Ghostland de Pascal Laugier : le nouveau choc du cinéma de genre français

Fraîchement récompensé de trois prix majeurs au festival de Gérardmer, Ghostland est le nouveau film choc de Pascal Laugier. Véritable claque dans le cinéma de genre, le long métrage brille par son ambiance oppressante qui tétanise son spectateur, tout en lorgnant vers des thématiques très personnelles. Peut-être le meilleur film français depuis bien longtemps.

Synopsis : Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une autrice renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

Si comme beaucoup d’adeptes de salles obscures vous avez entendu parler de Ghostland et avez décidé de tenter l’aventure sans rien n’y connaître au cinéma de Pascal Laugier, vous risquez de très vite déchanter. Car loin des conventions habituelles d’un morne cinéma francophone qui s’enlise dans la comédie beauf et le drame mondain, Ghostland vient bousculer la tranquillité des spectateurs non avertis ou juste envieux de découvrir la performance étonnante de la star Mylène Farmer. Claque, choc, expérience traumatisante, autant d’expressions pour décrire un long-métrage violent, sans concession ni échappatoire. Et si les mauvaises langues s’apprêtent déjà à parler de violence gratuite ou encore de misogynie décomplexée à la simple vue de femmes torturées, Laugier réplique avec des thématiques fortes, féministes et personnelles.

Du rêve au cauchemar

Comme à son habitude, Laugier démarre son film avec une certaine grâce, usant d’une superbe lumière pour dévoiler un univers très mystérieux. Deux filles vont emménager avec leur mère dans la maison de leur tante décédée. Dès la première nuit, deux individus étranges vont entrer et les attaquer toutes les trois. Moins on en sait et mieux on sera surpris, c’est par ce mantra que raisonne Pascal Laugier dans la conception de ses films. C’est ainsi que le script nous offre twist sur twist, parfois jusqu’à l’excès mais avec une vraie intention de malmener son spectateur. Mais soyons bien clairs : Ghostland ne réinvente en rien le home-invasion, sous-genre aujourd’hui vu et revu dans le cinéma d’horreur américain. Tout se joue sur l’ambiance, la sensation d’oppression, Laugier souhaitant immerger ses spectateurs avec une expérience sensorielle et tétanisante, à défaut d’être surprenante.

Et malgré le fait que son réalisateur cède parfois à certains écueils lourdingues du cinéma d’horreur contemporain (quelques jumpscares désagréables), le travail sur l’oppression fonctionne comme rarement un film de genre n’a pu le faire depuis 10 ans. À condition d’être pleinement entré dans le long-métrage, on passe les 90 minutes accrochés à son accoudoir, tremblant frénétiquement aux nombreux passages chocs. Rares sont les films d’horreur aussi angoissants et affolants que Ghostland, puisqu’il réussit l’exploit de tenir en haleine et maintenir une ambiance claustrophobique pendant toute sa durée. À l’instar de son chef d’œuvre Martyrs, on ressort épuisé du nouveau Pascal Laugier mais aussi honoré d’avoir pu vivre une expérience devenue bien trop inhabituelle dans les salles obscures.

De l’importance des histoires

Issu de la génération Starfix et biberonné avec les films de John Carpenter ou Don Coscarelli, Pascal Laugier est incontestablement un mordu d’histoires fantastiques et horrifiques. En témoignent énormément d’hommages plus ou moins directs à H.P. Lovecraft, le célèbre auteur des Montagnes Hallucinées et créateur du monstre Cthulhu. La jeune héroïne, Beth, s’adonne d’ailleurs à écrire des histoires d’horreur, au grand désarroi de sa grande sœur qui ne saisit pas l’importance de cet imaginaire. Des histoires qui vont transcender le récit puisqu’il s’agira pour Beth de s’enfuir dans son univers littéraire afin de survivre. Un postulat thématique assez étonnant et d’autant plus appréciable que le long-métrage ne fait jamais dans la gratuité. Si bien que les quelques réticents au traumatisant Martyrs se retrouveront obligés de reconnaître les intentions de Laugier, qui se projette à travers son héroïne. Ghostland est donc un miracle avant tout, car c’est un film très personnel. Le réalisateur use de son talent pour effrayer mais aussi afin d’interpeller son spectateur sur l’importance de l’imaginaire.

Un projet parfaitement compris par son actrice star, Mylène Farmer, très impliquée dans le long-métrage et qui joue de sa prestance pour être une parfaite figure maternelle. Un film qui flirte alors avec le passage de l’enfance à l’âge adulte, puisque Ghostland est également un long-métrage sur l’émancipation. Le sentiment d’oppression est alors double, aussi bien du côté horrifique, avec le psychopathe travesti en mère de famille et son ogre de fils, que d’un point de vue symbolique, avec la mère de Beth qui isole ses filles dans un environnement qui leur déplaît. Ghostland est ainsi le film à ne pas manquer en mars et pour le moment, le meilleur film français de ce début d’année. Moins définitif que Martyrs, il reste une expérience sensorielle inouïe dans son jusqu’au-boutisme et sa volonté de malmener son spectateur. Après Revenge en février, le cinéma de genre français se voit une nouvelle fois magnifiquement représenté.

Ghostland – Bande annonce

Ghostland – Fiche Technique

Titre original : Incident in a Ghostland
Réalisateur : Pascal Laugier
Scénario : Pascal Laugier
Interprétation : Crystal Reed, Emilia Jones, Taylor Hickson, Mylène Farmer
Photographie : Danny Nowak
Montage : Dev Singh
Sociétés de production : 5656 Films, Inferno Pictures Inc., Logical Pictures et Mars Films
Distribution (France) : Mars Distribution
Durée : 89 min
Genre : Horreur, Drame
Date de sortie (France) : 14 mars 2018

Interdit aux moins de 16 ans

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.