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Les plus belles Palmes d’Or : Sexe, Mensonges et Vidéo de Steven Soderbergh

Malgré ses airs mineurs, sa candeur limpide et la simplicité de ses effets, le film de Steven Soderbergh reste pourtant une grande Palme d’Or. Grande parce que Sexe, Mensonges et Vidéo détient les caractéristiques d’œuvres qui hypnotisent et emmènent le spectateur vers des contrées insoupçonnées à la manière d’un David Lynch ou d’un Jim Jarmusch. 

Le postulat de départ est, cependant, assez simple : un couple, John et Ann, ne couche plus ensemble. Le mari, avocat prometteur, mène une double vie et entretient une relation avec la sœur d’Ann, Cynthia. Un jour, Graham, un ancien ami de John, fait son apparition et va, de part l’une de ses activités personnelles, créer le malaise et détruire le schéma de vie nébuleux que se construit petit à petit ce trio adultérin. La première scène, qui voit Ann parler à son psychologue, décèle tout de suite les ingrédients de Sexe, Mensonges et Vidéo : une mise en scène souple et pudique, des acteurs dont le naturel éblouit l’écran (magnétique Andie McDowell) et surtout une aisance à parler des sujets qui fâchent, à vouloir enlacer les secrets enfouis en chacun comme le sexe ou la masturbation. 

C’est le thème central du film : la parole et la communication. Une parole qui est à l’écoute de l’autre, qui essaye tant bien que mal de se sortir du guêpier qu’est le mensonge. Une parole qui occasionne de sortir de la fictionnalité de sa vie et de ses apparences pour avancer vers une véritable réalité, c’est-à-dire la sienne. Derrière cette énième figure du trio amoureux qui vit sous le mensonge, Steven Soderbergh aurait pu nous resservir le plat habituel de la comédie romantique ou du vaudeville bourgeois qui ne s’assume pas. L’homme avide de sexualité, la femme qui reste à la maison et qui n’ose pas penser à ses propres désirs, puis la sœur, aux accoutumances artistiques qui appréhende son corps de manière plus libérée : le schéma est couru d’avance. Sauf que le jeune cinéaste, qui en est à son premier film, va au-delà de cette proposition originelle et va épuiser les ressorts du drame domestique pour en faire un portrait de femmes prodigieux, trouble et surtout une introspection fine des mœurs et de la morale du couple comme avait pu le faire, à sa sauce, Stanley Kubrick avec Eyes Wide Shut. Ce personnage de Graham qui pourrait presque s’apparenter à celui de Steven Soderbergh s’accroche à ses obsessions et est le principal déclencheur de ce marasme : il mène une expérience,  celle de filmer des femmes avec leur consentement qui parlent librement de sexe, tout en essayant après coup de prendre du plaisir lui-même en regardant les enregistrements sur sa télévision. Ce n’est pas anodin : la vérité émane d’un écran secondaire. Steven Soderbergh nous questionne sur la place de la caméra, sur notre regard de spectateur, sur l’étroite frontière entre le voyeurisme et l’empathie, et la capacité qu’a l’art à entrevoir le vrai, la salissure et non le faux, le maquillage. 

Face à la caméra, ces femmes laissent de côté toute l’artificialité de leur quotidien pour se livrer et se mettre à nu au sens métaphorique du terme, quitte à reprendre les rennes de l’interview et dévisager celui qui questionne pour qu’il réponde lui aussi à ses problèmes. C’est un jeu du chat et de la souris auquel s’adonnent Ann et Graham dans une longue séquence finale impressionnante de part sa justesse et son retournement de force. La notion de justesse est celui qui sied le mieux à Sexe, Mensonges et Vidéo : le film est d’un naturalisme assez âpre, avec ses cadrages et sa lumière minimaliste qui orchestrent au mieux le charisme ensorcelant de James Spader et Andie McDowell servis par des dialogues qui entremêlent idéalement notre rapport au sexe et la difficulté d’en assumer l’expression dans la société. La présence de l’énigmatique James Spader fait irrémédiablement penser à Crash de David Cronenberg tourné quelques années après le film de Steven Soderbergh, avec ce James Spader : deux films qui interrogent sur le couple, son rapport à la jouissance mais l’expriment de manière diamétralement opposée : l’un est doux et réflexif, l’autre sera abrasif et érotique. Pourtant, le résultat sera le même : du grand cinéma. 

Bande Annonce – Sexe, Mensonges et Vidéo

Fiche Technique – Sexe, Mensonges et Vidéo

Réalisateur : Steven Soderbergh
Avec Andie McDowell, James Spader, Peter Gallagher, Laura San Giacomo
Genre : Drame
Durée : 1h36
Date de sortie : 4 octobre 1989

 

Joie sur pellicule : la folle insolence de Ferris Bueller, ou la jeunesse insouciante

Connu pour ses teen-movies aussi cultes que réussis, John Hughes signe avec La Folle journée de Ferris Bueller un hymne à la joie et à la liberté à travers les pérégrinations aussi réjouissantes que saugrenues d’un adolescent et de ses deux amis, un jour d’école buissonnière. Grâce à cette recette simple, le cinéaste parvient à nous livrer un récit d’apprentissage intelligent et entraînant, au ton feel-good rarement égalé. Résultat : une œuvre réjouissante et vintage qui fleure bon les années 80, pour un message fort, aussi universel qu’intemporel.

La Folle Journée de Ferris Bueller fait partie de ces films cultes et indémodables qui traversent les générations, grâce à un message intemporel et universel : la quête de liberté d’une jeunesse éprise d’indépendance, qui profite de l’instant présent et qui croque la vie à pleines dents sans se soucier du lendemain. Entre optimisme débordant et nostalgie tendre, La Folle Journée de Ferris Bueller entraîne son spectateur dans une épopée adolescente hors du temps, qui donne tout simplement envie de danser et de profiter du moment une dernière fois, avant que la vie ne devienne trop sérieuse. Carpe Diem !

Une révolte intelligente

Dès la scène d’introduction, on comprend que Ferris Bueller est un jeune homme inventif et légèrement insolent sur les bords, qui n’hésite pas à abuser de la crédulité de ses parents pour parvenir à ses fins, en feignant une étrange maladie et en minaudant d’un air faussement innocent, pour gagner sa journée et sécher les cours. Mais, s’il se moque gentiment de ses parents et de leur gentillesse, Ferris n’est pas méchant : il se révolte doucement et gaiement contre l’autorité et l’ordre établi sans pour autant se montrer défiant ou méprisant. Légèrement tête à claque, il a l’air d’un sale gosse qui aurait grandi trop vite, malicieux et vivant, roublard mais sympathique.

Le même phénomène se reproduit quand il s’amuse à mentir à son proviseur, qu’il fait tourner en bourrique : si les trois héros, Ferris en tête, se plaisent à mener les adultes en bateau, ce n’est pas pour créer un conflit ni pour les ridiculiser, mais pour mieux tirer avantage de leur propre jeunesse en jouissant d’une liberté un peu folle, que leurs aînés n’ont plus. Pour autant, le film, dont le but n’est jamais de diviser, réussit l’exploit d’être fédérateur et de célébrer l’individualité de chacun dans une ambiance vivante et colorée qui donne le sentiment au spectateur d’assister à un spectacle auquel tout le monde est convié.

En ce sens, La Folle Journée de Ferris Bueller fait sourire et donne envie de prendre le parti de son héros, animé par une spontanéité et une bonne humeur nonchalantes qui frôlent l’insolence, mais qui rappellent à chacun la joie d’une insouciance désormais perdue. En utilisant l’art, la musique, les couleurs et l’humour pour donner corps à un récit d’apprentissage aussi jouissif qu’original, John Hughes parvient finalement à nous embarquer dans les aventures improbables de ces héros attachants.

I feel good

A l’image de sa fameuse scène de parade à Chicago, La Folle Journée de Ferris Bueller est un film imprévisible et surprenant, dont le scénario, parfois improbable, fait l’éloge de la joie et du bonheur. Ferris sème un petit air de fête partout où il passe : il chante, il danse, il court,  il se cache, il joue, s’amuse et se dispute, il rit et réfléchit : en somme, il est vivant et sans peur. Cette intrépidité, mêlée à son insolence et à son dynamisme, font de ce héros l’image d’Epinal de l’adolescent cool qu’on aurait tous voulu être  : populaire, meneur sans être « bully », ouvert d’esprit, naturel, tolérant et libéré, sans aucun complexe, il n’est ni immature ni puéril, mais simplement débordant d’enthousiasme, sûr de lui, astucieux, malin et confiant dans l’avenir, quoiqu’un peu perdu, comme tous les jeunes. C’est justement cet optimisme malicieux, jamais niais ni béat, qui donne au spectateur le sourire et l’envie irrépressible de célébrer la vie, tout simplement. La recette du feel-good n’a jamais été aussi simple !

Nostalgie, quand tu nous tiens

Malgré sa bonne humeur débordante et sa spontanéité à toute épreuve, La Folle Journée de Ferris Bueller s’impose finalement comme une œuvre majeure dans l’univers du teen-movie, et comme un film plus intelligent qu’il n’y paraît. Car si les personnages semblent insouciants et futiles, ils sont en réalité en proie à un conflit identitaire important, tiraillés entre le désir de grandir et le souhait de rester encore un peu en enfance. A eux trois, ils sont le symbole d’une période charnière, de ce passage de l’enfance vers l’âge adulte, ce moment fugace où tout semble encore possible, et où l’on commence à découvrir le monde d’un regard neuf, avec la fougue de la jeunesse encore intacte. En ce sens, le film n’est bientôt plus qu’un souvenir : cette journée, hors du temps et hors du commun, sera, on peut facilement se l’imaginer, un souvenir fort que les protagonistes auront plaisir à évoquer avec une nostalgie amusée, quand ils seront eux-mêmes adultes. Ferris, c’est cette époque simple et débordante de simplicité, cet instant où la naïveté se dissipe peu à peu, et où l’on se fait des souvenirs pour plus tard, pour se rappeler qu’on a été vivant.

En ce sens, Ferris n’est pas si différent d’un autre personnage emblématique du cinéma contemporain, Lester Burhnam, ce père de famille désabusé d’American Beauty, en pleine crise de la quarantaine. Car si ces deux personnages n’appartiennent certes pas au même univers, ils n’en sont pas moins similaires en bien des points, et partagent tous deux cette envie un peu folle de tout envoyer valser, pour profiter d’une liberté bientôt perdue ou pas encore retrouvée, et enfin donner ou redonner un sens à leur vie. Car qu’est-ce que La Folle Journée de Ferris Bueller sinon une invitation à casser sa petite routine et faire péter les carcans une dernière fois, une dernière fois avant d’être rattrapé par la vie normale ? Et ça fait du bien !

Bande annonce : La Folle journée de Ferris Bueller (VO)

Que cache le triomphe des Mexicains à Hollywood ?

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Ils sont couverts de prix. Les spectateurs se ruent en masse dans les salles pour découvrir leurs films. Même la critique, parfois à rebrousse-poil, salue leurs œuvres, dont le formalisme paraît ringardiser un circuit hollywoodien abasourdi. Tellement d’ailleurs que James Cameron lui-même déclara en 2013, à propos de Gravity, qu’il s’agit du meilleur film sur l’espace jamais tourné – quid alors du 2001 de Stanley Kubrick ? Il y a pourtant un revers à toute médaille.

Alfonso Cuarón, Alejandro González Iñárritu, Guillermo del Toro : à quatre reprises en cinq années, l’Oscar du meilleur réalisateur revint à un Mexicain. Les médias, spécialisés comme généralistes, n’ont eu de cesse de clamer la conquête hollywoodienne de ces metteurs en scène latinos. Les Fils de l’homme avait la particularité de se gaver de plans-séquences étourdissants, renforçant l’immersion du spectateur dans un futur dystopique apocalyptique. Gravity se servait d’une « Light Box » à la technologie avancée et du coaching de mouvements pour inscrire le public au cœur de l’espace, pendant qu’un syndrome de Kessler donnait au spectacle une grandeur inentamable. Birdman lorgnait du côté de La Corde dans un exercice de style reposant sur un (faux) plan-séquence unique, tout en détricotant Hollywood avec la verve – mais peut-être pas le talent – d’un Billy Wilder. The Revenant mettait en scène un Leonardo DiCaprio oscarisable dans de longs plans-séquences furieux et hivernaux. Les trois cinéastes ont fait l’objet d’un effeuillage minutieux, depuis Le Labyrinthe de Pan, Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban ou Babel jusqu’aux récents La Forme de l’eau ou Roma.

C’est – un peu – par la voie de l’imaginaire et – beaucoup – par celle du formalisme esthétique que ces metteurs en scène mexicains ont su s’imposer en plein centre névralgique du cinéma américain. Beaucoup se sont réjouis de l’enrichissement culturel dû à ces nouveaux maîtres. Courrier international a ainsi pu titrer en 2018 « Les réalisateurs mexicains ont conquis Hollywood ». Ce qui n’est qu’à moitié vrai. Car si Alfonso Cuarón, Alejandro González Iñárritu ou Guillermo del Toro tiennent désormais le haut du pavé, il en va autrement des Gael García Bernal, Diego Luna, Carlos Reygadas, Amat Escalante ou Guillermo Arriaga. Pis, selon une étude de l’Université de Californie du Sud, en 2016 seulement 3% des rôles parlants dans les cent principaux films américains étaient tenus par des Latinos, alors même que ces derniers représentaient dans le même temps 18% de la population des États-Unis ! Une cruelle sous-représentation qui en dit long sur le chemin restant à parcourir pour une égalité de traitement sur grand écran. Mais cette « Mexican Touch » (selon l’expression consacrée) ne masque-t-elle pas autre chose ?

On peut par exemple interroger l’identité mexicaine des films oscarisés. Gravity s’intéresse au destin de deux spationautes américains et comporte, en sous-texte, la domination technologique de la première puissance mondiale. Birdman s’empare de Broadway et des super-héros, par extension d’Hollywood, soit autant de symboles typiquement états-uniens. Quant à The Revenant, il se réapproprie, certes dans une veine amère, l’Histoire américaine et ses conquêtes. La Forme de l’eau pourrait être l’exception qui confirme la règle, mais il s’agit toutefois d’une singularité fragile : on peut y déceler une critique à la politique anti-migratoire de Donald Trump, à ses billevesées ethnocentristes, mais à aucun moment le film ne semble appuyer une quelconque vision mexicaine dont Guillermo del Toro serait le dépositaire. Si certains techniciens se distinguent eux aussi – Rodrigo Prieto, Gabriel Figueroa, Guillermo Navarro, Alexis Zabe… –, l’absence de discours explicite contrecarre d’emblée toute notion d’identité (sinon visuelle, ce qui demeure discutable).

Dans un article récent publié sur Slate, Jean-Michel Frodon va même plus loin : il évoque un « formatage esthétique » et « un processus d’intégration sans remise en question ». Selon lui, les réalisateurs mexicains couronnés à Hollywood « n’incarnent aucun métissage latino de l’industrie du cinéma ». Revenant sur les profils similaires d’Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu, l’auteur retrace des parcours mimétiques : consécration locale par la voie d’un film d’auteur, fresque globalisée hantée par la violence contemporaine (Babel, Les Fils de l’homme), avant une appropriation hollywoodienne où s’exacerbent formalisme et partis pris d’auteur – plans-séquences, noir et blanc, 3D… Le terme employé par Jean-Michel Frodon ne souffre aucune ambiguïté : hollywoodwashing. Soit « la mise en conformité des histoires et des mises en scène aux canons de l’industrie dominante, auxquels se soumettent de bon cœur les cinéastes, et les acteurs « issus d’une diversité » ethnique, genrée, sexuelle ou autre ». Voilà peut-être ce qui explique l’invisibilité de l’identité mexicaine, tant dans les représentations figuratives (les acteurs) que narratives (les enjeux). Hollywood adore les réalisateurs latinos, mais seulement sous certaines conditions. C’est un peu comme si Salma Hayek devait se grimer en Julia Roberts. Roma, qui valut un nouvel Oscar à Alfonso Cuarón, démontre bien les limites de ce système : tourné en espagnol sans stars ni couleurs, le film n’a pu trouver grâce aux yeux des studios hollywoodiens, malgré un caractère subversif très circonscrit et la réputation plus que flatteuse de son chef d’orchestre…

Bande-annonce : Roma

« Gravité » : Billy Wilder en plan d’ensemble

Le critique de cinéma Emmanuel Burdeau a étudié l’œuvre de Billy Wilder, en a exhumé des constantes, un certain usage de la langue, la musique, l’Histoire ou la profanation, puis a organisé cette matière foisonnante en plusieurs chapitres édifiants. Gravité est une somme de détails, d’analyses et d’anecdotes qui éclaire d’un jour nouveau l’un des géants du septième art.

D’abord, quelques rappels. Billy Wilder a été l’un des premiers réalisateurs-scénaristes. Il a longtemps travaillé avec Charles Brackett, avant de s’acoquiner avec I.A.L. Diamond, deux binômes depuis devenus fameux. Il fut influencé par Ernst Lubitsch, avec qui il collabora : à la légèreté du maître répondirent en différé le cynisme et la lourdeur de l’élève. Emmanuel Burdeau évoque ces différents aspects du cinéma wilderien, mais décide d’ouvrir son bouquin par deux séquences a priori antinomiques : le corps flottant de Joe Gillis dans la piscine de Boulevard du crépuscule et la jupe soulevée de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion. Voilà la gravité (au sens physique) chère à l’auteur déjà mise en exergue. On comprendra bientôt que ce travail d’exégèse contribue en sus à réhabiliter des films considérés comme mineurs. La Vie privée de Sherlock Holmes ou Un, deux, trois sont réexaminés avec la même assiduité que Boulevard du crépuscule ou Assurance sur la mort.

Très vite, Gravité révèle ses premières vérités : Billy Wilder a des obsessions, recourt à des résonances autobiographiques, possède une manière toute personnelle de raconter l’Histoire. Combien de plans de jambes, de chevilles, de béquilles, de fauteuils roulants ? Pourquoi cet attrait pour le poids d’une mouche dans L’Odyssée de Charles Lindbergh ou d’une femme dans Avanti ! ? Quid de l’invalidité perçue dans Assurance sur la mort ou Irma la Douce ? Et de cette circulation plurielle ? Les véhicules, les trains, l’argent, le « circulation builder » du Gouffre aux chimères, les identités de Certains l’aiment chaud ou Irma la Douce… Les questions de la mort et de la profanation guident également la réflexion d’Emmanuel Burdeau : tombes, cercueils (y compris de singe), corbillards, assassinats, manoir confondu avec un mausolée alimentent plus que de raison la filmographie wilderienne. À tel point d’ailleurs que Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, dans 50 ans de cinéma américain, noteront une prolifération de scènes macabres dans les derniers films de Billy Wilder.

Peut-être parce qu’il fut danseur mondain et épousa la chanteuse Audrey Young, Wilder plaça la musique au centre de ses films. On ne cesse d’y fredonner, siffloter, chantonner… Dans Stalag 17, la résolution du drame a lieu sur fond de chants de Noël. Dans Certains l’aiment chaud, on assiste aux pérégrinations d’un saxophoniste, d’un contrebassiste et d’une joueuse de ukulélé. Lorsque Sherlock Holmes siffle Le lac des cygnes, c’est qu’il a résolu une énigme. De la même manière, parce que le cinéaste d’origine polonaise apprit de manière résolue la langue anglaise – notamment via les pages sportives des journaux –, il aurait une appétence avérée pour l’intraduisible, les jeux de mots, les expressions, les subtilités idiomatiques…

La politique chez Billy Wilder est une autre aspérité : La Grande Combine supporte des allusions à la négrophobie et à la bataille pour les droits civiques ; Le Gouffre aux chimères raconte les abjections du journalisme tout en évoquant les autochtones amérindiens ; Uniformes et jupons courts parle de l’armée et de la dualité soldats/enfants ; Un, deux, trois renvoie dans les cordes communisme, capitalisme et nazisme à la faveur d’un même mouvement. Sont aussi évoqués à travers les pages de Gravité l’engagement de Billy Wilder dans l’OWI, son montage du documentaire Death Mills, son traitement humoristique de l’Histoire et sa position en faveur d’une rééducation des Allemands par la fiction, quitte à y glisser ce qu’il faut de propagande, comme dans La Scandaleuse de Berlin. « Être absolument historien et absolument auteur comique est l’exigence du Wilder allemand. Sa morale – car il en a une – est indissociable de cette prétention démesurée. »

Emmanuel Burdeau identifie la sève du cinéma wilderien : « Deux caractères dominent, l’ingénu et l’arriviste. Jack Lemmon d’un côté, Walter Matthau ou William Holden de l’autre. Trois professions l’emportent également : le journalisme, les assurances et le barreau. La psychanalyse, dont on a moins parlé ici, pourrait être la quatrième. » Il se prend à comparer le Nina de Vincente Minnelli et le Fedora de Billy Wilder, pointant « deux cinéastes hollywoodiens en bout de course, deux appropriations, deux femmes et un passage de témoin ». Il questionne aussi un certain rapport au cinéma, alimentant le système interne des films étudiés : « Du visuel, il est (…) question directement dans The Fortune Cookie*, mais aussi dans The Seven Year Itch**. Les deux films partagent la même référence ironique, entre guillemets. Dans le second, le détective évoque le Technicolor parmi les prestations offertes par son dispositif de surveillance. Les autres sont un micro dans chaque pièce, une caméra 16 millimètres et une lentille télescopique. Dans le premier, Helen Sherman remarquait que l’imagination de son mari est assez débridée pour donner lieu à de véritables films tournés en « Technicolor avec son stéréophonique ». Helen avait raison : c’est bien sous la forme de films que se matérialisaient certains délires de son mari. »

Bien que le lecteur puisse parfois ployer sous les détails, Gravité lui permettra d’envisager d’une manière nouvelle, plutôt originale, la filmographie de Billy Wilder. Emmanuel Burdeau en livre une exégèse passionnante, riche en parallélismes et en motifs, de laquelle émergent certaines des obsessions les plus tenaces du cinéaste. En filigrane point une évidence, si déterminante pour la cinéphilie : les plus grands réalisateurs demeurent aujourd’hui encore inépuisables.

*La Grande Combine / **Sept ans de réflexion

 

Fiche technique

Auteur Emmanuel Burdeau
Editeur Lux Quebec
Date de parution 02-05-2019
Format 12cm x 21cm
Poids 0,2620kg
EAN 978-2895962885
ISBN 289596288X
Illustration Photos couleur
Nombre de pages 280

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3.5

Joie sur pellicule : le bonheur triste des Ogres de Léa Fehner

Dans son deuxième film, Léa Fehner filme un collectif. A la « qu’un seul tienne les autres suivront »*, elle permet à ses personnages de construire une utopie où le bonheur semble toujours teinté de tristesse. Pourtant, c’est la rage de vivre de ces acteurs ambulants que l’on retient, grâce à une très belle scène finale. Petite analyse de la joie « triste » au cinéma.

Ils sont comme le nectar des Dieux, ils profitent d’une vie saltimbanque, libre, délivrée des contraintes d’un monde sédentarisé, normé. Ce sont des utopistes, des artistes qui vont de ville en ville. Quand Léa Fehner les regarde avec sa caméra, elle montre avant tout un immense amour pour eux, car elle filme notamment ses parents. Mais elle sait aussi avoir de la retenue pour les ogres qu’ils sont, ceux qui font le titre. Car en mordant la vie à pleines dents, ils acceptent aussi de se la prendre en pleine figure et donc de tomber de haut. Ainsi, quand ils s’expriment, c’est en gueulant, en buvant un peu trop, en mangeant avec un appétit et une gourmandise jamais égalés (référence faite à Astérix par la réalisatrice). On les voit venir de loin, quand ils présentent dans les villes leur spectacle itinérant. Un spectacle qui ferait rêver n’importe quel acteur puisque c’est à l’un des plus grands écrivains de théâtre qu’ils s’attaquent : Tchekhov. Ils le font avec fureur, avec de la gouaille. Et quand l’une d’entre eux attend un heureux événement, c’est comme si c’était toute la troupe qui accouchait avec elle de la vie.

Vice-versa 

Pourtant, il y a aussi des moments de pur drame dans ce film, des disputes monumentales, des tristesses impossibles à calmer, des manques que rien ne peut combler. Or, ils s’en sortent quasiment toujours grâce à la force de leur collectif et à un amour du théâtre qui sonne comme une thérapie de groupe. On se souviendra ainsi longtemps de la scène où Loyal, le personnage le plus engagé et le plus détruit de tous, prêt à se suicider, résiste grâce à l’appel du jeu. Il se met debout et prouve dans une seule scène que la joie au cinéma ce n’est pas seulement l’euphorie, l’éclat de rire, mais la capacité de se lever et de continuer à vivre, de décider que c’est encore possible grâce à une utopie de la création permanente. Ainsi, on sort des Ogres lessivés mais heureux, grâce à une scène de démontage de la structure itinérante par ses comédiens, structure toute aussi gargantuesque qu’eux, qui prouve que joie et tristesse font souvent bon ménage. Vice-versa, le film de Disney, n’avait que cela en tête, nous demander : que serait la joie pour celui qui n’a pas connu une tristesse profonde, mais aussi que serait la tristesse sans la connaissance d’un éden perdu ?

Pour filmer cette étrange joie collective, Léa Fehner a misé sur l’énergie. Cette énergie est aussi la matrice du film et de la caméra qui entre véritablement dans l’arène. Résultat, ce n’est pas la caméra qui entoure les personnages, les encercle, mais ce sont les comédiens qui font exister l’image physiquement, par un mouvement permanent. Le décor a ainsi été pensé comme tel, pour que la caméra aille partout, sans limite. Filmer la joie, c’est donc aussi aller frontalement au cœur des choses, pour capter un sourire, un vacillement, un silence, tout ce qui fait la vie en résumé.

* Qu’un seul tienne et les autres suivront est le titre du premier long métrage de Léa Fehner, avec Reda Kateb.

Bande annonce : Les Ogres

Tristesse sur pellicule : Alex, le tueur à gages dépressif

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Alex arrive dans une salle d’attente, où il discute avec une jolie jeune femme aussi directe que pétillante. Elle vient aussi consulter son psy. On l’appelle, il la salue et commence une psychothérapie dans une grande salle sans fenêtre ceinturée de livres sur tous ses murs. Il s’assied, porte sa tristesse comme son costard mal taillé et tente d’échapper à l’inéluctable en coupant court à l’entretien. Trop tard, le charme opère déjà : le film d’Henry Bromell est un chef-d’œuvre de mélancolie. 

Alex, est joué par William H Macy. Un charisme fou de Droopy, qui fascine d’autant plus qu’il est le genre d’acteur dont on se souvient, tout en cherchant à se rappeler de son nom en se maudissant de ne pas le retenir. Enfin, ça, c’est souvent au début. De seconds rôles en apparitions en guest star dans Urgences, d’une présence remarquée dans Fargo (J et E Coen, 1996),on a envie de retenir par la manche ce clown triste. Un visage marqué, cerné et ridé, un regard perçant, ce visage est devenu iconique d’une belle mélancolie. Celui de la tristesse qui ne perd ni ne gagne jamais totalement. Dans Fargo, on le prend en pitié pour vouloir organiser l’enlèvement de sa femme. Panic en est le parfait reflet : un brocanteur, tueur à gages à mi-temps sous l’emprise de son père pervers narcissique, n’en peut littéralement plus. Il veut raccrocher.

Cette incapacité à trancher, qui est le propre des anxieux, Alex en est une incarnation. Dans la salle d’attente, il est déjà vaincu. Il n’est déjà plus celui qui vissera le silencieux sur son flingue avec ses gants noirs, comme dans les mauvais clichés des films de gangsters. Il est déjà celui qui file en marchant, saluant sa victime qu’il vient de tuer devant de grandes façades nues, dans un costume trop grand pour lui. Alex, face à Sarah Cassidy (Neve Campbell) c’est aussi celui qui regrette les flirts passés avec sa femme qu’il adore tout comme son fils de 6 ans. Il se rappelle avoir été audacieux mais aimerait bien retomber amoureux, presque malgré lui. Il est un père aimant, qui parle tous les soirs avec son fils, dans des scènes époustouflantes de tendresse. Un père qui est encore un fils qui aime malgré lui celui qui l’a façonné tueur, alors qu’il a toujours souhaité n’en être rien. Ses combats sont légion, et il n’est même pas soldat.

La tristesse est l’enveloppe de ce personnage calqué trait pour trait sur l’allure, la posture, la voix et le regard de son acteur. Un acteur qui aurait mérité tellement plus de premiers rôles et laisse savourer les personnages qu’il a portés dans un grand vent de spleen. Alex/William H Macy, c’est aussi la figure du cinéma indépendant arty, grandiose looser désabusé, qui dialogue avec le charme sans limites de la jeunette portant sur ses épaules alors la franchise de Scream, (Wes Craven) achevée une première fois sur un cycle de trois films en 2000. De cette rencontre improbable dans un film qui l’est tout autant devenu, naît une lancinante énergie, fascinante, magnétique. Alex est un simple héros qui irradie l’écran de tout ce qui n’y était jamais entré. Un grand petit rôle, si indispensable, si manquant. On y revient souvent, comme on pense à un être cher dont on aime bien revoir les photos cornées.

Le film, par extension est devenu un grand lac des cygnes. Henry Bromell réalise ici son seul long-métrage, Neve Campbell ne sera jamais plus aussi touchante, sur un score lançant de grandes nappes de synthé désabusées. Il est beau comme une douce agonie, le sourire aux lèvres, au bord d’une piscine. Alex a de William H Macy et de ce film, perdu dans les rayons de dvds et les références de l’imdb, cette infime trace qu’il laisse, même pour tous ceux qui passeront à côté sans le savoir d’un chef-d’œuvre ignoré et mourant lentement dans l’ombre, beau et crépusculaire.

Cannes 2019 : Annonce de la sélection de la Quinzaine et de l’ACID

Après la sélection officielle, la sélection des courts métrages et de la Cinéfondation, puis hier suite à l’annonce de la sélection de la semaine de la critique, c’est finalement la Quinzaine des réalisateurs et l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID) qui nous présentent leurs listes officielles du Festival de Cannes 2019. Et une nouvelle fois, le Festival de Cannes nous réserve de magnifiques surprises.

La sélection de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2018 a été incroyable et nous a fait vivre de nombreuses émotions. Une section qui met autant en valeur le cinéma d’auteur et le cinéma de genre : une section plurielle qui fait souvent le bonheur de nombreux aficionados. Climax de Gaspar Noé, Le monde est à toi de Romain Gavras ou même Mandy de Panos Cosmatos, nous avions été gâtés en 2018. En cette année 2019, cette célèbre section du festival de Cannes a de nouveau mis les petits plats dans les grands et laisse inaugurer une sélection iconoclaste et palpitante avec le retour notamment de mastodontes tels que Bertrand Bonello avec Zombi Child, le funambule Quentin Dupieux avec Le Daim (avec Jean Dujardin et Adèle Haenel) ou même l’arrivée du futur prodige Robert Eggers avec The LightHouse avec Willem Dafoe et Robert Pattinson notamment.

La Quinzaine des réalisateurs aura au programme 24 longs métrages et 10 courts métrages. Quant à l’ACID, section parallèle du Festival qui met à l’honneur un cinéma indépendant tout en faisant confiance à de jeunes visages, elle présentera 9 longs métrages.

La sélection de la Quinzaine des réalisateurs :

Longs Métrages

Le Daim de Quentin Dupieux – Film D’ouverture (France)
Zombi Child de Bertrand Bonello (France)
Wounds de Babak Anvari (États-unis)
Une fille facile de Rebecca Zlotowski (France)
Huo Zhe Chang Zhe de Johnny Ma (Chine, France)
Tlamess de Ala Eddine Slim (Tunisie, France)
Sem Seu Sangue de Alice Furtado (Brésil, Pays-bas, France)
Por El Dinero de Alejo Moguillansky (Argentine)
Perdrix de Erwan Le Duc (France)
Les Particules de Blaise Harrison (Suisse, France)
The Orphanage de Shahrbanoo Sadat (Danemark, Afghanistan, France)
On va tout péter de Lech Kowalski (France)
Oleg de Juris Kursietis (Lettonie, Lituanie, France)
Lillian de Andreas Horwath (Autriche)
The Lighthouse de Robert Eggers (Canada, États-unis)
Hatsukoi de Takashi Miike (Japon, Royaume-uni)
Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky (États-unis)
Ghost Tropic de Bas Devos (Belgique)
Canción Sin Nombre de Melina León (Pérou, Suisse)
Koirat Eivät Käytä Housuja de Jukka-pekka Valkeapää (Finlande, Lettonie)
Ang Hupa de Lav Diaz (Philippines, Chine)
And Then We Danced de Levan Akin (Suè  de, Géorgie)
Alice et le maire de Nicolas Pariser (France)

Yves de Benoît Forgeard – Film de Clôture (France)

Séances Spéciales

The Staggering Girl de Luca Guadagnino (Italie)

Masterclass de Robert Rodriguez Suivie de Red 11 (États-unis)

Courts et moyens Métrages

That Which Is To Come Is Just A Promise de Flatform (Italie, Pays-bas, Nouvelle-zélande)
Hay Tinh Thuc Va San Sang de An Pham Thien (Vietnam, Corée Du Sud), États-unis)
Plaisir Fantôme de Morgan Simon (France))
Piece of Meat de Jerrold Chong & Huang Junxiang (Singapour)
Olla de Ariane Labed (France, Royaume-uni)
Movements de Dahee Jeong (Corée Du Sud)
Je te tiens de Sergio Caballero (Espagne)
Grand Bouquet de Nao Yoshigai (Japon)
Les Extraordinaires Mésaventures de la jeune fille de Pierre de Gabriel Abrantes (France, Portugal)
Deux sœurs qui ne sont pas sœurs de Beatrice Gibson (Royaume-uni, Allemagne, Canada, France)

La sélection de l’ACID :

La sélection

L’Angle mort de Pierre Trividic et Patrick-Mario Bernard
Des Hommes de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet
Indianara de Marcelo Barbosa et Aude Chevalier-Beaumel
Kongo de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav
Mickey and the bear de Annabelle Attanasio
Rêves de jeunesse de Alain Raoust
Solo de Artemio Benki
Take me somewhere nice de Ena Sendijarevic
Vif-argent de Stéphane Batut

L’ACID TRIP#3 ARGENTINE

Brève histoire de la planète verte de Santiago Loza
Las Vegas de Juan Villegas
Sangre blanca de Barbara Sarasola-Day

 

 

Game of Thrones saison 8 : ce qu’il fallait retenir de l’épisode 2

Dans Game of Thrones, la vengeance est un plat qui se mange glacé. Dans la continuité du premier épisode, l’action se met doucement en place. Très doucement. Un second épisode encore tiède, qui porte néanmoins à ébullition. Mais comme toujours, les premières bulles s’affichent … à la toute fin. Attention, spoilers.

Un drôle d’épisode ou les traîtres se repentissent à Winterfell, ou les alliances auprès de Daenerys sont remisent en questions et de nouvelles révélations viennent bouleverser ses plans. En effet, on débute sur le jugement de Jaime par Daenerys, Bran et Sansa. Les anciens ennemis des Stark deviennent paradoxalement leurs nouveaux alliés. Les Lannister, Theon Greyjoy, le Limier sont désormais à leur cotés. Mais est-il sage de leur accorder confiance ? Rien n’est encore joué.

« Things we could do for love »

Alors que la fin d’épisode 1 nous laissait en suspens sur ce qu’il allait advenir entre Brann et Jaime, leur fameuse discussion n’a rien de très animé. Au contraire, notre corneille à trois yeux n’exprime aucune rancune. Pourtant, Jaime ravale son orgueil et cherche à prouver qu’il est un homme nouveau.

Même plus tard, au coté de Brienne, il cherche à s’amender. C’est un jeu de regards et de non-dits entre les deux. Une romance très pudique, digne des romans de Jane Austen. On retrouve leur complicité de la saison 3, mais sans Cersei pour faire obstacle à leur « couple »….

Retrouvailles et plus si affinités

Moment tant attendue également, les retrouvailles de Gendry et Arya. Point de sentiments à demi-mots pour les deux. Pour le coup, ce n’est pas du Jane Austen, mais du 50 nuances de Grey. Arya lui prouve qu’elle n’est plus la petite fille un peu tomboy, c’est devenue une guerrière sans merci. C’est même devenue une femme pleine de désirs.

Moins d’étincelles entre Daenerys et Jon. La révélation de sa véritable identité faite, Daenerys ne voit plus en Jon un partenaire mais un possible rivale au trône. De même que Sansa remet en question son dévouement à la Reine, en affirmant vouloir garder le Nord libre après la guerre. Après la guerre ? C’est bien LA question qui divise nos personnages tout au long de cette épisode.

La chevalière des sept royaumes

Enfin le temps fort de cet épisode est réservée à Brienne. Alors qu’on pressent la fin imminente, nos valeureux guerriers se réunissent autour d’un verre. Tyrion, Jaime, Jorah, Davos, Tormund et Brienne plaisantent sur le peu d’espoirs qu’ils misent sur leur survie. Quand Brienne déplore ne pas être réellement considérée comme « Ser », chevalière, car c’est en dehors des traditions. « Fuck traditions » beugle Tormund. Devant nos yeux, Jaime procède alors à un adoubement plein d’émotion. Brienne devient officiellement la première femme chevalière de Westeros et sûrement la dernière avant la bataille finale…

Où est le Roi de la nuit?

Les rangs se forment. Même les petites filles veulent combattre. L’hiver est là. Et alors qu’on ne l’attendait plus, le regard de Tyrion fixé à l’horizon dévoile aux spectateur l’image finale : des marcheurs blancs prêts à se battre. De l’action, enfin!

”Game of Thrones“, saison 8 : bande-annonce pour l’épisode 3

Les plus belles Palmes d’Or : Dancer in the Dark de Lars von Trier

Bien qu’il eût aimé recevoir la Palme d’Or du Festival de Cannes dès son Europa, c’est en 2000 que Lars von Trier réussira enfin à mettre tout le monde d’accord par rapport à son cinéma si provocateur, si singulier, mais si intelligent aussi. Dancer in the Dark est une œuvre mûrement réfléchie, intelligemment construite, qu’on ne saurait réduire à un trop-plein de manifestations lacrymales.

Synopsis Selma Jezkova, émigrée tchèque et mère célibataire, travaille dans une usine de l’Amérique profonde. Elle trouve son salut dans sa passion pour la musique, spécialement les chansons et les danses des grandes comédies musicales hollywoodiennes. Selma garde un lourd secret : elle perd la vue et son fils Gene connaîtra le même sort sauf si elle réussit à mettre assez d’argent de côté pour lui payer une opération. Quand un voisin aux abois accuse à tort Selma d’avoir volé ses économies, le drame de sa vie s’intensifie pour se terminer en final tragique. 

Scary Movie

Scary Movie. Le niveau de stress accompagnant chaque visionnage du Dancer in the Dark de Lars von Trier est à l’égal de celui qu’on ressent en regardant le plus hollywoodien des films d’horreur. Une tension en crescendo que l’on n’est pas toujours prêt à supporter, tant l’émotion est forte, et qu’heureusement le cinéaste a eu l’intelligence d’entrecouper des respirations plus légères qui émaillent cette comédie musicale pour le moins atypique (toutes composées par Björk à l’exception de My Favorite Things de La Mélodie du Bonheur).

Dancer in the Dark est le sixième film du réalisateur danois. Bâti autour du personnage de Selma (interprété magistralement par Björk qui mérite sa palme cannoise tout autant que von Trier la sienne), c’est un pur mélodrame sur l’histoire de cette jeune migrante tchécoslovaque qui arrive à Washington dans les années soixante. Bien que ne faisant pas à proprement parler partie des films dits du Dogma95, ce fameux dogme proposé par Lars von Trier et son compatriote Thomas Vinterberg, il en suit quelques règles. C’est ainsi que l’on ne sait rien du passé des personnages (la règle n°7 nous dit : « Les détournements temporels et géographiques sont interdits. (C’est-à-dire que le film se déroule ici et maintenant) ». La caractérisation est inexistante, le « ici est maintenant » se construit essentiellement par l’émotion brute. D’où vient Selma et qui elle est importent peu ; ce qu’elle ressent, à l’instant où elle le ressent, est la chose la plus importante dans le film ; et la prestation bouleversante de Björk, d’un niveau maximal d’implication, épouse parfaitement les intentions du cinéaste.

Jamais le dernier en terme de provocation, Lars von Trier a donc choisi la comédie musicale comme vecteur d’un film qui est tout sauf léger. Bien que certaines des plus grandes comédies musicales, notamment américaines, sont basées sur des drames (West Side Story pour ne pas le citer), on associe le genre à la légèreté et à la romance, de Chantons sous la Pluie de Stanley Donen & Gene Kelly à La La Land de Damien Chazelle. Ici, on ne parle que de souffrance, de maladie, de trahison et de mort. Mais la mise en scène du cinéaste articule d’une manière évidente un récit tragique et des intermèdes musicaux qui sont à la fois les échappatoires pour Selma, des sortes de rêves, aussi bien que partie intégrante de la progression dudit récit. Une scène où sa quasi-cécité est révélée à Jeff (son amoureux transi) est par exemple un bijou d’expérimentation de la part du danois, avec ses 100 caméras DV éloignés du 35 mm du Dogme95,  disséminés sur le site du tournage – un train en mouvement- . Le cinéaste produit ainsi des plans fixes se succédant (gros plans, plans larges, plongées, contre-plongées, etc.) pour reproduire un « plan-séquence » de plus de dix minutes, aux antipodes des canons de la comédie musicale qui privilégient le seul plan large. Cette séquence semble à la fois onirique et dans la totale réalité d’une femme lucide qui, à cause de cette cécité rampante, dit adieu à tous ses espoirs de vie de couple.

De même, lors de l’apogée du film vers sa toute fin, la scène (et la prestation de Björk) à laquelle on assiste ne serait tout simplement pas supportable à regarder, non pas parce qu’elle est sadique ou malsaine, mais parce qu’elle est d’une infinie tristesse, si ce n’était grâce à la chorégraphie et le chant qui prennent le relais et qui permettent au spectateur d’aller au-delà de ce qu’il pense pouvoir assumer en terme de charge émotionnelle.

Souvent taxé de misanthropie et de misogynie, Lars von Trier réalise avec Dancer in the Dark un métrage qui montre qu’il n’est pas étranger à l’empathie humaine qu’il filme ici de manière subtile mais très forte. Ainsi, Cathy (émouvant second rôle interprété avec beaucoup de justesse et d’humilité par la précieuse Catherine Deneuve), l’amie et ange gardien de la fragile Selma, esquisse lors d’une séance de cinéma ce geste de mimer la chorégraphie magique de Busby Berkeley que la pauvre Selma ne peut plus vraiment voir avec ses pauvres yeux, en faisant danser ses doigts sur la paume de la main de son amie. Cathy encore, qui n’est que cri silencieux et effrayé, lorsque Selma emprunte la dangereuse voie ferrée comme raccourci pour rentrer chez elle. Tout dans Dancer in the Dark est du même acabit, et rien n’est aussi loin de ce film que le chantage à l’émotion qu’on prête parfois à son auteur.

Comme beaucoup des œuvres de Lars von Trier, Dancer in The Dark est un film majeur qui a mérité amplement de gagner la Palme d’Or en 2000 à Cannes, même en face de petits bijoux méritants comme In the Mood for Love de Wong Kar-Wai ou encore The Yards de James Gray. La chanteuse Björk a tout explosé avec son rôle de Selma (elle a arrêté sa brève carrière d’actrice après ce film), un rôle dont elle a accouché avec douleur, mais un rôle fabuleux  que peu d’actrices peuvent se targuer de pouvoir interpréter aussi intensément dans une vie entière consacrée au cinéma.

Dancer in the dark – Bande annonce

Dancer in the dark – Fiche technique

Titre original : Dancer in the dark
Réalisateur : Lars von Trier
Scénario : Lars von Trier
Interprétation : Björk (Selma Jezkova), Catherine Deneuve (Cathy), David Morse (Bill Houston), Peter Stormare (Jeff), Joel Grey (Oldrich Novy), Cara Seymour (Linda Houston), Vladica Kostic (Gene Jezkova), Jean-Marc Barr (Norman), Vincent Paterson (Samuel), Siobhan Fallon Hogan (Brenda), Udo Kier (Dr. Porkorny)
Photographie : Robby Müller
Montage : François Gédigier, Molly Malene Stensgaard
Musique : Björk
Producteurs : Vibeke Windelov, Producteur délégué : Malte Forssell, Producteurs exécutifs : Peter Aalbæk Jensen, Lars Jönsson, Marianne Slot, Producteurs associés : Fridrik Thor Fridriksson, Finn Gjerdrum, Mogens Glad, Torleif Hauge, Poul Erik Lindeborg
Maisons de production : Zentropa Entertainments, Arte France Cinéma, Production
Blind Spot Pictures, Danish Film Institute, Film i Väst, France 3 Cinéma, Good Machine, Icelandic Film Fund, Liberator Productions
Distributeur France (Reprise) Distribution (France) : Les Ecrans de Paris
Récompenses : nombreuses, dont Palme d’Or à Cannes et Prix de la meilleure interprétation féminine pour Björk en 2000
Budget : USD 12 800 000
Durée : 140 min.
Genre : Drame, Comédie Musicale
Date de sortie : 18 Octobre 2000
Danemark | Allemagne | Pays-Bas | Italie | États-Unis | Royaume Uni | France | Suède | Finlande | Islande | Argentine | Norvège| Taiwan | Belgique – 2000

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4.5

Monsieur Link : quand le studio Laïka manque d’envergure

Après avoir poussé l’animation dans ses derniers retranchements avec le très réussi Kubo et l’Armure Magique, le studio Laïka nous livre un nouveau film certes sympathique et ambitieux, mais manquant singulièrement d’envergure. Comme si les adultes, pour cette fois-ci, avaient été mis sur le banc de touche au profit d’un public plus jeune. Empêchant Monsieur Link d’être aussi mémorable que leurs précédentes réalisations…

Synopsis : Sir Lionel Frost, gentleman anglais, manque une nouvelle fois sa chance de rentrer dans le club des aventuriers et explorateurs de Londres en détruisant son appareil contenant une photo de Nessie. A son retour, il reçoit une mystérieuse lettre lui proposant de rencontrer un sasquach. Enivré par cette nouvelle il passe un pari avec Lord Piggot-Dunceb, si il ramène la preuve de l’existence du sasquach il sera admis au club. Il se rend en Alaska ou il rencontre l’auteur de la lettre, un sasquach qui souhaite se rendre en Himalaya pour retrouver les siens. de son coté lord Piggot-Dunceb s’assure de ne pas perdre son pari et engage un tueur a gage pour empêcher Frost de réussir…

Si le studio Laïka avait jusque-là livré au public des long-métrages maitrisés et forts sympathiques (Coraline, L’étrange pouvoir de Norman et Les Boxtrolls), ils avaient littéralement cassé la baraque en 2016 avec l’excellent Kubo et l’Armure Magique. Un film qui repoussait l’animation de la stop motion dans ses derniers retranchements pour livrer un spectacle comme rarement nous avons le droit de voir au cinéma. Un titre qui nous transportait dans son univers du japon médiéval, avec une ambiance aux petits oignons, des personnages travaillés et surtout un visuel tout bonnement impressionnant. Un spectacle aussi bien poétique que spectaculaire, dépassant de loin la majorité des films en animation numérique, c’est pour dire ! Et même s’il n’a pas eu la chance de trouver son public (seulement 73,6 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 60 millions), Kubo a su taper dans l’œil des spectateurs et critiques ayant eu la bonne idée de se lancer dans son visionnage. Si la critique du nouveau long-métrage du studio, Monsieur Link, commence de cette manière, c’est parce qu’il se présente comme la réponse à la question que tous se posaient : après avoir réalisé une telle réussite, que pouvait bien faire Laïka par la suite ? S’il était difficile de réitérer un tel exploit, il est quand même décevant de voir que son nouveau-né est bien inférieur en termes d’envergure.

À écouter le réalisateur et scénariste Chris Butler (L’étrange pouvoir de Norman, script de Kubo), le but avec ce Monsieur Link était d’offrir aux gens une aventure qui reprenait le style et l’ambiance d’un Jules Verne, mixé avec Indiana Jones. Autant dire que sur le papier, ce nouveau film d’animation était plutôt ambitieux. Et à voir comment commence l’ensemble (une scénette d’action rocambolesque avec le monstre du Loch Ness), autant dire que le pari était remporté d’avance. De part la qualité et la fluidité de l’animation – domaine dans lequel le studio n’a plus rien à prouver – mais surtout dans les références constantes à l’auteur de 20 000 Lieues sous les mers. Rien que le script réadapte sans se cacher la trame du Tour du monde en 80 jours, mettant en avant un éminent aventurier qui tente de prouver auprès d’un club fermé qu’il peut réussir un but jugé irréalisable (trouver le chaînon manquant plutôt que le tour de notre planète). Sans oublier l’époque à laquelle se passe l’histoire, celle même de ce cher Jules Verne. Et pour ce qui est d’Indiana Jones, il suffira d’un dénouement rappelant l’épisode du pont suspendu du Temple Maudit pour que la référence soit perceptible.

Nous parlions de l’animation en sous-entendant qu’il n’y avait rien d’autre à ajouter sur sa qualité, si ce n’est qu’elle est tout bonnement parfaite. Et agréable à regarder avec son panel de couleurs. Mais il est tout de même bon d’ajouter que depuis Kubo, les équipe du studio Laïka ont cherché d’autres méthodes, d’autres perfectionnements et utilisations de leurs marionnettes pour un rendu encore plus bluffant. Et sur Monsieur Link, via des têtes créées via une imprimante 3D et des figurines de taille réduite – par rapport à l’accoutumée – pour « agrandir » les décors, nous obtenons pour le coup un visuel toujours aussi bluffant. Bluffant car contrairement à ce que fait encore la concurrence britannique (le studio Aardman), l’animation image par image n’est quasiment plus repérable à l’œil nu, se rapprochant énormément de ce qui se fait de nos jours par ordinateur. Sans compter qu’avec les nouvelles méthodes citées plus haut, nous avons droit à des plans panoramiques (montagnes himalayennes, les forêts de l’Alaska, la traversée en mer…) qui respirent la grandeur et le spectaculaire. Et cela à partir de simples marionnettes, c’est pour dire !

Pourtant, malgré ces qualités, Monsieur Link n’impressionne guère… ou du moins pas autant que ce qu’il devrait faire. Car derrière ses ambitions scénaristiques et sa prouesse technique, le nouveau-né du studio déçoit par son manque d’envergure. Certes, le tout apporte une morale à nos chers bambins en ce qui est de fable écologique et d’acceptation de l’autre, mais se contente de bien peu pour amuser le jeune public. Comme un scénario qui préfère s’attarder sur un humour beaucoup trop enfantin et ses petites scénettes d’action plutôt qu’élaborer sa soi-disant richesse d’écriture. Ou encore un manque de maturité, qui empêche les adultes de se retrouver dans cette épopée aussi rythmée et anecdotique qu’un film d’animation de moindre renommée. Tel est donc le défaut de Monsieur Link : sa petitesse, qui le rapproche bien plus des Boxtrolls que de Coraline ou bien Kubo.

Déception donc pour le studio Laïka, ce dernier retombant dans la banalité après un Kubo des plus impressionnants et mémorables. Si l’idée, la sympathie et la technique sont là, l’envergure ne répond nullement présent. Le visionnage est divertissant, mais s’adresse avant toute chose aux plus jeunes plutôt qu’à tout le monde, réduisant ainsi l’impact de ce film d’animation. Pas sûr que l’on se souvienne de ce long-métrage par la suite… En espérant que cela ne soit qu’une mise en bouche à un projet de stature plus imposante, qui rappelle ce que de vrais artisans peuvent livrer avec la stop motion.

Monsieur Link – Bande annonce

Monsieur Link : Fiche technique

Titre original : Missing Link
Réalisation : Chris Butler
Scénario : Chris Butler
Doublage : Hugh Jackman (Sir Lionel Frost), Zack Galifianakis (M. Link/Suzanne), Zoe Saldana (Adelina Fortnight), Emma Thompson (l’Ancienne), Stephen Fry (Lord Piggot-Dunceby), David Walliams (M. Lemuel Lint), Timothy Olyphant (Willard Stenk), Matt Lucas (M. Collick)…
Animation : Alex Angelis et Brad Schiff
Montage : Stephen Perkins
Musique : Carter Burnwell
Producteurs : Travis Knight et Arianne Sutner
Productions : Laika Entertainment et Annapurna Pictures
Distribution : Metropolitan Filmexport
Durée : 94 minutes
Genre : Animation
Sortie : 17 Avril 2019

États-Unis – 2019

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3

Cannes 2019 : la sélection de la Semaine de la critique est connue !

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Après l’annonce, la semaine dernière, de la Sélection officielle puis de celle des courts-métrages dans le cadre de la Cinéfondation, c’est au tour de la Semaine de la critique de dévoiler ses candidats en ce lundi 22 avril, puisque le monde du cinéma fait fi des jours fériés.

C’est par le biais d’une vidéo que Charles Tesson, délégué général, dévoile les films retenus pour la 58e édition de la Semaine de la critique du festival de Cannes 2019, qui s’étendra du 15 au 23 mai. Il en profite pour rappeler que Ciro Guerra présidera le jury, et que la sélection sera composée de 15 courts-métrages et de 11 premiers ou seconds longs-métrages, dont 10 courts et 7 longs en compétition. Trois prix seront décernés : le Grand Prix Nespresso pour le meilleur long-métrage, le Prix Fondation Louis Roederer de la révélation, et le Prix Découverte Leitz Cine du court-métrage.

Variée de par les pays de provenance (18 au total !), les genres et les histoires qui semblent se profiler, cette Semaine de la critique paraît tout de même placée sous le signe de l’identité. C’est en tout cas la thématique qui ressort de la présentation vidéo de tous les courts, moyens et longs-métrages cités : la réflexion sur l’appartenance à un collectif, que ce soit à un pays ou à une famille, à une genre voire à un corps charnel ; la quête d’identité et de reconnaissance vis-à-vis de l’autre. Par ailleurs, les femmes sont au cœur de cette sélection puisqu’à en croire les brèves présentations, elles tiendront pour la plupart des films le premier rôle. En effet, l’émancipation féminine de la masculinité patriarcale sera un autre thème transversal des films qui composent la sélection. Finalement, c’est Charles Tesson lui-même qui résume bien tout ceci : « C’est l’idée d’oppression, collective ou individuelle, et de ses contradictions, que l’on retrouve dans tous les films ». Une Semaine de la critique qui s’annonce donc riche en personnages forts, en contextes difficiles et sans doute en émotions d’autant plus vives.

En compétition :

Courts-métrages :

Fakh (The Trap), de Nada Riyadh (Égypte)
The Manila Lover, de Johanna Pyykkö (Norvège)
Dia de festa (Party Day), de Sofia Bost (Portugal)
Lucia en el limbo, de Valentina Maurel (Costa-Rica)
Journey through a body, de Camille Degeye (France)
Ikki Illa Meint, de Andrias Høgenni (Danemark)
She Runs, de Qiu Yang (Chine)
Mardi de 8 à 18 (Tuesday From 8 to 6), de Cécilia de Arce (France)
Ultimul Drum Spre Mare (The Last Trip To The Seaside), d’Adi Voicu (Roumanie)
Kolektyvinai Sodai (Community Garden), de Vytautas Katkus (Lituanie)

Longs-métrages :

The Unknown Saint (Le miracle du saint inconnu), d’Alaa Eddine Aljem (Maroc)
Hvityr, Hvitur Dagur (A White, White Day), de Hlynur Palmason (Islande)
J’ai perdu mon corps (I Lost My Body), de Jérémy Clapin (France)
Nuestras madres (Our Mothers), de César Diaz (Guatemala)
Vivarium, de Lorcan Finnegan (Irlande)
Abou Leila, d’Amin Sidi-Boumédiène (Algérie)
Ceniza negra (Land Of Ashes), de Sofia Quiros Ubeda (Costa-Rica)

Séances spéciales :

Courts-métrages :

Demonic, de Pia Borg (Australie)
Please Speak Continuously And Describe Your Experiences As They Come To You, de Brandon Cronenberg (Canada)
Naptha, de Moin Hussain (Angleterre)

Moyens-métrages :

Tenzo, de Katsuya Tomita (Japon)
Invisivel Heroi (Invisible Heroà, de Cristèle Alves Meira (Portugal)

Longs-métrages :

Litigante, de Franco Lolli (Colombien)
Les héros ne meurent jamais (Heroes Don’t Die), d’Aude Léa Rapin (France)
Tu mérites un amour (You Deserve A Love), de Hafsia Herzi

Film de clôture :
Chun Jiang Shui Nuan (Dwelling In The Fuchun Mountains), de Gu Xiaogang

La vidéo annonce :

Tristesse sur Pellicule : Diane, l’étoile filante de Mulholland Drive

Diane est le symbole même de la tristesse : une tristesse multiple qui est la sève narrative de Mulholland Drive. Le film de David Lynch est le récit d’une actrice fauchée qui rêvait des honneurs mais à qui on ne donnera que de vulgaires seconds rôles, qui restera dans l’ombre pendant que l’être aimé jouera des scènes sensuelles de baisers qui feront d’elle une icône. C’est l’histoire d’une femme amoureuse qui se verra rejetée sans remords ni émotions et qui tombera dans l’oubli.

Un oubli insupportable pour une femme qui se voulait être une étoile parmi les étoiles alors qu’elle ne fut qu’un simple satellite dans la galaxie qu’est le monde du cinéma. Bien évidemment, la réalité est beaucoup plus difficile à accepter, c’est une évidence propre à tous : il est bien plus confortable pour Diane de se blottir dans le monde des rêves et de se mouvoir en Betty. Le même regard, la même candeur mais un destin différent. Diane, c’est le personnage qui nous ressemble, ce personnage qui, comme beaucoup, s’est senti asphyxié par la réalité et le poids de la culpabilité. La seule issue, temporaire et éphémère, est celle de faire jouer son inconscient et de se racheter une conduite.

Refaire défiler les images et écrire un nouveau scénario à sa propre vie : recevoir des applaudissements, être l’épaule sur laquelle se reposer, ressentir de nouveau les effluves sensuelles d’une première fois avec l’être aimé, ou être « la fille » qu’un réalisateur attendait de ses souhaits les plus enfouis. Mais le rêve a beau parfois être organique, palpable, tangible, la réalité refait surface comme une épée de Damoclès qui trancherait le cou du destin. Diane représente ces actrices ou acteurs qui ont tenté leurs chances en voulant se faire une place au soleil : devenir le visage souriant et fier d’un Hollywood scintillant. Mais le monde est cruel. Diane n’est qu’un pion d’un système qui se joue dans des sphères qui la dépassent : un environnement où les producteurs choisissent au profit de l’artistique, un monde où l’humanité rime avec réussite, accessoire et réseau. Diane est ce qui fait que Mulholland Drive est l’un (voire le) des plus grands films de l’histoire. David Lynch se sert du langage cinématographique avec merveille, à la fois pour déjouer les codes narratifs habituels, mutualiser les genres pour se faire rejoindre l’horreur, le drame et le film noir à la manière de Laura d’Otto Preminger  mais aussi faire naître un imaginaire protéiforme autour de son personnage. Au-delà du rêve, de la réalité, des hallucinations de Diane, des questionnements sur la clé bleue ou le lieu qu’est le Silencio, Mulholland Drive est le miroir incendiaire d’un Hollywood qui étrangle la création. Du Boulevard du crépuscule ou Barton Fink jusqu’à Maps to the Stars, Hollywood a souvent été l’épicentre de grands films acides et vénéneux. Mais Mulholland Drive se sert d’Hollywood pour envisager l’humain par le prisme du cinéma et le mensonge rassurant qu’est le rêve. Le rêve n’est qu’image et croyance pendant que la réalité n’est que douleur et rature. Pour Lynch le rêve symbolise notre capacité à créer, à ne pas connaitre l’arbitraire. Alors que la réalité dessine les traits d’un cinéma en perdition, d’une réalité moins imaginaire et qui perd de sa lumière, de sa liberté. Le parcours de Diane ne se délimite pas qu’à elle-même mais se métamorphose en vision plus globale sur le cinéma et la manière dont le cinéma se transcende à travers la fiction, tout en esquissant notre incapacité à se redéfinir selon les obstacles et les douleurs. Diane est le reflet pessimiste d’une cité des anges qui engouffre les rêves pour en faire de la fumée de paille ; elle est la figure de proue d’une émotion qui ne sait plus raisonner et qui fait prendre les mauvais choix.

Mais Lynch, de manière simple et presque naïve, décrit l’humain comme un entité qui outrepasse sa condition pour déjouer les conséquences de la réalité : son pouvoir de pensée est aussi ce qui le définit. Le rêve est la récompense d’une rédemption qui n’arrivera jamais. Ces moments de liesse, elle les pense, elle les rêve, elle les vit. C’est un ticket en première classe pour se reconsidérer et redevenir fier de soi, pour enfin goûter au plaisir qui lui est dû. Betty est Diane ou est-ce Diane qui est Betty ? Les deux mon capitaine. Diane/Betty est le regard vibrant d’une Naomi Watts habitée et une chevelure blonde qui se dédouble au gré du malheur comme dans Persona de Bergman. Impossible d’oublier cette scène d’amour sous les violons vibrants d’Angelo Badalamenti. Comment ne pas se souvenir de ce casting où elle touche du doigt le mirage de la reconnaissance de son talent ou de la montée des marches d’une colline qui abrite une vérité difficile à entendre. Diane est le symbole même de la tristesse : culpabilité, remords, dégoût du système, être de l’ombre. Une oubliée qu’on oubliera jamais.