Vol au dessus d’un nid de coucou de Miloš Forman

En 1975, le réalisateur Miloš Forman décide d’adapter le roman de Ken Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou (1962). Cette œuvre, qui sera récompensée par de nombreux prix, invite le spectateur à pénétrer dans un hôpital psychiatrique et le confronte à cet univers qui attire autant qu’il effraie : le monde de la folie.

Vol au dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest) raconte l’histoire de Randall P. McMurphy, un homme accusé de viol sur mineur, qui simule un trouble mental afin d’éviter la prison. Interné en hôpital psychiatrique, il se lie d’amitié avec les patients et vient remettre en question le travail de Miss Ratched, une infirmière autoritaire aux méthodes très particulières. D’abord mis en scène au théâtre (1963) par Kirk Douglas, il a fallu plusieurs années avant que Vol au-dessus d’un nid de coucou soit adapté au cinéma, notamment à cause du caractère trop contestataire du livre.

Irrésistible folie…

Comme le démontrent la psychose d’Hitchcock ou encore le Shining de Kubrick, la psychopathie/la folie, fascine. En conséquence, les personnages aliénés se sont succédé au cinéma. Ici, c’est un monde encore trop peu connu et troublant qui est représenté, selon une approche extrêmement intelligente, politique et presque philosophique.

A travers, ce « nid de fous », c’est la société qui est exhibée et vivement critiquée. Ainsi, viennent s’opposer l’emprisonnement/l’aliénation et le non-conformisme/la liberté en les personnages de Mildred Ratched, l’infirmière aux allures de « dictatrice », et de McMurphy, l’électron libre dissident. C’est une étude presque méta-éthique qui est réalisée en offrant une peinture à géométrie variable du bien et du mal, du bon et du mauvais, de la bienveillance et de la malveillance. Mais, au-delà d’une critique des hôpitaux psychiatriques et des méthodes controversées utilisées en leur sein (ce qui était le but initial du livre), c’est une critique de la société communiste, sinon de la société tout court, que vient représenter le réalisateur.

Et la caméra de Miloš Forman passa au-dessus du nid de coucou…

Les choix du réalisateur (choix des plans, des acteurs, des décors…) viennent justifier l’élévation de Vol au-dessus d’un nid de coucou, au rang de chef-d’œuvre du cinéma classique.

D’abord, par la sélection des acteurs, qui ont livré des performances qualitatives et intemporelles. Ainsi, nous retrouvons Jack Nicholson dans le rôle de McMurphy et qui livre un portrait génial. Avec ses mimiques et son sourire caractéristique, il vient doucement frayer le début de sa carrière de légende (confirmée avec le rôle de Johnny dans Shining en 1980 ou encore du Joker dans le Batman de Tim Burton en 1989).

Dans le rôle de Miss Ratched, c’est Louise Fletcher qui marque l’histoire en livrant un portrait glaçant et impeccable de l’infirmière tyrannique. Sa performance lui vaudra d’ailleurs l’Oscar de la Meilleure Actrice en 1976. Parmi les seconds rôles, nous assistons aux débuts sur les planches de Danny DeVito (Big Fish, Batman : le défi…) ou de Christopher Lloyd (Retour vers le futur). Aux côtés de ces acteurs, un certain nombre de figurants, réels patients en hôpital psychiatrique, ont participé au tournage du film.

C’est ensuite le parti-pris cinématographique qui participe du succès du film. En effet, le film est captivant. Réalisé en quasi huis clos et filmé majoritairement en plans-séquences (à l’exception de la scène finale), l’idée de captivité est bien marquée. D’une part, la majorité des scènes sont filmées en intérieur, entre les quatre murs blancs et blafards du bâtiment. D’autre part, même les scènes réalisées dans la cour extérieure de l’hôpital donnent un sentiment d’enfermement par le biais des grandes clôtures et des barbelés disposés tout autour des murs, à l’image d’une prison.

Un final cultissime

La scène de fin vient briser le sentiment de confinement ressenti pendant tout le film. Avec l’évasion du chef (les autres pensent d’abord qu’il s’agit de McMurphy), c’est la fin de l’aliénation qui est marquée, le début de la liberté. A l’image de l’allégorie de la caverne, cette fuite représente l’accès à la liberté par la pensée, la sortie de l’asservissement, la fin du totalitarisme et de la lobotomie (au sens figuré comme au sens propre) de Miss Ratched. Mais la réflexion dans cette scène de fin va bien au-delà du cinéma, puisqu’elle doit être mise en parallèle avec la vie personnelle du réalisateur.

En effet, Miloš Forman réalise ici une allégorie de sa jeunesse sous le communisme en Tchécoslovaquie. Au début de sa carrière, les projets de jeune réalisateur de Miloš Forman, notamment des films anti-systémiques, ont été censurés. D’ailleurs, lorsque Kirk Douglas (responsable de l’adaptation au théâtre de Vol au-dessus d’un nid de coucou) a proposé le projet à Miloš Forman, ce dernier n’a jamais reçu le roman car la police aux frontières tchécoslovaques l’avait intercepté. Ce n’est que plusieurs années plus tard, une fois installé à New-York, que Forman a reçu à nouveau une proposition de réalisation du film, par nul autre que Michael Douglas, le fils de Kirk Douglas.

Pour finir, une petite phrase sur la musique est de mise. Jack Nietzsche (compositeur de musique de films, musicien et producteur) accompagné d’un orchestre symphonique, a réalisé la bande son exceptionnelle du film. Cette musique originale, utilisée à merveille par le réalisateur pour compléter ses séquences, a contribué à faire de Vol au-dessus d’un nid de coucou, un bijou de cinéma.

Vol au dessus d’un nid de coucou – Bande d’annonce

Fiche Technique : Vol au dessus d’un nid de coucou 

Réalisation : Miloš Forman
Scénario : Lawrence Hauben, Bo Goldman d’après le roman One Flew Over the Cuckoo’s Nest de Ken Kesey
Interprétation : Jack Nicholson (R.P. McMurphy), Will Sampson (« Chief » Bromden), Louise Fletcher (infirmière Ratched)…
Image : Haskell Wexler, Bill Butler
Montage : Sheldon Kahn, Lynzee Klingman
Musique : Jack Nitzsche
Producteur(s) : Michael Douglas, Saul Zaentz
Date de sortie : 1975
Durée : 2h13

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