Metsurin Tarina : Il était une fois en Finlande

Metsurin Tarina se laisse (paradoxalement) apprécier (après-coup). Présenté au Festival de Cannes, dans la prestigieuse sélection de la Semaine de la Critique, le premier long-métrage du réalisateur finlandais Mikko Myllylahti est une œuvre dense qui bouscule les codes.  Un nouveau cinéma (finlandais) est né.

Pepe ou l’histoire d’un bûcheron finlandais

 Ce jeudi 19 mai, la semaine de la critique présentait, en avant-première, au public cannois, Metsurin Tarina, le premier long-métrage du réalisateur finlandais Mikko Myllylahti. Si le nom du film ne nous offre que peu d’indices quant à son contenu, son titre anglais – The Woodcutter Story (littéralement « L’histoire du bûcheron ») lève assurément quelques interrogations. Cet effet d’annonce n’advient, pourtant, que partiellement au cours du film. Si ce n’est pas du tout, tant Metsurin Tarina multiplie les (sous-)intrigues et autres rebondissements inattendus. Bûcheron taciturne, Pepe (Jarkkho Lahti) habite un petit village de Finlande, cerné par des sapins enneigés, où la vie suit son court, entre le calme apaisant et la plate monotonie. Cette vie (trop) bien réglée bascule radicalement lorsque Pepe perd son emploi dans la scierie locale. S’ensuit une série d’évènements où le personnage sera amené à s’interroger sur le sens de son existence, sur fond de meurtre sanglant et de phénomènes fantastiques inexpliqués.

Une œuvre qui prend du temps (au temps)

Si ce synopsis paraît alléchant sur le papier, il l’est nettement moins dès qu’il apparaît à l’écran. En voulant passer du réalisme au fantastique, de la description clinique au tableau mystique, Mikko Myllylahti finit par perdre son public. Le réalisateur opte pour la lenteur en privilégiant des plans séquences où la caméra est statique. Cette fixité devient progressivement synonyme de rigidité, voire d’ennui. L’étirement du temps qu’elle implique renforce la confusion du public en dépit de l’humour et des situations absurdes qu’elle (se) veut mettre en avant. La lenteur de la narration rejoint le flegme (parfois agaçant) de son héros. Pepe traverse, imperturbable, le tragique de l’existence avec un sang-froid qui a de quoi étonner. Cette (fausse) ataraxie engendre une réflexion qui prend (parfois) des allures naïves à propos de la dureté (vache) d’une condition humaine (qui ne se laisse décidément pas facilement comprendre par le commun des mortels).

(Re)mettre le(s) sens (sans) dessus dessous

Si l’histoire et la trajectoire du héros (et du film) peinent à (totalement) nous convaincre, elles signent, néanmoins, l’entrée de Mikko Myllylahti dans le septième art. Le symbolisme qui baigne Metsurin Tarina oscille entre facilité (énervante), incompréhension (totale) et éclectisme (érudit). Un tel mélange n’est, certes, pas fait pour plaire à tout le monde. Il faut toutefois saluer le courage d’un premier long qui n’hésite pas à bousculer son public, quitte, pour cela, à le pousser dans les retranchements de l’ennui. Le cinéaste brouille les pistes narratives, entame une intrigue pour en débuter une autre, en faisant exploser les barrières du sens. La dimension cyclique de l’œuvre l’installe au cœur d’une réflexion qui interroge la valeur des images autant que le sens (que l’on veut bien leur donner). La lenteur du film (et l’ennui qu’elle procure sciemment) invite le public à un questionnement sans perspectives de fins. Un nouveau cinéma finlandais est né.

Metsurin Tarina : fiche technique

Le film est présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2022 en compétition long-métrage.

Réalisation : Mikko Myllylahti
Interprètes : Katja Küttner, Omar Abdi, Hannu-Pekka Björkman
Société de production : /
Société de distribution : Urban Distribution
Genre : comédie dramatique
Durée : 99 min

Finlande – 2022

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2.5

Festival

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