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Game of thrones : saisons 1-4 : Critique

Critique Game of thrones : saisons 1-4  : Où nous mène la folie des hommes ?

Fruit d’une union illégitime de Lord Stark, Jon Snow se prépare à intégrer la fameuse Garde de Nuit. Depuis des siècles, cette confrérie protège le royaume de toute créature pouvant provenir d’au-delà de l’immense Mur protecteur septentrional. En Orient, sur le continent d’Essos, l’héritier «légitime» en exil des Sept Couronnes, Viserys Targaryen, se prépare à reconquérir le royaume. Prêt à tout, le fils d’Aerys projette de marier sa jeune sœur Daenerys à Khal Drogo, seigneur de guerre des Dothrakis, afin d’obtenir une alliance avec la puissante horde de cavaliers nomades qu’il dirige. Mais le lunatique Viserys n’a peut-être pas hérité que du titre de son père.

Cela fait maintenant trois ans, que Game of thrones s’est faite une place dans la culture populaire. Au fil des épisodes, nous  découvrons le monde de Westeros, ses intrigues complexes, ses personnages haut en couleurs, sa violence et ses guerres de successions. Au cours des 4 saisons qui ont tenu en haleine une bonne partie des spectateurs, le succès n’a jamais été démenti et l’accueil critique extrêmement positif, annonçant déjà la série comme le nouveau standard de qualité télévisuelle. Mais beaucoup de show tendent à perdre de leur superbe au fil du temps, en témoigne les dernières saisons d’How I met your Mother bien inférieures à ses débuts prometteurs. C’est sur cette voie que semble s’engager la saga portée par David Benioff et D.B Weiss, car si pendant ses premières années, Game of thrones est un colosse inattaquable, depuis quelques temps, les légers bruissements d’une lassitude commencent à se faire sentir. Tout le monde n’aime pas le trône de fer : certains méprisent tout simplement la série, et d’autres finissent par trouver que cela ne mène finalement nulle part.

La série dispose encore d’une communauté de fans assez conséquente. Cette critique qui résulte d’un avis personnel, n’a aucune vocation à devenir canonique, et ne porte que sur la série elle-même (son écriture, son interprétation, sa réalisation), sachant qu’il ne sera pas fait ici référence aux livres de G.R.R Martin.

Bien sur les qualités de la série sont indéniables, la première de toute étant bien sur son interprétation générale. Les directeurs de castings ont du flair : chaque acteur est à sa place et joue son rôle parfaitement. D’autant plus étonnant qu’aucun acteur ne peut être considéré comme une tête d’affiche. Sean Bean qui fut le méchant dans Goldeneye et Boromir dans La communauté de l’anneau, est peut être le seul à pouvoir prétendre à ce titre, et encore, il n’est qu’un visage familier. Tous les autres sont souvent de parfaits inconnus aux yeux de la majorité, et n’ont pas toujours l’occasion de briller. Qui se souvient que Jason Momoa avait le rôle titre dans le reboot de Conan avant d’être Khal Drogo le chef barbare, ou que Lena Headey était la reine Gorgo dans 300 avant d’être Cersei Lannister ? Beaucoup de seconds couteaux qui ont explosé à l’écran en jouant des personnages cyniques, pervers, machiavéliques. L’exemple le plus marquant étant celui de Peter Dinklage, quasiment inconnu avant son interprétation de Tyrion, le nain plus intelligent que la moyenne.

Nous pourrions écrire des pages entières sur chaque protagoniste et la manière avec laquelle chaque acteur s’est approprié le rôle avec aisance. Nous pourrions également démontrer comment certains choix de casting tiennent de l’évidence même, comme Charles Dance, le tueur à l’œil de verre de Last Action Hero, qui campe un Tywin fascinant et glacial. Ses dialogues avec Maisie William/Arya Stark font partie des moments d’anthologies de la série tant la tension est à son paroxysme. Le credo est donc simple, à chaque figure, l’acteur qui lui faut. Simple mais parfois trop efficace, car emportés dans leurs élans, certains se retrouvent trop charismatiques dans leur propre rôle. C’est le cas d’Oberyn Martell, incarné avec malice par le chilien Pedro Pascal, lui aussi quasiment inconnu, qui est rapidement devenu la nouvelle coqueluche des fans avant d’être brutalement éliminé. C’est l’un premiers défaut de la série : elle provoque trop souvent la frustration, celle de voir un personnage que l’on apprécie grandement être trop rapidement éliminé. Après avoir glané quelques renseignements ça et là, il apparaît que le personnage en question, Oberyn, n’a pas tant d’importance que cela dans le roman. Pourtant les créateurs en on fait une sorte de nouvel héros providentiel, séduisant et rayonnant, sûrement pour retarder certains twist des livres, et  laisser du temps à Martin pour continuer sa saga. Mais voilà certaines choses sont écrites et à moins d’assumer totalement une rupture avec le matériau originel (le roman) et partir dans une autre direction, il est impossible de se soustraire à ce qui est prévu. Après nous avoir fait miroiter ce nouveau personnage haut en couleur, ils le suppriment, donnant à son histoire de vengeance l’apparence d’un pétard mouillé. Ce décès ne révèle pas seulement l’erreur d’un trop bon casting (espérons que Pedro Pascal aura une belle carrière après Game of thrones), mais également un certain ralentissement de l’intrigue.

Les premières saisons filent à une vitesse folle, mais dans la 4ième on se surprend souvent à penser qu’il ne se passe rien : les errances d’Arya et du Limier n’en finissent pas, le procès de Tyrion s’éternise, la bataille du mur ne vient jamais et Daenerys reste la plupart du temps assise sur son trône à écouter des doléances. Où sont passés les complots, les conversations fascinantes ? Quand on sait que la série risque dangereusement de rattraper la publication, on peut alors comprendre que les auteurs tentent le tout pour le tout avec du remplissage, seulement il faut assumer ses choix, et terminer sur une image gore, ne cache pas forcément la vacuité du procédé. En cela, l’écriture de la série accuse quelques faiblesses, devant jouer entre les standards télévisuels (60 minutes par épisodes) et la fidélité au roman, il s’agit alors de ne jamais trop en révéler sans pour autant perdre le rythme. Alors parfois, on ne saisit pas vraiment où ils veulent en venir, pourquoi un tel agit ainsi à tel moment (par exemple Rob Stark qui se présente à un mariage chez Walder Frey qu’il à insulté auparavant, sans armes, ni gardes du corps). En essayant de montrer un maximum d’événements en un laps de temps très court, on finit par voir des épisodes au format une minute = un personnage. Donc on attend la suite du twist de l’épisode précédent et on nous montre autre chose, ajoutant encore plus à la frustration. Quelques révélations foireuses renforcent encore ce sentiment amère : quelle est l’utilité de révéler que le Mestre Pycelle est en fait en pleine forme et joue la comédie ? Et d’où sort l’armée de Stannis pendant la bataille du mur ? Des questions qui tendent à s’accumuler de plus en plus mais que la série passe sous silence en continuant d’avancer dans son univers somptueux.

La direction artistique n’a quant à elle, quasiment rien à se reprocher. Les costumes sont réussis, donnant une autre image que celle trop stéréotypée des productions médiévales habituelles : de même pour les décors extrêmement variés, peut être manquant un peu de vie et de détails, mais l’effet fonctionne. Les effets numériques sont aussi de très bonnes qualité, ce qui est plutôt rare à la télévision. En revanche la réalisation n’est pas toujours au top. Les combats sont souvent brouillions et mal cadrés (l’affrontement entre Oberyn et La montagne faisant penser à une envolée lyrique du monteur d’Intervilles), ou parfois vaguement chorégraphiés (le duel Brienne/Le limier). L’image manque souvent de poésie, restant tout simplement lisse, de bonne facture mais sans âme, là où d’autres séries comme Hannibal ou American Horror story multiplient leurs expérimentations, Games of thrones reste désespérément plate, rattrapée de justesse par la musique efficace de Ramin Djawadi.

Au final, la série ne manque pas de potentiel mais semble peiner à choisir son camp. Au début on parle de réalisme, et plus l’intrigue avance, plus on se retrouve confronté aux poncifs de l’héroic fantasy classique : d’abords les dragons, justifié par l’idée des vestiges d’une ancienne civilisation, puis la magie noire pratiquée par la sorcière Melissandre, et puis dernièrement des squelettes et des farfadets, finissant par donner à l’ensemble l’impression d’un scénario écrit au cours d’une interminable partie de Donjons & Dragons. Une succession de deus ex machina qui semblent à chaque fois résoudre l’intrigue facilement quand elle va dans le mur. Multipliant également à outrance les personnages et les sous intrigues, le discours se trouve dilué, on ne sait plus qui est juste, qui est mauvais, et l’on perd le questionnement originel de l’auteur … On peut trouver des similitudes entre son univers et le notre bien sur : La guerre des roses, le mur d’Adrien, la chute des grands empires après la première guerre mondiale, l’inquisition… mais pour mener à quoi ? La tradition semble vouloir que les gentils finissent mal et que les méchants gagnent, ou alors ils se retrouvent dans un processus de rédemption classique (Jaimie Lanister, enflure notoire qui devient droit et juste après une mutilation et une rencontre amoureuse…), tant mieux si ça marche, mais où cela va t’il bien finir ?… On assiste plutôt à une succession de meurtres et de complots qu’a une véritable réflexion crépusculaire.

Mais le plus gros reproche que l’on peut faire à la série vient plutôt de ce qui l’entoure, de l’aura de culte qui la protège qui peut s’expliquer par une utilisation intelligente de la culture du spoil. Souvenez vous il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas si grave de raconter un détail de l’intrigue pour discuter du dernier épisode avec ses amis, aujourd’hui cela ne semble plus possible. Game of thrones se compose de twists nombreux dispersés un peu partout, quand auparavant ce genre de ficelles était réservé pour les milieux et fins de saison. Alors raconter le moindre point sensible peut dès lors ruiner la surprise de ceux qui ont pris du retard. Ainsi, nous aimons tous la série, mais nous n’en discutons pas, de peur de froisser, d’où la difficulté de prendre du recul et de critiquer (dans le sens peser les qualités et les défauts). Car seulement dire « c’était bien » ou « c’était pas terrible » sans pouvoir argumenter par derrière avec force de détails, tue le débat dans l’œuf. Sans compter un nombre conséquent de fans qui semblent prendre personnellement toute attaque faite à l’univers de Westeros. Par exemple, malgré une critique portant exclusivement sur la série, il y aura toujours quelqu’un pour venir ré-expliquer toute la complexité de l’œuvre de Martin, que cet univers est vaste, mais l’on est en droit de juger la série en tant que telle. Sans être de piètre qualité, elle n’atteint pas toujours des sommets et n’est certainement pas constante dans sa réussite.

Au fond, osons : est ce que Games of thrones est vraiment la meilleure série du moment ? Ou ne profite t’elle pas d’une certaine « hype » grâce à HBO qui est à la télévision ce que Pixar est au film d’animation, une tour d’ivoire, laissant dans l’ombre tant d’autres séries qui mériteraient toute une attention toute aussi particulière (comme Black Mirror ou Black sails) ? Ouvrons dès lors le débat.

Synopsis : Sur le continent de Westeros, le roi Robert Baratheon règne sur le Royaume des Sept Couronnes depuis dix-sept ans, suite à la victoire de la rébellion qu’il a menée contre le « roi fou » Aerys II Targaryen. Jon Arryn, son guide et principal conseiller, vient de décéder. Le roi part alors dans le nord du royaume demander à son vieil ami Eddard Stark (Ned) de remplacer leur regretté mentor au poste de « main du roi ». Eddard, seigneur suzerain du Nord, accepte à contre-cœur de partir à la cour avec ses deux filles, Sansa et Arya.

Fiche technique : Game of thrones

Titre original: Game of thrones
Genre: Drame, Fantaisie
Créateur(s): David Bennioff, D.B Weiss, George R.R Martin
Avec: Peter Dinklage, Charles Dance, Emillia Clarke, Kit Harington, Lena Headey, Nikolaj Coster-Waldau, Sean Bean…
Production: Mark Huffam, Franck Doelger
Pays d’origine: États-Unis
Date: 2011
Chaîne d’origine: HBO
Épisodes: 40
Durée: 50 à 63 min
Statut: en cours (saison 5 annoncée)
Auteur de la critique: Vincent Baudart

 

Redacteur LeMagduCiné