L’Aurore, de Friedrich-Wilhelm Murnau

A la fin des années 20, le cinéma muet entame le virage crépusculaire qui coïncidera avec l’arrivée du parlant. En 1927, Murnau est sollicité par la Fox pour réaliser l’Aurore. L’histoire d’un homme (George O’Brien) et d’une femme (Janet Gaynor) qui retrouvent l’amour perdu. Paradoxalement, ce film considéré aujourd’hui comme un monument du cinéma est éclipsé à sa sortie par Le Chanteur de Jazz, premier film parlant de l’histoire. Ce n’est que bien plus tard que l’Aurore accèdera à son statut de film culte.

Le cinéma s’invente

Avec l’Aurore, Murnau trouve un terrain d’expérimentation fantastique. Non seulement les studios mettent à sa disposition profusion de décors – en particulier ceux de la ville – mais l’assistance technique dont va bénéficier le réalisateur de Nosferatu, Faust et du Dernier des hommes va être sans commune mesure. Pour la partition musicale donc mais surtout pour la richesse des inventions visuelles. Plans séquences, travellings audacieux, effets de transparence ou de superposition, toute la palette technique de la mise en scène semble être expérimentée par Murnau. A l’image du plan séquence qui voit l’Homme rejoindre sa maîtresse ou bien des scènes qui voient les deux paysans découvrir les merveilles de la ville.

A la poursuite du cochon noir

Un des « personnages » clés du film est le cochon. Vous savez, ce drôle de cochon qui, à la fête foraine, se fait la malle au nez et à la barbe de son dresseur. Puis qui file jusqu’aux cuisines du restaurant où il étanchera sa soif avec une bouteille de vin tombée par terre. Le premier cochon soûl de l’histoire du cinéma ! Ce cochon, noir aux deux sens du terme, c’est un peu la version tirebouchonnée du lapin blanc de Lewis Carrol. Lorsqu’il se carapate, filant entre les pieds des visiteurs, il semble inviter le couple à le suivre… au pays des merveilles. Quelques minutes plus tard Le couple exécute une danse paysanne à la joie des spectateurs mais surtout de Janet Gaynor qui ne rêvait que de ça.

L’amour réinventé

L’ivresse du cochon préfigure celle des deux amoureux littéralement ébahis par les surprises que la ville leur réserve. Une sorte d’Eden comme en témoigne la scène où le couple, réconcilié, traverse une rue pleine de voitures tandis que le fond se transforme en jardin. Un paradis où les occasions de s’encanailler ne vont pas manquer. A ce titre, la visite chez le photographe est sans doute la plus intéressante. Tandis que celui-ci plonge la tête dans son daguerréotype, pour procéder à quelque réglage, les deux amoureux se bécotent comme deux gosses risquant d’être pris en faute. Et un peu plus loin, on les retrouve intenables en train de chahuter sur un canapé, brisant une statue de décoration. Bêtise qu’ils se garderont bien d’avouer.

Leçon de vie

Alors certes, L’Aurore est d’abord un mélo, à l’image de la première partie du film portant sur l’adultère ou de ce final qui rebat les cartes de façon dramatique. Mais avec ce tableau central du triptyque consacré à la ville, Murnau illustre à merveille cette idée universelle selon laquelle il n’y pas de meilleur remède à la routine dans la vie d’un couple que des moments de partage, de fantaisie et de complicité. Copains comme cochons plutôt qu’amants transis en quelque sorte.

Une vraie leçon d’amour.

Bande-annonce : L’Aurore, de Friedrich-Wilhelm Murnau

Fiche technique :

  • Titre original : Sunrise
  • Sous-titre : A Song of Two Humans
  • Réalisation : Friedrich-Wilhelm Murnau
  • Scénario et découpage : Carl Mayer d’après A Trip to Tilsitt (Histoires lituaniennes) de Hermann Suderman
  • Photographie : Charles Rosher et Karl Struss
  • Assistant metteur en scène : Herman Bing
  • Décors : Rochus Gliese
  • Musique postsynchronisée : Hugo Risenfeld
  • Procédé sonore : Movitone
  • Production : William Fox
  • Société de production et de distribution : Fox Film Corporation
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Sortie : 23/12/1927
  • Format : Noir et blanc – muet (33 intertitres en anglais)
  • Durée : 95 minutes (11 bobines)

 

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