 minutes

USA- 2008

Festival

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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