FEFFS 2016 : Swiss Army Man en ouverture : Trois Daniel pour le prix d’un

Pour ouvrir sa 9ème édition, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg nous offre un véritable OVNI cinématographique.

Rendez-vous incontournable pour tout cinéphile, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg ou plus simplement FEFFS, fait son grand retour avec une programmation pour le moins alléchante. Pour sa cérémonie d’ouverture, Daniel Cohen le directeur artistique du FEFFS a décidé de frapper très fort d’entrée en nous offrant la petite pépite qui avait déjà fait un sacré effet lors de sa présentation à Sundance : Swiss Army Man.

[Film d’ouverture] Swiss Army Man 

Réalisé par Daniel Kwan et Daniel Scheinert (USA, 2016) Date de sortie française inconnue.

Synopsis : Hank Thompson, naufragé au bord du suicide, voit sa vie basculer quand il tombe sur Manny, un cadavre pétomane cachant plus d’un tour dans son sac. C’est le début pour les deux « hommes » d’une véritable aventure humaine en pleine nature.

Si le film des Daniels, comme ils sont présentés lors du générique, a fait sensation, c’est bien évidemment à cause de son idée complètement surréaliste. Il faut dire que la première séquence donne directement le ton. Hank Thompson, jeune naufragé complètement désespéré s’apprête à en finir avec sa vie, quand soudain il voit apparaître sur la plage un cadavre. Il remarque alors très vite que le cadavre a la fâcheuse tendance à émettre des gaz. Après plus amples observations, le voilà en train de chevaucher le cadavre qui se déplace à la façon d’un jet-ski sous l’effet de ses flatulences.  Le film des Daniels va cultiver tout du long un certain humour potache, beaucoup de blagues scatophiles seront donc au rendez-vous, mais dans une ambiance légère qui ne va pas se traduire par une certaine lourdeur qui découle souvent de ce genre de blagues ( il faut dire que le problème « pétomane » sera vite réglé, cela évitant de nous infliger des bruits de fonds pendant toute la durée du long-métrage). En plus de sa fonction jet-ski, Hank va découvrir que Manny le cadavre lui offre plein d’autres avantages dans son long périple pour retrouver sa maison. En effet comme le titre du film l’indique, Manny est un véritable homme couteau-suisse qui va servir tour à tour de fontaine à eau, de fusil, ou encore d’allumette. La création est certainement le maître-mot de la mise en scène des Daniels. De part son personnage de Hank arrivant à l’aide de son cadavre à tout faire a recrée des véritables séquences de la vie quotidienne, mais également de part l’utilisation de l’environnement par les deux cinéastes pour nous offrir un film au champ de possibilités quasi-illimitées. 

Cependant Swiss Army Man est bien plus qu’une simple comédie potache au pitch WTF et à l’aspect créatif démesuré. Il s’agit également d’une très belle aventure humaine, et traitant d’un thème cher au film de naufragés, la solitude. Car Hank, même avant sa mésaventure, était un jeune homme très seul, et sa rencontre avec Manny va le bouleverser sur le point émotionnel. L’une des idées particulièrement géniales du film est sa façon de « rendre la vie » au cadavre.  Après avoir découvert que celui-ci pouvait parler, Hank va lui offrir une sorte d’initiation à la vie et surtout à l’amour, permettant même à Hank de revivre certains moments de sa propre vie par procuration au travers de Manny. Le film devient alors particulièrement touchant et offre une magnifique complicité entre les deux protagonistes, flirtant avec la bromance. Les deux acteurs sont très bons, la performance très sincère de Paul Dano s’allie à la perfection avec la prestation surréelle de Daniel Radcliffe.

Il est à première vue difficile de trouver de réel défaut à ce petit OVNI. On peut regretter certains gimmicks de mise en scène typique des films indépendants américains au niveau des ralentis ou de l’utilisation de la musique. Globalement, le premier film des Daniels est une franche réussite, offrant un bol d’air frais et ne se résumant pas à son idée folle. Le film s’avère être au final une sorte de conte moderne sur le mal-être et la solitude, rempli d’humour et très juste dans sa démarche.

Swiss Army Man

Un film de Daniel Kwan et Daniel Scheinert
Avec Daniel Radcliffe, Mary Elizabeth Winstead, Paul Dano
Distribution : /
Durée : 97 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : indéterminée

USA – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.