Nous avons tous des souvenirs de Kirk Douglas

Nous avons tous une image de Kirk Douglas. Gladiateur, cowboy, producteur de cinéma ou marin, la figure de l’acteur, sa carrure, nous viennent tout de suite en tête lorsque l’on évoque son nom. Petit retour sur quelques images importantes associées à ce grand interprète.

L’acteur populaire, par définition, c’est celui qui est connu de tout le monde, celui qui est tellement présent dans l’esprit et les souvenirs communs qu’on a l’impression qu’il est immortel. Kirk Douglas illustre parfaitement cette définition. Son nom est forcément attaché à nos souvenirs de cinéphiles. Il éveille en nous toutes ces images et ces impressions qui nous font aimer le 7ème art.

L’homme déterminé…
A l’annonce du décès de Kirk Douglas, l’image qui revenait le plus souvent était celle de Spartacus, de Stanley Kubrick. L’acteur y incarne un personnage déterminé dans son combat contre Rome. Que ce soit dans les arènes, comme gladiateur, ou sur son cheval comme meneur de la révolte, Spartacus impressionne. Kirk Douglas sait magnifiquement jouer de son physique. Son charisme était tel qu’il savait habiter l’écran à lui tout seul, et rend plausible le fait que l’esclave ait pu fédérer tant de monde autour de lui. Mais c’est, là et ailleurs, le regard de Kirk Douglas qui en impose. L’acteur était habité par ses rôles, et un seul regard de sa part en disait plus long que de nombreux dialogues.

Spartacus : bande annonce

Ce personnage déterminé, on va le retrouver dans bien d’autres films d’aventures. Ainsi, Kirk Douglas va incarner Ulysse devant la caméra de Mario Camerini, ou encore un conquérant nordique dans le film Les Vikings, de Richard Fleisher.
Mais cet homme déterminé, de regard assuré, cette volonté de se battre, on la retrouve toujours chez Kubrick mais à une époque plus moderne, celle de la Première Guerre Mondiale. Dans Les Sentiers de la gloire, Kirk Douglas interprète un officier de l’armée française déterminé à sauver quelques soldats. Des soldats menacés non pas par l’ennemi, mais par leur propre armée, qui veut les fusiller pour l’exemple. Les parallèles entre le colonel Dax et Spartacus sont nombreux…

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Les Sentiers de la gloire, de Stanley Kubrick
Copyrights Bryna Productions, United Artists

… ou l’homme assailli par le doute
Partant de l’image de Kirk Douglas en colonel pour le film de Kubrick, un autre uniforme nous vient en mémoire. Encore un colonel, mais cette fois-ci de l’armée américaine, dans un film politique important. Réalisé par John Frankenheimer, Sept jours en mai raconte une tentative de coup d’état militaire aux Etats-Unis pendant la Guerre Froide. Le général qui prend la tête de ce putsch est incarné par Burt Lancaster. Et à ses côtés, cintré dans son uniforme, se trouve Kirk Douglas. Or, le colonel interprété par Douglas apparaît assailli par le doute. S’il partage les opinions de son supérieur, il s’en éloigne quant à la question de leurs mises en pratique. Enfreindre les règles démocratiques pour préserver une démocratie, il ne peut supporter cette contradiction.
Cet homme plein de doutes, en pleine remise en question de lui-même, sera au centre du remarquable film fortement autobiographique d’Elia Kazan, L’Arrangement. Kirk Douglas y interprète un homme qui semble être au sommet de la réussite sociale et qui, pourtant, tiraillé par ses fêlures, fait une tentative de suicide. Un homme désemparé par une remise en cause radicale de son mode de vie. Kirk Douglas nous montre ici, une fois de plus, sa capacité à intérioriser un rôle et nous livre un personnage sensible. Le couple qu’il forme avec Faye Dunaway est magnifique…

L’Arrangement : bande annonce

Un homme antipathique ?
Il est arrivé parfois à Kirk Douglas d’interpréter un personnage que l’on pourrait qualifier de peu sympathique. Dans l’excellent film noir de Jacques Tourneur La Griffe du passé, il est l’ancien patron de Robert Mitchum, et un long flashback nous montre qu’il s’agit d’un truand aussi élégant que violent. L’acteur sait magnifiquement arborer un sourire carnassier : là encore, Kirk Douglas parvient à ajouter des petits détails qui caractérisent un personnage sans trop en faire. Un art de la subtilité dans le jeu d’acteur.
L’autre homme antipathique auquel Kirk Douglas a prêté ses traits, le producteur de cinéma Jonathan Shields, personnage principal du film de Vincente Minnelli Les Ensorcelés. Ce personnage permet au cinéaste de dresser le portrait sombre d’un Hollywood aux mains des grands studios.

Un cowboy peu ordinaire

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La Caravane de feu, de Burt Kennedy
Copyrights Universal Pictures, Batjac Productions, Marvin Schwartz Productions

Kirk Douglas a joué dans nombre de westerns, et nous pourrions retenir l’image célèbre où il apparaît aux côtés du grand John Wayne dans La Caravane de feu. Mais l’acteur s’est souvent investi dans des films qui sortent du cadre du western traditionnel.
Ainsi, juste avant Les Ensorcelés, il incarna un trappeur dans un surprenant western romantique se déroulant majoritairement dans un bateau : La Captive aux yeux clairs, de Howard Hawks. L’action se déploie autour d’une belle princesse indienne, avec amitié virile et ode à la nature.
Mais dans cet univers de l’Ouest sauvage, c’est surtout Le Reptile, de Joseph L. Mankiewicz, qui va permettre à Kirk Douglas de tenir le rôle d’un personnage cynique ayant dissimulé une grande somme d’argent en plein désert. Le film va se dérouler autour de l’affrontement entre Kirk Douglas et Henry Fonda, et permettra quelques morceaux de bravoure dans l’interprétation et la manipulation. Kirk Douglas déploie ici un jeu auquel il ne nous a pas habitués, et cela ajoute de nouvelles touches à la palette de son talent.

Un marin…
C’est sans doute une des images les plus populaires de Kirk Douglas. Marinière rayée rouge et blanche, casquette sur la tête, l’acteur joue de la guitare pour une otarie à bord du sous-marin le plus célèbre de l’histoire du cinéma et de la littérature, le Nautilus, dirigé par le Capitaine Nemo qui, ici, prend les traits du grand James Mason. Concrètement, Kirk Douglas incarne ici un personnage secondaire, mais sa gouaille, sa joie bondissante, sa décontraction, son énergie font qu’il s’accapare l’écran, contribuant à faire de cette adaptation de Jules Verne un modèle de divertissement.

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20 000 lieues sous les mers, de Richard Fleischer
Copyrights Walt Disney Productions

… ou un père en fureur
La dernière image que l’on retiendra de lui dans cet article est un rôle inhabituel de sa part, dans un film fantastique lorgnant sur l’horreur et très sous-estimé : Furie, réalisé par Brian de Palma. Dans ce film, Kirk Douglas interprète un père qui part à la recherche de son fils, kidnappé par une agence gouvernementale qui veut exploiter ses pouvoirs psychologiques. Rôle inattendu donc, mais dans lequel Kirk Douglas excelle face à un John Cassavetes lui aussi à contre-emploi. Le choix de Kirk Douglas est une des forces du film, tant l’acteur parvient à être crédible à la fois en Américain moyen auquel on peut s’identifier facilement, et en protagoniste de film d’action.

Furie : bande annonce

Ce fut sans doute là l’une des forces de Kirk Douglas. Outre son talent et sa capacité à intérioriser un personnage, l’acteur parvenait à incarner un personnage dont on se sentait proche, un personnage humain et sensible. Un homme à la fois héroïque et ordinaire.

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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