« West Legends : Butch Cassidy & The Wild Bunch » : sur les traces d’un mythe

Les éditions Soleil publient le sixième tome de la collection West Legends, intitulé « Butch Cassidy & The Wild Bunch ». Le scénariste Christophe Bec et le dessinateur Michel Suro y narrent avec brio les aventures d’une horde sauvage traquée par des maréchaux moins vertueux qu’il n’y paraît.

Butch Cassidy. Voilà qui résonne forcément dans l’esprit des cinéphiles, qui y associent volontiers les noms de George Roy Hill et Paul Newman. Dans un autre registre, celui des planches du neuvième art, l’icône de l’Ouest vient désormais compléter une collection intitulée West Legends, publiée par les éditions Soleil, et comprenant déjà des albums (indispensables) sur Buffalo Bill, Wyatt Earp ou Wild Bill Hickok.

« Messieurs dames, comme à l’église, c’est l’heure de la quête ! » Butch Cassidy et sa horde sauvage ne se font pas prier pour détrousser les passagers de l’Express de Wilcox. Ils espèrent en tirer 100 000 dollars, que l’Union Pacific achemine vers la banque des Philippines. Le butin est finalement bien plus maigre, éminemment décevant, et les bandits vont chercher à se refaire en mettant la main sur les trésors d’une mine apparemment prometteuse. Le hic, c’est que le shérif Josiah Hazen est à leurs trousses, accompagnés de maréchaux prêts à en découdre. C’est cette traque obstinée, ce duel longtemps tenu à distance, que Christophe Bec et Michel Suro vont nous conter en clercs, en s’intéressant aussi aux dynamiques à l’œuvre dans chacun de ces groupes.

Lors d’une escale, Cassidy et ses hommes trouvent refuge au sein d’un monastère dirigé par le pasteur Whitcomb. Ce qu’ils y découvrent dépasse l’entendement : véritable secte repliée sur elle-même, pratiquant le cannibalisme et la torture, le prêtre et ses ouailles incarnent une noirceur bien supérieure à celle de Butch et ses hommes. Il est intéressant de noter que les maréchaux, en assassinant froidement un Indien seulement coupable de garder le silence sur la direction prise par la horde sauvage, se placent eux aussi en position d’infériorité morale sur Cassidy, qui au contraire rappelle quant à lui qu’il ne tire que sur les chevaux, et jamais sur les hommes qui les montent.

Dans un « Butch Cassidy & The Wild Bunch » bien ficelé, bons et méchants ne sont que des étiquettes schématiques, qu’il faut à tout prix relativiser. Les auteurs restituent par ailleurs habilement le Wyoming au seuil du XXe siècle. Ils y glissent toute une série de personnages, dont le Kid ou l’hébergeur Black Billy. Ils adressent une flèche à l’endroit de l’endoctrinement religieux, là où « offrir foi et espérance dans un monde plus juste » sert avant tout de prétexte à l’assouvissement de pulsions primaires et meurtrières. Ils laissent enfin le soin à Butch Cassidy de rappeler un épisode historique récemment confirmé par la science : les actes de cannibalisme dans la communauté de Jamestown, première colonie anglaise installée en Virginie, durant les famines de l’hiver 1610.

Joliment scénarisé et mis en images, « Butch Cassidy & The Wild Bunch » se montre à la hauteur d’une série engageante, qui n’a jamais peiné à immerger ses lecteurs dans les intrigues de l’Ouest, et à y faire cohabiter des fortes têtes aux nuances d’humanité savamment travaillées.

West Legends : Butch Cassidy & The Wild Bunch, Christophe Bec et Michel Suro
Soleil, janvier 2022, 64 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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