Finale de Mes Premières Fois (Never Have I ever) : une conclusion correcte

Avant d’entamer cet article, nous vous conseillons vivement de regarder la série ou de lire notre précédent article qui évoque les 3 saisons précédentes. Voilà depuis 2020 que Netflix nous régale avec la série Mes Premières Fois. La saison 1 sortant au mois de Juin 2020 juste après le premier confinement, les aventures d’une adolescente indienne ayant grandi aux USA a son lot d’originalité. Acquis par le simple procédé de choisir un type de personnage peu mis en avant dans l’industrie (d’origine indienne), nous avons beaucoup ri. Mais cette saison 4 est la dernière et il est bientôt temps de laisser partir Devi Vishwakumar et sa petite clique à l’université…

Depuis 2020, nous suivons la lente guérison de Devi et de sa mère. La perte prématurée du père de Devi, Mohan est un coup pour les deux femmes. Elles ne perdent pas le père et l’époux mais surtout le meilleur ami. L’histoire est une comédie dramatique, au-delà des situations parfois rocambolesques où se trouve l’adolescente. Elle est blessée, en deuil, incomprise et ne laisse pas filtrer sa tristesse sous le bon jour. Cette dernière saison est celle de la prochaine étape.

Il n’y a pas que l’Amour dans la vie…

L’histoire n’insiste pas seulement sur l’importance de se réaliser dans le couple. Devi est passée par le célibat, l’infidélité, l’histoire sans lendemain avant de finir avec quelqu’un pour de bon. Mais entretemps, elle a toujours été préoccupée par son adhésion à Princeton. Même si c’est le choix initial de son père, elle le porte jusqu’au bout pour lui faire honneur. Cette université américaine est prestigieuse. Devi y a toute sa place et elle a toujours fait son maximum en cours et en dehors pour pouvoir l’intégrer.

Sa rivalité avec Ben Gross (Jaren Lewinson) vient de leur recherche à avoir un cursus exemplaire. Pour lui, c’est Columbia qui a ce même degré d’importance. Mais si elle a des atomes crochus avec ce même personnage, c’est parce que l’intellect participe à rendre l’attraction irrésistible. Malgré tout, lorsque leur réussite personnelle est menacée par leurs sentiments, ils se retranchent dans le travail et les cours.

Les adolescents sont très perméables aux histoires de cœur. C’est ce qui a donné lieu à de multiples comédies romantiques. Mais l’accent est aussi mis sur la réussite académique dans cette série. Loin de nos deux cinglés académiques, d’autres personnages apprennent à s’investir dans d’autres voies que celles de l’université. En première ligne, Paxton Hall-Yoshida qui est maintenant à l’université en Arizona, mais qui a beaucoup de mal à s’y intégrer. Son ami Trent finit par réussir le lycée (ce qui tient du miracle). Eleanor, sa copine, se dirige vers le cinéma, mais pas dans le rôle auquel on pourrait s’attendre…

Donc, en dépit des apparences, l’éducation est importante et la future carrière qui s’offre aux personnages un enjeu plus important.

La fin du deuil ?

L’histoire commence par la perte de Mohan. Elle se finit par l’acceptation du décès du père de famille. Ce qui arrive entre les deux sont les hauts et les bas. Le déni, la colère, la tristesse, et tous les souvenirs bons et mauvais qui y sont liés. Cette saison se concentre beaucoup plus sur le deuil de la mère, Nalini, qui en dépit de son caractère laisse trop peu filtrer sa tristesse. À cause des traditions conservatrices de son pays d’origine, son veuvage se devait d’être sa seule condition. Cela fait en sorte que même dans la tombe, la société veut que Mohan régisse encore sa vie chez les vivants.

On l’attaque sur sa « coquetterie » puisqu’elle prend soin d’elle et se teint les cheveux. Son enfant ne veut pas encore qu’elle refasse sa vie. Mais grâce au soutien de sa belle-mère et à Devi qui a enfin mûri, Nalini ne veut plus passer à côté du bonheur. De toute manière, sa fille la quitte pour construire sa vie loin d’elle, tout comme Kamala et Nirmala (sa belle-mère). Nalini a beaucoup trop souffert de la solitude. C’est sans doute elle qui a besoin d’un nouveau départ dans cette saison.

L’allée vers l’autonomie

Détachées du deuil, Devi et Nalini se sont beaucoup rapprochées et ont enfin trouvé le moyen de mieux se parler. Il y a un peu plus de compréhension. Les deux femmes ont beaucoup travaillé pour en arriver là malgré le temps que cela a pris. Elles commencent à se faire à l’idée d’être loin l’une de l’autre, même si cela reste difficile.

Mais il y a aussi Kamala qui essayait de se trouver un bon équilibre entre son origine et les traditions. Elle a tranché en étant avec un homme qui accepte son rythme de croisière : pas trop pressé de se marier et qui la soutient dans sa carrière.  Mais surtout, elle ne voulait pas d’un mariage arrangé car elle voulait prendre son temps et faire évoluer sa carrière, ce que les autres prétendants ne lui donnaient pas l’opportunité d’accomplir.

Nirmala est celle qui a cassé tous les tabous de sa société. Étant la matriarche de la maison, elle se voulait traditionnelle en posant un ultimatum à Kamala, mais elle a finalement fini par accepter que ses petites-filles soient moins traditionnelles. Elle finit elle-même par exploser la matrice en épousant un nouveau mari après une vingtaine d’années de deuil.

Au final, les filles du clan Vishwakumar ont appris du deuil et, surtout, se sont soudées grâce aux souvenirs avec Mohan en le laissant partir, et en allant de l’avant chacune à leur manière.

Autour de cette saison se sont finalement dessinés de meilleurs choix scénariques que nous ne l’aurions cru. L’intrigue est totalement close par le « je n’ai jamais… » final. Le focus s’est beaucoup fait sur la résilience des personnages. Les anciens populaires ont compris que la vraie vie ne se passait pas durant le lycée, ceux qui ont travaillé dur ont eu leur récompense, ceux qui n’ont pas eu ce qu’ils voulaient se sont dirigés vers de meilleures voies. Les personnages ont fait de meilleurs choix et ont beaucoup évolué par rapport à la première saison. Nous préférons vraiment voir les côtés positifs de cette série qui ne s’est pas enlisée dans tous les clichés des séries adolescentes.

Bande-annonce : Mes premières fois

Fiche Technique : Mes premières fois

Réalisateurs : Erica Oyama, Lena Khan, Dean Holland, Kabir Akhtar, Adam Countee, Lang Fisher
Scénaristes : Mindy Kaling, Erica Oyama, Gabe Liedman, Amina Munir, Christina Hjelm, Carley Whitt, Asmita Paranjape, Marina Cockenberg, Akshara Sekar, Aaron Geary, Ben Steiner, Lang Fisher
Acteurs : Maitreyi Ramakrishnan,  Darren Barnett, Jaren Lewinson, Poorna Jagannathan, Richa Moorjani, Lee Rodriguez, Ramona Young, John McEnroe, Niecy Nash, Benjamin Norris
Episodes : 40 (4 saisons de 10 épisodes)
Longueur: 22 à 31 min
Langue: anglais
Plateforme: Netflix

Crédit image: imdb

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.