Joie sur pellicule : la folle insolence de Ferris Bueller, ou la jeunesse insouciante

Connu pour ses teen-movies aussi cultes que réussis, John Hughes signe avec La Folle journée de Ferris Bueller un hymne à la joie et à la liberté à travers les pérégrinations aussi réjouissantes que saugrenues d’un adolescent et de ses deux amis, un jour d’école buissonnière. Grâce à cette recette simple, le cinéaste parvient à nous livrer un récit d’apprentissage intelligent et entraînant, au ton feel-good rarement égalé. Résultat : une œuvre réjouissante et vintage qui fleure bon les années 80, pour un message fort, aussi universel qu’intemporel.

La Folle Journée de Ferris Bueller fait partie de ces films cultes et indémodables qui traversent les générations, grâce à un message intemporel et universel : la quête de liberté d’une jeunesse éprise d’indépendance, qui profite de l’instant présent et qui croque la vie à pleines dents sans se soucier du lendemain. Entre optimisme débordant et nostalgie tendre, La Folle Journée de Ferris Bueller entraîne son spectateur dans une épopée adolescente hors du temps, qui donne tout simplement envie de danser et de profiter du moment une dernière fois, avant que la vie ne devienne trop sérieuse. Carpe Diem !

Une révolte intelligente

Dès la scène d’introduction, on comprend que Ferris Bueller est un jeune homme inventif et légèrement insolent sur les bords, qui n’hésite pas à abuser de la crédulité de ses parents pour parvenir à ses fins, en feignant une étrange maladie et en minaudant d’un air faussement innocent, pour gagner sa journée et sécher les cours. Mais, s’il se moque gentiment de ses parents et de leur gentillesse, Ferris n’est pas méchant : il se révolte doucement et gaiement contre l’autorité et l’ordre établi sans pour autant se montrer défiant ou méprisant. Légèrement tête à claque, il a l’air d’un sale gosse qui aurait grandi trop vite, malicieux et vivant, roublard mais sympathique.

Le même phénomène se reproduit quand il s’amuse à mentir à son proviseur, qu’il fait tourner en bourrique : si les trois héros, Ferris en tête, se plaisent à mener les adultes en bateau, ce n’est pas pour créer un conflit ni pour les ridiculiser, mais pour mieux tirer avantage de leur propre jeunesse en jouissant d’une liberté un peu folle, que leurs aînés n’ont plus. Pour autant, le film, dont le but n’est jamais de diviser, réussit l’exploit d’être fédérateur et de célébrer l’individualité de chacun dans une ambiance vivante et colorée qui donne le sentiment au spectateur d’assister à un spectacle auquel tout le monde est convié.

En ce sens, La Folle Journée de Ferris Bueller fait sourire et donne envie de prendre le parti de son héros, animé par une spontanéité et une bonne humeur nonchalantes qui frôlent l’insolence, mais qui rappellent à chacun la joie d’une insouciance désormais perdue. En utilisant l’art, la musique, les couleurs et l’humour pour donner corps à un récit d’apprentissage aussi jouissif qu’original, John Hughes parvient finalement à nous embarquer dans les aventures improbables de ces héros attachants.

I feel good

A l’image de sa fameuse scène de parade à Chicago, La Folle Journée de Ferris Bueller est un film imprévisible et surprenant, dont le scénario, parfois improbable, fait l’éloge de la joie et du bonheur. Ferris sème un petit air de fête partout où il passe : il chante, il danse, il court,  il se cache, il joue, s’amuse et se dispute, il rit et réfléchit : en somme, il est vivant et sans peur. Cette intrépidité, mêlée à son insolence et à son dynamisme, font de ce héros l’image d’Epinal de l’adolescent cool qu’on aurait tous voulu être  : populaire, meneur sans être « bully », ouvert d’esprit, naturel, tolérant et libéré, sans aucun complexe, il n’est ni immature ni puéril, mais simplement débordant d’enthousiasme, sûr de lui, astucieux, malin et confiant dans l’avenir, quoiqu’un peu perdu, comme tous les jeunes. C’est justement cet optimisme malicieux, jamais niais ni béat, qui donne au spectateur le sourire et l’envie irrépressible de célébrer la vie, tout simplement. La recette du feel-good n’a jamais été aussi simple !

Nostalgie, quand tu nous tiens

Malgré sa bonne humeur débordante et sa spontanéité à toute épreuve, La Folle Journée de Ferris Bueller s’impose finalement comme une œuvre majeure dans l’univers du teen-movie, et comme un film plus intelligent qu’il n’y paraît. Car si les personnages semblent insouciants et futiles, ils sont en réalité en proie à un conflit identitaire important, tiraillés entre le désir de grandir et le souhait de rester encore un peu en enfance. A eux trois, ils sont le symbole d’une période charnière, de ce passage de l’enfance vers l’âge adulte, ce moment fugace où tout semble encore possible, et où l’on commence à découvrir le monde d’un regard neuf, avec la fougue de la jeunesse encore intacte. En ce sens, le film n’est bientôt plus qu’un souvenir : cette journée, hors du temps et hors du commun, sera, on peut facilement se l’imaginer, un souvenir fort que les protagonistes auront plaisir à évoquer avec une nostalgie amusée, quand ils seront eux-mêmes adultes. Ferris, c’est cette époque simple et débordante de simplicité, cet instant où la naïveté se dissipe peu à peu, et où l’on se fait des souvenirs pour plus tard, pour se rappeler qu’on a été vivant.

En ce sens, Ferris n’est pas si différent d’un autre personnage emblématique du cinéma contemporain, Lester Burhnam, ce père de famille désabusé d’American Beauty, en pleine crise de la quarantaine. Car si ces deux personnages n’appartiennent certes pas au même univers, ils n’en sont pas moins similaires en bien des points, et partagent tous deux cette envie un peu folle de tout envoyer valser, pour profiter d’une liberté bientôt perdue ou pas encore retrouvée, et enfin donner ou redonner un sens à leur vie. Car qu’est-ce que La Folle Journée de Ferris Bueller sinon une invitation à casser sa petite routine et faire péter les carcans une dernière fois, une dernière fois avant d’être rattrapé par la vie normale ? Et ça fait du bien !

Bande annonce : La Folle journée de Ferris Bueller (VO)

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Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

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