FEFFS 2016 : Des tueurs, des sorcières et du gras

Premier jour de compétition au FEFFS avec au menu des serials killers, des sorcières et un film bien répugnant.

Après avoir démarrer sur de grandes pompes avec la présentation de Swiss Army Man en ouverture, il est temps pour le FEFFS d’entrer dans le vif du sujet avec le début de la compétition. Au programme, un film crossovers, deux films en compétition internationale et bien sûr le premier des très attendus Midnight Movies.

[Compétition Crossovers] Detour

Réalisé par Christopher Smith (UK, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Harper, jeune étudiant en droit dont la mère est dans le coma, voue une certaine haine pour son beau-père. Après avoir fait la rencontre dans un bar d’une petite frappe local du nom de Johnny et d’une stripteaseuse nommée Cherry, le voilà embarqué dans un road-trip vengeur vers Las Vegas.

Pour la première fois les films de la section Crossovers (section dédiée aux films se trouvant au croisement de plusieurs genres) se voient en compétition pour un prix. Le premier film à ouvrir la compétition est le nouveau film du réalisateur britannique Christopher Smith (réalisateur entre autres de Black Death ). Déjà présenté à l’Etrange Festival quelques jours auparavant, le film écrit au même moment que Triangle sorti en 2009 est selon les dires du réalisateur un hommage aux films noirs et aux films des années 90″ qu’on ne fait plus ».

Disons le tout de suite, le scénario de Detour n’est pas foncièrement original. On retrouve de nombreux clichés de ce genre de polar nerveux, et certains personnages sont un peu trop stéréotypés. Ce qui au contraire fait la particularité de ce Detour c’est sa construction. En effet par un usage très astucieux du split-screen, Christopher Smith va offrir plusieurs versions d’un même événement, se jouant même de la perception du temps par le spectateur. Malheureusement si le procédé s’avère très efficace au début, le film peine vers la fin et fait preuve d’une certaine fainéantise, à un tel point qu’on se demande si Smith ne mise pas tout sur son idée originale. En dehors de cela, le film est très soigné, offrant une réalisation léchée et des plans très intéressant. Tye Sheridan découvert dans Mud de Jeff Nichols trouve ici un premier rôle très convaincant avec ce personnage partagé entre la moralité de ses actions et un amour maternelle vengeur.

[Compétition internationale] I am not a serial killer

Réalisé par Billy O’Brien ( UK/Irelande, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Une petite ville du Minnesota est la proie depuis quelques temps de meurtres sauvages. A côté de ça, John Cleaver est un jeune lycéen qui possède un attrait très particulier pour les serials killers. Obsession qui va le mettre sur le chemin du tueur en série sévissant près de chez lui.

Le réalisateur irlandais Billy O’Brien ouvre donc la compétition internationale avec cette adaptation du premier tome de la série de romans John Wayne Cleaver racontant l’histoire d’une jeune garçon luttant avec ses pulsions meurtrières. L’une des premières choses qui frappe c’est le grain de l’image, opérant une sorte de retour à la fin des années 90 ou début des années 2000. A tel point que lors de l’une des premières séquences du film où l’on voit John faire du vélo sur une musique rock, on se croirait face à un film de Gus Van Sant ou de Larry Clark. Il faut dire que Billy O’Brien a préféré tourner le film sur pellicule. La comparaison avec les films sur l’adolescence des réalisateurs cités précédemment peut encore se faire au début du film quand on est témoin de la vie du jeune John Cleaver au sein de son lycée. Entre mal-être et harcèlement, on retrouve tout les ingrédients de ce genre de film.

Mais très vite, le film va prendre une nouvelle dimension. La particularité de John Cleaver est qu’il a été diagnostiqué sociopathe et ressent divers pulsions qu’il doit réprimer. D’autant plus qu’un serial killer particulièrement violent rôde dans les alentours, ce qui va déclencher une sorte d’obsession chez John. A partir de ce moment, le film de Billy O’Brien possède un petit côté Cronenberg avec cette réflexion sur les pulsions qui anime le jeune garçon, d’autant plus que la famille de ce dernier possède une entreprise de pompes funèbres. Un côté Cronenberg qui s’accentue également avec le côté organique du tueur volant des organes à ses victimes afin de rester en vie.  A la frontière entre réalisme de par le grain de l’image et sa représentation de l’environnement dans lequel évolue John, et du fantastique avec ce tueur aux aspects surnaturels, I am not a serial killer est une œuvre singulière et soignée. Une véritable petite surprise permettant d’ailleurs à ce cher Doc Brown de revenir sur le devant de la scène dans un rôle plutôt inquiétant. Un film dont le réalisateur ne serait pas contre faire une suite, si bien sûr celui-ci marche bien.

[Compétition internationale] The Love Witch

Réalisé par Anne Biller (USA, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Elaine est une sorcière, mais avant toute chose, Elaine cherche l’amour. Malheureusement pour elle tout les hommes qui tombent sous son charme semble mourir de façon étrange. Un détective va alors enquêter sur ces mystérieuses affaires et croiser la route d’Elaine.

Premier gros coup de cœur de la compétition, le film écrit, produit et réalisé par Anne Biller (qui a d’ailleurs également contribué à la musique, aux costumes et aux décors) est un véritable petit bonbon à l’atmosphère kitchissime. La grande particularité de The Love Witch réside dans son esthétique nous renvoyant directement dans les années 50-60, les années du technicolor et de l’émergence du cinéma bis italien avec notamment Mario Bava comme figure de proue. Couleurs vives, décor criard, et bien évidemment la mise en scène, nous donnent l’impression d’un retour dans le passé. Film délicieusement anachronique où l’on côtoie à la fois téléphone portable et style vestimentaire typiquement 60s, The Love Witch suit les aventures d’Elaine, jeune sorcière à mi-chemin entre la princesse fascinée par le prince charmant et une veuve noire croqueuse d’hommes.

Qui dit années 60, dit également mœurs très différentes. La vision de la femme est en effet peu flatteuse dans ce film, mais cela ne l’empêche pas d’avoir un aspect féministe au travers de son personnage principal cherchant à prendre l’ascendant sur le sexe opposé, et à faire de ces hommes ses objets à l’aide de philtre d’amour ou de danse suggestive. Mêlant érotisme et ésotérisme, offrant des séquences complètements hallucinées que n’aurait pas renié un Jodorowsky sous LSD, The Love Witch est un petit joyau particulièrement drôle, parfois peu subtil mais à la démarche intéressante. On regrettera cependant sa longue durée, près de 2h et un film qui peine à conclure pouvant donc faire poindre un ennui poli sur la fin. Il en restera un film très original à l’ambiance rétro bien cultivée.

[Midnight Movies] The Greasy Strangler

Réalisé par Jim Hosking (USA,2016) Date de sortie inconnue

Synopsis : Brayden vit avec son père Ronnie. Ensemble ils gagnent leur vie en offrant une visite de LA sur le thème du disco. Un jour, Brayden rencontre Janet dont il tombe amoureux, ce qui va provoquer un conflit entre père et fils. Au même moment un tueur dénommé le Greasly Strangler débarque en ville.

Les Midnight Movies font partie des films les plus attendus par les festivaliers car ils sont souvent synonyme de bonne tranche de rire. The Greasy Strangler ne sera pas en reste. Présenté comme un véritable archétype du midnight movie et transgressif à souhait, The Greasy Strangler se pose certainement comme l’un des films les plus dégoûtants de l’histoire du cinéma. Digne héritier des œuvres de John Waters et Divine dans les années 70, The Greasy Strangler est un véritable déluge de séquences très très grasses (au sens propre comme au figuré). Avalanche de pénis, de nudité frontale, de nourriture répugnantes, le film érige le mauvais goût en art, au point qu’il en devient plutôt drôle.

Nous offrant des séquences complètement absurdes (comme celle du distributeur de chips), une esthétique, une bande originale et un jeu d’acteur rappelant à certains moments les films de Quentin Dupieux, The Greasy Strangler cultive cependant le trash à outrance. Pas subtil pour un sou, le film pourra  très vite énerver certaines personnes, en dégoûter d’autres et sera certainement un long calvaire pour les personnes peu réceptives à cet humour, car les répétitions dans ce long-métrage de 1h40 sont assez nombreuses. The Greasy Strangler n’a cependant pas volé son étiquette de midnight movies et vient clôturer de façon très spéciale cette deuxième journée du FEFFS.

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