Rétro Burton : Big Fish – Critique

Synopsis : L’histoire à la fois drôle et poignante d’Edward Bloom, un père débordant d’imagination, et de son fils William. Ce dernier retourne au domicile familial après l’avoir quitté longtemps auparavant, pour être au chevet de son père, atteint d’un cancer. Il souhaite mieux le connaître et découvrir ses secrets avant qu’il ne soit trop tard.

La vie rêvée d’Edward Bloom

L’entrée dans les années 2000 ouvre le paradoxe Burton. Alors que le réalisateur tombe de plus en plus dans une sorte de caricature de lui-même, le succès commercial commence enfin à être au rendez-vous. Comme si le reniement de son art et de ce qui faisait le charme de ses premières œuvres était nécessaire pour enfin devenir « bankable ». Une décennie qui s’ouvre avec un remake sans âme de La Planète des Singes et s’achève par la bouillie d’effets spéciaux qu’est Alice au Pays des Merveilles. Il est donc intéressant de constater que son plus gros flop est aussi son film le plus personnel de la période. Un film qui divise, une nouvelle fois, au sein de sa fanbase.

La lumière au bout du tunnel

Pour comprendre et apprécier Big Fish, il est important de se souvenir que Tim Burton n’aime rien tant que surprendre ses spectateurs (dans sa première partie de carrière, du moins). Il passe ainsi du film de commande Hollywoodien qu’est Batman à un conte gothique personnel et stylisé, et du biopic sobre et en noir et blanc à l’explosion de couleurs et au délire XXL. À partir de là, rien d’étonnant à le voir sortir, après deux films à la tonalité résolument sombres, ce beau conte tout en couleur et plein d’optimisme et de naïveté. Big Fish détonne dans la filmographie de son auteur, mais reste profondément marqué par sa personnalité.

Burton quitte un instant son imagerie gothique mais conserve ses monstres au grand cœur. À travers l’odyssée de cet homme ordinaire vivant des aventures extraordinaires grâce au pouvoir de son imagination (à moins que…), il peuple son univers de toute une galerie de personnages une nouvelle fois hauts en couleur. On est loin de la vision pessimiste et négative de l’humanité qu’il a développé jusqu’à présent. Peut-être l’approche de la paternité l’a-t-il guidé dans cette aventure simple et touchante. Toujours est-il que les valeurs d’amour et de transmission, si elles font écho à certaines de ses œuvres passées, n’auront jamais été aussi bien mise en lumière que dans ce film.

Freaks and geeks

On pourra reprocher à Burton d’avoir mis de l’eau dans son vin, d’aller à contre-courant de son univers habituel (ce qui n’est pas tout à fait vrai, tout de même), toujours est-il qu’il est difficile de ne pas s’émerveiller devant ce superbe conte, aux images léchées et à la mise en scène sobre. En l’absence de Johnny Depp (probablement pour cause de piratage, entre autres), c’est Ewan McGregor qui reprend le flambeau, avec une certaine jouissance. L’interprète d’Obi-Wan Kenobi prouve qu’il est également à l’aise dans des productions plus confidentielles, et plus légères.

S’il a surpris et déçu beaucoup des fans de Burton, Big Fish reste pourtant un conte enchanteur et léger. On est certes loin des obsessions morbides de son auteur, mais le film porte sans aucun doute sa patte, et il est intéressant de voir le contraste avec le reste de sa filmographie. D’autant qu’il s’agit, sans doute, de son dernier film véritablement personnel.

Big Fish – Fiche Technique

USA – 2004
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : John August, d’après l’oeuvre de Daniel Wallace
Distribution : Ewan McGregor (Edward Bloom jeune), Albert Finney (Edward Bloom), Alison Lohman (Sandra jeune), Jessica Lange (Sandra Bloom), Helena Bonham Carter (Jenny/la Sorcière)
Producteurs : Dan Jinks, Bruce Cohen, Richard D Zanuck
Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Columbia Pictures, The Zanuck Company, Jinks/Cohen Company
Distributeur : Columbia Tristar Films

Auteur : Mikael Yung

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.