Accueil Blog Page 188

Miraculous – Le film, cocktail insipide

Succès planétaire depuis son arrivée dans les foyers en 2015, la série animée Miraculous : Les Aventures de Ladybug et Chat Noir s’inscrit désormais dans l’imaginaire collectif d’enfants, d’adolescents et de parents. Le film adapté par Jeremy Zag ne manque donc pas de créer de l’engouement, avant que tout espoir de divertissement ne s’effondre dans ce qui semble être un gloubi-boulga musical, romantique et super-héroïque. Chacun de ces arguments échoue malheureusement sur le grand écran, dont le désastre est proportionnel à son budget pharaonique.

Synopsis : Ladybug va devoir unir ses forces avec Chat Noir, le charismatique justicier masqué qui n’a pas sa langue dans sa poche, pour affronter le Papillon et sa horde de super-vilains, alors que ceux-ci menacent de détruire Paris. Mais, alors que les deux héros se rapprochent, Marinette ignore que derrière son mystérieux complice se cache Adrien, le camarade de classe dont elle est amoureuse…

Rockstar de compétition sur la scène locale et internationale, nous sommes bien loin du miracle annoncé dans cette animation à la 3D bien léchée, qui en oublie l’identité sur laquelle la série a bâti son succès. Que l’on soit fin gourmet de cette sucrerie matinale sur TF1 ou un accompagnant qui découvre la première fois tout un tas de héros collégiens qui prennent d’assaut la capitale parisienne, il y a de quoi prendre à malin plaisir à diffuser une aura positive, afin de conquérir le cœur de nouveaux fans. Hélas, le résultat est consternant. Le producteur et compositeur français Jeremy Zag est seul à la barre d’un projet ambitieux et qui jongle constamment entre les genres sans réellement savoir quoi en faire. Sans Thomas Astruc, la dramaturgie est inexistante et ce vide laisse place à une chimère sans humour, sans émotion et sans saveur.

Cocci claque et chaton flop

Paris est menacé par tout un troupeau de vilains, mais les forces du bien ont souvent le dernier mot dans cette affaire. L’ouverture compte sur la voix-off du maître Fu pour mettre les choses au clair, une démarche qui ne s’éternise pas plus que ça en illustration et tant mieux. Mais pour que ce soit limpide pour tous, plusieurs chansonnettes, qui souhaitent emprunter à Disney son champ musical, freine tout envie de poursuivre cette aventure colorée et surstylisée dans des apartés qui ne font que répéter ce qui a déjà été dit un peu plutôt. Amplifier les émotions et mettre des mots sur les enjeux, voilà les véritables motivations de ces scénettes, dispensables et qui ne baignent pas dans un rêve bleu quand elles ne constituent pas un prétexte clipesque pour récupérer l’attention des plus jeunes spectateurs, ceux-là même qui ne vont fondamentalement rien apprendre de plus que dans leur feuilleton matinal.

Nous suivons le parcours de Marinette Dupain-Cheng, dont les parents ont l’air plus préoccupés à soigner le glaçage de leurs pâtisseries que d’assister leur fille en détresse. Mal dans sa peau, mal dans son environnement, la jeune collégienne enchaîne les maladresses jusqu’à ce que des boucles d’oreilles magiques lui apportent plus de chance dans sa vie. Elle devient ainsi la Ladybug et combat des individus remplis de haine aux côtés de Chat Noir, un Miraculous complémentaire. La première est mue part un désir de création, tandis que le second est possédé par un esprit de destruction. Pas étonnant, sachant que celui qui se cache sous le costume du félin, Adrien Agreste, est endeuillé par la récente disparition de sa mère. Il s’agit donc de leur alter ego, une personnalité opposée à leur humeur et dont le masque est trop fin pour que ne fasse pas le pont avec leur vie d’adolescent respectif.

Destruction d’une création

La Ville Lumière, cité romantique par excellence, difficile de croire en ces aspects avec des développements de personnages rushés, si bien que les transitions sont brutales, que les traumatismes sont apaisés d’une scène à l’autre et que les chansons aspirent tout le lyrisme des comédies musicales des films d’animation de la maison Mickey. Les voix ne sont plus les mêmes au chant et il n’y a aucun intérêt à rejouer un refrain aussi niais toutes les dix minutes. Pas non plus de fulgurance de mise en scène pour s’autoriser un peu d’air dans des séquences très statiques, avec des travellings timides, quand on n’assiste pas simplement à un champ-contrechamp. Viser un modèle hollywoodien enlève tout ce qu’il y a de frenchy dans ce monde qui n’a plus d’ambiguïtés pour le spectateur, à qui on sert un jambon-beurre en espérant le faire frémir. Seulement, nous connaissons déjà toutes ses subtilités et sa formule, bien qu’elle soit efficace, elle manque de nous faire découvrir une nouvelle saveur.

Dans la poignée de scènes marquantes, il n’y a que la catastrophe des Tuileries qui sort du lot. Mais une fois encore, plusieurs envolées épiques sont gâchées par une chanson agaçante ou par une résolution trop brusque. La mission de purification des âmes, le nœud romantique corsé et le rapport à la paternité, tout cela passe à la trappe dans cette aventure inoffensive. Ce programme aurait sans doute trouvé une meilleure place comme l’épisode spécial Miraculous World : Shanghai, la légende de Ladydragon, un genre de téléfilm qui ne trahit pas l’ADN d’une œuvre qui n’avait pas besoin que l’on vienne salir son image avec cet hommage honteux à 80 millions d’euros. Miraculous – le film est donc loin de satisfaire les attentes d’un public qui attendait un minimum de subtilités ou de renouer avec leurs héros favoris. Loupé, car Adrien a perdu ses neuf vies et son charisme, tandis que Marinette passe à côté de ses enjeux dramatiques. Rappelons que ces deux personnages s’aiment secrètement suivant le costume qu’ils portent. Hélas, il faut se résigner à rattraper le miracle qui s’est envolé.

Bande-annonce : Miraculous – Le film

Fiche technique : Miraculous – Le film

Réalisation : Jeremy Zag
Scénario : Jeremy Zag, Bettina López Mendoza, Thomas Astruc
Direction artistique : Jerôme Cointre
Musique : Jeremy Zag
Montage : Yvann Thibaudeau
Production : Lionsgate, Mediawan, ZAG Studios, The Awakening Production
Pays de production : France
Distribution France : SND
Durée : 1h39
Genre : Animation, Comédie, Action, Aventure
Date de sortie : 5 juillet 2023

Miraculous – Le film, cocktail insipide
Note des lecteurs10 Notes
2

Taking Off, de Milos Forman

Milos Forman est surtout connu pour deux films de sa période américaine Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) et Amadeus (1984). Quelques années plus tôt, le cinéaste tchèque découvrait les États-Unis réalisant Taking Off  (1971) sur la lancée. Même si le film fut un échec commercial à sa sortie, ses qualités cinématographiques et son regard subversif sont indéniables. Les éditions Carlotta rééditent cette comédie grinçante assortie de suppléments passionnants. A ne pas manquer !

Le film d’une époque

Avec Taking Off, Milos Forman réalise en quelque sorte un film tchèque aux États-Unis. En 1968, il est autorisé à sortir de son pays pour se rendre à New-York. Là-bas, il envisage un long métrage sur la communauté hippie. Son projet prend alors du retard au gré des événements qui bouleversent le monde. Lorsqu’il revient à New-York deux ans plus tard, son scénario se concentre finalement sur ces parents, en réalité très nombreux, dont les enfants ont fugué. En effet, le fossé s’est creusé entre la génération des adultes, encore très conservatrice et celle des adolescents curieux de nouvelles expériences. Par ailleurs, l’effervescence des années 66-68 se heurte aux crises politiques : élargissement du Rideau de fer d’un côté, Guerre du Vietnam de l’autre. Milos Forman réussit précisément à capter les espoirs et l’inquiétude de cette jeunesse à ce moment charnière.

Télescopage et montage

La première partie ressemble à un documentaire, par exemple lorsque le réalisateur s’invite à un casting dans une cave ou quand il capte dans la rue des représentants chevelus et bigarrés de la génération hippie. La deuxième partie, davantage scénarisée, se focalise sur les parents d’une jeune fille que l’on a croisée précédemment. Le ton se fait alors plus caustique au fur et à mesure que le cinéaste dresse le portrait de ces adultes réprobateurs mais loin d’être eux-mêmes irréprochables. Ainsi, le père cadre commercial dont la vie semble avant tout guidée par son goût prononcé pour l’alcool et l’argent. Un télescopage générationnel que Forman traduit par un montage inventif, faisant se succéder adolescents décontractes et parents au bord de l’hystérie.

Scènes cultes et stars en devenir

Point d’orgue de ce portrait en creux d’une Amérique en rupture, la scène où la jeune fille présente son copain à ses parents. Le père constate en effet que le musicien hippie qu’il méprisait quelques secondes plus tôt gagne en réalité beaucoup plus que lui. A sa grande stupéfaction. Le film réserve ainsi quelques bonnes surprises scénaristiques et même, dans la dernière partie du film une scène irrésistiblement drôle dont le mieux est de ne rien en révéler. Enfin, dernière curiosité, le film est ponctué de passages de concerts où l’on reconnaîtra notamment la toute jeune Tina Turner qui nous a quittés il y a peu. Un film à découvrir.

Bande annonce : Taking Off

Fiche technique : Taking Off

  • Réalisation : Miloš Forman
  • Scénario : Miloš Forman, Jean-Claude Carrière, John Guare & John Klein
  • Photographie : Miroslav Ondříček
  • Montage : John Carter
  • Costumes : Peggy Farrell
  • Production : Alfred W. Crown
  • Société de production : Crown-Hausman Forman Production
  • Société de distribution : Universal Pictures
  • Langue : Anglais
  • Format : Couleurs – Mono – 35 mm – 1.85:1
  • Genre : Comédie dramatique
  • Durée : 93 min
  • Date de sortie :

Contenu :

– 1 DVD

Suppléments :

– Préface de Luc Lagier (6 mn)

– Avant « Taking Off » : Milos Forman en route pour l’Amérique (30 mn)

– Deux Européens à New-York (entretien avec Jean-Claude Carrière) (16 mn)

 

 

 

Note des lecteurs0 Note
4

Trous de mémoire : les pas et les mots des amants désunis

Trous de mémoire (1985), de Paul Vecchiali, ressort en version restaurée. On y retrouve le réalisateur, dans un badinage post-amoureux avec une femme anciennement aimée.

En 2020, dans son avant-dernier film, Un Soupçon d’amour, Paul Vecchiali (28 avril 1930, Ajaccio – 18 janvier 2023, Gassin) imaginait une comédienne répétant Andromaque et y donnant la réplique à un partenaire qui ne serait autre que son propre mari, à la ville. Fiction rejoignant la réalité filmique et en dévoilant progressivement les pans douloureux. Trente-cinq ans plus tôt, dans Trous de mémoire (1985), le cinéaste, en duo avec Françoise Lebrun au scénario et dans une interprétation très largement improvisée, imaginait les retrouvailles d’un ancien couple, séparé depuis longtemps déjà. Un rendez-vous provoqué par l’homme, dans un parc désert, au petit matin, sur les rives d’une importante retenue d’eau. Eau captive, comme métaphore, précisément, de la mémoire qui reste et se refuse à fuir, en dépit du titre ?

C’est justement un défaut de mémoire qui nécessitait, prétendument, ce rendez-vous : un air à retrouver, identifier, restituer… Importance du chant, du carmen, qui s’enroule et charme, prend dans ses filets… Or un désir de reconquête s’avouera bien avant la fin de la rencontre.

Dans un espace-temps resserré à l’extrême – puisque l’entrevue ne s’étirera pas davantage que d’un matin jusqu’au soir, et que le couple ne quittera pas un périmètre très limité sur ces rives -, le spectateur-auditeur est témoin d’une forme de badinage post-amoureux, au cours duquel les deux membres du couple, alternativement et jamais dans la synchronie, se cherchent, s’approchent, refluent, se dérobent. La musique d’Antoine Dornel, au clavecin baroque, redouble et confirme ce caractère de quête amoureuse très policée. Toutefois celle-ci ne se joue pas dans le dédale de salons lambrissés, mais en pleine nature. Une nature dont la caméra très subtile de Georges Strouvé capte avec beaucoup de douceur toute la beauté, à l’occasion de pauses ménagées dans le dialogue et permettant à la musique de prendre place. Le scintillement des feuillages bruissant entre ombre et soleil n’a pas de secrets pour son objectif, qui se montre également très sensible au passage des nuages, venant soudain obscurcir ou tamiser une scène, à la manière d’un sujet, ou d’une humeur…

Mais ce badinage amoureux est-il aussi badin que le voudrait l’étymologie ? Les larmes, les aveux de blessure, de désir, diront bien la gravité, peut-être même la radicalité de ce qui se joue là, en accord avec Musset et la conclusion de sa pièce On ne badine pas avec l’amour. Qu’en est-il de ce duo formé par le réalisateur et par Françoise Lebrun, l’actrice vers laquelle Vecchiali revenait toujours ? Au-delà du jeu de deux acteurs, on ne peut se défendre contre le sentiment que, à travers la fiction, quelque chose se livre là de la profondeur d’un lien, de sa vérité, même. Ou du cinéma comme monde parallèle, où les rêves sont également vrais. Ainsi, il serait moins question, ici, de « trous de mémoire » que de trous dans le réel, laissant passer la vérité de la fiction. Le personnage de Françoise exprime d’ailleurs ce doute auprès de Paul : « Je ne sais jamais quand tu joues, quand tu es sincère… ». Ce flou, cette potentielle bivalence, sont sans doute la marque du cinéma de Vecchiali, sur fond de conscience du tragique.

Bande-annonce : Trous de mémoire 

Synopsis du film : Françoise et Paul, qui ont vécu ensemble, se retrouvent un matin dans un parc, à l’initiative du second, qui veut la reconquérir et lui demande de l’aider à retrouver un souvenir perdu.

Fiche Technique : Trous de mémoire 

De Paul Vecchiali
Par Paul Vecchiali, Françoise Lebrun
Avec Paul Vecchiali, Françoise Lebrun
23 octobre 1985 en salle / 1h 20min / Comédie dramatique
Date de reprise 5 juillet 2023
Distributeur : La Traverse

Note des lecteurs1 Note
3.5

Master Gardener : entre horticulture et nazisme

Master Gardener, troisième volet de la trilogie de Paul Schrader, évoque à nouveau la rédemption à travers le destin d’un homme. Mais cette fois, il associe les deux thèmes antinomiques au possible que sont l’horticulture, pour la forme et le contexte, et le nazisme contemporain pour le fond. C’est superbement réalisé, impeccablement interprété et totalement hypnotique en plus de fulgurances visuelles qui en font le meilleur des trois.

Paul Schrader est d’ailleurs un cinéaste capable du pire (ses DTV avec Nicolas Cage ou le prequel honteux de L’Exorciste le prouvent) comme du meilleur. On pense notamment aux classiques Affliction ou American Gigolo. Depuis qu’il a entamé cette trilogie il y a cinq ans avec l’austère mais intéressant Sur le chemin de la rédemption, puis prolongé avec le léthargique et un tantinet ennuyeux The Card Counter, on sent un cinéaste vieillissant (il approche les 80 printemps) mais assagi, plus cohérent. Et si cette trilogie uniquement thématique et formelle – mais en aucun cas liée par la narration – est en dents de scie, ce dernier opus est sans conteste son meilleur.

Les trois ont le mérite d’associer des sujets auxquels personne n’aurait pensé. En effet, le premier opus avec Ethan Hawke en prêtre nous causait religion et terrorisme écologique (!), tandis que le second avec Oscar Isaac mêlait concours de poker et torture étatique (re-!). Alors de le voir associer l’horticulture avec les réminiscences du nazisme ici ne nous étonne que très peu. La sève de ce projet confronte des hommes face à leur passé trouble et torturé se baignant dans les maux et les travers de nos sociétés contemporaines. Cela fait du sens et aboutit à trois œuvres complémentaires mais de qualité inégale bien que constituant un ensemble hautement cohérent.

Ici, dès le sublime générique, on pressent quelque chose de peu commun. Cette ouverture forcément végétale et florale est magnifique et nous prépare à une immersion dans un contexte en vase clos, comme coupé du monde, et inédit au cinéma. Presque hors du temps. Un lieu que l’on ne quittera pas durant toute la première moitié du film. Cet endroit, c’est un magnifique domaine dégageant la chaleur moite d’un des États du sud des USA, probablement la Louisiane au vu de l’architecture, même si les repères spatio-temporels demeurent flous. Un domaine où sa propriétaire, passionnée de fleurs et de plantes, entretient un immense domaine horticole qui sera le lieu de nombreuses métaphores et symboliques végétales plus ou moins heureuses et délicates.

On se demande où Master Gardener va nous emmener et on a raison. Car malgré un rythme un peu (et volontairement) lent, destiné à nous imprégner de cette atmosphère singulière, on ne sait jamais vers quoi ce long-métrage hautement original va nous conduire. Il alterne les genres et oscille constamment entre drame et suspense, le premier prenant le pas sur le second dans la première partie puis inversement. Le profil du personnage de Narvel restera nébuleux un temps et on découvrira au compte-gouttes son passé, laissant une part de mystère bienvenue.

Schrader s’entoure ici de nouveau d’un très grand acteur versatile en la personne de l’australien Joel Edgerton. Son duo avec la jeune Quintessa Swindell tient sur un fil ténu, surtout vu l’évolution de leur relation, mais probant. Le jeu tout en retenu du premier face à la candeur et la détresse de la seconde fait des merveilles. Et de retrouver la grande Sigourney Weaver dans un second rôle de luxe, où elle excelle comme à son habitude, est un plaisir qui ne se refuse pas.

Les moments dramatiques sont forts et presque sous tension tandis que de rares moments de fureur, de violence sèche, viennent nous bousculer de manière sporadique mais jamais gratuite, se fondant parfaitement dans ce récit trouble et particulièrement original. Le thème de la rédemption est ici parfaitement négocié, mieux même que dans les deux autres opus de ce triptyque. Master Gardener est une œuvre peu commune qui vous cueille dès ses prémisses mais qui peut aussi vous laisser de marbre. Elle délivre un vénéneux poison diffus, mais se permet aussi des moments de grâce comme lors de cette rêverie nocturne et florale très raffinée.

S’il est possible que ce long-métrage provoque l’ennui chez certains, il aura également des vertus hypnotiques sur d’autres. Le mariage cinématographique de ces sujets est étonnant mais probant, quand bien même il relève plus du gadget que d’un véritable traitement de fond, ce qui pourra peut-être aussi agacer. Quant à sa forme, de la composition des plans à sa photographie froide, elle frappe assurément le regard comme lors de cette scène de nu osée mais sublime. Un suspense tragique et psychologique intéressant, à la fois rare et subtil, qui clôt admirablement ce projet atypique de Paul Schrader.

Bande-annonce: Master Gardener

Synopsis : Narvel est un horticulteur dévoué aux jardins de la très raffinée Mme Haverhill. Mais lorsque son employeuse l’oblige à prendre sa petite-nièce Maya comme apprentie, le chaos s’installe, révélant ainsi les sombres secrets du passé de Narvel…

Fiche technique : Master Gardener

Réalisation : Paul Schrader
Avec : Joel Edgerton, Sigourney Weaver, Quintessa Swindell, …
Production : Kojo Productions
Pays de production : USA
Distribution France : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h52
Genre : Drame – Thriller
Date de sortie : 5 juillet 2023

Note des lecteurs0 Note
3.5

A man : un Japon en mal d’identité

Note des lecteurs0 Note
4

A  l’occasion des saisons Hanabi 2023, nous avons découvert en avant-première A man de Kei Ishikawa. Présenté à la Mostra de Venise 2022, le film a rencontré un franc succès au Japon et devient la première œuvre du réalisateur à s’exporter à l’international. Miroir d’une société confrontée à son identité et à ses valeurs, A man explore, sous la forme d’un thriller d’investigation, l’acceptation de nos origines et la transmission entre générations.

Kei Ishikawa inscrit son film dans une société japonaise troublée, dont les idéaux passés traditionnels se heurtent aux enjeux actuels, notamment l’immigration. Dans ce contexte, il n’est pas toujours facile de trouver sa voie, sa place, d’autant plus lorsque pèse sur les nouvelles générations le poids d’un héritage familial, d’un nom, dont il est impossible de se séparer. A Man se présente ainsi comme une quête d’identité, celle d’un disparu mais encore plus celle des vivants qui le recherchent et se cherchent à travers cette enquête labyrinthique. 

L’Homme mystère : vivre sous le masque

Rie, une jeune femme effacée, élève seule son fils Yuto. Lorsqu’elle rencontre dans sa librairie le mystérieux Daisuke, bûcheron discret et taciturne, son bonheur renaît. Après quelques années de vie conjugale paisible, Daisuke trouve la mort dans un tragique accident. C’est alors que l’existence de Rie bascule. Non seulement elle perd un mari pour la deuxième fois, mais surtout, elle apprend avec stupéfaction que Daisuke n’est pas celui qu’il prétendait être. Avec qui a-t-elle réellement partagé sa vie ? Où s’est réfugié le véritable Daisuke, recherché par ses parents ? Afin de faire le deuil d’un époux anonyme, appelé « monsieur x », Rie engage son avocat, Kido, pour découvrir la vérité. 

A man brosse alors une société des apparences, où chacun évolue caché comme dans un bal masqué. Un monde où il est complexe de paraître à nu, dans un cadre professionnel aussi bien que familial. La première image du film, présentant la silhouette d’un homme de dos, face à un miroir qui ne révèle pas son visage, pose d’emblée le cadre de cette difficulté à se montrer, et même à se regarder soi-même tel que l’on est.

A ce titre, monsieur X constitue un mystère dès son arrivée et encore bien davantage après sa mort. Qui se cachait derrière les traits de cet homme en apparence timide, gentil et attentionné ? Les autres personnages se préservent également de la démonstration de leur identité, de leurs émotions. Rie essuie ses larmes dans la librairie et tourne le dos à Daisuke pour ne pas paraître triste. Quant à l’avocat Kido, sous son air impénétrable et invulnérable, il tente de dissimuler ses origines coréennes et un certain malaise. 

La quête d’identité : trouver une seconde vie

Vivre masqué n’est ni épanouissant ni satisfaisant. Dans A man, les protagonistes vont donc plus loin en recherchant une seconde vie plus à même de les rendre heureux dans une société peu complaisante. Le mari de Rie, le faux Daisuke, s’est montré prêt à tout pour changer d’identité. Que pouvait justifier un tel désir de tout quitter, de tout recommencer ? Kido et Rie envisagent évidemment un passé criminel. En outre, l’avocat reconsidère également sa propre existence, depuis qu’un détenu a découvert spontanément ses origines coréennes et lui a affirmé qu’il ne comprenait vraiment rien.

Mais pour modifier son identité, encore faut-il en posséder une. Ainsi, le jeune fils de Rie, Yuto, vit très mal ses changements successifs de patronyme et l’impossibilité de conserver le faux nom de son beau-père Daisuke. En quête de repères, il s’accroche au nom de famille comme seule source de son identité, en demandant à sa mère « qui suis-je maintenant ? »

Surtout, A Man révèle combien il est complexe aujourd’hui de s’intégrer à une société, axée sur la tradition, le passé, et sévère envers les individus exclus. Une société pro-japonaise qui cherche à exclure les étrangers et qui applique la peine de mort à des criminels dépourvus de toute possibilité de s’amender. Qu’il s’agisse des étrangers pointés du doigt, des condamnés à mort, ou des citoyens marqués par un passé dont ils ne peuvent se détacher, face à l’absence de deuxième chance, il ne reste qu’une solution : une seconde vie avec un nouveau nom. Lorsque les origines, le mode de vie ou les choix des parents figent à jamais l’image sociale des individus, ceux-ci vivent une existence qui ne leur appartient plus. Changer d’identité, c’est donc se libérer en s’affranchissant du passé. 

Le poids des origines : s’émanciper du passé

Les protagonistes de A man cherchent tous à fuir leurs origines ou leurs héritages qui constituent de véritables carcans les empêchant de vivre leurs propres vies. Le faux Daisuke manifeste ainsi une peur bleue des miroirs, au point qu’il est incapable de se regarder, de s’accepter. En changeant de nom, c’est alors sa propre image qu’il essaie de détruire. Le véritable Daisuke cherche quant à lui à couper les ponts avec son père, dont il ne veut reprendre ni le travail ni le mode de vie. Akira Kudo dissimule ses origines coréennes, qui le poursuivent toujours malgré son changement de nationalité. Enfin, Rie a trouvé une seconde existence auprès d’un inconnu, ce qui lui a permis de retrouver une identité avant de la perdre à nouveau, face au mystère de ce monsieur X. Elle ne pourra donc faire son deuil, recouvrer son identité sans connaître la vraie nature de l’homme qu’elle a aimé. 

A travers cet affranchissement du passé, A man aborde la transmission entre les générations. Le point de vue adopté, à travers l’allégorie du bûcheron, est plutôt radical. A l’image des arbres qui sont plantés, puis abattus cinquante ans plus tard, le fils doit trancher ce que le père a semé. Dans l’ordre des choses, il convient de tuer l’œuvre de ses parents. L’héritage n’est donc, dans cette perspective, qu’un mur à détruire sans remords à coups de hache.

Grâce à son intrigue solide, son contexte social et sa mise en scène mélangeant habilement jeux d’ombre et de reflets, A man nous plonge dans une enquête palpitante tout en nous interrogeant, comme si le film devenait notre propre miroir, sur notre identité. Le caractère imprévisible de l’existence qu’il donne à voir n’est pas sans rappeler un autre film japonais, Love Life du réalisateur Koji Fukada. 

A man – Bande-annonce

A man – Fiche technique

Synopsis : Rie découvre que son mari disparu n’est pas celui qu’il prétendait être. Elle engage un avocat pour connaître la véritable identité de celui qu’elle aimait.

Réalisation : Kei Ishikawa
Scénario : Kosuke Mukai, d’après l’oeuvre de Keiichiro Hirano
Acteurs : Satoshi Tsumabuki, Sakura Ando, Masataka Kubota, Taiga Nakano, Yoko Maki…
Société de distribution : The Match Factory, Art House
Durée : 2h01
Genre : Thriller
Date de sortie : 7 février 2024

Passages (à vide)

Après Brooklyn Village et Love Is Strange, Ira Sachs décide de changer son décor new-yorkais pour celui de Paris. Impossible de ne pas sentir l’influence d’un Louis Malle ou d’un Truffaut dans ce Passages. Seul bémol : ici, le résultat sonne un peu creux.

Parle-moi d’amour…

Tomas est un jeune réalisateur de films. Il sait ce qu’il veut et comment il veut le filmer. Mais dans sa vie privée, c’est autre chose. Perdu quant à la relation avec son mari Martin qu’il ne comprend plus, confus sur la façon de la réinventer, Tomas vit entre deux eaux. Électron qui veut se croire libre, il papillonne, dirige son monde, veut que tous et toutes s’invitent dans sa danse. Jusqu’à l’arrivée d’Agathe, une des figurantes ou comédiennes sur son tournage, on ne sait pas trop. Au détour d’une danse qu’Agathe lui propose, et face au refus de Martin, Tomas se laisse séduire et tombe sous le charme de cette jeune femme. Commence alors un triangle amoureux déroutant, où Tomas se perd entre deux eaux… et nous égare en chemin.

Si les chroniques de la vie amoureuse d’un couple ou même d’un trouple ne sont pas nouvelles, elles n’en restent pas moins un sujet constamment renouvelable avec ses dynamiques différentes. Mais là où un Jules & Jim nous emporte avec fracas dans le « tourbillon de la vie », ce Passages est plutôt à vide. Sous couvert de vouloir dépeindre la difficulté d’aimer deux personnes à la fois, et ce peu importe son sexe, le film nous perd dans son rythme trop lent (avec un montage pourtant impeccable) et des va-et-vient incessants qui finissent par lasser.

… ou fais-moi simplement la cour

Si le trio d’acteurs est impeccable, force est de constater que l’émotion, elle, n’est pas au rendez-vous. A part une scène très juste qui montre la douleur d’Agathe de ne pas trouver sa place dans le trio, le film peine vraiment à rendre la complexité du triangle amoureux. Et préfère s’étirer en situations attendues et dialogues pas toujours très fins.

Pas grand-chose donc dans ce Passages qui ne soulève guère d’émotion et n’a pour lui que ses acteurs et sa très belle photographie.

À sauver notamment, ces jolis plans de fin, qui rappellent un peu Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l’Échafaud (Louis Malle, 1958). Le personnage de Tomas y est cadré en gros plan, à vélo dans les rues de Paris, les lumières virevoltant derrière lui, comme des lucioles, un peu à son image…

Bande-annonce : Passages

Fiche technique : Passages

Réalisateur : Ira Sachs
Scénario : Ira Sachs & Mauricio Zacharias
Interprètes : Franz Rogowski (Tomas), Ben Whishaw (Martin), Adèle Exarchopoulos (Agathe), …
Directeur de la photographie : Josée Deshaies
Montage : Sophie Reine
Société de Production : SBS Productions & KNM
Durée : 1h30 min
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 28 Juin 2023
France/Allemagne – 2022

Note des lecteurs0 Note

2

Le Livre des solutions ou le film des excuses

0

Pour nous parler de cinéma, Michel Gondry fait de Marc (Pierre Niney) son double en train de tenter de finir un film en tant que réalisateur. Une comédie réussie, fraiche et réjouissante

Jeune cinéaste inspiré, Marc croit si fort en son génie qu’il a réussi à convaincre une maison de production dont les bureaux sont situés non loin de l’Arc de triomphe à Paris. Le souci, c’est qu’à la vision de ce qu’il peut présenter, l’équipe de production le désavoue complètement. De plus, Mathias (Vincent Elbaz) qui s’est beaucoup investi dans le projet, en profite pour lâcher Marc. Résultat, le réalisateur décide d’activer son plan B. En quatrième vitesse, il alerte ses fidèles pour embarquer tout son matériel dans une voiture et filer vers un village des Cévennes où sa tante Denise va héberger l’équipe dans la grande maison (nombreuses chambres) où elle vit paisiblement.

Marc et sa tante

Pour Marc, sa tante Denise est la personne qu’il aime le plus au monde, ce qui d’ailleurs est réciproque. Logiquement, Denise sent immédiatement que Marc n’est pas dans son état normal. Devant elle, il reconnaît qu’il se sent « triste le matin et manipulé l’après-midi » et que pour tenir le coup, il prend des médicaments. Elle lui tire la promesse d’arrêter (progressivement) de s’en gaver. Et si Marc ne peut rien refuser à Denise, là aussi c’est réciproque. Ainsi Denise accepte d’héberger Marc et son équipe pour une durée indéterminée. Avec Marc, arrivent donc Charlotte (Blanche Gardin) sa monteuse, Sylvia (Frankie Wallach) son assistante et Carlos (Mourad Boudaoud) le technicien que Marc cherche à évincer car il tousse régulièrement de manière franchement maladive. Marc déborde d’idées et même de futurs projets, mais il a visiblement du mal à boucler le film en cours.

Marc et ses lubies

Parmi les plus notables, on citera celle du camiontage qu’il offre à Charlotte pour se faire pardonner un de ses caprices. Autant dire que ce gentil cadeau (rigolo) fait surtout gadget, bien dans le style de ce qu’adore Michel Gondry. Quant aux excuses de Marc, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, car Marc n’en fait qu’à sa tête, même dans son état normal. Sa manie, c’est de réveiller Sylvia à deux heures du matin parce qu’il a une idée qu’il redoute d’avoir oubliée le lendemain au réveil. Sylvia doit lui trouver tout ce dont il a besoin le plus rapidement possible : un studio d’enregistrement pour la bande-son par exemple. D’ailleurs, Marc n’a pas froid aux yeux, car il souhaite ni plus ni moins que la collaboration d’une célébrité planétaire. Et il y croit dur comme fer…

Marc et le livre des solutions

Le livre des solutions du titre est un volume aux pages blanches que Marc conservait dans un tiroir depuis longtemps sans y avoir encore rien inscrit. Pris d’une inspiration, il considère que c’est le bon moment pour l’inaugurer. Ainsi, il y écrit progressivement les principes de base devant guider son comportement et son attitude générale. Le côté amusant, c’est qu’il s’agit de préceptes si simples à énoncer qu’ils relèvent quasiment de la méthode Coué. L’un d’eux est « On apprend en faisant » qu’il applique au domaine musical. En effet, Marc se met en tête de tout faire dans son film, y compris composer la musique alors qu’il n’y connaît rien ! Il faut le voir se démener pour obtenir la direction de l’orchestre déniché par Sylvia au pied levé et faire comprendre aux musiciens ce qu’il attend d’eux. Un des très bons moments de ce film (présenté à la Quinzaine des cinéastes du festival de Cannes 2023) et d’autant plus hilarant qu’on sent la confiance entre le réalisateur et son acteur. C’est ce qui permet à Pierre Niney de se lâcher complètement sous l’œil amusé d’un Michel Gondry satisfait de voir comment l’acteur se glisse dans ce rôle avec délectation. L’aspect bricoleur avec des bouts de ficelles qu’on connaît et apprécie chez Michel Gondry fait ici merveille.

Marc et les femmes

Sans les femmes, Marc n’arriverait à rien. Il faut dire que le film qu’il veut terminer l’obsède sans relâche. A tel point qu’il ne comprend pas que les autres aient besoin de se reposer, de dormir la nuit. En fait, il affiche une telle conviction qu’il en devient irrésistible. Si Denise le soutient sans réserve, Marc voit bien qu’il peut compter sur le soutien indéfectible de Charlotte et de Sylvia qui poursuivent le travail sur le film même quand, épuisées, elles décident de retourner à Paris. Et ce n’est pas tout, car Marc se met en tête de rencontrer Gabrielle (Camille Rutherford) dont il tombe amoureux alors même qu’il sait qu’elle plait à bien d’autres que lui, entre autres à cause de sa cicatrice (ou tâche de naissance) sur la joue droite. Bizarrement, on observe alors un des rares points faibles du film car, selon mes impressions, la complicité entre Pierre Niney et Camille Rutherford ne passe pas vraiment à l’écran.

Marc et son film

Du film que Marc cherche à terminer, autant dire que nous ne verrons quasiment rien, à part une scène où un personnage erre dans des rues en appelant désespérément une certaine Martine. Ceci dit, cela correspond également à la situation de Marc qui ne découvrira enfin son film qu’à la première en public. L’ouverture montre un personnage poursuivi dans une rue par un rat plus gros que lui, rappelant le goût de Michel Gondry pour le jeu sur les tailles grâce à la superposition des images. Un intermède sous forme d’animation loufoque comme il adore agrémente également le film.

Des solutions qui fonctionnent !

L’entente entre Pierre Niney et Michel Gondry fonctionne tellement bien qu’on en oublie un peu le film qu’on regarde pour se concentrer sur celui de Marc. C’est dire la réussite du Livre des solutions où Michel Gondry se permet d’intégrer de nombreux passages commentés en voix off, alors qu’on sait qu’en principe il ne faut pas en abuser. Le minutage raisonnable (bien plus que les 4h07 du film de Marc dans sa version de travail) limite considérablement les temps faibles et le scénario permet de bien caractériser chacun des personnages principaux. L’analyse permet de sentir qu’il y a beaucoup de travail sur ce film, aussi bien pour le scénario que pour les repérages, cadrages et accessoires, ainsi que pour les sons et la musique (signée Etienne Charry). Michel Gondry démontre brillamment qu’on peut encore faire un film de qualité sans moyens excessifs. Choisir Françoise Lebrun pour interpréter Denise (la mère Denis ?) constitue un clin d’œil La maman et la putain fait également avec de tout petits moyens.

Bande-annonce : Le Livre des solutions

Fiche technique : Le Livre des solutions

Réalisateur : Michel Gondry
Scénariste : Michel Gondry
Sortie française : le 13 septembre 2023 – 1h42
Production : Partizan Films
Musique originale : Etienne Charry
Distribution : The Jokers – Les Bookmakers
Avec :
Pierre Niney : Marc
Blanche Gardin : Charlotte
Françoise Lebrun : Denise
Frankie Wallach : Sylvia
Mourad Boudaoud : Carlos
Camille Rutherford : Gabrielle
Vincent Elbaz : Mathias
Sting : lui-même
Bande annonce : en cours d’élaboration

Note des lecteurs0 Note
4

Abdelinho : samba contre intégrisme ou les bons rêves contre les mauvais rêves

Dans son quatrième long-métrage, Abdelinho, le réalisateur franco-marocain Hicham Ayouch organise une fable autour de son héros éponyme. Le fanatisme religieux s’y voit traité en folie collective emplie de négativité, faisant face à un doux rêve individuel. Le plus puissant des deux ne sera pas nécessairement celui que l’on pourrait craindre…

Pour traiter de certaines folies et dérives malheureusement humaines, on peut emprunter la voie sérieuse, grave, comme le fait, pour choisir un exemple récent, Elle s’appelle Barbara (28 juin 2023), de Sérgio Tréfaut, ou adopter le mode comique, absurde, loufoque, surréaliste, voire poétique. C’est l’optique suivie par ce réjouissant Abdelinho, de Hicham Ayouch (30 juin 1976, Paris -), tout comme l’avait fait Riad Sattouf, sur une tout autre trame, avec son inclassable et iconoclaste Jacky au royaume des filles (2014).

Plutôt que de progresser selon une démarche ouvertement polémiste, Hicham Ayouch met en place, front contre front, deux rêves : celui d’Abdelinho (Abderrahim Tamimi), héros éponyme, doux jeune homme vivant dans un petit village du Maroc et tellement fasciné par le Brésil qu’il a organisé toute son existence autour de cette fascination : chambre aménagée sur le toit pour échapper à son envahissante famille et notamment à sa mère (Zhor Slimani), maîtresse femme qui ne rêve que de le marier, scooter et tenues aux couleurs du Brésil, perruque aux cheveux fous, et jusqu’à son prénom, Abdellah, qu’il allonge d’un suffixe brésilien. Mais surtout, Maria (Inês Monteiro). Autre héroïne éponyme, mais ici figure principale d’une télénovela brésilienne, qu’Abdelinho suit assidûment, depuis sa chambrette traversée de rêves et de vents. Car il ne craint pas d’affirmer, à sa mère tout comme à son collègue de travail, Mouka (Saïd Bey), qu’il épousera, un jour, la belle Maria, à laquelle il s’adresse déjà en langue lusitanienne, intervenant au cours des épisodes de la série comme un enfant devant le théâtre de Guignol.

Sa mère, elle, est une fervente spectatrice d’Amr Taleb (Ali Suliman), un télévangéliste intégriste musulman qu’elle convainc d’honorer la petite ville de sa visite, afin d’y libérer son Abdellah du démon brésilien qui le possède, au point d’avoir fait de lui un professeur de samba, danse lascive, indécente et condamnable. Si l’animateur, en intégriste virulent et intransigeant parvenant à entraîner tout le joli village dans l’austérité qu’il promeut, est clairement dépeint en charlatan, assoiffé d’argent et de pouvoir, l’intelligence du réalisateur réside dans le fait d’introduire le spectateur dans les coulisses et de présenter l’homme de spectacle dans son intimité : dialoguant avec son poisson rouge, qui semble être son conseiller ultime, et visiblement écrasé par une figure de père surpuissant et inégalable. Rêve contre rêve. Le grand manipulateur ne contrôle pas tout, contrairement aux apparences, il est lui-même emporté par les nuées du songe et ne fait qu’instaurer un autre songe, empli de haine et de condamnation, sous couvert de rectitude religieuse.

La séquence d’ouverture avait clairement posé le caractère surréaliste du propos, avec un « Bar des hittistes » (ceux qui tiennent les murs, en argot algérien), et une « Ambulance des chômeurs », venant récupérer ceux qui finissaient par s’abattre d’un bloc. Sans parler du travail absurde accompli par le héros, dans un cadre pouvant justement évoquer la déshumanisation qui marquait l’univers de Brazil (1985), de Terry Gilliam. Aussi ne s’étonne-t-on pas de voir approchés sur le même mode aussi bien l’amour que la religion. Ludovic Zuili, à l’image, excelle tout autant dans le maniement de couleurs chatoyantes que pour souligner certains aspects particulièrement ternes de l’existence. Mais ce qui doit être dénoncé, tout en l’étant très efficacement, ne l’est jamais sur le ton de la dénonciation. Suprême habileté, qui permet de toucher, sans même avoir eu besoin de manifester la volonté d’atteindre.

En revanche, ce qui doit être promu l’est sans coquetterie ni fausse pudeur. Démonstration est faite, à l’issue de la projection, non seulement qu’il est essentiel de croire à ses rêves, mais qu’il serait bien timoré de les laisser être entravés par les lacs de la raison, puisque ces derniers ne manqueront pas de rompre, s’ils sont arrachés par la force d’un véritable élan. Leçon de foi, et d’optimisme, dont on sait gré à Hicham Ayouch, tout particulièrement en ces temps minés par le doute, l’agressivité et la haine.

Synopsis du film : Abdelinho, de son vrai prénom Abdellah, vit dans une petite ville au Maroc. Abdelinho est coincé entre une mère hystérique et un travail kafkaïen dans une administration. Sa seule échappatoire : le Brésil et son amour pour Maria, l’héroïne d’une télénovela éponyme. Cette passion est menacée par l’arrivée de l’obscur Amr Taleb, télévangéliste musulman, qui prône une sobriété bien éloignée des cours de samba donnés par Abdelinho aux femmes de sa ville.

Bande-annonce : Abdelinho

https://www.youtube.com/watch?v=XDBM0djPomE

Fiche Technique : Abdelinho

De Hicham Ayouch
Par Hicham Ayouch
Avec Ali Suliman, Aderrahim Tamimi, Inês Monteiro
16 août 2023 en salle / 1h 40min / Comédie, Drame
Distributeur : Urban Distribution

Note des lecteurs1 Note

3.5

Vol au dessus d’un nid de coucou de Miloš Forman

En 1975, le réalisateur Miloš Forman décide d’adapter le roman de Ken Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou (1962). Cette œuvre, qui sera récompensée par de nombreux prix, invite le spectateur à pénétrer dans un hôpital psychiatrique et le confronte à cet univers qui attire autant qu’il effraie : le monde de la folie.

Vol au dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest) raconte l’histoire de Randall P. McMurphy, un homme accusé de viol sur mineur, qui simule un trouble mental afin d’éviter la prison. Interné en hôpital psychiatrique, il se lie d’amitié avec les patients et vient remettre en question le travail de Miss Ratched, une infirmière autoritaire aux méthodes très particulières. D’abord mis en scène au théâtre (1963) par Kirk Douglas, il a fallu plusieurs années avant que Vol au-dessus d’un nid de coucou soit adapté au cinéma, notamment à cause du caractère trop contestataire du livre.

Irrésistible folie…

Comme le démontrent la psychose d’Hitchcock ou encore le Shining de Kubrick, la psychopathie/la folie, fascine. En conséquence, les personnages aliénés se sont succédé au cinéma. Ici, c’est un monde encore trop peu connu et troublant qui est représenté, selon une approche extrêmement intelligente, politique et presque philosophique.

A travers, ce « nid de fous », c’est la société qui est exhibée et vivement critiquée. Ainsi, viennent s’opposer l’emprisonnement/l’aliénation et le non-conformisme/la liberté en les personnages de Mildred Ratched, l’infirmière aux allures de « dictatrice », et de McMurphy, l’électron libre dissident. C’est une étude presque méta-éthique qui est réalisée en offrant une peinture à géométrie variable du bien et du mal, du bon et du mauvais, de la bienveillance et de la malveillance. Mais, au-delà d’une critique des hôpitaux psychiatriques et des méthodes controversées utilisées en leur sein (ce qui était le but initial du livre), c’est une critique de la société communiste, sinon de la société tout court, que vient représenter le réalisateur.

Et la caméra de Miloš Forman passa au-dessus du nid de coucou…

Les choix du réalisateur (choix des plans, des acteurs, des décors…) viennent justifier l’élévation de Vol au-dessus d’un nid de coucou, au rang de chef-d’œuvre du cinéma classique.

D’abord, par la sélection des acteurs, qui ont livré des performances qualitatives et intemporelles. Ainsi, nous retrouvons Jack Nicholson dans le rôle de McMurphy et qui livre un portrait génial. Avec ses mimiques et son sourire caractéristique, il vient doucement frayer le début de sa carrière de légende (confirmée avec le rôle de Johnny dans Shining en 1980 ou encore du Joker dans le Batman de Tim Burton en 1989).

Dans le rôle de Miss Ratched, c’est Louise Fletcher qui marque l’histoire en livrant un portrait glaçant et impeccable de l’infirmière tyrannique. Sa performance lui vaudra d’ailleurs l’Oscar de la Meilleure Actrice en 1976. Parmi les seconds rôles, nous assistons aux débuts sur les planches de Danny DeVito (Big Fish, Batman : le défi…) ou de Christopher Lloyd (Retour vers le futur). Aux côtés de ces acteurs, un certain nombre de figurants, réels patients en hôpital psychiatrique, ont participé au tournage du film.

C’est ensuite le parti-pris cinématographique qui participe du succès du film. En effet, le film est captivant. Réalisé en quasi huis clos et filmé majoritairement en plans-séquences (à l’exception de la scène finale), l’idée de captivité est bien marquée. D’une part, la majorité des scènes sont filmées en intérieur, entre les quatre murs blancs et blafards du bâtiment. D’autre part, même les scènes réalisées dans la cour extérieure de l’hôpital donnent un sentiment d’enfermement par le biais des grandes clôtures et des barbelés disposés tout autour des murs, à l’image d’une prison.

Un final cultissime

La scène de fin vient briser le sentiment de confinement ressenti pendant tout le film. Avec l’évasion du chef (les autres pensent d’abord qu’il s’agit de McMurphy), c’est la fin de l’aliénation qui est marquée, le début de la liberté. A l’image de l’allégorie de la caverne, cette fuite représente l’accès à la liberté par la pensée, la sortie de l’asservissement, la fin du totalitarisme et de la lobotomie (au sens figuré comme au sens propre) de Miss Ratched. Mais la réflexion dans cette scène de fin va bien au-delà du cinéma, puisqu’elle doit être mise en parallèle avec la vie personnelle du réalisateur.

En effet, Miloš Forman réalise ici une allégorie de sa jeunesse sous le communisme en Tchécoslovaquie. Au début de sa carrière, les projets de jeune réalisateur de Miloš Forman, notamment des films anti-systémiques, ont été censurés. D’ailleurs, lorsque Kirk Douglas (responsable de l’adaptation au théâtre de Vol au-dessus d’un nid de coucou) a proposé le projet à Miloš Forman, ce dernier n’a jamais reçu le roman car la police aux frontières tchécoslovaques l’avait intercepté. Ce n’est que plusieurs années plus tard, une fois installé à New-York, que Forman a reçu à nouveau une proposition de réalisation du film, par nul autre que Michael Douglas, le fils de Kirk Douglas.

Pour finir, une petite phrase sur la musique est de mise. Jack Nietzsche (compositeur de musique de films, musicien et producteur) accompagné d’un orchestre symphonique, a réalisé la bande son exceptionnelle du film. Cette musique originale, utilisée à merveille par le réalisateur pour compléter ses séquences, a contribué à faire de Vol au-dessus d’un nid de coucou, un bijou de cinéma.

Vol au dessus d’un nid de coucou – Bande d’annonce

Fiche Technique : Vol au dessus d’un nid de coucou 

Réalisation : Miloš Forman
Scénario : Lawrence Hauben, Bo Goldman d’après le roman One Flew Over the Cuckoo’s Nest de Ken Kesey
Interprétation : Jack Nicholson (R.P. McMurphy), Will Sampson (« Chief » Bromden), Louise Fletcher (infirmière Ratched)…
Image : Haskell Wexler, Bill Butler
Montage : Sheldon Kahn, Lynzee Klingman
Musique : Jack Nitzsche
Producteur(s) : Michael Douglas, Saul Zaentz
Date de sortie : 1975
Durée : 2h13

The Great Dictator : une satire drôle et percutante

Avec The Great Dictator, Chaplin offre un message politique engagé. Alors que la guerre se répand en Europe, que les USA pratiquent une politique isolationniste, le petit homme au chapeau melon livre un pamphlet satirique et visionnaire sur Hitler.

Chaplin manie l’ironie dès l’ouverture du film, grâce à cet avertissement :
« Toute ressemblance entre le dictateur Hynkel et le barbier juif est parfaitement fortuite » Hynkel et le barbier juif : les deux personnages principaux tous deux interprétés par Chaplin lui-même. La ressemblance est donc totale. Mais ce que pointe sans attendre Chaplin, c’est l’absurdité de la thèse aryenne d’Hitler prônant une race d’hommes blonds, grands aux yeux bleus, c’est-à-dire tout l’inverse du dictateur allemand ! Car les deux personnages, tout comme Chaplin, tout comme Hitler, sont petits et bruns…

Dans ce film Chaplin s’amuse à tourner en dérision la folie idéologique du dictateur allemand. Il a regardé et étudié longuement les discours d’Hitler, et il a repéré que celui-ci est un grand acteur sachant manier la parole et le geste pour enflammer les foules en touchant l’affect. Les séquences où Chaplin mime ses discours sont bluffantes ! Il rend son rythme verbal, ses intonations, ses gestes à la perfection, mais le tout dans un galimatias qui en dénonce le vide réel de contenu.

The Great Dictator est le premier film parlant de Chaplin. On sait combien il restait attaché au cinéma muet et à ses pantomimes, dans lesquelles il excellait et par lesquelles il touchait au cœur son public. Il craignait de faire perdre à son personnage son caractère d’universalité en lui faisant parler une langue. Mais cette fois il passe au talkie, le seul moyen pour faire « entendre » la folie hitlérienne. C’est dire combien il attachait d’importance à cette œuvre.

L’autre personnage principal du film, le barbier, est aux antipodes de l’hystérie d’Hynkel. Il fait partie des petits, sans moyens, sans défense mais il ne manque ni de répondant ni de ruse.

Le film alterne les séquences entre le ghetto juif et le palais du dictateur où les deux hommes, parfaits sosies, évoluent dans des univers totalement différents. Le ghetto où règne la solidarité de ses habitants, l’esprit bon enfant et où se forge un mouvement de résistance. Le palais de Hynkel, démesurément grand, froid, géométrique où tout est courbette, médailles de pacotille et délire de grandeur.

The Great Dictator joue constamment sur le contraste entre ces deux univers. À travers les personnages, à travers les lieux mais aussi à travers des séquences qui se répondent, comme celles-ci où la musique est convoquée :
– La danse de Hynkel avec la mappemonde, au rythme du prélude de Lohengrin de Wagner. L’une des scènes les plus belles du film mais aussi des plus terribles : cet homme qui veut dominer le monde est un enfant mégalomane, capricieux et ô combien dangereux !
– L’inénarrable séquence de rasage sur l’air de la 5e Danse hongroise de Brahms. Le barbier pose chacun de ses gestes dans une synchronie parfaite avec la mélodie. Une séquence où l’on peut mesurer la sensibilité et l’intelligence musicale de Chaplin.

Deux personnages secondaires gravitent autour de ces deux personnages principaux :
– Napaloni, caricature de Mussolini. Ses interactions avec Hynkel font ressortir l’immaturité de ces deux dictateurs rivalisant entre eux comme des enfants de maternelle à qui sera le plus grand, le meilleur, le plus brillant.
– Hannah, jouée par Paulette Godard. Elle est encore à cette époque la femme de Charlie Chaplin tout en vivant séparée de lui. Son personnage, jeune juive à l’esprit rebelle, insuffle au barbier énergie et fraîcheur.

Et enfin un dernier personnage est à signaler, le seul à évoluer dans les deux univers : Schultz, officier allemand sauvé par le barbier durant la Première Guerre mondiale. Il va payer cher son amitié avec le petit juif.

C’est dans les séquences reprenant les codes du muet que le film exploite tout son potentiel. Et elles sont nombreuses. Pour en citer quelques-unes : le jeu de jambes de Chaplin sur le trottoir après qu’il a reçu malencontreusement un coup de poêle sur la tête ; celle où il hoquette comme une tirelire après avoir avalé plusieurs pièces de monnaie ; le pugilat gastronomique entre Hynkel et Napaloni. Autant de passages où le réalisateur retrouve son élément naturel, celui du burlesque muet à l’humour léger et percutant.

Le sommet du film réside certainement dans son finale. Grâce à un heureux malentendu, le barbier est confondu avec Hynkel et il doit faire un discours. Il prend alors le contre-pied des thèses d’Hynkel / Hitler. On pourra qualifier ce discours de « naïf », il est pourtant courageux et d’une grande vérité. Chaplin exprime là ses convictions les plus profondes. Lui qui a été accusé par les USA d’être communiste et qui était surveillé par le chef du FBI, Hoover, était avant tout un humaniste. Dans ce discours, il exprime son idéal de fraternité, et il dénonce la mécanisation de la société. Thème qui se trouve au centre de son film Les Temps modernes (1936) :

(…) Nous maîtrisons la vitesse, mais nous nous enfermons. La mécanisation nous laisse dans le besoin. Notre science nous a rendus cyniques et brutaux. Nous pensons trop, nous sentons trop peu. Plus que de machines, nous manquons d’humanité. Plus que d’habileté, de bonté. Sans ces qualités, la violence dominera la vie. L’avion et la radio nous ont rapprochés. La nature de ces inventions appelle la bonté, la fraternité universelle. (…) La haine passera, les dictateurs mourront. (….) Seuls haïssent les dénaturés (…).

En plein tournage Chaplin doit faire face à des pressions qui le poussent à abandonner son projet :

Un film antihitlérien inquiétait beaucoup le bureau de Londres qui se demandait si l’on pourrait le distribuer en Angleterre. Mais j’étais décidé à aller de l’avant, car il fallait rire de Hitler. Si j’avais connu les réelles horreurs des camps de concentration allemands, je n’aurais pas pu réaliser Le Dictateur ; je n’aurais pas pu tourner en dérision la folie homicide des nazis. Mais j’étais décidé à ridiculiser leur bla-bla mystique sur les races au sang pur. Comme si une chose pareille avait jamais existé en dehors des aborigènes d’Australie ! (Autobiographie de Chaplin.)

Quant aux autorités américaines, elles ont recommandé à Hollywood de ne produire aucun film anti nazi. Mais Chaplin est libre, l’argent investi dans le film est le sien, aucun producteur ne peut entraver son projet.

The Great Dictator est probablement l’œuvre la plus personnelle de Chaplin. C’est aussi certainement à son époque la plus subversive. Alors que beaucoup sont encore aveuglés par Hitler, il a quant à lui cerné le personnage et cela bien avant la guerre. Tandis qu’on lui montrait des cartes postales du triste personnage, voici le jugement qu’il posait :

Chaque carte postale le montrait dans une attitude différente. Sur l’une, il haranguait les foules, ses mains crispées comme des serres, sur une autre, il avait un bras levé et l’autre abaissé, comme un joueur de cricket qui s’apprête à frapper, sur une troisième, les mains jointes devant lui, il semblait soulever un haltère imaginaire. Le salut hitlérien, avec la main renversée sur l’épaule, la paume vers le ciel, me donna l’envie de poser dessus un plateau de vaisselle sale. « C’est un fou » songeai-je. (Autobiographie de Chaplin.)

The Great Dictator sort le 15 octobre 1940 et connaît le succès public. En France, il ne pourra être projeté qu’après la guerre. Cette œuvre continue à nous impressionner par sa lucidité et la vérité de son propos.

Fiche Technique : Le Dictateur

Titre original : The Great Dictator
Réalisation : Charlie Chaplin
Scénario : Charlie Chaplin (Robert Meltzer, non crédité)
Avec Charles Chaplin, Jack Oakie, Paulette Goddard…
Assistants réalisateurs : Wheeler Dryden, Dan James et Robert Meltzer
Directeurs de la photographie : Karl Struss et Roland Totheroh
Montage : Willard Nico et Harold Rice (non crédité)
Direction artistique : J. Russell Spencer
Décorateur de plateau : Edward G. Boyle
Costumes : Wyn Ritchie et Ted Tetrick (non crédités)
Son : Percy Townsend
Musique : Charlie Chaplin, Meredith Willson, Richard Wagner et Johannes Brahms
Direction musicale : Meredith Willson
4 avril 1945 en salle / 2h 05min / Comédie

Note des lecteurs2 Notes

5

Finale de Mes Premières Fois (Never Have I ever) : une conclusion correcte

Avant d’entamer cet article, nous vous conseillons vivement de regarder la série ou de lire notre précédent article qui évoque les 3 saisons précédentes. Voilà depuis 2020 que Netflix nous régale avec la série Mes Premières Fois. La saison 1 sortant au mois de Juin 2020 juste après le premier confinement, les aventures d’une adolescente indienne ayant grandi aux USA a son lot d’originalité. Acquis par le simple procédé de choisir un type de personnage peu mis en avant dans l’industrie (d’origine indienne), nous avons beaucoup ri. Mais cette saison 4 est la dernière et il est bientôt temps de laisser partir Devi Vishwakumar et sa petite clique à l’université…

Depuis 2020, nous suivons la lente guérison de Devi et de sa mère. La perte prématurée du père de Devi, Mohan est un coup pour les deux femmes. Elles ne perdent pas le père et l’époux mais surtout le meilleur ami. L’histoire est une comédie dramatique, au-delà des situations parfois rocambolesques où se trouve l’adolescente. Elle est blessée, en deuil, incomprise et ne laisse pas filtrer sa tristesse sous le bon jour. Cette dernière saison est celle de la prochaine étape.

Il n’y a pas que l’Amour dans la vie…

L’histoire n’insiste pas seulement sur l’importance de se réaliser dans le couple. Devi est passée par le célibat, l’infidélité, l’histoire sans lendemain avant de finir avec quelqu’un pour de bon. Mais entretemps, elle a toujours été préoccupée par son adhésion à Princeton. Même si c’est le choix initial de son père, elle le porte jusqu’au bout pour lui faire honneur. Cette université américaine est prestigieuse. Devi y a toute sa place et elle a toujours fait son maximum en cours et en dehors pour pouvoir l’intégrer.

Sa rivalité avec Ben Gross (Jaren Lewinson) vient de leur recherche à avoir un cursus exemplaire. Pour lui, c’est Columbia qui a ce même degré d’importance. Mais si elle a des atomes crochus avec ce même personnage, c’est parce que l’intellect participe à rendre l’attraction irrésistible. Malgré tout, lorsque leur réussite personnelle est menacée par leurs sentiments, ils se retranchent dans le travail et les cours.

Les adolescents sont très perméables aux histoires de cœur. C’est ce qui a donné lieu à de multiples comédies romantiques. Mais l’accent est aussi mis sur la réussite académique dans cette série. Loin de nos deux cinglés académiques, d’autres personnages apprennent à s’investir dans d’autres voies que celles de l’université. En première ligne, Paxton Hall-Yoshida qui est maintenant à l’université en Arizona, mais qui a beaucoup de mal à s’y intégrer. Son ami Trent finit par réussir le lycée (ce qui tient du miracle). Eleanor, sa copine, se dirige vers le cinéma, mais pas dans le rôle auquel on pourrait s’attendre…

Donc, en dépit des apparences, l’éducation est importante et la future carrière qui s’offre aux personnages un enjeu plus important.

La fin du deuil ?

L’histoire commence par la perte de Mohan. Elle se finit par l’acceptation du décès du père de famille. Ce qui arrive entre les deux sont les hauts et les bas. Le déni, la colère, la tristesse, et tous les souvenirs bons et mauvais qui y sont liés. Cette saison se concentre beaucoup plus sur le deuil de la mère, Nalini, qui en dépit de son caractère laisse trop peu filtrer sa tristesse. À cause des traditions conservatrices de son pays d’origine, son veuvage se devait d’être sa seule condition. Cela fait en sorte que même dans la tombe, la société veut que Mohan régisse encore sa vie chez les vivants.

On l’attaque sur sa « coquetterie » puisqu’elle prend soin d’elle et se teint les cheveux. Son enfant ne veut pas encore qu’elle refasse sa vie. Mais grâce au soutien de sa belle-mère et à Devi qui a enfin mûri, Nalini ne veut plus passer à côté du bonheur. De toute manière, sa fille la quitte pour construire sa vie loin d’elle, tout comme Kamala et Nirmala (sa belle-mère). Nalini a beaucoup trop souffert de la solitude. C’est sans doute elle qui a besoin d’un nouveau départ dans cette saison.

L’allée vers l’autonomie

Détachées du deuil, Devi et Nalini se sont beaucoup rapprochées et ont enfin trouvé le moyen de mieux se parler. Il y a un peu plus de compréhension. Les deux femmes ont beaucoup travaillé pour en arriver là malgré le temps que cela a pris. Elles commencent à se faire à l’idée d’être loin l’une de l’autre, même si cela reste difficile.

Mais il y a aussi Kamala qui essayait de se trouver un bon équilibre entre son origine et les traditions. Elle a tranché en étant avec un homme qui accepte son rythme de croisière : pas trop pressé de se marier et qui la soutient dans sa carrière.  Mais surtout, elle ne voulait pas d’un mariage arrangé car elle voulait prendre son temps et faire évoluer sa carrière, ce que les autres prétendants ne lui donnaient pas l’opportunité d’accomplir.

Nirmala est celle qui a cassé tous les tabous de sa société. Étant la matriarche de la maison, elle se voulait traditionnelle en posant un ultimatum à Kamala, mais elle a finalement fini par accepter que ses petites-filles soient moins traditionnelles. Elle finit elle-même par exploser la matrice en épousant un nouveau mari après une vingtaine d’années de deuil.

Au final, les filles du clan Vishwakumar ont appris du deuil et, surtout, se sont soudées grâce aux souvenirs avec Mohan en le laissant partir, et en allant de l’avant chacune à leur manière.

Autour de cette saison se sont finalement dessinés de meilleurs choix scénariques que nous ne l’aurions cru. L’intrigue est totalement close par le « je n’ai jamais… » final. Le focus s’est beaucoup fait sur la résilience des personnages. Les anciens populaires ont compris que la vraie vie ne se passait pas durant le lycée, ceux qui ont travaillé dur ont eu leur récompense, ceux qui n’ont pas eu ce qu’ils voulaient se sont dirigés vers de meilleures voies. Les personnages ont fait de meilleurs choix et ont beaucoup évolué par rapport à la première saison. Nous préférons vraiment voir les côtés positifs de cette série qui ne s’est pas enlisée dans tous les clichés des séries adolescentes.

Bande-annonce : Mes premières fois

Fiche Technique : Mes premières fois

Réalisateurs : Erica Oyama, Lena Khan, Dean Holland, Kabir Akhtar, Adam Countee, Lang Fisher
Scénaristes : Mindy Kaling, Erica Oyama, Gabe Liedman, Amina Munir, Christina Hjelm, Carley Whitt, Asmita Paranjape, Marina Cockenberg, Akshara Sekar, Aaron Geary, Ben Steiner, Lang Fisher
Acteurs : Maitreyi Ramakrishnan,  Darren Barnett, Jaren Lewinson, Poorna Jagannathan, Richa Moorjani, Lee Rodriguez, Ramona Young, John McEnroe, Niecy Nash, Benjamin Norris
Episodes : 40 (4 saisons de 10 épisodes)
Longueur: 22 à 31 min
Langue: anglais
Plateforme: Netflix

Crédit image: imdb

Le fonctionnement interne des courroies trapézoïdales : comprendre les fonctionnalités et les techniques de montage

Introduction

Les courroies trapézoïdales sont un composant crucial de nombreux systèmes mécaniques, entraînant silencieusement les pièces nécessaires dans une variété d’applications. Ces courroies ostensiblement simples mais incroyablement efficaces jouent un rôle crucial dans le transfert de puissance d’un composant à un autre dans n’importe quoi, des automobiles aux engins industriels. Ce didacticiel approfondi plongera dans le fonctionnement interne des courroies trapézoïdales, en examinant leur fonctionnement, en soulignant les facteurs importants et en révélant les subtilités des techniques de fixation de courroie appropriées. Joignez-vous à nous pour découvrir les mystères des courroies trapézoïdales et apprendre les clés de leur fonctionnement optimal, que vous soyez un passionné d’automobile ou une personne curieuse cherchant à comprendre les mécanismes derrière cet élément important.

Table des matières

Qu’est-ce qu’une courroie poly-V ?
Comment fonctionne une courroie trapézoïdale ?
Choses à surveiller avec une courroie trapézoïdale
Comment monter une courroie trapézoïdale ?
Quel est l’avantage d’une courroie poly-V ?
Dévoilement du Courroie Poly-V : composants, caractéristiques, tailles, matériaux et compatibilité avec les véhicules

Qu’est-ce qu’une courroie poly-V ?

La courroie de transmission de puissance connue sous le nom de courroie poly-V, souvent appelée courroie multi-striée, comporte de nombreuses nervures longitudinales. Contrairement aux courroies trapézoïdales conventionnelles, qui ont une seule rainure en forme de V, la courroie poly-V contient un certain nombre de minuscules nervures s’étendant sur toute sa longueur. Ces nervures s’insèrent dans les rainures correspondantes des poulies, augmentant la surface de contact et améliorant l’efficacité de la transmission de puissance. La conception de la courroie poly-V lui permet de transmettre la puissance de manière fluide et fiable tout en gérant des charges de couple plus importantes. La courroie poly-V assure une transmission de puissance sûre et efficace en maximisant le contact entre les nervures de la courroie et les rainures de la poulie, ce qui en fait un élément crucial dans plusieurs applications automobiles et industrielles.

La Courroie Poly-V est une courroie trapézoïdale fiable et efficace d’une longueur de 675 mm. Cette courroie convient à une variété d’applications automobiles car elle est conçue pour fournir la meilleure transmission de puissance et les meilleures performances. La longueur de 675 mm.

Le fonctionnement interne des courroies trapézoïdales : comprendre les fonctionnalités et les techniques de montage

garantit un ajustement précis, favorisant un transfert de puissance fiable et des performances fluides dans les systèmes du véhicule. La Courroie Poly-V avec une longueur de 675 mm est une option fiable et durable pour maintenir un transfert de puissance efficace et soutenir le bon fonctionnement des composants auxiliaires, qu’elle soit utilisée dans les voitures particulières ou les véhicules utilitaires.

Comment fonctionne une courroie trapézoïdale ?

La courroie trapézoïdale est un élément crucial dans le fonctionnement de nombreux systèmes mécaniques, utilisant la force produite par la rotation du vilebrequin pour propulser d’autres composants à l’aide de poulies à courroie trapézoïdale. Sa fonction principale est de transférer la puissance du moteur vers différentes pièces auxiliaires, notamment le compresseur du climatiseur, la pompe à eau, la pompe de direction assistée, l’alternateur et la pompe à eau. Le vilebrequin génère un couple qui fait tourner la courroie trapézoïdale avec la poulie fixée au vilebrequin lorsque le vilebrequin tourne. Les poulies entraînées, qui sont fixées aux composants auxiliaires, obtiennent ensuite ce mouvement de rotation. La courroie trapézoïdale garantit le bon fonctionnement du moteur et contribue à la douceur et au confort général du véhicule en utilisant avec succès la force de rotation du moteur. Une courroie trapézoïdale peut entraîner une ou deux unités supplémentaires, selon le système, fournissant la puissance requise pour le fonctionnement efficace de divers systèmes du véhicule et améliorant les performances globales du véhicule.

Choses à surveiller avec une courroie trapézoïdale

Les courroies trapézoïdales fournissent une transmission de puissance fiable, mais il y a quelques points à garder à l’esprit pour des performances et une longévité optimales. La première priorité doit être donnée à la vérification de routine de l’état de la courroie. Recherchez tout signe d’éblouissement, de fissuration ou d’usure excessive. Afin de maintenir un transfert de puissance efficace et de minimiser le glissement de la courroie, une tension appropriée est également essentielle. Enfin, éloignez la courroie des fuites de liquide de refroidissement ou d’huile, qui peuvent affaiblir le matériau de la courroie et affecter son efficacité.

Comment monter une courroie trapézoïdale ?

Un support de courroie trapézoïdale nécessite de la précision et une attention particulière aux détails.
Les instructions suivantes vous montreront comment installer correctement une nouvelle courroie trapézoïdale :

Le fonctionnement interne des courroies trapézoïdales : comprendre les fonctionnalités et les techniques de montage

En consultant les spécifications du fabricant, vous pouvez déterminer quelle courroie de remplacement convient le mieux à votre voiture.

Afin de produire suffisamment de mou pour une installation simple, desserrez la poulie tendeur.

Assurez-vous que la courroie suit le bon chemin comme indiqué dans le schéma d’acheminement de la courroie lorsque vous l’acheminez autour des poulies.

 

En serrant la poulie tendeur et en s’assurant qu’elle se situe dans la plage de tension suggérée par le fabricant, appliquez la courroie avec la tension appropriée.

Avant de démarrer le moteur, faites une dernière vérification de la tension et de l’alignement de la courroie.

Quel est l’avantage d’une courroie poly-V ?

La courroie en poly V est une option populaire dans de nombreuses applications en raison de son grand avantage en termes de compacité. La courroie poly-V excelle en termes d’efficacité et d’utilisation de l’espace car elle est construite avec une surface de contact plus élevée que les courroies trapézoïdales ou plates conventionnelles. Sa capacité à travailler avec des poulies aussi petites que 9 mm, contrairement aux courroies trapézoïdales typiques, qui ont un diamètre de poulie minimum de 50 mm, est un avantage notable. Cette conception compacte est avantageuse dans les petits espaces ou les applications où les restrictions de taille sont un problème car elle offre une plus grande flexibilité dans la disposition et le placement des systèmes mécaniques. La petite conception de la courroie poly V assure d’excellentes performances tout en maximisant la quantité d’espace qui peut être utilisée pour d’autres composants, qu’elle soit utilisée dans des machines industrielles, des moteurs automobiles ou d’autres systèmes de transmission de puissance. La courroie poly-V est une option flexible pour de nombreuses industries et applications car elle offre un mélange de qualités d’efficacité et d’économie d’espace.

Dévoilement du Courroie Poly-V : composants, caractéristiques, matériaux et compatibilité avec les véhicules

La Courroie Poly-V comprend un certain nombre de composants cruciaux qui améliorent ses performances et sa polyvalence pour diverses voitures. L’examen de cette pièce spécifique révèle qu’elle comporte un certain nombre de pièces, y compris un composé de caoutchouc robuste dans lequel sont intégrés des câbles. Ensemble, ces pièces offrent une excellente résistance à la traction, une résistance à l’usure et une transmission de puissance fiable.

La conception à nervures multiples de la Courroie Poly-V la distingue des autres courroies en termes de caractéristiques, permettant le meilleur transfert de puissance tout en l’a réduisant.

Le fonctionnement interne des courroies trapézoïdales : comprendre les fonctionnalités et les techniques de montage

possibilité de patinage de la courroie. Les nervures multiples améliorent la surface de contact, améliorant l’adhérence et l’efficacité. De plus, la Courroie Poly-V fonctionne plus silencieusement, ce qui réduit le bruit et les vibrations dans la voiture et améliore le confort de conduite.

Pour s’adapter à différents modèles de véhicules, les courroies Courroie Poly-V sont disponibles dans une variété de tailles. Ils sont disponibles en différentes longueurs et largeurs, assurant la compatibilité avec divers agencements de poulies. Ils peuvent être utilisés dans une variété de marques et de modèles de voitures en raison de leur adaptabilité, ce qui les rend appropriés pour les voitures particulières et les véhicules utilitaires.

Les matériaux utilisés pour fabriquer les courroies Courroie Poly-V sont de la plus haute qualité, comprenant une composition de caoutchouc solide et des cordons insérés. Ces matériaux garantissent des performances fiables et durables en offrant une durabilité, une longévité et une résistance à l’usure et aux contraintes exceptionnelles.

Conclusion

Afin d’assurer le fonctionnement efficace des composants auxiliaires d’un véhicule, une courroie poly-V est essentielle. Elle présente un certain nombre d’avantages par rapport aux courroies trapézoïdales conventionnelles, notamment une plus grande surface de contact, un transfert de puissance fiable et une construction à nervures multiples. La Courroie Poly-V est particulièrement remarquable pour sa robustesse, sa compatibilité et ses performances. Vous pouvez faire des choix éclairés concernant l’entretien et le remplacement des courroies trapézoïdales de votre voiture en connaissant le fonctionnement, la procédure d’installation et les facteurs clés.