Cannes 2024 : Flow, le règne animal

Rares sont les films d’animation à fouler la Croisette. Cette année, nombre d’entre eux se partagent la lumière sur plusieurs sélections. Flow éblouit la sélection d’Un Certain Regard avec une épopée qui convoque un groupe d’animaux sur une arche de Noé. Une fresque sensorielle et minimaliste qui encense les valeurs de l’amitié, au détour d’un voyage éblouissant et hypnotisant.

Synopsis : Un chat se réveille dans un univers envahi par l’eau où toute vie humaine semble avoir disparu. Il trouve refuge sur un bateau avec un groupe d’autres animaux.

Dans la continuité de son long-métrage précédent, Away, où un personnage évoluait en solitaire sur une île, Gints Zilbalodis s’est peu à peu entouré de compagnons de route précieux afin de mettre en chantier cette œuvre qui en développe la symbolique. Douze membres de l’équipe sont venus nous présenter Flow : les aventures d’un petit chat noir, qui a pour seul refuge une maison déserte et sa solitude. Il a fallu une soudaine montée des eaux, dont les raisons sont tues, pour que ce jeune félin peu sociable fasse appel à son instinct de survie. Sans la moindre trace d’humain dans la forêt où démarre l’aventure, à l’exception de bijoux et autres babioles artisanales, les animaux sont livrés à eux-mêmes face à une menace qui rappelle les derniers instants de la cité mythique de l’Atlantide ou le grand Déluge.

L’arche des noyés

En faisant le choix de ne pas faire parler ses animaux comme dans la plupart des productions du studio aux grandes oreilles, Gints Zilbalodis choisit de faire confiance aux spectateurs afin d’interpréter les émotions des animaux à travers leur regard et leur gestuelle. Wes Anderson avait déjà remporté ce pari avec L’Île aux chiens, bien que l’on joue davantage sur une animation en trois dimensions par ici. Fuir la mort, courir après la vie, voilà ce qui va immédiatement presser les personnages à se précipiter vers le bateau le plus proche. Nous avons ainsi le chat qui nous sert de fil rouge et de boussole dans ce monde en péril. Il ne tarde pas à faire la rencontre d’un ingénieux capybara, d’un lémurien un peu trop matérialiste, d’un labrador très joueur et d’un oiseau atrophié d’une grande fierté. Ensemble, et malgré leurs différences, ils devront cohabiter pour surmonter tout un tas d’épreuves qui déterminera leur cohésion.

Cela reste toutefois la seule ligne directrice pour ces animaux, que l’on pousse souvent à bout en les confrontant à de nombreux décors. Les animateurs libèrent ainsi toute leur créativité avec de gigantesques structures et notamment lorsque les personnages se jettent à l’eau. On y découvre tout un tas de poissons colorés, dont une majestueuse baleine. Si l’océan incarne une catastrophe naturelle inarrêtable, il ne faut pas oublier qu’il abrite également la vie. Le chat en découvre ses merveilles et parvient à toucher notre sensibilité au fur et à mesure qu’il trébuche. Ses miaulements se transforment en rugissements. Il s’affirme et gagne en apprentissage aux côtés de ceux qu’il voyait comme des principaux concurrents. Tout cela est raconté à travers l’image et le mouvement, d’un naturel bluffant et d’une magie bouleversante.

N’oublions pas ses pointes d’humour, suffisamment bien senties pour que cette œuvre ne reste pas exclusivement dédiée aux enfants. Les détenteurs et amateurs de chats seront séduits de retrouver des réflexes bien connus de ces félins. Imaginez tout ce qu’un chat est capable de faire à nos côtés, il se fera encore car il reste un chasseur par nature. Le cinéaste letton en joue pour aérer le récit des différentes scènes de tension qui manquent d’abattre le quatuor de fortune qui cherche un refuge idéal pour enfin reprendre le court de leur vie. Et ce sont justement dans les interactions avec leur environnement que Flow trouve ses lettres de noblesse et qu’il mène à bon port ses personnages. À quelques semaines de sa présentation au Festival d’Annecy, cette 77e édition du Festival de Cannes trouve encore des ressources pour nous surprendre, et dans le bon sens du terme.

Flow est présenté pour le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024.

Fiche Technique

Réalisé par : Gints ZILBALODIS
Année de production : 2024
Pays : Lettonie, France, Belgique
Durée : 85 minutes

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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