Monsieur Link : quand le studio Laïka manque d’envergure

Après avoir poussé l’animation dans ses derniers retranchements avec le très réussi Kubo et l’Armure Magique, le studio Laïka nous livre un nouveau film certes sympathique et ambitieux, mais manquant singulièrement d’envergure. Comme si les adultes, pour cette fois-ci, avaient été mis sur le banc de touche au profit d’un public plus jeune. Empêchant Monsieur Link d’être aussi mémorable que leurs précédentes réalisations…

Synopsis : Sir Lionel Frost, gentleman anglais, manque une nouvelle fois sa chance de rentrer dans le club des aventuriers et explorateurs de Londres en détruisant son appareil contenant une photo de Nessie. A son retour, il reçoit une mystérieuse lettre lui proposant de rencontrer un sasquach. Enivré par cette nouvelle il passe un pari avec Lord Piggot-Dunceb, si il ramène la preuve de l’existence du sasquach il sera admis au club. Il se rend en Alaska ou il rencontre l’auteur de la lettre, un sasquach qui souhaite se rendre en Himalaya pour retrouver les siens. de son coté lord Piggot-Dunceb s’assure de ne pas perdre son pari et engage un tueur a gage pour empêcher Frost de réussir…

Si le studio Laïka avait jusque-là livré au public des long-métrages maitrisés et forts sympathiques (Coraline, L’étrange pouvoir de Norman et Les Boxtrolls), ils avaient littéralement cassé la baraque en 2016 avec l’excellent Kubo et l’Armure Magique. Un film qui repoussait l’animation de la stop motion dans ses derniers retranchements pour livrer un spectacle comme rarement nous avons le droit de voir au cinéma. Un titre qui nous transportait dans son univers du japon médiéval, avec une ambiance aux petits oignons, des personnages travaillés et surtout un visuel tout bonnement impressionnant. Un spectacle aussi bien poétique que spectaculaire, dépassant de loin la majorité des films en animation numérique, c’est pour dire ! Et même s’il n’a pas eu la chance de trouver son public (seulement 73,6 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 60 millions), Kubo a su taper dans l’œil des spectateurs et critiques ayant eu la bonne idée de se lancer dans son visionnage. Si la critique du nouveau long-métrage du studio, Monsieur Link, commence de cette manière, c’est parce qu’il se présente comme la réponse à la question que tous se posaient : après avoir réalisé une telle réussite, que pouvait bien faire Laïka par la suite ? S’il était difficile de réitérer un tel exploit, il est quand même décevant de voir que son nouveau-né est bien inférieur en termes d’envergure.

À écouter le réalisateur et scénariste Chris Butler (L’étrange pouvoir de Norman, script de Kubo), le but avec ce Monsieur Link était d’offrir aux gens une aventure qui reprenait le style et l’ambiance d’un Jules Verne, mixé avec Indiana Jones. Autant dire que sur le papier, ce nouveau film d’animation était plutôt ambitieux. Et à voir comment commence l’ensemble (une scénette d’action rocambolesque avec le monstre du Loch Ness), autant dire que le pari était remporté d’avance. De part la qualité et la fluidité de l’animation – domaine dans lequel le studio n’a plus rien à prouver – mais surtout dans les références constantes à l’auteur de 20 000 Lieues sous les mers. Rien que le script réadapte sans se cacher la trame du Tour du monde en 80 jours, mettant en avant un éminent aventurier qui tente de prouver auprès d’un club fermé qu’il peut réussir un but jugé irréalisable (trouver le chaînon manquant plutôt que le tour de notre planète). Sans oublier l’époque à laquelle se passe l’histoire, celle même de ce cher Jules Verne. Et pour ce qui est d’Indiana Jones, il suffira d’un dénouement rappelant l’épisode du pont suspendu du Temple Maudit pour que la référence soit perceptible.

Nous parlions de l’animation en sous-entendant qu’il n’y avait rien d’autre à ajouter sur sa qualité, si ce n’est qu’elle est tout bonnement parfaite. Et agréable à regarder avec son panel de couleurs. Mais il est tout de même bon d’ajouter que depuis Kubo, les équipe du studio Laïka ont cherché d’autres méthodes, d’autres perfectionnements et utilisations de leurs marionnettes pour un rendu encore plus bluffant. Et sur Monsieur Link, via des têtes créées via une imprimante 3D et des figurines de taille réduite – par rapport à l’accoutumée – pour « agrandir » les décors, nous obtenons pour le coup un visuel toujours aussi bluffant. Bluffant car contrairement à ce que fait encore la concurrence britannique (le studio Aardman), l’animation image par image n’est quasiment plus repérable à l’œil nu, se rapprochant énormément de ce qui se fait de nos jours par ordinateur. Sans compter qu’avec les nouvelles méthodes citées plus haut, nous avons droit à des plans panoramiques (montagnes himalayennes, les forêts de l’Alaska, la traversée en mer…) qui respirent la grandeur et le spectaculaire. Et cela à partir de simples marionnettes, c’est pour dire !

Pourtant, malgré ces qualités, Monsieur Link n’impressionne guère… ou du moins pas autant que ce qu’il devrait faire. Car derrière ses ambitions scénaristiques et sa prouesse technique, le nouveau-né du studio déçoit par son manque d’envergure. Certes, le tout apporte une morale à nos chers bambins en ce qui est de fable écologique et d’acceptation de l’autre, mais se contente de bien peu pour amuser le jeune public. Comme un scénario qui préfère s’attarder sur un humour beaucoup trop enfantin et ses petites scénettes d’action plutôt qu’élaborer sa soi-disant richesse d’écriture. Ou encore un manque de maturité, qui empêche les adultes de se retrouver dans cette épopée aussi rythmée et anecdotique qu’un film d’animation de moindre renommée. Tel est donc le défaut de Monsieur Link : sa petitesse, qui le rapproche bien plus des Boxtrolls que de Coraline ou bien Kubo.

Déception donc pour le studio Laïka, ce dernier retombant dans la banalité après un Kubo des plus impressionnants et mémorables. Si l’idée, la sympathie et la technique sont là, l’envergure ne répond nullement présent. Le visionnage est divertissant, mais s’adresse avant toute chose aux plus jeunes plutôt qu’à tout le monde, réduisant ainsi l’impact de ce film d’animation. Pas sûr que l’on se souvienne de ce long-métrage par la suite… En espérant que cela ne soit qu’une mise en bouche à un projet de stature plus imposante, qui rappelle ce que de vrais artisans peuvent livrer avec la stop motion.

Monsieur Link – Bande annonce

Monsieur Link : Fiche technique

Titre original : Missing Link
Réalisation : Chris Butler
Scénario : Chris Butler
Doublage : Hugh Jackman (Sir Lionel Frost), Zack Galifianakis (M. Link/Suzanne), Zoe Saldana (Adelina Fortnight), Emma Thompson (l’Ancienne), Stephen Fry (Lord Piggot-Dunceby), David Walliams (M. Lemuel Lint), Timothy Olyphant (Willard Stenk), Matt Lucas (M. Collick)…
Animation : Alex Angelis et Brad Schiff
Montage : Stephen Perkins
Musique : Carter Burnwell
Producteurs : Travis Knight et Arianne Sutner
Productions : Laika Entertainment et Annapurna Pictures
Distribution : Metropolitan Filmexport
Durée : 94 minutes
Genre : Animation
Sortie : 17 Avril 2019

États-Unis – 2019

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3

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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