Les Guetteurs : la fille de son père

Après la fille de Coppola ou encore récemment celle de Cronenberg, qui a débuté avec le prometteur Humane le mois passé, voici que celle de l’illustre réalisateur et roi du twist, M. Night Shyamalan, nous livre son premier film. Et à l’instar de celle du canadien roi du body horror, on sent fortement l’inspiration et les influences paternelles ici. Avec cette histoire intrigante tirée du roman éponyme, Ishana Shyamalan nous propose une œuvre surnaturelle plutôt originale et bien maîtrisée dans ses effets et son déroulement. Mystère, révélations et rebondissement final sont au rendez-vous comme chez papa avec une mise en scène soignée et pertinente même si Les Guetteurs se heurte à quelques scories propres aux premiers longs-métrages et à quelques couacs. Il n’empêche, on a envie de voir la suite et on passe un bon moment.

Synopsis: Perdue dans une forêt, Mina trouve refuge dans une maison déjà occupée par trois personnes. Elle va alors découvrir les règles de ce lieu très secret : chaque nuit, les habitants doivent se laisser observer par les mystérieux occupants de cette forêt. Ils ne peuvent pas les voir, mais eux regardent tout.

Sans rentrer dans le débat du népotisme au cinéma avec des dynasties d’artistes se frayant un chemin plus facilement vers les étoiles et la reconnaissance que n’importe quel quidam, on ne peut nier que les « enfants de » sont favorisés mais nous réservent souvent de bonnes surprises. On rencontre et constate cela davantage chez les comédiens mais les cinéastes ne sont pas en reste. Et ici, dans le rayon des films de genre et à peine plus d’un mois après la fille du canadien David Cronenberg qui nous avait livré le très sympathique Humane, c’est aujourd’hui celle d’un des cinéastes les plus réputés et identifiables qui franchit le pas. Ishana Shyamalan, fille de qui vous savez, se lance donc dans la grande aventure de la réalisation avec le parrainage de son paternel qui produit. Et, un peu comme la fille du maître du body horror, Les Guetteurs s’avère une œuvre très influencée par le cinéma du géniteur en plus de voguer dans un registre similaire.

Ce premier long-métrage est l’adaptation du roman The Watchers, titre original du film, et nous place face à un mystère qui s’inscrit dans les terres du fantastique. On y retrouve une jeune femme perdue en forêt qui va se retrouver dans une sorte de bunker où se trouvent déjà trois autres inconnus égarés, tous ne devant pas quitter le lieu la nuit sous peine d’être emporté par une menace indéfinie. Et le film de dérouler un programme très proche des films de M. Night Shyamalan mais davantage de se dernière période. Pas celle de ses classiques des débuts (Sixième sens, Signes, Le Village, …) mais pas non plus celles de ses gros ratés de milieu de carrière à gros budget comme Le dernier maître de l’air ou After Earth. Ici, on se situe davantage dans la veine de sa renaissance, ces grosses séries B récentes à budget raisonnable avec concept fort et accrocheur en plus d’être souvent malignes, ludiques et sympathiques si on est client comme The Visit ou son dernier et excellent Knock at the Cabin. Un postulat intrigant, du mystère, des révélations et bien sûr le sempiternel twist final, marque de Shyamalan comme personne d’autre et que sa fille va rejouer à sa sauce.

On peut dire que si Les Guetteurs n’atteint pas la maestria de la plupart des films de son père, il trouve sa propre voie et révèle pas mal de choses intéressantes. Mais aussi pas mal de petits défauts inhérents aux premiers films ou simplement montrant une réalisatrice qui doit encore apprendre et parfaire son art. Par exemple, et sans savoir comment cela est amené dans le roman, l’adaptation rend le début peu crédible, ce qui pêche pour notre identification avec le personnage principal. En effet, on a du mal à croire que Mina prenne un itinéraire pareil et se retrouve dans cette forêt au vu du but de son trajet en voiture. Ensuite, le fait de la voir tenter sans crainte de trouver de l’aide au milieu de nulle part dans cette immensité semble peu crédible. Et il y aura aussi durant le long-métrage plusieurs réactions des personnages pas toujours très cohérentes et manquant tout simplement de logique élémentaire. Mais on passera outre sans se braquer une fois les prémisses passées.

Ensuite, on doit pallier à un manque d’approfondissement de certaines thématiques comme des personnages. On est certes dans une petite série B fantastique mais des protagonistes mieux écrits et développés, voire moins clichés ou banals, auraientt été préférables. On parle de deux sujets très intéressants et prometteurs ici que sont le voyeurisme et le mimétisme. Plutôt que de broder en profondeur sur ces thèmes et densifier son propos et son film, Ishana Shyamalan les utilise uniquement comme des particularités destinées à caractériser la situation en cours et la menace extérieure, ce qui est un peu dommage et frustrant. Il y avait tant à dire ou à creuser davantage (visuellement comme sur le fond) concernant ces pratiques. En revanche, on sent poindre les inspirations diverses de films telles que Cube pour le côté huis-clos avec inconnus, The Descent pour les créatures souterraines et anglo-saxonnes ou encore et plus simplement Le Village du paternel pour l’aspect mystère forestier.

Malgré ces petites scories, une fois Mina arrivée dans le poulailler comme on appelle ici ce refuge en béton, on est happé par l’histoire et son rythme bien négocié. Les révélations se font au compte-gouttes et la tension va monter doucement mais surement. Si on n’est pas face au grand frisson, Les Guetteurs, distille de l’angoisse et nous effraie au détour de quelques séquences bien emballées comme la découverte de la menace, entre folklore ancestral et créatures gothiques. On n’en dira pas plus pour ne pas déflorer la surprise mais la nature du danger est inattendue et peu commune. Et la jeune cinéaste s’en tire avec les honneurs car avec un tel parti pris, tout cela aurait pu vite tourner au ridicule, ce qui n’est jamais le cas. On ne verse jamais dans l’horreur franche ou le gore mais le fantastique employé ici est parfaitement ajusté, digéré et traité avec respect.

Durant une heure, dans ce quasi huis-clos, on est donc investi dans l’intrigue et les enjeux. On souhaite ardemment connaître le fin mot de tout cela. Et comme une sorte d’hommage à son papa, la fille Shyamalan va bien sûr nous gratifier d’un rebondissement final en forme de twist incroyable. On a déjà vu mieux dans le genre mais il est tout de même étonnant et réjouissant. On s’est fait prendre et on aime ça. Ajoutons à cela, une identité visuelle et une photographie travaillée et un univers que l’on sent déjà inspiré. Les prises de vues sur la forêt semblent tout droit sorties d’un film de conte (et c’est en totale harmonie avec le sujet) tandis que celles dans le poulailler rappellent aux bonnes heures des huis-clos anxiogènes tels que le premier Saw ou Le Menu. D’autant plus que le cadre irlandais apporte un petit je-ne-sais-quoi notable. Au final, une bobine prometteuse, haletante et digne d’intérêt qui nous captive davantage par son intrigue et son esthétique que par le développement de ses personnages et thématiques. Mais pour un premier essai, on peut dire que Ishana Shyamalan obtient mention avec des débuts intéressants et prometteurs.

Bande-annonce : Les Guetteurs

Fiche technique : Les Guetteurs

Réalisateur : Ishana Shyamalan.
Scénariste : Ishana Shyamalan d’après l’œuvre de A.M. Shine.
Production : Warner Bros.
Distribution France : Warner Bros. France.
Interprétation : Dakota Fanning, Georgina Campbell, Olwen Fouéré, Oliver Finnegan, …
Durée : 1h42.
Genres : Thriller – Fantastique – Huis-clos.
Date de sortie : 12 juin 2024
Pays : USA – Irlande.

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3.5

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