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Le cinéma en extension de la peinture et du dessin

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Comme Joëlle Moulin l’a très bien verbalisé dans son ouvrage Cinéma et Peinture, les croisements entre le troisième et le septième des arts demeurent légion. Dans le cadre de notre cycle sur les arts au cinéma, nous avons décidé d’en faire une brève évocation.

« Je vous félicite mon ami, vous travaillez vite et vous ne faites pas trop de saletés par terre. Qu’est-ce qu’on peut demander de plus à un peintre ? » Sortie de son contexte, cette tirade issue de La Kermesse héroïque (Jacques Feyder, 1935) se charge d’une ironie toute particulière. Il faut en effet se remémorer que, de tout temps, le cinéma a non seulement mis en scène des peintres, intégré dans son cadre des tableaux (souvent en tant que repères socioculturels, comme dans The Big Lebowski ou La Splendeur des Amberson), mais aussi, et c’est ce qui nous intéresse présentement, opéré des ponts figuratifs vers le troisième art. L’évocation de la peinture au cinéma appelle ainsi à une multiplicité d’approches : du biopic dramatique (Big Eyes, Frida, La Vie passionnée de Vincent Van Gogh…) au documentaire cherchant à effacer la caméra (Le Mystère Picasso) en passant par les personnages « accidentels », pour qui la peinture n’a aucune valeur narrative programmatique, elle revêt des formes circonstanciées, qui comprennent aussi la citation (chez Jean-Luc Godard, par exemple) ou l’argument dramatique (La Chute de la maison Usher, de Jean Epstein).

Dans son livre Cinéma et Peinture, Joëlle Moulin se plaît précisément à radiographier tous ces moments où septième et troisième art prennent langue. À l’évidence des inspirations filiales chez les Renoir ou des projections de l’expressionnisme allemand de la petite vers la grande toile (Edvard Munch, Max Beckmann, George Grosz et d’autres se retrouvant en larges proportions chez Robert Wiene, Fritz Lang ou Friedrich Wilhelm Murnau), elle ajoute les caméos et auto-mises en scène des Woody Allen, Alfred Hitchcock ou Orson Welles comme autant d’autoportraits ayant partie liée avec l’art pictural. Dans ces rapports parfois fusionnels entre deux arts qui ne cessent de communiquer entre eux, Joëlle Moulin n’oublie pas ce que David Lynch doit aux déformations physiques de Francis Bacon, ce qu’Akira Kurosawa puise dans les estampes japonaises ou chez Claude Monet, voire la manière dont les cinémas de John Ford et de Clint Eastwood ont respectivement été façonnés à l’aune de la Hudson River School et du Nouveau Réalisme. Des artistes tels qu’Otto Dix, George Grosz, Alfred Kubin ou Egon Schiele ont quant à eux exercé une influence significative sur le cinéma allemand des années 1920-1930. Et Edward Hopper se fond tant dans les films d’Alfred Hitchcock (la maison de Psychose), de Woody Allen (Manhattan, Vicky Cristina Barcelona) que de Wim Wenders (Paris, Texas).

« Il faut envisager les cadres isolés de films comme s’apparentant à la peinture primitive, en aplat, des vases antiques », écrivait le théoricien russe du cinéma Lev Koulechov. À ses yeux, le réalisateur n’est autre qu’un « artiste-peintre » capable de donner forme et vie à un cadre inanimé. En tant qu’arts visuels, le cinéma et la peinture ont évidemment une même appétence pour la plastique, les couleurs, les formes, la composition de l’image, les lignes de force ou les points de vue. Pour s’en convaincre, il suffit de scruter les similitudes troublantes entre certains plans de Scarface (Howard Hawks, 1932) et le tableau Ombres nocturnes d’Edward Hopper, entre le Van Gogh de Maurice Pialat et Jeunes Filles au piano d’Auguste Renoir, entre Orange mécanique (Stanley Kubrick, 1971) et L’Exercice des prisonniers de Vincent Van Gogh ou entre Le Cri d’Edvard Munch et le masque de Ghostface dans Scream. Sur la Toile (numérique cette fois), les exemples affluent et nombreux ont été les critiques ou les essayistes à mettre en exergue ces ponts figuratifs entre le troisième et le septième art. Sur les antennes de France Culture, le réalisateur russe Andreï Konchalovsky y est allé, lui aussi, de sa petite métaphore picturale : « Prendre des acteurs non-professionnels donne la possibilité de chercher la vérité. Un acteur non-professionnel ne sait pas jouer, il existe. Les visages au cinéma, c’est comme la couleur en peinture, ou les notes en musique. Chaque visage vous donne le destin, le symbole, et la vie du personnage. »

Plus généralement, ces « emprunts » à la peinture nous rappellent une donnée essentielle : le cinéma demeure un art total au croisement de toutes les disciplines artistiques. C’est une science du cadre et du mouvement, capable de mêler vues réelles et dessins animés, alliant le son et l’image, épousant toutes les formes, couleurs et perspectives que souhaitent restituer ses metteurs en scène ou chefs opérateurs. Ceux qui ont un jour jeté un œil sur les croquis de Tim Burton verront peut-être son cinéma comme une mise en marche : chez lui, le cinéaste apporte le mouvement au dessinateur, lui-même assailli de visions puisées dans le cinéma de genre dont il était friand durant sa jeunesse. Ces appariements entre le dessin, la peinture et l’image animée du cinéma trouvent leur essence dans les storyboards, le matte-painting ou, pour ne citer que cet exemple, dans les œuvres croisées d’un Alejandro Jodorowsky, à travers lequel le septième des arts entre cette fois en résonance avec le neuvième d’entre eux. Dans un communiqué de presse, Taika Waititi notait récemment que « les films et les bandes dessinées d’Alejandro Jodorowsky l’ont influencé » et qu’il a « été sidéré d’avoir l’opportunité de donner vie à ses personnages emblématiques ». C’est peut-être ce qu’il faut retenir de ces regards diagonaux que s’adressent cinéma et peinture/dessin : le premier « donne vie » aux idées visuelles qu’il puise volontiers chez les seconds.

Scream (2022) : Un retour réussi ?

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Actuellement, titulaire d’un score de 78% sur Rotten Tomatoes et ayant rapporté 108 309 744 $ au box-office mondial au 3 Février, la saga Scream signe son grand retour avec ce 5e volet.  Avec l’apparition de personnages originaux du casting, mais aussi de nouvelles têtes, cette suite s’annonce populaire. Retour sur cette dernière sortie horreur.

Malgré les progrès du cinéma, il semble que l’inspiration s’épuise. A l’ère où le maquillage, les effets spéciaux, le numérique mais aussi l’apparition d’internet nous permettent d’avoir accès à des œuvres beaucoup plus effrayantes de réalisme, nous assistons quand même à de plus en plus de films d’horreur médiocres jouant plus facilement avec le spectaculaire et le jump scare que l’angoisse réelle…

Scream est une pentalogie  qui commence en 1996. Inspirée par un tueur d’étudiants réel, dit « le tueur de Gainsville », le film est en même temps inspiré d’une histoire vraie et un hommage à tous les longs-métrages d’horreur apparus jusqu’à la fin du XXe siècle. Il sera réalisé par Wes Craven, un des maîtres de l’horreur, sur le scénario de Kevin Williamson.

L’histoire est celle de la jeune Sidney Prescott, lycéenne qui est harcelée par un tueur portant un masque et cherchant à la poignarder. Il a un modus operandi : il appelle la victime, lui demande de jouer à un jeu, et si celle-ci perd, soit un personnage de son entourage, soit elle-même est poignardé à mort par celui-ci. Le Masque s’en prend à son entourage et surprise, il n’est pas un, mais deux tueurs. Sidney est aidée par les personnages de Dwight Riley, frère de sa meilleure amie Tatum et Gale Weathers, une journaliste sans cesse sur un scoop. Cette trame sera reprise sans cesse dans tous les Scream.

Les qualités de ce slasher sont nombreuses : le film fait honneur à ses prédécesseurs comme Halloween ou Vendredi 13, il explique le genre de l’horreur à des néophytes (à travers le personnage de Randy Meeks), mais il sait aussi rire de lui-même, en créant un univers du film dans un film. L’histoire de Sidney Prescott, l’héroïne est jouée par Neve Campbell dans Scream, mais par Tori Spelling dans Stab, le film dans le film. C’est aussi le personnage principal qui est caricaturé dans Scary Movie, joué par Anna Faris.

Résumé:

Aujourd’hui, à Modesto en Californie, une jeune fille, Tara, se fait poignarder par le tueur au Masque. Elle est rapatriée à Woodsboro où sa sœur, Sam Carpenter, est à son chevet. La sœur en question porte un lourd secret : elle est la fille d’un des deux tueurs du premier volet. Accompagnée par son petit-ami, elle essaye de démasquer le Masque qui tente de tuer comme dans l’original, des lycéens, notamment les amis de la jeune Tara. Elle demande l’aide de Dwight Riley, qui lui prévient Sidney Prescott et Gale Weathers.

 

Un « Requel » ?

Il apparaît que ce volet apprend de ses erreurs. Bien entendu, il surfe sur la nostalgie d’une audience qui aime les films d’horreur des années 90 et ceux d’avant, mais il rassasie surtout un besoin de retrouver un genre réellement angoissant et ambitieux.

Ainsi, pour mettre celle-ci dans le bain, le personnage de Sam Carpenter qui est nouveau, est aidé par Sidney, Dwight et Gale, qui sont les anciens et qui ont survécu au tueur plus d’une fois. Parmi les amis de Tara, il y a la jeune Mindy Meeks-Martin. Meeks comme Randy Meeks qui nous expliquait le genre de l’horreur. Et cette fois, c’est elle qui nous explique le principe du « Requel ». En fait, ce mot désigne simplement un reboot, un remake. Donc, ce Scream n’est qu’une simple reprise de la saga, avec une nouvelle génération qu’on arrive à faire accepter par des liens indéfectibles de la série-mère : par les liens entre Sam et son père biologique, par les liens entre Mindy et Randy Meeks, et la présence des « anciens ».

Mais elle se traduit aussi par la présence des voix des autres acteurs comme Drew Barrymore qui avait joué Cassey dans le 1e volet ou Matthew Lillard qui était Stu Macher et de caméos comme ceux de Skeet Ulrich et Heather Matarazzo.

 

Le moment d’innover…

La scène d’introduction du film est très intéressante, montrant Tara en train de chercher sur internet les réponses au quizz du tueur qui l’appelle sur le téléphone fixe…

Par cette introduction, le film pose les bases du changement qui doit avoir lieu. C’est comme si le message était que ce qui était faisable il y a 20 ans pour faire peur ne l’est plus aujourd’hui. C’est une manière de tourner en dérision ce à quoi l’audience s’accroche.

Dans les nouveaux films d’horreur, la présence (ou plutôt l’omniprésence) de la technologie est un atout additionnel pour créer l’angoisse. Les caméras dans Paranormal Activity, les traceurs dans ce Scream, les réseaux sociaux dans Unfriended, sont tout autant d’éléments qui permettent de s’accrocher à la réalité pour ne pas se sentir fou, alors qu’un tueur ou qu’une entité pourchasse bel et bien un personnage.

Ainsi dans Scream, que ce soit en 1996 lorsque Sidney avait déjà un ordinateur pour prévenir le 911, ou dans le film de 2022, lorsque la mère de Wes essaye de le prévenir par téléphone, la peur qui passe par ces outils de communication est devenu un élément supplémentaire à ajouter à l’innovation des supports horrifiques.

 

Un almanach de références

Les règles des autres films sont toujours là, il y a l’introduction de nouvelles références, notamment à Ça, lorsque Dwight appelle et texte Sidney et Gale pour les informer de ce qui se passe à Woodsboro. Mais il y a aussi le fait que la ville semble assez figée dans le temps, comme avec Derry, ville du club des ratés et que cycliquement, le « monstre » (ou le tueur) revient hanter le coin.

Il y a aussi des références à d’autres films d’horreur comme les classiques Halloween, Vendredi 13, Psychose, mais aussi Get Out de Jordan Peele, les personnages portent les noms et prénoms de grands réalisateurs de l’horreur : Sam Carpenter comme le réalisateur d’Halloween, Wes Hicks comme Wes Craven, père de Scream.

On évoque aussi de bons films sortis pendant la dernière décennie comme Mister Babadook, que le personnage de Tara « préfère » à Stab. Ils sont en concurrence directe avec les slashers, tout en étant regardé avec plus d’intérêt pour le coté moins simple et plus « intellectuel ». Tara y évoque la représentation du deuil et de la maternité par exemple.

 

Oui, c’est un retour réussi

Pour avoir introduit de nouveaux personnages sans avoir effacé ou renié les anciens, ce reboot est plutôt bon. L’idée est d’assumer le passé prestigieux et les rendez-vous manqués avec l’audience ancienne et nostalgique, mais aussi la nouvelle, assoiffée. Ce qui fait qu’il est plutôt réussi est le partage équilibré entre ce qui est arrivé dans le passé, qui reste une base solide et stable, et ce qui arrivera dans le futur, sans renier un instant les égarements qu’il y a pu y avoir.

Disons-le clairement, faire comme dans Game of Thrones, et ne pas avoir peur de tuer un personnage aimé du public est aussi un point positif ! À dire vrai, ce personnage que nous ne citerons pas pour ne pas gâcher le film a connu beaucoup trop de choses et il a bien servi la saga pour pouvoir maintenant passer le flambeau. Nous espérons que chacun de ces anciens passera le flambeau à sa manière et qu’à un moment ou un autre tire sa révérence de manière héroïque.

Les nouvelles têtes sont originales et puisent déjà dans ce qui était là, mais en étant très différentes. Sam est comme Sidney, mais là où Sid est un as de la gâchette, elle, aime plutôt le couteau, c’est un legs que son père lui transmet. Il n’est pas positif, certes, mais face à un tueur, cela peut être utile.

Donc Scream (2022) est un film réussi puisqu’il n’a même pas à jouer sur des jets d’hémoglobine superflus pour avoir des fans. Avancer avec son temps, en gardant l’essentiel et en innovant ce qui n’est plus d’actualité semble être la meilleure conclusion à une saga qui a commencé 26 ans auparavant.

Fiche Technique:

Casting: Melissa Barrera: Samantha « Sam » Carpenter – Jenna Ortega :Tara Carpenter -David Arquette: Dewey Riley -Neve Campbell: Sidney Prescott -Courteney Cox: Gale Weathers – Jack Quaid : Richard « Richie » Kirsch -Mason Gooding : Chad Meeks-Martin -Mikey Madison : Amber Freeman- Dylan Minnette : Wes Hicks -Marley Shelton : le shérif Judy Hicks -Jasmin Savoy Brown : Mindy Meeks-Martin -Kyle Gallner : Vincent « Vince » Schneider -Sonia Ben Ammar : Liv McKenzie – Skeet Ulrich : Billy Loomis

Réalisateur: Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett
Scénaristes: James Vanderbilt et Guy Busick
Directeur de la photographie: Brett Jutkiewicz
Musique:  Brian Tyler
Costumes : Emily Gunshor
Durée: 114 minutes
Langues: Anglais
Année: 2022

 

Sources à la rédaction de cet article:

Scream –wikipedia

Scream: imDb (crédit image)

 

Clapas, amoncellement de débris rocheux

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Ce roman graphique signé Isao Moutte nous emmène dans le Vercors, plus exactement dans le Diois (au moment de la 63è fête de la lavande, à Lesches-en-Diois dans la Drôme, à 50 km de Gap), région où on peut vite avoir l’impression de se trouver loin de tout. C’est ce qui arrive à un groupe voyageant en car, lorsque le véhicule se trouve coincé par un éboulement.

L’auteur (scénario, dessin et couleurs) imagine un concours de circonstances très noir pour ces personnes qui voyagent toutes pour des raisons personnelles. L’un est tombé en panne de voiture alors qu’il allait voir son père vivant dans une maison isolée, un duo constitué d’un frère et une sœur vont également voir un parent. Un automobiliste les rejoint, qui pensait rejoindre l’Italie par la route. Bref, un groupe de personnes qui utilisent ce transport en commun pour des raisons précises et que cet imprévu contrarie. Malheureusement, les téléphones portables captent très mal dans la région. La route étant impraticable pour les véhicules, la seule solution est d’avancer à pied pour demander de l’aide.

Un drame et ses conséquences

Confronté aux autochtones qui ont leurs habitudes et leur rythme de vie, le groupe de voyageurs voit bientôt le contrôle de la situation lui échapper. À tel point que la tension monte et constitue une sorte d’écho au film Délivrance (John Boorman – 1972), toutes proportions gardées. Ainsi, à un moment crucial un homme défiguré surgit de nulle part, menaçant. Il se révèle très amoindri psychologiquement, on finira par deviner à la suite de quel genre de drame. À propos de drame, le premier qui se joue est une sorte de règlement de compte familial dont, bien involontairement, les voyageurs sont témoins. Ce drame met le feu aux poudres et le groupe de voyageurs se trouve pris au piège.

En pleine nature

Avec Clapas, Isao Moutte propose un thriller rural où les malheureux concours de circonstances s’enchaînent. Bien que très noir, l’ensemble respire la nature et le grand air, grâce aux couleurs où le vert et le brun dominent (avec plusieurs nuances), comme sur l’illustration de couverture, de façon à bien faire sentir les grands espaces et la désolation des lieux.

Une question de survie

Isao Moutte ne propose pas un dessin trop fignolé ou léché, mais il s’arrange pour mettre en valeur de manière très convaincante tous les sites et paysages où l’action se déroule. De plus, il caractérise physiquement chaque personnage pour qu’on les distingue bien les uns des autres. En adoptant le format 29,8 x 22,4 cm sur 150 planches (une majorité comporte trois bandes, avec quelques paysages grand format qui aèrent l’ensemble), il trouve largement l’occasion de caractériser psychologiquement la plupart des personnages qui interviennent. Autant dire que la galerie vaut le détour, avec un groupe de voyageurs peu préparés aux mauvaises surprises, confronté à quelques locaux bien caractéristiques dans leurs mentalités et façons de vivre. Nous avons en particulier une famille qui habite dans une grande maison à l’écart : c’est là que nos voyageurs vont se retrouver, pour leur plus grand malheur. On ne se méfie pas particulièrement, lorsqu’on se retrouve à pied, loin de tout. Si quelqu’un propose de vous héberger, on ne fait pas la fine bouche. Sauf qu’ici, pour le groupe, la question sera bientôt de chercher une fuite possible. Il sera même question de survie et pour cela, Isao Moutte concocte un enchaînement de situations où, pour nos voyageurs pas vraiment préparés, ce sera du lui ou moi. Or, ces protagonistes se trouvent confrontés à des personnages habitués à chasser qui trouvent naturellement à leur portée des fusils et des chiens…

Le décor et son envers

L’ensemble se lit beaucoup plus rapidement que ce qu’on pourrait imaginer au premier abord, d’abord parce que l’auteur évite les dialogues superflus et surtout parce qu’il imagine des rebondissements qui incitent continuellement à poursuivre la lecture. À vrai dire, ces péripéties ne sont pas si originales que cela ; elles sont surtout bien articulées entre elles. De plus, le dessin est d’une grande lisibilité, sans trop de détails en ce qui concerne les décors. Le décor le plus marquant est celui de la nature sauvage, ses montagnes et précipices, ses forêts et ses cours d’eau. Le scénario nous emmène aussi vers quelques villages et des habitations isolées, le tout pour donner une ambiance où la tension monte progressivement. Les pièges sont multiples, aussi bien naturels qu’élaborés par des humains pas spécialement commodes. La palme revient à mon avis à Maryse, la matriarche du clan où nos voyageurs arrivent pour la nuit. Bien entendu, ses rejetons sont dans le même état d’esprit.

Pour l’office du tourisme

Pour tempérer un peu l’impression générale, précisons que si le Diois est ici plutôt bien rendu, pour y avoir effectué quelques séjours touristiques, je témoigne que la région est effectivement magnifique et tranquille (avec sa démographie particulièrement modeste). Enfin, si tout dans ce roman graphique respire l’authenticité, je ne me suis jamais senti sous une quelconque menace dans cette belle région.

Clapas, Isao Moutte
Editions Sarbacane, novembre 2021
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3.5

« Laurent Cantet, le sens du collectif » aux éditions Playlist Society

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Les éditions Playlist Society publient Laurent Cantet, le sens du collectif. Après une introduction analytique de Marilou Duponchel, Quentin Mével y interroge le cinéaste français lauréat de la Palme d’or en 2008 pour le long métrage Entre les murs.

L’introduction de Laurent Cantet, le sens du collectif, rédigée par Marilou Duponchel, parvient à synthétiser en quelques pages ce qui fait l’essence du cinéma de Laurent Cantet. Il y a d’abord ce regard comparé à celui d’un entomologiste, consistant à envisager chaque film comme une exploration, avec des sédiments sociaux prégnants et une volonté de prendre langue avec le fait politique, mais en « je », une individualité pourtant porteuse de ce fameux « sens collectif » associé au réalisateur dans le titre de l’ouvrage. La journaliste aux Inrocks poursuit sa réflexion en épinglant quelques thèmes récurrents : une jeunesse en voie de construction ou d’émancipation, la quête de soi-même, parfois de son identité, via la place qui nous est dévolue dans notre environnement immédiat, des espaces clos envisagés en résonance directe avec les personnages, la critique du patriarcat, le féminisme… Mais Laurent Cantet, c’est aussi une méthode, collégiale, impliquant des comédiens amateurs, accordant une place privilégiée à l’improvisation, soit autant de choses que l’on retrouve abondamment commentées dans l’entretien-fleuve mené par le co-auteur Quentin Mével.

L’échange entre Quentin Mével et Laurent Cantet forme l’essentiel du texte. Évoquant la filmographie du cinéaste français dans le strict respect de sa chronologie, ils déconstruisent un modus operandi tout en en éclairant les composantes essentielles déjà mises en exergue, pour partie, par Marilou Duponchel. Laurent Cantet y expose le recours aux acteurs amateurs comme une réponse à la facticité et une manière de saisir une énergie spontanée. Il explique que ses collaborateurs les plus fidèles, notamment ceux de Sérénade Productions, lui ont donné le courage de se lancer dans la réalisation. Il énonce longuement la place qu’occupent les improvisations dans sa manière d’écrire et concevoir un film. Enfin, il revient plus généralement sur la distance et la symbiose qui doivent s’opérer entre la caméra et le sujet filmé, chaque film (ou presque) étant défini par une grammaire spécifique en la matière.

Dans le détail, Laurent Cantet est amené à commenter les relations père/fils au cœur de Jeux de plage ou Ressources humaines, à verbaliser de quelle manière agissent sur ses personnages les espaces clos (y compris à ciel ouvert, comme les terrasses cubaines de Retour à Ithaque), à s’épancher sur ses collaborations avec Arte et Pierre Chevalier ou avec son fidèle coscénariste Robin Campillo ou à raconter ses expériences d’adaptation pour Vers le sud, Entre les murs ou Retour à Ithaque. Mais chaque film est l’occasion de creuser plus avant ses spécificités : Jalil Lespert se révèle dans Les Sanguinaires, Ressources humaines porte l’authenticité en bandoulière et narre un schisme entre son milieu social d’origine et sa position hiérarchique dans une entreprise, L’Emploi du temps s’appuie sur un fait divers, ne révèle son personnage qu’au compte-gouttes et l’enveloppe souvent à dessein dans un cadre serré, Vers le sud contient des confessions face caméra et comporte une critique du puritanisme/patriarcat occidental, Entre les murs marque l’avènement du numérique et de la multiplicité des objectifs, Foxfire fait le deuil de la francité et se distingue par un montage de 143 minutes…

Laurent Cantet, le sens du collectif est un voyage guidé au sein d’une filmographie cohérente et sophistiquée. Quentin Mével invite le réalisateur français à mettre à nu ses motifs et méthodes de travail. Ce qui en ressort est parfaitement résumé par Marilou Duponchel au cours de son analyse introductive. Ensemble, ces deux volets, exploratoire et maïeutique, donnent à voir un cinéma au plus près de ses protagonistes et des faits sociaux sous-jacents, où les films entrent en résonance les uns avec les autres, selon des logiques narratives et formelles relativement fermes.

Laurent Cantet, le sens du collectif, Marilou Duponchel et Quentin Mével
Playlist Society, février 2022, 144 pages

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3.5

« Un monde normaux », mais tant que ça

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Les éditions Lapin publient Un monde normaux, de Lorrain Oiseau. Une nouvelle fois, le lecteur est convié à un voyage en absurdie, contrées non-sensiques mâtinées de références diverses.

Les prétentions graphiques d’Un monde normaux ne dépassent pas le stade purement fonctionnel. Et pour cause : dans la plupart de ces courts récits, condensés en une ou deux planches, les vignettes se succèdent en reproduisant le plus souvent les mêmes dessins. L’intérêt de l’album se situe donc ailleurs : Lorrain Oiseau s’emploie à poser un regard ironique sur le monde et son actualité. Il promène le lecteur dans des univers absurdes, en osmose parfaite avec les dernières publications des éditions Lapin – on songe spontanément à Tout ou rien, Fernand ou Bonsoir. Ce dernier était d’ailleurs basé sur le détournement, sous forme d’hommage, de certains films d’horreur. Un monde normaux ne se prive pas d’user des mêmes ressorts, puisqu’il convie Jurassic Park, Alien, Shining ou Harry Potter. Il ne se cantonne toutefois pas au septième art, puisque des personnalités telles que Laurent Ruquier, Thomas Pesquet, Manuel Valls, Jean-Luc Mélenchon, Jeff Bezos, Charlie et, last but not least, Emmanuel Macron figurent également en bonne place dans l’album.

Certains concepts télévisés naissent-ils au détour d’une conversation d’urinoirs ? Un inspecteur de la criminelle, figure récurrente de l’album, peut-il faire à ce point preuve de négligence et de naïveté ? La novlangue des cités occasionne-t-elle de fâcheux malentendus ? Lorrain Oiseau s’amuse, force le trait, satirise des pans entiers de notre société. Et ce qu’il applique à l’endroit du « président des riches », il l’étend aux coiffeurs, aux haïkus ou aux formules de politesse débouchant sur des situations parfois gênantes. Il y a fort à parier qu’Un monde normaux vous paraîtra inégal. Au regard de ses thématiques variées et de la pluralité des effets comiques qu’il sollicite, c’est presque un truisme que de l’énoncer. Mais ça signifie aussi que vous y verrez des fulgurances, peut-être dans le cadre d’une éducation parentale sabordée, d’une étrange ingénierie aéronautique ou des effets secondaires de certains médicaments. Lorrain Oiseau parvient en tout cas très bien à faire ressortir les aspects les plus saugrenus de notre monde, dans ses petits travers comme dans ses grandes problématiques. Et une fois de plus, sans y prendre garde, l’humour agit comme un révélateur.

Un monde normaux, Lorrain Oiseau
Éditions Lapin, février 2022, 128 pages

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3

« West Legends : Butch Cassidy & The Wild Bunch » : sur les traces d’un mythe

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Les éditions Soleil publient le sixième tome de la collection West Legends, intitulé « Butch Cassidy & The Wild Bunch ». Le scénariste Christophe Bec et le dessinateur Michel Suro y narrent avec brio les aventures d’une horde sauvage traquée par des maréchaux moins vertueux qu’il n’y paraît.

Butch Cassidy. Voilà qui résonne forcément dans l’esprit des cinéphiles, qui y associent volontiers les noms de George Roy Hill et Paul Newman. Dans un autre registre, celui des planches du neuvième art, l’icône de l’Ouest vient désormais compléter une collection intitulée West Legends, publiée par les éditions Soleil, et comprenant déjà des albums (indispensables) sur Buffalo Bill, Wyatt Earp ou Wild Bill Hickok.

« Messieurs dames, comme à l’église, c’est l’heure de la quête ! » Butch Cassidy et sa horde sauvage ne se font pas prier pour détrousser les passagers de l’Express de Wilcox. Ils espèrent en tirer 100 000 dollars, que l’Union Pacific achemine vers la banque des Philippines. Le butin est finalement bien plus maigre, éminemment décevant, et les bandits vont chercher à se refaire en mettant la main sur les trésors d’une mine apparemment prometteuse. Le hic, c’est que le shérif Josiah Hazen est à leurs trousses, accompagnés de maréchaux prêts à en découdre. C’est cette traque obstinée, ce duel longtemps tenu à distance, que Christophe Bec et Michel Suro vont nous conter en clercs, en s’intéressant aussi aux dynamiques à l’œuvre dans chacun de ces groupes.

Lors d’une escale, Cassidy et ses hommes trouvent refuge au sein d’un monastère dirigé par le pasteur Whitcomb. Ce qu’ils y découvrent dépasse l’entendement : véritable secte repliée sur elle-même, pratiquant le cannibalisme et la torture, le prêtre et ses ouailles incarnent une noirceur bien supérieure à celle de Butch et ses hommes. Il est intéressant de noter que les maréchaux, en assassinant froidement un Indien seulement coupable de garder le silence sur la direction prise par la horde sauvage, se placent eux aussi en position d’infériorité morale sur Cassidy, qui au contraire rappelle quant à lui qu’il ne tire que sur les chevaux, et jamais sur les hommes qui les montent.

Dans un « Butch Cassidy & The Wild Bunch » bien ficelé, bons et méchants ne sont que des étiquettes schématiques, qu’il faut à tout prix relativiser. Les auteurs restituent par ailleurs habilement le Wyoming au seuil du XXe siècle. Ils y glissent toute une série de personnages, dont le Kid ou l’hébergeur Black Billy. Ils adressent une flèche à l’endroit de l’endoctrinement religieux, là où « offrir foi et espérance dans un monde plus juste » sert avant tout de prétexte à l’assouvissement de pulsions primaires et meurtrières. Ils laissent enfin le soin à Butch Cassidy de rappeler un épisode historique récemment confirmé par la science : les actes de cannibalisme dans la communauté de Jamestown, première colonie anglaise installée en Virginie, durant les famines de l’hiver 1610.

Joliment scénarisé et mis en images, « Butch Cassidy & The Wild Bunch » se montre à la hauteur d’une série engageante, qui n’a jamais peiné à immerger ses lecteurs dans les intrigues de l’Ouest, et à y faire cohabiter des fortes têtes aux nuances d’humanité savamment travaillées.

West Legends : Butch Cassidy & The Wild Bunch, Christophe Bec et Michel Suro
Soleil, janvier 2022, 64 pages

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3.5

« Les Ensorcelés » de Vincente Minnelli : quand l’art se fait enfer

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Dans la filmographie de Vincente Minnelli, Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful en VO) possède une place à part. Sortant en 1952, suivant Un Américain à Paris (1951) et précédant Tous en scène (1953), le film est complexe, plus sombre. Loin du Technicolor flamboyant des comédies musicales ayant fait sa réputation, le réalisateur opte ici pour un noir et blanc glacial à travers lequel explose un cynisme tragique. Retour sur l’une des plus belles, parce que crue et cruelle, représentation (à l’écran) du monde impitoyable du cinéma.

Hollywood ? Vous avez dit Hollywood ?

Parler d’un film portant sur l’art est une entreprise très vaste. L’art en tant que sujet rigoureusement documenté, passion ou quête absolue… Le cinéma offre profusion de films gravitant autour de cette galaxie. Malgré la multitude de possibilités, le cinéma étant lui-même le septième des arts, et pas des moindres, il semblait judicieux de revenir sur un film consacré à l’envers du décor de Hollywood. Un film, sans fards et sans paillettes, consacré à la fabrication d’un film et aux rouages de cette création mythique.

Hollywood, années 1950. Deux hommes et une femme se retrouvent dans le bureau de Harry Pebbel (Walter Pidgeon) à la « Shields pictures Inc. ». Fred Amiel (Barry Sullivan), cinéaste, Georgia Lorrison (Lana Turner), actrice et James Lee Bartlow (Dick Powell), scénariste, ont un point commun : tous ont côtoyé Jonathan Shields (Kirk Douglas), producteur mégalo et tyrannique. Une sorte de monstre sacré à qui ils doivent cependant tous une part de leur gloire. Un homme qui, jadis, inspirait la peur. Aujourd’hui, un homme déchu et haï. Alors que Pebbel tente de les convaincre de travailler à nouveau avec Shields, chacun conte tour à tour les raisons de cette rupture assumée.

Dans les années 1950, nombreux sont les films qui se lancent dans cette représentation des coulisses de l’industrie hollywoodienne. Cette usine à rêves empoisonnée. Ce lieu de tous les possibles. Et il y en a pour tous les goûts. Hollywood est une chimère du passé, fatale et mortelle chez Billy Wilder en 1950, dans Boulevard du Crépuscule. Deux ans plus tard, Hollywood devient plutôt l’étoffe dont sont fait non plus nos rêves irréalisables mais ceux qui deviennent réalité, dans Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Vous l’aurez compris : Les Ensorcelés nous entraîne dans cet univers défaitiste et non sur le nuage Technicolor d’un monde enchanté.

Une mise en abyme originelle pour un film original

Il n’est un secret pour personne qu’à cette époque, le poids des studios hollywoodiens est hors pair. Le choix d’adapter cette histoire de coulisses de George Bradshaw, publiée dans un magazine en 1949, relève de fait d’un pari particulièrement audacieux. Surtout puisque Vincente Minnelli critique ouvertement les dérives du cinéma, à travers la figure du producteur, cet artiste tout puissant en apparences. Si nous parlons d’une mise en abyme originelle, c’est justement parce que ce film est le fondement de tant d’autres critiques acerbes. Dans l’histoire du septième art, Les Ensorcelés marque donc un tournant majeur dans la représentation  du cinéma à l’écran. Un art dont les principaux intéressés en oublient vite l’aspect créatif, obnubilés par une superficialité, sorte de folie des grandeurs.

Ainsi, le scénario de Charles Schnee, récompensé par l’« Oscar du meilleur scénario adapté » en 1953, est crucial dans son propos. S’inspirant de figures réelles du monde du cinéma, à l’image de Diana Barrymore, laquelle serait à l’origine du personnage incarné par la brillante et magnétique Lana Turner, le scénariste propose un contenu acerbe, osé et efficace, ne lésinant en rien sur le cynisme.

D’un point de vue formel, le film est construit autour de trois flash-backs. Certes, en prenant en compte la production cinématographique antérieure, l’usage de flash-backs ne marque en rien une nouveauté. Depuis les films noirs notamment, flash-back et voix off peuplent grandement la production Hollywoodienne. Néanmoins, proposer de faire parler non pas la voix unique de Shields mais la multiplicité de celles de ses détracteurs est une approche assez inattendue. Dans Les Ensorcelés, les points de vue se multiplient à mesure que Shields devient un mirage du passé : il n’apparaît pas dans le présent mais bien tel ce mauvais souvenir à oublier.

Critiquer Hollywood… à Hollywood !

Nous l’avons dit : il en fallait du courage pour réaliser un film de cette envergure. Surtout à une époque où le succès à Hollywood effrayait autant qu’il était désiré. Un paradoxe illustré avec justesse par le titre anglais original, presque oxymorique. En un sens, c’est un regard amoureux mais conscient des dérives de Hollywood qui est illustré par le réalisateur, par le personnage de Jonathan Shields. Minnelli réalise sans doute l’un de ses films les plus beaux justement parce qu’il s’agit de l’un de ses films les moins édulcorés.

Contrairement à la majorité des films d’alors, Les Ensorcelés propose une fin en demi-teinte. Non pas un happy end attendu mais une réflexion noire et assez libre. Qu’est-ce que Hollywood, au fond ? Depuis son apparition, le cinéma est vendu comme un art. Les Ensorcelés ouvre la voie à une véritable réflexion autour du cinéma comme un produit non pas uniquement artistique mais capitaliste. Faire du cinéma, fabriquer un film, créer une histoire sont autant d’actes qui font jaillir les pires vices humains. Jonathan Shields se veut démiurge. Finalement, il est un anti-héros. Bien plus pion de la chaîne Hollywoodienne que Dieu tout puissant. Un artiste vicieux qui crée pour la pire des raisons : l’avidité. Alcoolisme, trahison, violence : l’artisan du cinéma n’est pas pur. Du moins, à Hollywood.

D’une certaine manière, telle est là la plus grande force des Ensorcelés. La capacité que possède Vincente Minnelli de détruire avec brio, en deux heures, la machine Hollywood en ajoutant, toutefois, une pierre indestructible à son édifice.

« Flux » : le nouveau totem logistique

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Sociologue et directeur de recherche au CEPED-IRD, Mathieu Quet s’intéresse dans Flux à la logistisation du monde, une opération s’accentuant de manière incrémentale et par laquelle mouvements et ressources de toutes sortes sont mathématisés, mis en relation et potentialisés.

Mathieu Quet le sait mieux que quiconque : la crise du Covid-19 a démontré les limites de systèmes, industriels, d’approvisionnement ou sanitaires, gérés en flux tendu, et de nature à se gripper au moindre revirement. Pendant des semaines, voire des mois, les rayons des supermarchés se sont dépeuplés de produits de première nécessité, des comptes d’apothicaire ont été tenus sur les capacités d’hospitalisation des hôpitaux et de leurs services de médecine aiguë, des acheminements exceptionnels de matériel médical en pénurie ont été programmés – et parfois détournés. Pour l’auteur de Flux, la pandémie a révélé les failles et incuries d’un système logistique englobant désormais toute chose, ou presque : l’apomédiation des réseaux sociaux, la place des containers sur un navire de transport, la redirection des migrants telle que prévue dans le cadre des politiques communautaires européennes, les chaînes de valeur désormais mondialisées, les systèmes de réservation en ligne ou encore la gestion et l’exploitation des données numériques.

« Comment la pensée logistique gouverne le monde » : le sous-titre du présent essai suppose deux choses, l’existence d’une pensée logistique et sa capacité à se projeter sur toute chose. On l’a vu, cette dernière est amplement étayée par l’auteur, de l’apparition des « clark », des palettes et des containers jusqu’au système actuel des soins de santé, considérant les soignants et les patients comme des intrants ou des extrants d’établissements désormais managés comme de banales entreprises. Ce que Flux cherche à démontrer, c’est surtout l’irrémédiabilité de la logistisation du monde et son incapacité à se préoccuper des besoins humains élémentaires, de l’intérêt collectif, mais aussi des questions environnementales. Mathieu Quet va même plus loin, puisqu’il met à cet égard les flux sur le banc des accusés, tout en en épinglant l’extrême vulnérabilité (blocages, détournements, imprévus logistiques…). Si le recours aux flux et à leur suivi informatique est tentant, l’optimisation qu’ils sont censés supporter dissimule mal leurs nombreuses fragilités. C’est l’une des principales énonciations du livre : la pensée logistique s’inscrit dans une objectivation mathématisée et déshumanisée du monde, essentiellement arc-boutée aux considérations marchandes, et tellement balisée et « juste-à-temps » que le moindre grain de sable – un convoi bloqué, un composant en pénurie, une frontière fermée… – peut suffire à mettre à mal tout l’édifice logistisé.

Flux, comment la pensée logistique gouverne le monde, Mathieu Quet
La Découverte/Zones, janvier 2022, 160 pages

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3.5

« La Démocratie disciplinée par la dette » : jusqu’à quand ?

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Chargé de recherche au CNRS, Benjamin Lemoine s’intéresse depuis plusieurs années aux dettes publiques et aux écheveaux systémiques qui les sous-tendent. Avec La Démocratie disciplinée par la dette, il revient à la fois sur les inégalités économiques, l’influence politique antidémocratique des créanciers et la nécessité de maintenir des safe assets comme lubrifiant de l’économie financière mondialisée.

De Paul Krugman à Frédéric Lordon en passant par Thomas Piketty ou Bruno Tinel, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le carcan des dettes publiques et des politiques austéritaires censées en assurer le remboursement. Déjà auteur de L’Ordre de la dette (La Découverte), Benjamin Lemoine se penche cette fois sur la manière dont les obligations d’État (OA) viennent altérer la démocratie, résultat des privilèges que s’octroie, au bout de la chaîne, une aristocratie financière au détriment d’investissements publics et de dépenses sociales pourtant profitables à une majorité de citoyens. Le chercheur au CNRS explique aussi que les accommodements à l’œuvre ces dernières années – quantitative easing, taux d’intérêt négatifs, OMT, etc. – ne sont que provisoires et servent avant tout à garantir la pérennité d’un système globalisé pour qui une dette publique sûre et liquide constitue un adjuvant indispensable.

Au cours d’une démonstration implacable, et enrichie de propos de première main, Benjamin Lemoine revient brièvement sur le processus de privatisation de la dette publique, sur la prépondérance actuelle du marktvolk (le marché) sur le straatvolk (le peuple), pour reprendre la terminologie de Wolfgang Streeck, ou encore sur les interventions de la Banque centrale européenne en matière d’assouplissement quantitatif afin d’éviter un effondrement du système de la dette et dans l’espoir de pouvoir revenir au statu quo ante. Ce qui ressort de La Démocratie disciplinée par la dette, c’est une forme de cynisme intéressé, qui encadre la volonté générale telle que théorisée par Jean-Jacques Rousseau à travers les arguments fallacieux de la gestion des finances publiques « en bon père de famille ». Pour que la dette continue de « rouler » sans heurts, il faut libéraliser l’économie, annihiler les entraves sur le marché du travail, restreindre les dépenses sociales, privilégier les taxes à la consommation par rapport à celles s’appliquant au patrimoine ou aux revenus…

Surtout, au cœur de sa réflexion, et cela irrigue l’ensemble de ce court essai, Benjamin Lemoine énonce les mécanismes à travers lesquels une aristocratie financière met l’État et son peuple en coupes réglées. Les détenteurs de dettes souveraines votent avec leur portefeuille : en achetant les titres émis par les États, eux-mêmes analysés et notés par des agences spécialisées, ils exercent une influence silencieuse, matérialisée par le taux auquel ils consentent à leur accorder leur confiance – et à leur prêter leur argent. Pour que ce taux demeure au plus bas, le pays qui émet des OA doit observer des politiques en adéquation avec les consensus de Washington et de Bruxelles. Et si par malheur les urnes accouchent d’un gouvernement hostile, ou dit « radical », à l’exemple de Syriza en Grèce, la dette et ses mécaniques sous-jacentes s’emploieront à discipliner les inflexions démocratiques amorcées… Mieux : les détenteurs de la dette publique, très majoritairement issus des classes supérieures, sont rémunérés par l’État avec l’argent du contribuable, alors même qu’une politique keynésienne classique aurait voulu qu’ils soient précisément taxés pour financer les politiques de redistribution mises en place en faveur de ce même contribuable. La discipline, certains la ressentent probablement davantage que d’autres.

La Démocratie disciplinée par la dette, Benjamin Lemoine
La Découverte, février 2022, 160 pages

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4

« Hurlevent », nouvelle série aux éditions Delcourt

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Les éditions Delcourt publient Hurlevent : La Nuit des chasseurs, de Fred Duval et Stéphane Créty. Dans un univers foisonnant, mêlant la Renaissance à l’heroic fantasy, on y suit les aventures d’Alceste de Hurlevent, un médecin issu de la noblesse et désormais banni.

Les terres de l’Hélios sont peu engageantes. Peuplées de rebuts, arides, cernées de montagnes, elles abritent des prisonniers, du criminel à l’indésirable, exploités en forçats afin de creuser des canaux censés rendre un jour les lieux fertiles. C’est là-bas qu’on retrouve l’ex-médecin Alceste de Hurlevent, issu d’une noble dynastie, mais tombé en disgrâce après avoir tué un proche du souverain William. Alceste, las, ne cache pas ses envies d’ailleurs : « Je suis épuisé de voir les orques s’éteindre et les hommes mourir de l’esclavage… » Mais il est difficile de se soustraire à la surveillance généralisée et au labeur qui lui incombe : permettre « l’accès au plus précieux des trésors : l’eau ».

Appelé à intervenir à la suite d’une explosion de lave dramatique – et mystérieuse – afin de soigner les blessés, Alceste de Hurlevent va aussi faire la rencontre du duc de Batz et de sa fille Anne, le premier ayant été blessé par l’immense thyrocéros qu’il était venu chasser. Fred Duval et Stéphane Créty accompagnent cette rencontre d’un double mouvement narratif : une plongée dans le passé de l’ex-médecin (le duc faisait partie des juges qui l’ont condamné) et l’initiation d’une relation ambiguë entre ce dernier et Anne. On peut même y ajouter un troisième versant si l’on se penche sur Ribou, le bras droit du duc, humilié par Alceste, qui a tranché la langue de sa vorace monture.

Il faut reconnaître à Hurlevent : La Nuit des chasseurs un certain charme : mariant l’heroic fantasy à une esthétique rappelant la Renaissance, généreux en créatures en tous genres, inventif quant à cette région impitoyable de l’Hélios, l’album convie monstres, orques, géants, humains, rapporteurs-oiseaux en à peine plus de 50 pages, sans jamais sacrifier son récit. Il laisse plusieurs questions en suspens, qui nourriront la suite des aventures d’Alceste de Hurlevent : une hypothétique libération, une (recon)quête familiale, un statut d’héroïne à parachever (pour la courageuse Anne), un magma se dispersant à travers les sillons et duquel émanent des créatures indéterminées… Les jalons semblent solides, à défaut de se révéler réellement surprenants.

Là où on peut exprimer davantage de réserves, c’est au niveau des dessins, assez inégaux, et notamment lorsque l’on se penche sur les représentations sommaires des vignettes de petite taille – mais pas que. C’est d’autant plus dommage que l’univers mis en place se prête volontiers à toutes sortes de sophistications figuratives – qu’on retrouve pour partie dans le bestiaire dessiné. Cela dit, l’ensemble tient la distance et n’est pas de nature à handicaper un album au demeurant plaisant et ponctué par un cahier graphique.

Hurlevent : La Nuit des chasseurs, Fred Duval et Stéphane Créty
Delcourt, janvier 2022, 56 pages

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3

« Stillwater » : le dôme de l’immortalité

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Chip Zdarsky et Ramon K. Pérez s’associent pour échafauder un Stillwater qui, par son ambiance et son effeuillage d’une communauté repliée sur elle-même, rappelle l’excellent diptyque Dôme, de Stephen King.

Dans Stillwater, la justice est toute-puissante, mais arbitraire, et entièrement incarnée par un seul homme. « Tant que vous êtes à l’intérieur de nos frontières érigées par Dieu, vous ne mourrez pas, vous ne vieillirez pas, vous guérirez. C’est la bénédiction de notre ville mais cette bénédiction s’accompagne de vigilance. » C’est en ces termes que le Juge verbalise ce qui caractérise la petite ville de Stillwater, sur laquelle il veille scrupuleusement, selon des principes qu’il a lui-même édictés. La vigilance dont il est question implique un contrôle strict des frontières : personne n’est autorisé à rejoindre ou quitter Stillwater en dehors de quelques situations exceptionnelles. De judicieux flashbacks confirment ce que tout lecteur pouvait pressentir : il s’agit de protéger la communauté et d’éviter que les autorités ne transforment ses membres en cobayes. Mais l’immortalité des habitants de Stillwater a signé le glas de leur liberté : épiés, cantonnés dans un espace clos, n’interagissant qu’avec les mêmes personnes, ils sont enfermés dans une prison à ciel ouvert, avec un secret de plus en plus lourd à porter.

Chip Zdarsky et Ramon K. Pérez font de Daniel leur personnage principal. Ce graphiste se rêvant écrivain, et dont le bureau est décoré de figurines en hommage à Garfield et Le Géant de fer, est licencié au début du récit en raison de son asociabilité. Il reçoit le lendemain un courrier l’informant qu’il doit se rendre à Stillwater pour bénéficier d’un héritage. C’est à travers ses yeux qu’on découvre les dessous de la ville : un gamin poussé dans le vide à partir d’un toit ne suscite tout au plus qu’un profond désintérêt, tandis qu’une rencontre avec le courroucé adjoint au shérif Ted témoigne de l’hostilité des lieux. Sans l’intervention inespérée de Laura, une habitante de Stillwater, Daniel aurait d’ailleurs mystérieusement « disparu » à la faveur des miliciens de Ted. Cette séquence initie d’ailleurs l’un des enjeux de ce comics : les origines de Daniel.

On ne peut évidemment s’empêcher de penser au diptyque Dôme, de Stephen King, quand on parcourt les pages de Stillwater. Le principal intérêt de ce premier tome réside en effet dans les mécaniques à l’œuvre dans une communauté repliée sur elle-même et soumise à des lois liberticides. Ce dernier point a une importance capitale : il préside à la formation d’un groupe de protestataires, désireux de faire évoluer les règles afin de s’ouvrir davantage au monde extérieur. Ce à quoi le Juge répondra, avec colère : « Sans moi, sans ces lois, vous auriez tous été disséqués par le gouvernement. Arrachés à vos foyers, dépouillés de vos droits. » Deux visions antagoniques s’affrontent… et Ted se tient prêt à en exploiter les débordements.

Même si l’on peine à croire que l’immortalité d’une ville entière aurait pu passer inaperçue dans nos économies occidentales mondialisées et 2.0, Stillwater parvient à faire mouche. Rythmé, pertinent dans le point de vue adopté, densifié par quelques réflexions connexes – la cruauté faite aux animaux, le contraste entre la maturation de l’esprit et l’immuabilité du corps… –, l’album de Chip Zdarsky et Ramon K. Pérez évoque également, de bout en bout, les conditions dans lesquelles une communauté peut accepter de voir ses libertés suspendues au nom de sa sécurité. Cette question, continuellement remise au centre du débat public (à l’occasion des lois d’urgence, des dispositifs sanitaires, etc.), apparaît ici réduite à son étiage philosophique, mais néanmoins habilement exploitée. Quant aux dessins, ils font leur œuvre, Ramon K. Pérez s’amusant notamment à jouer avec les reflets de couleurs (ceux des flammes par exemple) ou les surexpositions lumineuses.

Stillwater, Chip Zdarsky et Ramon K. Pérez
Delcourt, janvier 2022, 144 pages

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4

Les Jeunes Amants de Carine Tardieu : s’aimer jusqu’aux fantômes

Si dès la lecture du titre, Les Jeunes Amants respire et rappelle les amoureux des bancs publics, c’est dans la douleur que sa réalisatrice, Carine Tardieu reprend le projet de Solveig Anspach, partie à 54 ans du cancer qu’elle évoquait dans un de ses plus films les plus reconnus, Haut les coeurs, en 1999. Trois ans plus tard, déconstruit puis recomposé, le récit très autobiographique est celui d’une relation défiant les conventions de la comédie romantique.

Résumé : Shauna, 70 ans, libre et indépendante, a mis sa vie amoureuse de côté. Elle est cependant troublée par la présence de Pierre, cet homme de 45 ans qu’elle avait tout juste croisé, des années plus tôt. Et contre toute attente, Pierre ne voit pas en elle “une femme d’un certain âge”, mais une femme, désirable, qu’il n’a pas peur d’aimer. A ceci près que Pierre est marié et père de famille. 

De si beaux esprits

Une belle idée devenue réplique marque le prologue de ce film mettant en scène la rencontre de ses deux amants, dans un hôpital. Pierre, le médecin, veille l’amie de Shauna, mourante. Elle, dans l’attente d’un dernier soupir, désemparée, erre dans les couloirs. Il vient donc la voir, ils discutent : devant la chambre, il lui lâche quelques mots se résumant ainsi « pour l’instant, nous respirons le même air, alors nous allons en profiter ensemble ». Quand Shauna s’évapore, quelques plans plus tard, elle a oublié une photo dans le dossier médical de Pierre, qui la gardera des années. Ces scènes sont justement celles qui ont été réécrites, rajoutées au premier jet du scénario. Carine Tardieu raconte alors que sur le point d’avoir un enfant, elle voulait apporter à ce film une note plus positive que ce qu’elle avait lu au premier abord. Et ces absences entêtantes, très cinématographiques ici, sont celles qui matérialisent la naissance d’un sentiment.

La nuit américaine

Dans sa maison de bord de mer irlandaise, Shauna revoit Pierre des années plus tard, dont elle ne se rappelle plus du tout. Tout comme lui, le spectateur peut être désemparé : pour eux deux, c’était hier. Est-elle malade? Feint-elle l’évidence? C’est après coup que nous percevons que ce récit nous place dans la position de l’amant pour mieux nous embarquer dans cette histoire romantique, sans prendre le temps de laisser une question s’y poser. L’orgueil blessé d’un sentiment est terrible : il l’amène à creuser, à questionner sans cesse pour retrouver ce qui lui a donné vie, un jour. Hébergé pour une nuit dans cette maison branlante, Pierre sort en pleine nuit, cherche Shauna et lui parle, lui rappelle tout, lui rend la photo oubliée. Ici naissent les histoires, dans une superbe nuit américaine, cette nuit née d’une journée, une des techniques cinématographiques les plus belles à mettre en scène et pourtant si difficile à réaliser. Quelque chose finalement d’aussi fragile que la romance dont nous venons de voir la naissance.

Fantômes contre fantômes

En choisissant l’iconique Fanny Ardant pour convoquer les beaux fantômes de la Nouvelle Vague, Carine Tardieu confronte son film à tout un passé de romantisme dans le cinéma français, celui-là même qui osa aborder en son temps tous les sujets clivants. La différence d’âge, déjà dans Mourir d’aimer, d’André Cayatte en 1971, mais aussi l’adultère, dans La peau douce, en 1964. Fanny Ardant, ce sont des souvenirs de cinéma de François Truffaut, dès 81 avec la femme d’à côtéCertains spectateurs les convoqueront, les autres ne se poseront peut-être pas autant de questions. Et tous ne verront plus la différence d’âge comme un sujet, car si souvent les hommes ont convolé avec des femmes plus jeunes au cinéma, de n’importe que James Bond en passant par Pretty Woman, sans jamais relever de commentaires, ici quand la situation se renverse, c’est toute une rééducation qui s’opère, avec beaucoup de savoir-faire. Il y a un défi cinématographique à relever ici, tout autant que la question sociétale formulée par Jeanne, la femme de Pierre tombant amoureux d’une femme plus âgée que lui : « mais enfin, c’est une vieille dame » lâche t-elle, aussi triste que méchante.

De personnages en personnes

Si Les Jeunes Amants est aussi généreux avec ses personnages, nourri par les performances de comédiens aussi touchants les uns que les autres, c’est peut-être aussi pour redonner corps à ces oubliés des grandes histoires, de tous les Roméo et Juliette venus faire un tour sur les écrans. Derrière ces amoureux, des familles, des délaissés et des amis ont souvent été mis de côté, méprisés par les grandes scènes d’empoignade. Donner ainsi à ces personnages secondaires l’enveloppe nécessaire pour exister, c’était un des choix du script, courageux, ne jugeant rien ni personne car il doit faire avec cette histoire un peu folle qui dépasse tout le monde. Ce film pour les autres rappelle qu’à chaque rencontre amoureuse, la raison s’ignore, pas les sentiments : il a le coeur pour tous les mettre en scène.

Bande annonce

Fiche technique

Réalisation : Carine Tardieu
Scénario : Agnès de Sacy, Carine Tardieu, Sólveig Anspach, Raphaële Moussafir, d’après une idée originale de Sólveig AnspachProduction : Patrick Sobelman
Production délégué : Antoine Rein, Fabrice Goldstein
Image : Elin Kirschfink
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Musique originale : Éric Slabiak
Son : Ivan Dumas
Montage : Christel Dewynter
Direction de production : Marianne Germain
Costumes : Isabelle Pannetier
1er assistant réalisation : Mathieu Vaillant