Dodo : Mariage à la grecque

Présenté en Séance Spéciale, au Festival de Cannes, Dodo de Panos Koutras s’affirme comme le film le plus casse-cou de le Croisette à travers l’évocation d’un mariage qui vire à la tragi-comédie familiale. A visionner sans modération !

Un récit choral sur un mariage (qui ne se fait pas)  

Contrairement à ce que son titre laisse augurer – Dodo – n’est pas un documentaire sur les habitudes de sommeil de la population grecque. Mettons tout de suite fin à un (insoutenable) suspense. Mariella (Smaragda Karydi) et Pavlos (Akis Sakellariou) s’apprête à marier leur fille Sofia (Natasa Exintaveloni) à un ami d’enfance – qui se trouve être (entre autres) l’héritier d’une très famille. Ce mariage est préparé en grandes pompes par le couple. Ce dernier pourrait, en effet, les sauver de la ruine. L’apparition miraculeuse d’un Dodo (qui a disparu de la surface de la Terre depuis le 18e siècle) entraîne les préparatifs de la noce dans folle farandole où rien (ni personne) ne sortira indemne.

Panos Koutras construit un récit choral dense. Ce dernier est composé de deux parties. La première présente l’ensemble des personnages (et des futures intrigues) avec lequel le film jonglera par la suite. Il y a d’abord le duo formé par Marielle et Pavlos. L’une est une ancienne actrice de série télévisée, devenue une mère au foyer, engluée dans un conformisme bourgeois, l’autre, un ancien chef d’entreprise ayant fait faillite à coups de spéculations frauduleuses. Citons également, parmi les personnages notables, Socratis qui incarne le rôle de l’ouvrier « bad boy » et libidineux, Eva, la jeune femme non binaire, éperdument amoureuse d’Alexis, un jeune homme d’affaire (et mai de Pavlos), qui se joue d’elle.

Dit comme cela l’intrigue paraît tout droit sortie d’un épisode de Plus belle la vie.  Cette saillie ironique n’est, en somme, pas dépourvue de pertinence. Panos Koutras aurait-il eu connaissance de la mythique (et très longue) série de France 3. Les paris sont ouverts.

Plus belle la vie (oui, mais à Athènes)

Vous l’aurez compris, Dodo est un film composé de multiples intrigues (et sous-intrigues). Le dodo ajoute à la narration une pointe de fantasy absurde (et poétique) qui vient paradoxalement scinder les différentes histoires en une. Cela tombe bien car la seconde partie du film est justement orientée sur (et par) lui. L’oiseau devient, en effet, le vecteur qui réunit, voire (re)construit une nouvelle cellule familiale. Panos Koutras reprend, à sa façon, la réflexion entre les liens du sang et les liens du cœur. Des personnes qui ne se connaissaient pas, possédant des origines sociales et géographiques diverses (pour ne pas dire radicalement opposées) sont contraintes de vivre ensemble.

Si le dodo ne parle pas, il fait, en somme, beaucoup parler de lui. Ce dernier est un vecteur de rebondissements à l’instar du mistral dans la célèbre série marseillaise. Comme dans un prime-time de Plus belle la vie, le rythme de la narration est savamment dosé. Il y a les inévitables péripéties rocambolesques et les révélations (plus ou moins) inattendues. L’évolution de la façon dont le dodo est perçu par les héros constitue un baromètre (qui renvoie, tel un miroir réfléchissant, les changements qui affectent leurs manières respectives de se juger les uns les autres). Tour à tour objet de répulsion, d’incompréhension et de culte énamouré, le dodo devient la star d’un mariage – qui semble être passé à la trappe. Si l’on s’attendait à assister au mariage du siècle, c’est raté. Mais, cela est tant mieux.

Panos Koutras fait les choses à l’envers (ou presque). Il prend à rebrousse poils la thématique classique du mariage au cinéma. Plutôt que de mettre en scène une noce où la joie cède(ra) logiquement la place au traditionnel règlement de compte familial, le réalisateur opte pour la solution inverse. Il repousse le mariage hors cadre en se concentrant sur les préparatif mouvementés (et riche d’affrontements familiaux en tout genre) ce celui-ci. L’œuvre suscite le mystère : le mariage aura-t-il bien lieu ? Se fera-t-t-il dans une effusion de sang ou de dragées ? Le réalisateur tease, avec un malin plaisir, les suites possibles de son film. Si, a priori, la noce devrait avoir lieu, on peut se demander à (et dans) quelles conditions. Véritable coussin de parole aux vertus drolatiques (et cathartiques), le dodo disparait mais laisse derrière lui, un possible hériter (qui pourrait bien – cette fois-ci – venir perturber la noce). La suite au prochain épisode ? On a hâte.

Le film est présenté dans la section Cannes Première de Cannes 2022

Dodo : fiche technique

Scénario et réalisation : Panos H. Koutras
Interprètes : Smaragda Karydi, Akis Sakellariou, Natasa Exintaveloni, Marisha Triantafyllidou
Photographie : Olympia Mytilinaiou
Montage : Vincent Tricon
Musique : Delaney Blue
Production : Eleni Kossyfidou, Panos H Koutras, Marie-Pierre Macia, Claire Gadea, Joseph Rouschop
Société de production : MPM Films
Société de distribution : Pyramide Distribution
Genre : drame

Grèce – 2022

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