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Cannes 2019 : Annonce de la sélection de la Quinzaine et de l’ACID

Après la sélection officielle, la sélection des courts métrages et de la Cinéfondation, puis hier suite à l’annonce de la sélection de la semaine de la critique, c’est finalement la Quinzaine des réalisateurs et l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID) qui nous présentent leurs listes officielles du Festival de Cannes 2019. Et une nouvelle fois, le Festival de Cannes nous réserve de magnifiques surprises.

La sélection de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2018 a été incroyable et nous a fait vivre de nombreuses émotions. Une section qui met autant en valeur le cinéma d’auteur et le cinéma de genre : une section plurielle qui fait souvent le bonheur de nombreux aficionados. Climax de Gaspar Noé, Le monde est à toi de Romain Gavras ou même Mandy de Panos Cosmatos, nous avions été gâtés en 2018. En cette année 2019, cette célèbre section du festival de Cannes a de nouveau mis les petits plats dans les grands et laisse inaugurer une sélection iconoclaste et palpitante avec le retour notamment de mastodontes tels que Bertrand Bonello avec Zombi Child, le funambule Quentin Dupieux avec Le Daim (avec Jean Dujardin et Adèle Haenel) ou même l’arrivée du futur prodige Robert Eggers avec The LightHouse avec Willem Dafoe et Robert Pattinson notamment.

La Quinzaine des réalisateurs aura au programme 24 longs métrages et 10 courts métrages. Quant à l’ACID, section parallèle du Festival qui met à l’honneur un cinéma indépendant tout en faisant confiance à de jeunes visages, elle présentera 9 longs métrages.

La sélection de la Quinzaine des réalisateurs :

Longs Métrages

Le Daim de Quentin Dupieux – Film D’ouverture (France)
Zombi Child de Bertrand Bonello (France)
Wounds de Babak Anvari (États-unis)
Une fille facile de Rebecca Zlotowski (France)
Huo Zhe Chang Zhe de Johnny Ma (Chine, France)
Tlamess de Ala Eddine Slim (Tunisie, France)
Sem Seu Sangue de Alice Furtado (Brésil, Pays-bas, France)
Por El Dinero de Alejo Moguillansky (Argentine)
Perdrix de Erwan Le Duc (France)
Les Particules de Blaise Harrison (Suisse, France)
The Orphanage de Shahrbanoo Sadat (Danemark, Afghanistan, France)
On va tout péter de Lech Kowalski (France)
Oleg de Juris Kursietis (Lettonie, Lituanie, France)
Lillian de Andreas Horwath (Autriche)
The Lighthouse de Robert Eggers (Canada, États-unis)
Hatsukoi de Takashi Miike (Japon, Royaume-uni)
Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky (États-unis)
Ghost Tropic de Bas Devos (Belgique)
Canción Sin Nombre de Melina León (Pérou, Suisse)
Koirat Eivät Käytä Housuja de Jukka-pekka Valkeapää (Finlande, Lettonie)
Ang Hupa de Lav Diaz (Philippines, Chine)
And Then We Danced de Levan Akin (Suè  de, Géorgie)
Alice et le maire de Nicolas Pariser (France)

Yves de Benoît Forgeard – Film de Clôture (France)

Séances Spéciales

The Staggering Girl de Luca Guadagnino (Italie)

Masterclass de Robert Rodriguez Suivie de Red 11 (États-unis)

Courts et moyens Métrages

That Which Is To Come Is Just A Promise de Flatform (Italie, Pays-bas, Nouvelle-zélande)
Hay Tinh Thuc Va San Sang de An Pham Thien (Vietnam, Corée Du Sud), États-unis)
Plaisir Fantôme de Morgan Simon (France))
Piece of Meat de Jerrold Chong & Huang Junxiang (Singapour)
Olla de Ariane Labed (France, Royaume-uni)
Movements de Dahee Jeong (Corée Du Sud)
Je te tiens de Sergio Caballero (Espagne)
Grand Bouquet de Nao Yoshigai (Japon)
Les Extraordinaires Mésaventures de la jeune fille de Pierre de Gabriel Abrantes (France, Portugal)
Deux sœurs qui ne sont pas sœurs de Beatrice Gibson (Royaume-uni, Allemagne, Canada, France)

La sélection de l’ACID :

La sélection

L’Angle mort de Pierre Trividic et Patrick-Mario Bernard
Des Hommes de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet
Indianara de Marcelo Barbosa et Aude Chevalier-Beaumel
Kongo de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav
Mickey and the bear de Annabelle Attanasio
Rêves de jeunesse de Alain Raoust
Solo de Artemio Benki
Take me somewhere nice de Ena Sendijarevic
Vif-argent de Stéphane Batut

L’ACID TRIP#3 ARGENTINE

Brève histoire de la planète verte de Santiago Loza
Las Vegas de Juan Villegas
Sangre blanca de Barbara Sarasola-Day

 

 

Game of Thrones saison 8 : ce qu’il fallait retenir de l’épisode 2

Dans Game of Thrones, la vengeance est un plat qui se mange glacé. Dans la continuité du premier épisode, l’action se met doucement en place. Très doucement. Un second épisode encore tiède, qui porte néanmoins à ébullition. Mais comme toujours, les premières bulles s’affichent … à la toute fin. Attention, spoilers.

Un drôle d’épisode ou les traîtres se repentissent à Winterfell, ou les alliances auprès de Daenerys sont remisent en questions et de nouvelles révélations viennent bouleverser ses plans. En effet, on débute sur le jugement de Jaime par Daenerys, Bran et Sansa. Les anciens ennemis des Stark deviennent paradoxalement leurs nouveaux alliés. Les Lannister, Theon Greyjoy, le Limier sont désormais à leur cotés. Mais est-il sage de leur accorder confiance ? Rien n’est encore joué.

« Things we could do for love »

Alors que la fin d’épisode 1 nous laissait en suspens sur ce qu’il allait advenir entre Brann et Jaime, leur fameuse discussion n’a rien de très animé. Au contraire, notre corneille à trois yeux n’exprime aucune rancune. Pourtant, Jaime ravale son orgueil et cherche à prouver qu’il est un homme nouveau.

Même plus tard, au coté de Brienne, il cherche à s’amender. C’est un jeu de regards et de non-dits entre les deux. Une romance très pudique, digne des romans de Jane Austen. On retrouve leur complicité de la saison 3, mais sans Cersei pour faire obstacle à leur « couple »….

Retrouvailles et plus si affinités

Moment tant attendue également, les retrouvailles de Gendry et Arya. Point de sentiments à demi-mots pour les deux. Pour le coup, ce n’est pas du Jane Austen, mais du 50 nuances de Grey. Arya lui prouve qu’elle n’est plus la petite fille un peu tomboy, c’est devenue une guerrière sans merci. C’est même devenue une femme pleine de désirs.

Moins d’étincelles entre Daenerys et Jon. La révélation de sa véritable identité faite, Daenerys ne voit plus en Jon un partenaire mais un possible rivale au trône. De même que Sansa remet en question son dévouement à la Reine, en affirmant vouloir garder le Nord libre après la guerre. Après la guerre ? C’est bien LA question qui divise nos personnages tout au long de cette épisode.

La chevalière des sept royaumes

Enfin le temps fort de cet épisode est réservée à Brienne. Alors qu’on pressent la fin imminente, nos valeureux guerriers se réunissent autour d’un verre. Tyrion, Jaime, Jorah, Davos, Tormund et Brienne plaisantent sur le peu d’espoirs qu’ils misent sur leur survie. Quand Brienne déplore ne pas être réellement considérée comme « Ser », chevalière, car c’est en dehors des traditions. « Fuck traditions » beugle Tormund. Devant nos yeux, Jaime procède alors à un adoubement plein d’émotion. Brienne devient officiellement la première femme chevalière de Westeros et sûrement la dernière avant la bataille finale…

Où est le Roi de la nuit?

Les rangs se forment. Même les petites filles veulent combattre. L’hiver est là. Et alors qu’on ne l’attendait plus, le regard de Tyrion fixé à l’horizon dévoile aux spectateur l’image finale : des marcheurs blancs prêts à se battre. De l’action, enfin!

”Game of Thrones“, saison 8 : bande-annonce pour l’épisode 3

Les plus belles Palmes d’Or : Dancer in the Dark de Lars von Trier

Bien qu’il eût aimé recevoir la Palme d’Or du Festival de Cannes dès son Europa, c’est en 2000 que Lars von Trier réussira enfin à mettre tout le monde d’accord par rapport à son cinéma si provocateur, si singulier, mais si intelligent aussi. Dancer in the Dark est une œuvre mûrement réfléchie, intelligemment construite, qu’on ne saurait réduire à un trop-plein de manifestations lacrymales.

Synopsis Selma Jezkova, émigrée tchèque et mère célibataire, travaille dans une usine de l’Amérique profonde. Elle trouve son salut dans sa passion pour la musique, spécialement les chansons et les danses des grandes comédies musicales hollywoodiennes. Selma garde un lourd secret : elle perd la vue et son fils Gene connaîtra le même sort sauf si elle réussit à mettre assez d’argent de côté pour lui payer une opération. Quand un voisin aux abois accuse à tort Selma d’avoir volé ses économies, le drame de sa vie s’intensifie pour se terminer en final tragique. 

Scary Movie

Scary Movie. Le niveau de stress accompagnant chaque visionnage du Dancer in the Dark de Lars von Trier est à l’égal de celui qu’on ressent en regardant le plus hollywoodien des films d’horreur. Une tension en crescendo que l’on n’est pas toujours prêt à supporter, tant l’émotion est forte, et qu’heureusement le cinéaste a eu l’intelligence d’entrecouper des respirations plus légères qui émaillent cette comédie musicale pour le moins atypique (toutes composées par Björk à l’exception de My Favorite Things de La Mélodie du Bonheur).

Dancer in the Dark est le sixième film du réalisateur danois. Bâti autour du personnage de Selma (interprété magistralement par Björk qui mérite sa palme cannoise tout autant que von Trier la sienne), c’est un pur mélodrame sur l’histoire de cette jeune migrante tchécoslovaque qui arrive à Washington dans les années soixante. Bien que ne faisant pas à proprement parler partie des films dits du Dogma95, ce fameux dogme proposé par Lars von Trier et son compatriote Thomas Vinterberg, il en suit quelques règles. C’est ainsi que l’on ne sait rien du passé des personnages (la règle n°7 nous dit : « Les détournements temporels et géographiques sont interdits. (C’est-à-dire que le film se déroule ici et maintenant) ». La caractérisation est inexistante, le « ici est maintenant » se construit essentiellement par l’émotion brute. D’où vient Selma et qui elle est importent peu ; ce qu’elle ressent, à l’instant où elle le ressent, est la chose la plus importante dans le film ; et la prestation bouleversante de Björk, d’un niveau maximal d’implication, épouse parfaitement les intentions du cinéaste.

Jamais le dernier en terme de provocation, Lars von Trier a donc choisi la comédie musicale comme vecteur d’un film qui est tout sauf léger. Bien que certaines des plus grandes comédies musicales, notamment américaines, sont basées sur des drames (West Side Story pour ne pas le citer), on associe le genre à la légèreté et à la romance, de Chantons sous la Pluie de Stanley Donen & Gene Kelly à La La Land de Damien Chazelle. Ici, on ne parle que de souffrance, de maladie, de trahison et de mort. Mais la mise en scène du cinéaste articule d’une manière évidente un récit tragique et des intermèdes musicaux qui sont à la fois les échappatoires pour Selma, des sortes de rêves, aussi bien que partie intégrante de la progression dudit récit. Une scène où sa quasi-cécité est révélée à Jeff (son amoureux transi) est par exemple un bijou d’expérimentation de la part du danois, avec ses 100 caméras DV éloignés du 35 mm du Dogme95,  disséminés sur le site du tournage – un train en mouvement- . Le cinéaste produit ainsi des plans fixes se succédant (gros plans, plans larges, plongées, contre-plongées, etc.) pour reproduire un « plan-séquence » de plus de dix minutes, aux antipodes des canons de la comédie musicale qui privilégient le seul plan large. Cette séquence semble à la fois onirique et dans la totale réalité d’une femme lucide qui, à cause de cette cécité rampante, dit adieu à tous ses espoirs de vie de couple.

De même, lors de l’apogée du film vers sa toute fin, la scène (et la prestation de Björk) à laquelle on assiste ne serait tout simplement pas supportable à regarder, non pas parce qu’elle est sadique ou malsaine, mais parce qu’elle est d’une infinie tristesse, si ce n’était grâce à la chorégraphie et le chant qui prennent le relais et qui permettent au spectateur d’aller au-delà de ce qu’il pense pouvoir assumer en terme de charge émotionnelle.

Souvent taxé de misanthropie et de misogynie, Lars von Trier réalise avec Dancer in the Dark un métrage qui montre qu’il n’est pas étranger à l’empathie humaine qu’il filme ici de manière subtile mais très forte. Ainsi, Cathy (émouvant second rôle interprété avec beaucoup de justesse et d’humilité par la précieuse Catherine Deneuve), l’amie et ange gardien de la fragile Selma, esquisse lors d’une séance de cinéma ce geste de mimer la chorégraphie magique de Busby Berkeley que la pauvre Selma ne peut plus vraiment voir avec ses pauvres yeux, en faisant danser ses doigts sur la paume de la main de son amie. Cathy encore, qui n’est que cri silencieux et effrayé, lorsque Selma emprunte la dangereuse voie ferrée comme raccourci pour rentrer chez elle. Tout dans Dancer in the Dark est du même acabit, et rien n’est aussi loin de ce film que le chantage à l’émotion qu’on prête parfois à son auteur.

Comme beaucoup des œuvres de Lars von Trier, Dancer in The Dark est un film majeur qui a mérité amplement de gagner la Palme d’Or en 2000 à Cannes, même en face de petits bijoux méritants comme In the Mood for Love de Wong Kar-Wai ou encore The Yards de James Gray. La chanteuse Björk a tout explosé avec son rôle de Selma (elle a arrêté sa brève carrière d’actrice après ce film), un rôle dont elle a accouché avec douleur, mais un rôle fabuleux  que peu d’actrices peuvent se targuer de pouvoir interpréter aussi intensément dans une vie entière consacrée au cinéma.

Dancer in the dark – Bande annonce

Dancer in the dark – Fiche technique

Titre original : Dancer in the dark
Réalisateur : Lars von Trier
Scénario : Lars von Trier
Interprétation : Björk (Selma Jezkova), Catherine Deneuve (Cathy), David Morse (Bill Houston), Peter Stormare (Jeff), Joel Grey (Oldrich Novy), Cara Seymour (Linda Houston), Vladica Kostic (Gene Jezkova), Jean-Marc Barr (Norman), Vincent Paterson (Samuel), Siobhan Fallon Hogan (Brenda), Udo Kier (Dr. Porkorny)
Photographie : Robby Müller
Montage : François Gédigier, Molly Malene Stensgaard
Musique : Björk
Producteurs : Vibeke Windelov, Producteur délégué : Malte Forssell, Producteurs exécutifs : Peter Aalbæk Jensen, Lars Jönsson, Marianne Slot, Producteurs associés : Fridrik Thor Fridriksson, Finn Gjerdrum, Mogens Glad, Torleif Hauge, Poul Erik Lindeborg
Maisons de production : Zentropa Entertainments, Arte France Cinéma, Production
Blind Spot Pictures, Danish Film Institute, Film i Väst, France 3 Cinéma, Good Machine, Icelandic Film Fund, Liberator Productions
Distributeur France (Reprise) Distribution (France) : Les Ecrans de Paris
Récompenses : nombreuses, dont Palme d’Or à Cannes et Prix de la meilleure interprétation féminine pour Björk en 2000
Budget : USD 12 800 000
Durée : 140 min.
Genre : Drame, Comédie Musicale
Date de sortie : 18 Octobre 2000
Danemark | Allemagne | Pays-Bas | Italie | États-Unis | Royaume Uni | France | Suède | Finlande | Islande | Argentine | Norvège| Taiwan | Belgique – 2000

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4.5

Monsieur Link : quand le studio Laïka manque d’envergure

Après avoir poussé l’animation dans ses derniers retranchements avec le très réussi Kubo et l’Armure Magique, le studio Laïka nous livre un nouveau film certes sympathique et ambitieux, mais manquant singulièrement d’envergure. Comme si les adultes, pour cette fois-ci, avaient été mis sur le banc de touche au profit d’un public plus jeune. Empêchant Monsieur Link d’être aussi mémorable que leurs précédentes réalisations…

Synopsis : Sir Lionel Frost, gentleman anglais, manque une nouvelle fois sa chance de rentrer dans le club des aventuriers et explorateurs de Londres en détruisant son appareil contenant une photo de Nessie. A son retour, il reçoit une mystérieuse lettre lui proposant de rencontrer un sasquach. Enivré par cette nouvelle il passe un pari avec Lord Piggot-Dunceb, si il ramène la preuve de l’existence du sasquach il sera admis au club. Il se rend en Alaska ou il rencontre l’auteur de la lettre, un sasquach qui souhaite se rendre en Himalaya pour retrouver les siens. de son coté lord Piggot-Dunceb s’assure de ne pas perdre son pari et engage un tueur a gage pour empêcher Frost de réussir…

Si le studio Laïka avait jusque-là livré au public des long-métrages maitrisés et forts sympathiques (Coraline, L’étrange pouvoir de Norman et Les Boxtrolls), ils avaient littéralement cassé la baraque en 2016 avec l’excellent Kubo et l’Armure Magique. Un film qui repoussait l’animation de la stop motion dans ses derniers retranchements pour livrer un spectacle comme rarement nous avons le droit de voir au cinéma. Un titre qui nous transportait dans son univers du japon médiéval, avec une ambiance aux petits oignons, des personnages travaillés et surtout un visuel tout bonnement impressionnant. Un spectacle aussi bien poétique que spectaculaire, dépassant de loin la majorité des films en animation numérique, c’est pour dire ! Et même s’il n’a pas eu la chance de trouver son public (seulement 73,6 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 60 millions), Kubo a su taper dans l’œil des spectateurs et critiques ayant eu la bonne idée de se lancer dans son visionnage. Si la critique du nouveau long-métrage du studio, Monsieur Link, commence de cette manière, c’est parce qu’il se présente comme la réponse à la question que tous se posaient : après avoir réalisé une telle réussite, que pouvait bien faire Laïka par la suite ? S’il était difficile de réitérer un tel exploit, il est quand même décevant de voir que son nouveau-né est bien inférieur en termes d’envergure.

À écouter le réalisateur et scénariste Chris Butler (L’étrange pouvoir de Norman, script de Kubo), le but avec ce Monsieur Link était d’offrir aux gens une aventure qui reprenait le style et l’ambiance d’un Jules Verne, mixé avec Indiana Jones. Autant dire que sur le papier, ce nouveau film d’animation était plutôt ambitieux. Et à voir comment commence l’ensemble (une scénette d’action rocambolesque avec le monstre du Loch Ness), autant dire que le pari était remporté d’avance. De part la qualité et la fluidité de l’animation – domaine dans lequel le studio n’a plus rien à prouver – mais surtout dans les références constantes à l’auteur de 20 000 Lieues sous les mers. Rien que le script réadapte sans se cacher la trame du Tour du monde en 80 jours, mettant en avant un éminent aventurier qui tente de prouver auprès d’un club fermé qu’il peut réussir un but jugé irréalisable (trouver le chaînon manquant plutôt que le tour de notre planète). Sans oublier l’époque à laquelle se passe l’histoire, celle même de ce cher Jules Verne. Et pour ce qui est d’Indiana Jones, il suffira d’un dénouement rappelant l’épisode du pont suspendu du Temple Maudit pour que la référence soit perceptible.

Nous parlions de l’animation en sous-entendant qu’il n’y avait rien d’autre à ajouter sur sa qualité, si ce n’est qu’elle est tout bonnement parfaite. Et agréable à regarder avec son panel de couleurs. Mais il est tout de même bon d’ajouter que depuis Kubo, les équipe du studio Laïka ont cherché d’autres méthodes, d’autres perfectionnements et utilisations de leurs marionnettes pour un rendu encore plus bluffant. Et sur Monsieur Link, via des têtes créées via une imprimante 3D et des figurines de taille réduite – par rapport à l’accoutumée – pour « agrandir » les décors, nous obtenons pour le coup un visuel toujours aussi bluffant. Bluffant car contrairement à ce que fait encore la concurrence britannique (le studio Aardman), l’animation image par image n’est quasiment plus repérable à l’œil nu, se rapprochant énormément de ce qui se fait de nos jours par ordinateur. Sans compter qu’avec les nouvelles méthodes citées plus haut, nous avons droit à des plans panoramiques (montagnes himalayennes, les forêts de l’Alaska, la traversée en mer…) qui respirent la grandeur et le spectaculaire. Et cela à partir de simples marionnettes, c’est pour dire !

Pourtant, malgré ces qualités, Monsieur Link n’impressionne guère… ou du moins pas autant que ce qu’il devrait faire. Car derrière ses ambitions scénaristiques et sa prouesse technique, le nouveau-né du studio déçoit par son manque d’envergure. Certes, le tout apporte une morale à nos chers bambins en ce qui est de fable écologique et d’acceptation de l’autre, mais se contente de bien peu pour amuser le jeune public. Comme un scénario qui préfère s’attarder sur un humour beaucoup trop enfantin et ses petites scénettes d’action plutôt qu’élaborer sa soi-disant richesse d’écriture. Ou encore un manque de maturité, qui empêche les adultes de se retrouver dans cette épopée aussi rythmée et anecdotique qu’un film d’animation de moindre renommée. Tel est donc le défaut de Monsieur Link : sa petitesse, qui le rapproche bien plus des Boxtrolls que de Coraline ou bien Kubo.

Déception donc pour le studio Laïka, ce dernier retombant dans la banalité après un Kubo des plus impressionnants et mémorables. Si l’idée, la sympathie et la technique sont là, l’envergure ne répond nullement présent. Le visionnage est divertissant, mais s’adresse avant toute chose aux plus jeunes plutôt qu’à tout le monde, réduisant ainsi l’impact de ce film d’animation. Pas sûr que l’on se souvienne de ce long-métrage par la suite… En espérant que cela ne soit qu’une mise en bouche à un projet de stature plus imposante, qui rappelle ce que de vrais artisans peuvent livrer avec la stop motion.

Monsieur Link – Bande annonce

Monsieur Link : Fiche technique

Titre original : Missing Link
Réalisation : Chris Butler
Scénario : Chris Butler
Doublage : Hugh Jackman (Sir Lionel Frost), Zack Galifianakis (M. Link/Suzanne), Zoe Saldana (Adelina Fortnight), Emma Thompson (l’Ancienne), Stephen Fry (Lord Piggot-Dunceby), David Walliams (M. Lemuel Lint), Timothy Olyphant (Willard Stenk), Matt Lucas (M. Collick)…
Animation : Alex Angelis et Brad Schiff
Montage : Stephen Perkins
Musique : Carter Burnwell
Producteurs : Travis Knight et Arianne Sutner
Productions : Laika Entertainment et Annapurna Pictures
Distribution : Metropolitan Filmexport
Durée : 94 minutes
Genre : Animation
Sortie : 17 Avril 2019

États-Unis – 2019

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3

Cannes 2019 : la sélection de la Semaine de la critique est connue !

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Après l’annonce, la semaine dernière, de la Sélection officielle puis de celle des courts-métrages dans le cadre de la Cinéfondation, c’est au tour de la Semaine de la critique de dévoiler ses candidats en ce lundi 22 avril, puisque le monde du cinéma fait fi des jours fériés.

C’est par le biais d’une vidéo que Charles Tesson, délégué général, dévoile les films retenus pour la 58e édition de la Semaine de la critique du festival de Cannes 2019, qui s’étendra du 15 au 23 mai. Il en profite pour rappeler que Ciro Guerra présidera le jury, et que la sélection sera composée de 15 courts-métrages et de 11 premiers ou seconds longs-métrages, dont 10 courts et 7 longs en compétition. Trois prix seront décernés : le Grand Prix Nespresso pour le meilleur long-métrage, le Prix Fondation Louis Roederer de la révélation, et le Prix Découverte Leitz Cine du court-métrage.

Variée de par les pays de provenance (18 au total !), les genres et les histoires qui semblent se profiler, cette Semaine de la critique paraît tout de même placée sous le signe de l’identité. C’est en tout cas la thématique qui ressort de la présentation vidéo de tous les courts, moyens et longs-métrages cités : la réflexion sur l’appartenance à un collectif, que ce soit à un pays ou à une famille, à une genre voire à un corps charnel ; la quête d’identité et de reconnaissance vis-à-vis de l’autre. Par ailleurs, les femmes sont au cœur de cette sélection puisqu’à en croire les brèves présentations, elles tiendront pour la plupart des films le premier rôle. En effet, l’émancipation féminine de la masculinité patriarcale sera un autre thème transversal des films qui composent la sélection. Finalement, c’est Charles Tesson lui-même qui résume bien tout ceci : « C’est l’idée d’oppression, collective ou individuelle, et de ses contradictions, que l’on retrouve dans tous les films ». Une Semaine de la critique qui s’annonce donc riche en personnages forts, en contextes difficiles et sans doute en émotions d’autant plus vives.

En compétition :

Courts-métrages :

Fakh (The Trap), de Nada Riyadh (Égypte)
The Manila Lover, de Johanna Pyykkö (Norvège)
Dia de festa (Party Day), de Sofia Bost (Portugal)
Lucia en el limbo, de Valentina Maurel (Costa-Rica)
Journey through a body, de Camille Degeye (France)
Ikki Illa Meint, de Andrias Høgenni (Danemark)
She Runs, de Qiu Yang (Chine)
Mardi de 8 à 18 (Tuesday From 8 to 6), de Cécilia de Arce (France)
Ultimul Drum Spre Mare (The Last Trip To The Seaside), d’Adi Voicu (Roumanie)
Kolektyvinai Sodai (Community Garden), de Vytautas Katkus (Lituanie)

Longs-métrages :

The Unknown Saint (Le miracle du saint inconnu), d’Alaa Eddine Aljem (Maroc)
Hvityr, Hvitur Dagur (A White, White Day), de Hlynur Palmason (Islande)
J’ai perdu mon corps (I Lost My Body), de Jérémy Clapin (France)
Nuestras madres (Our Mothers), de César Diaz (Guatemala)
Vivarium, de Lorcan Finnegan (Irlande)
Abou Leila, d’Amin Sidi-Boumédiène (Algérie)
Ceniza negra (Land Of Ashes), de Sofia Quiros Ubeda (Costa-Rica)

Séances spéciales :

Courts-métrages :

Demonic, de Pia Borg (Australie)
Please Speak Continuously And Describe Your Experiences As They Come To You, de Brandon Cronenberg (Canada)
Naptha, de Moin Hussain (Angleterre)

Moyens-métrages :

Tenzo, de Katsuya Tomita (Japon)
Invisivel Heroi (Invisible Heroà, de Cristèle Alves Meira (Portugal)

Longs-métrages :

Litigante, de Franco Lolli (Colombien)
Les héros ne meurent jamais (Heroes Don’t Die), d’Aude Léa Rapin (France)
Tu mérites un amour (You Deserve A Love), de Hafsia Herzi

Film de clôture :
Chun Jiang Shui Nuan (Dwelling In The Fuchun Mountains), de Gu Xiaogang

La vidéo annonce :

Tristesse sur Pellicule : Diane, l’étoile filante de Mulholland Drive

Diane est le symbole même de la tristesse : une tristesse multiple qui est la sève narrative de Mulholland Drive. Le film de David Lynch est le récit d’une actrice fauchée qui rêvait des honneurs mais à qui on ne donnera que de vulgaires seconds rôles, qui restera dans l’ombre pendant que l’être aimé jouera des scènes sensuelles de baisers qui feront d’elle une icône. C’est l’histoire d’une femme amoureuse qui se verra rejetée sans remords ni émotions et qui tombera dans l’oubli.

Un oubli insupportable pour une femme qui se voulait être une étoile parmi les étoiles alors qu’elle ne fut qu’un simple satellite dans la galaxie qu’est le monde du cinéma. Bien évidemment, la réalité est beaucoup plus difficile à accepter, c’est une évidence propre à tous : il est bien plus confortable pour Diane de se blottir dans le monde des rêves et de se mouvoir en Betty. Le même regard, la même candeur mais un destin différent. Diane, c’est le personnage qui nous ressemble, ce personnage qui, comme beaucoup, s’est senti asphyxié par la réalité et le poids de la culpabilité. La seule issue, temporaire et éphémère, est celle de faire jouer son inconscient et de se racheter une conduite.

Refaire défiler les images et écrire un nouveau scénario à sa propre vie : recevoir des applaudissements, être l’épaule sur laquelle se reposer, ressentir de nouveau les effluves sensuelles d’une première fois avec l’être aimé, ou être « la fille » qu’un réalisateur attendait de ses souhaits les plus enfouis. Mais le rêve a beau parfois être organique, palpable, tangible, la réalité refait surface comme une épée de Damoclès qui trancherait le cou du destin. Diane représente ces actrices ou acteurs qui ont tenté leurs chances en voulant se faire une place au soleil : devenir le visage souriant et fier d’un Hollywood scintillant. Mais le monde est cruel. Diane n’est qu’un pion d’un système qui se joue dans des sphères qui la dépassent : un environnement où les producteurs choisissent au profit de l’artistique, un monde où l’humanité rime avec réussite, accessoire et réseau. Diane est ce qui fait que Mulholland Drive est l’un (voire le) des plus grands films de l’histoire. David Lynch se sert du langage cinématographique avec merveille, à la fois pour déjouer les codes narratifs habituels, mutualiser les genres pour se faire rejoindre l’horreur, le drame et le film noir à la manière de Laura d’Otto Preminger  mais aussi faire naître un imaginaire protéiforme autour de son personnage. Au-delà du rêve, de la réalité, des hallucinations de Diane, des questionnements sur la clé bleue ou le lieu qu’est le Silencio, Mulholland Drive est le miroir incendiaire d’un Hollywood qui étrangle la création. Du Boulevard du crépuscule ou Barton Fink jusqu’à Maps to the Stars, Hollywood a souvent été l’épicentre de grands films acides et vénéneux. Mais Mulholland Drive se sert d’Hollywood pour envisager l’humain par le prisme du cinéma et le mensonge rassurant qu’est le rêve. Le rêve n’est qu’image et croyance pendant que la réalité n’est que douleur et rature. Pour Lynch le rêve symbolise notre capacité à créer, à ne pas connaitre l’arbitraire. Alors que la réalité dessine les traits d’un cinéma en perdition, d’une réalité moins imaginaire et qui perd de sa lumière, de sa liberté. Le parcours de Diane ne se délimite pas qu’à elle-même mais se métamorphose en vision plus globale sur le cinéma et la manière dont le cinéma se transcende à travers la fiction, tout en esquissant notre incapacité à se redéfinir selon les obstacles et les douleurs. Diane est le reflet pessimiste d’une cité des anges qui engouffre les rêves pour en faire de la fumée de paille ; elle est la figure de proue d’une émotion qui ne sait plus raisonner et qui fait prendre les mauvais choix.

Mais Lynch, de manière simple et presque naïve, décrit l’humain comme un entité qui outrepasse sa condition pour déjouer les conséquences de la réalité : son pouvoir de pensée est aussi ce qui le définit. Le rêve est la récompense d’une rédemption qui n’arrivera jamais. Ces moments de liesse, elle les pense, elle les rêve, elle les vit. C’est un ticket en première classe pour se reconsidérer et redevenir fier de soi, pour enfin goûter au plaisir qui lui est dû. Betty est Diane ou est-ce Diane qui est Betty ? Les deux mon capitaine. Diane/Betty est le regard vibrant d’une Naomi Watts habitée et une chevelure blonde qui se dédouble au gré du malheur comme dans Persona de Bergman. Impossible d’oublier cette scène d’amour sous les violons vibrants d’Angelo Badalamenti. Comment ne pas se souvenir de ce casting où elle touche du doigt le mirage de la reconnaissance de son talent ou de la montée des marches d’une colline qui abrite une vérité difficile à entendre. Diane est le symbole même de la tristesse : culpabilité, remords, dégoût du système, être de l’ombre. Une oubliée qu’on oubliera jamais. 

Et Dieu créa la femme, oeuvre décomplexée de la Nouvelle Vague

Souvent considéré comme l’œuvre précurseuse de la Nouvelle Vague française, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim est en tout cas l’un des films les plus importants pour ce qu’il dit de la place de la figure féminine dans le cinéma français, et ce qu’il annonce d’une époque, que celle des années 60-70.

La Nouvelle Vague est un mythe dont les cinéastes actuels aiment s’inspirer et dont les cinéphiles raffolent, et pour cause, c’est une des périodes les plus riches en terme de mutation et de changement d’un art tout entier. Une ère de liberté symbolisée par une libération des représentations des corps à l’écran, et en particulier ceux des femmes, souvent tabous et mal vus auparavant. Cette période que le cinéma français chérit tant est ancrée dans la réalité, les cinéastes ne veulent plus faire semblant mais filmer la vie telle qu’elle est, que ce soit en captant une femme nue ou en montrant la jeunesse de l’époque, cette nouvelle génération pleine d’énergie et d’idées.

Avec Et Dieu créa la femme, Vadim fait de Brigitte Bardot l’icône d’un temps moderne et affranchi. Si les États-Unis avaient Marylin Monroe à ce moment là, la France a fait de Bardot son icône et le monde l’enviait. Le film fait alors éclore une actrice et une vision de la beauté des femmes que l’on ne doit plus cacher, que l’on a le droit de montrer. Dès l’ouverture du film, on aperçoit les courbes de Bardot, si bien que ce film sera très mal perçu par la société de l’époque. Le titre en dit d’ailleurs long sur l’état des positionnements des années 50 quant aux femmes, comme si avant ce film, la femme était une figure cachée, que l’on connaissait mais dont on ignorait tout, une sorte d’île mystérieuse infranchissable, un jardin secret. Et soudain, Vadim mettait la lumière sur le deuxième sexe.

Oh l’avenir, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour gâcher le présent.

Loin des mensonges hollywoodiens et du superficiel, la Nouvelle Vague, rend honneur à celles et ceux qui font son cinéma et qui jouent comme ils vivent, sincèrement, librement, sans artifice. Le cinéma de ces années-là, vit, respire. La preuve en est dans les dialogues que les acteurs portent. La répartie, le goût des mots, des jeux, tout est choisi et interprété avec un sens que l’on retrouve plus difficilement aujourd’hui. Les acteurs s’emparent de leurs répliques et livrent des prestations tout à fait entraînantes, la force de l’amour jaillit de l’écran, les regards séducteurs charment autant le public que les protagonistes. Vadim est doué pour montrer le plaisir que procure cette séduction réciproque entre une femme et des hommes, qu’elle provoque, qu’elle attire immédiatement parce qu’elle est libre.

C’est d’ailleurs en cela que repose la grande contradiction du film et de cette époque cinématographique particulière mais essentielle. Les réalisateurs, principalement masculins durant la Nouvelle Vague, participent activement à l’émancipation des femmes, à la libération de leur corps puisque c’est souvent eux qui sont aux commandes des films et qui osent les mettre à nue à l’écran. Pourtant et bien malheureusement, cet affranchissement n’est parfois qu’une excuse pour servir d’alimentation à des fantasmes érotiques ou du moins romantiques qui ne servent qu’à rabaisser la femme et à livrer des propos aussi sexistes qu’aujourd’hui. Les deux époques se ressemblent d’ailleurs sur beaucoup d’aspects : culpabiliser les femmes quand elles sont libres sexuellement alors que c’est pour cet aspect là même que l’on croit se battre. Les paradoxes artistiques de quelques cinéastes misogynes qui participent à l’émancipation féminine dans un but peut-être un peu détourné.

Le film n’échappe donc pas à la règle et s’il fait de Bardot cette jeune femme lumineuse pleine de vie, d’envie de danser et de folie qui inonde le film et ses amants d’envie de vivre et d’aimer, Vadim en fait aussi une figure de fille légère, qui ne cherche que la séduction pour provoquer les moeurs de la ville. La danse trouve d’ailleurs une bien jolie place dans le film, que ce soit pour les multiples pas que BB reprend en chantant quelques extraits ou avec cette scène finale, aussi étonnante que vibrante. Comme cette vague de films le veut également, la culture de l’époque est omniprésente dans les films de cette période. Dans Et Dieu créa la femme, c’est grâce à la musique que l’on vit les années 50. De Gilbert Bécaud à Solange Berry, la musique intradiégétique plonge le spectateur dans l’envie pressante pour Juliette de vivre sa vie à fond et au rythme endiablé de la musique aussi dansante que romantique.

Roger Vadim permet donc au cinéma de devenir décomplexé avec Et Dieu créa la femme, un classique incontournable que l’on se plaît à revoir.

Et Dieu créa la femme : Extrait

Et Dieu créa la femme : Fiche Technique

Réalisation : Roger Vadim, assisté de Paul Feyder et Pierre Boursaus
Scénario : Roger Vadim et Raoul LévyPhotographie : Armand Thirard
Casting : Brigitte Bardot, Curd Jürgens, Jean-Louis Trintignant, Christian Marquand
Son : Pierre-Louis Calvet, assisté de Maurice Dagonneau et Georges Vaglio
Musique : Paul Misraki
Montage : Victoria Mercanton
Producteurs : Raoul Lévy et Ignace Morgenstern
Sociétés de production : Cocinor – Iéna Films – Union Cinématographique Lyonnaise (UCIL)
Sociétés de distribution : Cocinor
Durée : 95 minutes
FRANCE – 1956

Bloody Sunday #5 – Society de Brian Yuzna

Pour ce 5ème épisode de Bloody Sunday, mettons à l’honneur le corps humain et la faculté qu’ont certains cinéastes à le triturer dans tous les sens. Bienvenue dans le monde si particulier du Body Horror qui sera illustré au travers de la comédie horrifique Society signé Brian Yuzna.

Parmi tous les sous-genres du cinéma d’horreur, s’il y en a bien un qui s’amuse constamment à repousser les limites du maquillage et des effets spéciaux c’est bien le Body Horror. Comme son nom l’indique, c’est un genre qui prend un malin plaisir à maltraiter les corps, notamment en leur offrant diverses modifications ou métamorphoses pas très ragoutantes. Mutation du visage, membres qui poussent, peau qui fond, font partie intégrantes de l’univers du Body Horror.  Bien que le terme ait été inventé par Phillip Brophy en 1989, le Body Horror est plus ancien et trouve des racines dans les années 50 avec des films comme Le Blob ou même chez certains auteurs comme Mary Shelley et sa figure incontournable de Frankenstein. Cela dit, ce sont les années 80 qui ont marqué l’explosion du genre Body Horror. Street Trash, dont on a parlé précédemment, peut aisément rentrer dans cette catégorie au travers de ces liquéfactions humaines. Le Body Horror a également vu naître des figures incontournables de l’horreur dont la plus connue reste David Cronenberg. Avant de plonger dans des films plus psychologiques, le canadien était considéré comme le pape du Body Horror au travers de chefs d’oeuvre comme Videodrome ou La Mouche. Dans ces films, le cinéaste malmenait constamment la chair de ses personnages leur faisant ingérer des cassettes vidéos ou les transformant en diptère. Au travers d’effets spéciaux révolutionnaires, Cronenberg a su poser une patte indélébile sur le cinéma d’horreur.

Mais Cronenberg n’est pas le seul à s’être engouffré dans ce voyage au sein de la chair. On compte également parmi les grands noms Clive Barker au travers de sa saga Hellraiser où les personnages des cénobites, à l’aide de leur design très SM, nous renvoient à des pulsions enfouies au plus profond de nous ou encore Stuart Gordon et son cultissime Re-Animator, délirante variation autour du thème de Frankenstein. C’est d’ailleurs du côté de Stuart Gordon que nous allons nous pencher car le cinéaste qui nous intéresse aujourd’hui a commencé comme producteur de plusieurs films de Gordon dont Re-Animator. C’est en 1989 (année importante pour le Body Horror visiblement, qui verra aussi la naissance du classique Tetsuo de Shinya Tsukamoto) que Brian Yuzna va passer pour la première fois derrière la caméra avec Society. Nous plongeons dans la haute société de Beverly Hills, le premier essai filmique de Yuzna suit le jeune Bill Whitney, lycéen star du basket et président du club de débat. Le film débute d’ailleurs comme un teen-movie suivant les pérégrinations de cet adolescent à son lycée ou ses déboires avec sa petite amie. Cependant au fur et à mesure que le film avance, un climat des plus paranoïaques va s’installer alors que le jeune Bill pense que ses parents et sa sœur font partie d’une espèce de secte qui regrouperait l’élite de la société de ce quartier chic de Los Angeles.

À la manière d’un Street Trash ou d’un Re-Animator, Brian Yuzna évolue dans un registre plus comique et grotesque. Avec Society, le cinéaste s’amuse à dépeindre de façon corrosive cette élite bourgeoise de Beverly Hills et de leur mépris envers les classes inférieures. Plutôt que de traiter ça à la façon d’un drame social, Yuzna nous invite dans le Body Horror. Si Society aura marqué les esprits, c’est avant tout pour sa dernière partie où  Bill se retrouve malgré lui invité d’honneur d’une de ces fameuses fêtes de la haute société. Si tout au long du film, Yuzna cultivait un certain mystère vis à vis de ce qui se passe là-bas, à l’aide d’enregistrements clandestins pas très explicites (laissant penser à des orgies) ou des soit-disantes hallucinations de la part de son personnage principal, il propose dans son dernier acte un dénouement radical, plongeant la tête la première dans un grand guignol complètement assumé. Au final, Bill n’était pas très loin de la vérité lorsqu’il pensait que ses parents s’adonnaient à des partouzes. Le jeune homme se retrouve être la cerise sur le gâteau de ces bacchanales tandis qu’il découvre que la haute société est finalement composée de mutants se nourrissant de leurs concitoyens de la caste inférieure.

L’imagerie déployée par Brian Yuzna au cours de ces beuveries charnelles imprime la rétine du spectateur et nombreux sont ceux qui auront vu des images de Society sans avoir vu le film. L’une des plus célèbres visions extravagantes est celle du visage du père de Bill ayant fusionné avec son cul pour un rendu des plus déstabilisants. S’en donnant à cœur joie, Yuzna multiplie les saillies cartoonesques à des années lumières du Body Horror cauchemardesque d’un Cronenberg. Il peut à ce niveau compter sur des effets spéciaux des plus efficaces et même si certains pêchent un peu (on pense aux prothèses permettant aux mutants la succion de leur victime), d’autres sont tout bonnement hallucinants. Il y a cette séquence absolument surréaliste (comme toute la dernière partie du film en fin de compte) où Bill enfonce son bras dans l’anus de son rival pour finalement faire ressortir ses doigts aux travers des orifices du visage de ce dernier, l’énucléant au passage. Dans cet amas de festivités, Yuzna extrait l’essence même du Body Horror, modifiant constamment les corps de ses personnages (les premières incursions se font grâce à des contorsions étonnantes) repoussant à chaque fois un peu plus les limites du genre tout en le parodiant. Même si Society traite d’un sujet sérieux, le second degré qu’emploie Yuzna pour faire passer son message est tout aussi marquant que les maquillages qu’il utilise. Le Body Horror devient alors dans Society un cabinet de curiosités des plus déviants. Au lieu de donner un aspect monstrueux et terrorisant à ces transformations, il préfère les tourner en ridicule, rendant la satire encore plus acide. On peut citer l’image du père ayant littéralement une face de cul ou cette fusion entre la mère et la fille trahissant le côté incestueux de cette volonté de garder la pureté de la haute société. Society est finalement une bonne grosse farce politiquement incorrecte.

Society – Bande-annonce

Society – Fiche Technique

Réalisation : Brian Yuzna
Scénario : Rick Fry et Woody Keith
Interprétation : Bill Warlock, Devin DeVasquez, Evan Richards, Ben Meyerson, Connie Danese, Charles Lucia
Photographie : Rick Fichter
Musique : Phil Davies et Mark Ryder
Montage : Peter Teschner
Société de production : Society Productions Inc.
Genre : Horreur
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 1989

États-Unis – 1989

 

The Omega Productions Records va sortir les BO de Martyrs & Ghostland en vinyle !

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Label indépendant dédié à l’édition de bandes originales de films de genre français, The Omega Productions Records ouvrira le 24 avril prochain une collection intitulée Nouvelle vague horrifique, centrée sur les BO du cinéma fantastique français des années 2000. Un genre forcément restreint vu la frilosité des studios dans l’Hexagone, duquel le label a tiré deux productions étonnamment signées Pascal Laugier : Martyrs (2008) et Ghostland (2008). Préparez les platines !

Pascal Laugier. Ça ne pouvait être que lui. Ardent défenseur du cinéma fantastique en France, qui a d’ailleurs réussi à s’exporter outre-Atlantique, (The Secret, 2012), Pascal Laugier jouit auprès de ses hélas rares adeptes, d’une cote de popularité inébranlable. Il faut dire que le bonhomme mène son petit bout de chemin dans le cinéma français avec seulement 4 films tournés depuis ses débuts ; et ce pour une raison simple : ses longs-métrages ont rarement eu les honneurs d’une sortie nationale. Cela ne l’a pas empêché d’accoucher de projets certes clivants mais ô combien radicaux desquels émergent à chaque fois une véritable atmosphère. Une ambiance même. Et quoi de mieux que la musique pour véhiculer des idées, des thèmes ? C’est du moins l’idée à laquelle semble croire le réalisateur, qui n’a ainsi jamais lésiné sur le soin apporté aux compositions musicales de ses œuvres. Un soin payant en l’occurrence puisque les deux films susvisés ont ainsi eu droit à une réédition qui plus est en vinyle. L’occasion pour nous de revenir sur ces travaux sonores ayant grandement contribué à nous ficher une belle peur bleue. 

https://www.youtube.com/watch?v=EJ7f7FdUEsU

Martyrs ou l’iconoclasme musicale à son apogée

Sorti en 2008, Martyrs créa la polémique à cause de son gore extrême. Il faut dire que convoquer dans une atmosphère intrigante et dépressive, écorchements, règlements de comptes et tortures n’est jamais de tout repos. Tourné au Canada (sans doute pour éviter la frilosité française, ce qu’il ne fit qu’à moitié puisque récoltant une interdiction de moins de 16 ans doublée d’un avertissement), le film suit le calvaire d’une jeune femme enlevée, séquestrée et torturée dans une France des années 1970. Mais pas question d’en dire plus car le film se vit pour sa puissance visuelle assez radicale. Une plongée en apnée dans l’horreur la plus crasse qui trouve pourtant un étonnant paradoxe avec sa musique, qu’on dirait tout droit sortie d’un thriller psychologique voire d’un drame. Un détournement du genre habile qui ne s’arrête pas qu’aux sonorités d’ailleurs puisque si l’enchaînement d’électro et de basses (Crisis) a de quoi surprendre, ça n’est rien quand on entend les touches discrètes d’un piano. Un piano oui. Soit l’un des instrument parmi les moins usités dans le genre horrifique et qui est pourtant utilisé ici avec une rare délicatesse si bien qu’on lorgne à la longue vers une descente dramatique pas loin du déchirement amoureux et pas vraiment du torture porn à la Saw

Autant dire une ambiance qui tranche (sans mauvais jeux de mots) avec le reste de ce qui nous est montré et qui incarne sans doute la volonté de Laugier : proposer un film d’horreur certes mais qui se veut l’antithèse des films horrifiques habituels. Puisque ici, au dégoût qui est monnaie courante dans les soupes horrifiques internationales, Laugier a la bonne idée d’y amener une bonne dose d’émotion. Ici, on ressent l’empathie, on la vit, et on a le chic de voir des personnages et pas d’énièmes coquilles vides bonnes pour l’abattoir. Une volonté inhabituelle dans le genre horrifique qui peut d’ailleurs être liée aux têtes pensantes de cette bande-originale puisque en lieu et place d’opter pour un compositeur solo, Pascal Laugier est allé recruter le groupe Seppuku Paradigm. Derrière ce nom qui fait référence au suicide pour déshonneur japonais (le seppuku donc), deux frères français, Alex et Willie Cortes. S’étant spécialisés dans le rock et l’électro, qu’ils utilisent pour habiller des productions majoritairement françaises, la paire Cortes a ainsi donné de son talent pour habiller une oeuvre qu’on n’hésitera pas à qualifier d’iconoclaste dans sa gestion de l’horreur. Et rien que pour ça, ça valait bien la peine de pouvoir réécouter sa bande-originale qui contribue grandement à distiller cette atmosphère à la fois malsaine et curieusement apaisante. 

Ghostland ou l’invitation du lyrisme au sein du genre horrifique

Plus récemment, Pascal Laugier a dégainé avec Ghostland, home-invasion un peu barbare sur les bords où deux jeunes femmes accompagnées de leur mère, vont tenter de résister à un tueur très porté sur les poupées. Une fois de plus, on ressent tout le radicalisme du français qui n’y va pas avec le dos de la cuillère pour effrayer. Mais a contrario d’un Martyrs qui brillait justement par l’iconoclasme de sa composition musicale (que ce soient ses thèmes tirés du thriller aux choix des instruments), Ghostland semble plus conventionnelle dans son approche. Plus conventionnelle certes mais pas forcément du genre à bêtement rentrer dans le rang. Des pistes comme « Frames of Truth » ou « Primitive Origins Suit » laissent en effet apparaître des mélodies progressives, et paradoxalement brutales qui, mêlées à plusieurs instruments, apposent sur l’ensemble un profond sentiment d’urgence. Cela se voit d’ailleurs avec la quasi totalité de la partition qui s’engouffre dans la même idée d’urgence, quitte à oser parfois le coup du lyrisme, sans doute pour appuyer l’iconoclasme latent du cinéma de Laugier.

Mais, malgré ça, on ne peut s’empêcher de reconnaître un manque d’éclat comparé à la composition de Martyrs. Un constat aisément vérifiable à la vue des têtes pensantes qui ont officié derrière la bande-originale : au frères fusionnels Cortès ayant œuvré sur Martyrs, Pascal Laugier a préféré un trio composé de Georges Boukoff, Anthony d’Amario et Ed Rig. Ou respectivement le fils musicien d’un éminent pianiste bulgare ; un pianiste touche-à-tout ayant officié sur pas mal de musiques de films et un compositeur français et polyvalent. Trois esprits ayant insufflé à l’ensemble une vision tripartite, et que Laugier a dû hybrider tant bien que mal pour accoucher de cette composition. Reste que le travail effectué sur le film ne le dessert en aucune façon et l’améliore bien au contraire : il parvient à distiller de beaux moments de tensions couplés à des plages lyriques (oui oui) plutôt étonnantes. Le tout finissant de transmettre l’idée sans doute phare du cinéma de Laugier : susciter la surprise et l’étonnement à tous les niveaux. Pari réussi en tout cas pour le trio qui signe avec Ghostland, une partition en phase avec les images éprouvantes mais léchées du cinéaste français. 

Cannes 2019 : Annonce de la sélection des courts métrages et de Cinéfondation

Le Festival de Cannes 2019 commence petit à petit à prendre forme et à dévoiler son réel visage. Après la sélection officielle des films du Festival, c’est au tour de la sélection des courts métrages en compétition et la liste de la Cinéfondation d’être annoncées. L’une des belles surprises de ce Festival, c’est notamment la présidence de Claire Denis dans ce jury des courts métrages et de la Cinéfondation. 

Entre la cinéaste française et le festival de Cannes, c’est une belle histoire d’amour.  La réalisatrice française a présenté certains de ses films au Festival, notamment son sublime Trouble Every Day ou même son premier long métrage, Chocolat. Son cinéma – sa volonté de défricher les genres, de ne se donner aucune limite, de faire parler les corps et le silence – a toujours été en phase avec l’identité même du festival de Cannes. Sa clairvoyance et son sens aiguisé du risque seront donc un grand atout pour que cette section de Cannes puisse nous faire découvrir les nouveaux grands talents de demain et rendre une Palme d’Or des courts métrages à son image : qui n’a pas froid aux yeux. 

La compétition des courts métrages comportera 11 films venant du monde entier, courts métrages qui représenteront un large panel de genre cinématographique : allant de la fiction ou du documentaire jusqu’à l’animation. Quant à la Cinéfondation, qui fête sa 22ème édition, elle sera composée de 17 films. L’une des attentes au regard de la compétition, c’est la présence de Chloë Sevigny, qui viendra également au Festival pour défendre le film de Jim Jarmusch dans lequel elle joue, The Dead don’t Die.

La sélection officielle « Cannes Court Métrage » :

– Erenik Beqiri – « The Van » – Albanie, France

– Dekel Berenson – « Anna » – Ukraine, Israël,Royaume-Uni

– Vanessa Dumont, Nicolas Davenel – « Le grand saut » (documentaire) – France

– Vasilis Kekatos – « La distance entre nous et le ciel » – Grèce, France

– Teemu Nikki – « All Inclusive » – Finlande

– Elin Övergaard – « Ingen Lyssnar » – Suède

– Agnès Patron – « L’heure de l’ours » (Film d’animation) – France

– Yona Rozenkier – « Parparim » – Israël

– Agustina San Martin – « Monstruo Dios » (« Monstre Dieu ») – Argentine

– Chloë Sevigny – « White Echo » – Etats-Unis

– Federico Luis Tachella – « La Siesta » – Argentine

La sélection officielle Cinéfondation :

– Wisam Al Jafari – « Ambience » – Dar al-Kalima University College Of Arts And Culture, Palestine

– Louise Courvoisier – « Mano A Mano » – Cinéfabrique, France

– Ondřej Erban – « Sto Dvacet Osm Tisíc » – FAMU, République Tchèque

– Kenya Gillespie – « Jeremiah » – The University Of Texas At Austin, États-Unis

– Martin Gonda – « Pura Vida » – FTF VŠMU – Film And Television Faculty, Academy Of Performing Arts, Slovaquie

– Shoki Lin – « Adam » – Nanyang Technological University (NTU), Singapour

– Yarden Lipshitz Louz – « Netek » – Sapir College, Israël

– David Mcshane – « Solar Plexus » – NFTS, Royaume-Uni

– Antonio Messana – « Rosso : La Vera Storia Falsa Del Pescatore Clemente » – La Fémis, France

– Katalin Moldovai – « Ahogy Eddig » – Budapest Metropolitan University (METU), Hongrie

– Martin Monk –  « Favoriten » – Filmakademie Wien, Autriche

– Leszek Mozga – « Roadkill » – University Of The Arts London (UAL), Royaume-Uni

– Barbara Rupik – « Duszyczka » – Pwsftvit, Pologne

– Richard Van – « Hiếu » – Calarts, États-Unis

– Flo Van Deuren – « Bamboe » – RITCS, Belgique

– Olesya Yakovleva – « Slozhnopodchinennoe »- St. Petersburg State University Of Film And Television, Russie

– Yeon Jegwang – « Reonghee » – Korea National University Of Arts, Corée Du Sud

Tristesse sur pellicule : Brandon et le mal urbain dans Shame

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New York sert de cadre à bien des films, elle se trouve parfois au coeur d’une romance ou bien devient la ville de tous les vices. Dans Shame elle est le décor froid et distant dans lequel Brandon, addict au sexe, entame son auto-destruction, conquête après conquête. Au travers de cette addiction, Steve McQueen conte l’histoire d’un homme dont les émotions se sont perdues dans les rues froides et bétonnées de New York. 

Shame dépeint la ville de New York de manière réaliste, sans l’idéaliser mais sans la dramatiser non plus à outrance. Les rues sont bétonnées et bordées de buildings, et le métro sale et quotidien mais on reste bien souvent dans les quartiers huppés de la métropole, en passant par le bureau en verre et en bois de Brandon ou bien une chambre d’hôtel luxueuse donnant sur la baie. Pourtant, malgré sa beauté, la ville reste froide et distante. La métropole aurait pu signifier la réussite de Brandon, qui a fait son chemin depuis l’Irlande, dont on imagine une enfance traumatique, jusque dans les beaux quartiers de New York. Mais l’American Dream de Brandon a capoté et malgré son boulot et son appart, dont il essaie de se convaincre qu’ils sont des signes de réussite, il ne parvient pas à se libérer de son passé et de ses blessures. Il s’enferme alors dans le sexe et devient prisonnier de son propre corps, répondant aux pulsions de ce dernier mais n’en ressentant aucune véritable satisfaction. 

La sexualité dans Shame n’est jamais romantisée, les corps nus deviennent banals et sont filmés avec autant de distance et de froideur que l’est l’architecture de New York. Les corps perdent leur sensualité et leur humanité, le sexe devient un automatisme qui ne délivre aucune jouissance, si ce n’est celle mécanique du corps. C’est d’ailleurs ce qui rend le film si pénible à regarder par moment, cette absence d’émotion. Le sexe anesthésie complètement Brandon, qui se mue dans un déni de sa tristesse ou de toute autres émotions. Ce n’est que lorsque sa sœur s’installe chez lui et l’empêche de vaquer à ses occupations habituelles, qu’il commence à perdre le contrôle et que ses émotions, qu’il arrivait jusque-là si bien à réprimer, finissent par exploser.

Pourtant la tristesse de ce personnage à vif nous est montrée dès le début du film, sans crier gare, lorsque Sissy chante « New York New York » dans un bar. Sa voix déchirante, qui peine à faire sortir les paroles, est emplie de souvenirs douloureux et de rêves de liberté avortés. Dans le public, Brandon a du mal à retenir ses larmes. Le film s’amuse à faire exploser les émotions ici et là, pour mieux les museler par la suite dans un vide anxiogène. Les dialogues sont économes, les informations sur le passé des personnages, éparses. Et quand la tristesse tente de refaire surface, elle se mue en colère, tant Brandon ne sait pas l’exprimer. Il tente de la rejeter à coups de grandes foulées, courant vers le bord opposé du cadre, qu’il ne parvient jamais à atteindre. Le film accumule les frustrations, et déçoit le spectateur qui rêvait de voir Brandon trouver une sorte de paix avec Marianne, la seule femme avec qui il semblait devenir un peu plus humain. Mais dans cette grande ville bétonnée, il semble plus facile de se fondre dans le décor et oublier de ressentir la douleur. 

Bande-annonce : Shame

Tristesse sur pellicule : Gelsomina, figure de l’Italie mélancolique dans « La Strada »

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Federico Fellini est un grand passionné de cirque, et, d’une certaine manière, tous ses films mettent en scène des ersatz de clowns, freaks et autres marginaux profondément solitaires, grimés d’un maquillage social qui leur donne l’illusion – temporaire – d’être intégrés à la communauté d’un monde toujours plus aliénant. Gelsomina, dans La Strada, est tout cela à la fois : une jeune fille abandonnée par sa famille, simple d’esprit, qui gagne sa vie en maquillant un sourire forcé sur son visage derrière lequel se cache un sentiment de déréliction absolue.

Synopsis : En Italie, Zampano, un rustre costaud, forain ambulant spécialisé dans des tours de force, « achète », à une mère misérable, la gentille Gelsomina, une fille lunaire. Voyageant sur les routes dans une pauvre carriole au gré des humeurs de Zampano, Gelsomina seconde celui-ci lors de son grand numéro de briseur de chaînes. Le reste du temps, Zampano la traite comme bonne à tout faire sans lui accorder plus d’attention.

En 1954, Fellini amorce un virage dans sa carrière de cinéaste après une première période sous le signe du néo-réalisme. La Strada est une sorte de point de jonction entre le film purement néo-réaliste et la fable mélodramatique teintée d’éléments oniriques – qui feront toute la saveur de ses œuvres futures comme La Dolce Vita, , Amarcord ou Roma. Gelsomina est peut-être le plus fellinien des personnages de Fellini, parce qu’elle cristallise toutes ses grandes thématiques : la pauvreté (matérielle comme spirituelle), l’Italie de l’après-guerre en plein doute ontologique et en quête de reconstruction (matérielle comme psychologique, là aussi), les questionnements sur la place que chacun occupe dans le monde et sur le sens à donner à sa vie, le constat d’un monde que Dieu a sensiblement quitté ; le tout sur fond de numéros de cirque, de rencontres avec des personnages hauts en couleur et de road movie poussiéreux.

La Strada est empreint de tristesse, dès la déchirante scène d’introduction qui voit Gelsomina être livrée par sa mère à l’itinérant Zampano, faute de pouvoir nourrir le reste de ses enfants. Le sacrifice d’une aînée qui accepte d’être abandonnée aux mains d’un étranger, qui plus est exécrable et tyrannique. Mais c’est en réalité un film plein d’espoir : amer, parce qu’il ne promet rien de glorieux aux personnages ; doux, parce que ces personnages entrevoient finalement une forme de Salut au sein même de leur vie misérable.
Si La Strada parvient à émouvoir autant, c’est avant tout du fait de l’interprétation inoubliable de ses acteurs, Giulietta Masina et Anthony Quinn. Sans doute l’un des plus beaux binômes du cinéma. Lui semble être un méchant sorti d’une bande-dessiné ; elle est un personnage de film muet, éminemment expressionniste dans son jeu de par ses grimaces, sa démarche chaplinienne et son mutisme. La musique de Nino Rota est idéale pour accentuer le lyrisme du film et faire porter les émotions à un niveau supra-langagier, alors même que les deux personnages n’arrivent pas à les exprimer dans des mots.

Car les deux protagonistes sont en apparence aux antipodes. Gelsomina est la jeune ingénue, naïve, silencieuse, faible et soumise, qui souffre d’avoir été abandonnée et cherche partout le reflet de quelque figure parentale de substitution. Zampano est une brute épaisse, un vieux briscard fier et sûr de lui, une « grande gueule » qui impose sa loi et répète n’avoir besoin de personne. Pourtant, leur voyage révélera progressivement de nombreux points communs : tous deux sont en manque d’amour et d’affection, sauf qu’ils expriment ce manque de façon totalement différente. Toutes leurs discussions ou presque aboutissent à des disputes, parce qu’ils ne savent pas comment se parler, et plus encore : ils ne savent pas comment se dévoiler à l’autre. Gelsomina est tétanisée par la peur que Zampano ne la rabaisse un peu plus en se confessant à lui ; quant à ce dernier, il ne veut surtout pas trahir sa virilité et son assurance. Aussi décident-ils de ne rien dire, quoiqu’ils parlent beaucoup pour compenser.
Pourtant, l’on pressent en eux une irrépressible attirance pour l’autre, dans la mesure où ils sont liés par une même marginalité, un même déracinement et sont engagés dans une errance commune le long des routes d’une Italie désenchantée. Ils ne s’avoueront jamais leur profonde amitié, si ce n’est plus ; ils se détesteront, jureront l’un sur l’autre, s’abandonneront tour à tour avant de revenir la queue entre les jambes, faute d’avoir trouvé mieux ailleurs. Ce n’est qu’à la fin du film, tragiquement, qu’ils s’élucideront enfin l’un l’autre, et en même temps eux-mêmes. Comme si la compréhension de soi passait, pour Gelsomina et Zampano, par la compréhension de l’autre – et non l’inverse.

À mesure que Zampano brisera des chaînes devant des publics toujours plus inexpressifs, il brisera symboliquement les chaînes derrière lesquelles il enferma lui-même son cœur, sa sensibilité, sa féminité. La fin du film est en ce sens d’autant plus émouvante, puisque ce n’est qu’après la fatalité d’une tragique séparation que Zampano se laissera submerger par le torrent d’émotions jusqu’ici si farouchement contenues. Trop tard. L’idylle n’aura jamais lieu – le monde est trop violent pour cela. La rédemption, néanmoins, est encore possible.
Pour Gelsomina, l’apaisement viendra d’un dialogue décisif avec le personnage du funambule, sorte d’ange gardien fantasmé qui n’est pas sans rappeler celui de Clarence dans La Vie est belle de Frank Capra. « – Personne n’a besoin de moi. Pourquoi est-ce que je vis ? Pourquoi suis-je née dans ce monde ? – C’est la vie. Mais si Zampano te retient, c’est que tu lui sers à quelque chose. Peut-être qu’il tient à toi ? – Zampano ? Moi ? – Oui, il est comme un chien : un chien qui semble essayer de parler, mais qui ne réussit qu’à aboyer. – Pauvre Zampano. – Oui, mais… si tu ne restes pas avec lui, qui le fera ? » Et le funambule de conclure : « Rien de ce qui est sur cette Terre ne l’est par hasard. Par exemple… cette pierre, là : elle n’est pas là par hasard. – Et elle est là pour quoi ? – Qu’est-ce que j’en sais ? Si je le savais, alors je serais Dieu tout-puissant. Non, je ne sais pas pourquoi cette pierre est là, mais je sais qu’elle a son utilité. Sinon, rien n’aurait de sens. Même les étoiles. Et toi, tu sers aussi à quelque chose… avec ton visage d’artichaut. » Une scène bouleversante où pour la première fois Gelsomina entrevoit la possibilité d’une raison de vivre, d’une raison à ne pas avoir quitté Zampano. Parce qu’elle sent, au fond d’elle, que toute cette tristesse qui la ronge et cette méchanceté qui habite Zampano ne sont pas gratuites, mais qu’elles sont encore des marques de leur courage d’affronter la vie.

D’apparence caricaturaux, les personnages de La Strada sont donc des pôles de complexité dissimulés derrière des masques de simplicité. Ils incarnent une humanité sentimentalement déchirée, mais qui doit paraître forte pour faire face à la violence d’un monde en ruines. Seulement, Fellini n’est ni un cynique ni un utopiste : si le voyage de Gelsomina et Zampano n’est en rien une énième eschatologie cinématographique, et permet une peinture froidement réaliste de l’Italie d’un autre temps, il prend ultimement les atours d’une ode à la beauté de l’âme humaine et au pardon.
Chez Fellini, l’humanité finit souvent son voyage au milieu d’une plage ou d’une étendue désertique : c’est le cas dans La Dolce Vita, dans , et bien sûr dans La Strada. La plage est le lieu où tout commence pour Gelsomina, et le lieu où tout se termine pour Zampano. Les personnages felliniens ne sont pas immortels, ce ne sont pas des héros, et d’ailleurs ils ne triomphent jamais de rien. Seul le bruit des vagues survit, comme un râle doux et amer du monde.