Nightflyers, ou l’angoisse du voyageur spatial qui traverse le vide

Après Star Trek Discovery, la série Nightflyers va-t-elle confirmer le retour de la science-fiction sur nos petits écrans ? Si le format d’une série semble adapté à la description de voyages au long cours et de leurs lots de découvertes mystérieuses, qu’en est-il de la qualité de cette nouvelle série diffusée sur Netflix ?

Le pilote de Nightflyers est sans doute l’épisode le plus réussi. Il parvient à faire ce qui est nécessaire pour nous plonger dans une série de science-fiction : instaurer un univers et placer le spectateur devant une série d’énigmes.

Un univers classique

D’abord, voyons un peu l’univers dans lequel se déroule Nightflyers. Il n’a, certes, rien de particulièrement innovant et il ne développe pas vraiment la vision personnelle d’un artiste. Ici, le spectateur est plongé dans un monde qui réunit les éléments classiques de la science-fiction. D’abord le voyage dans l’espace, à la rencontre d’une espèce (ou une entité ? On ne sait pas trop) extraterrestre, le (ou les ?) Volcryn. On apprend que cela fait un bon moment maintenant qu’il s’est manifesté, les humains ont tenté toutes les possibilités à leur portée pour prendre contact avec lui, mais la communication n’a pas pu s’établir et, à vrai dire, on ne sait pas encore vraiment ce que c’est que le Volcryn. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il possède une source d’énergie qui pourrait sauver la Terre.

Oui, parce que (autre élément classique de la SF), la Terre est en voie d’extinction. La race humaine en est grandement responsable. Comme l’affirme Rowan, l’exobiologiste de l’expédition :

« Les humains sont des virus qui ont tué leur hôte et cherchent à en coloniser un nouveau. »

Nightflyers n’a pas forcément d’identité propre, pas d’idée novatrice, mais la série sait exploiter correctement ce qu’elle prend à gauche et à droite dans l’univers de la SF en général. La série développe ainsi le thème du transhumanisme, par exemple : hommes/femmes et machines sont liées. Lommie peut se brancher sur le système du vaisseau, qui lui-même renferme une personnalité peu amène… Quant au capitaine, on a même du mal à savoir s’il existe réellement, puisqu’on ne voit que son hologramme.

Certes, un agglomérat de thèmes et d’idées diverses ne suffit pas à faire un univers particulier, mais les scénaristes parviennent globalement à tirer un bon parti de ce qu’ils introduisent dans la série.

Les mystères

Outre le développement d’un univers, le pilote nous pose aussi une série d’énigmes. La scène en pré-générique du pilote nous montre un vaisseau qui navigue au travers de débris d’une planète (on y voit un arbre flotter dans l’espace) et deux personnes se battre. Finalement, le femme, apparemment médecin, se suicide brutalement après avoir lancé un message d’alerte : « Ne montez pas à bord du Nightflyer, ne le ramenez pas sur terre. »

Très vite, le danger semble partout sur ce vaisseau. Au moment de quitter sa position orbitale autour de la Terre, une défaillance suspecte des moteurs menace de l’envoyer exploser dans l’atmosphère. Des voix se font entendre, des visions atteignent les membres de l’équipage. Et il est alors facile d’accuser Thale.

Qui est Thale ?

Thale est un L1. En gros, c’est un sorte de mutant façon X-Men, doté de façon innée d’un don télépathique. Rejetés par les humains « normaux », les L1 font peur et inspirent donc, bien malgré eux, la colère de la population. Mais tout ce qui arrive d’étrange dans le Nightflyer (les défaillances, les hallucinations auditives ou visuelles) provient-il forcément de lui ?

Les dix épisodes qui constituent la série sont regroupés en deux parties, séparées par un ellipse de plusieurs mois. Cela permet à Nightflyers de s’intéresser aussi bien aux débuts difficiles de l’expédition (avec toutes les questions, les hésitations, les peurs liées à ce saut dans le vide) qu’à la fin du parcours, à l’approche du si mystérieux Volcryn. Ainsi, la série évite les temps morts. L’histoire ne stagne pas et le scénario crée des situations assez variées. Finalement, si Nightflyers ne va pas révolutionner le genre, il constitue un divertissement habile, avec un suspense savamment entretenu et flirtant parfois avec l’horreur.

L’homme face à ses limites

Si, au fil des épisodes, on peut être placé face à quelques scènes un peu sanguinolentes, c’est surtout le climat anxiogène qui domine la série dans son ensemble. Une angoisse qui provient essentiellement de la prise de conscience de la faiblesse humaine. Dans Nightflyers, les hommes (au sens d’êtres humains) sont confrontés à leurs limites. Limite d’une humanité qui voit apparaître de nouveaux êtres, améliorés naturellement (comme les L) ou artificiellement (Lommie, qui peut se connecter au système central du vaisseau, ou Mel, qui a été créée in vitro pour pouvoir améliorer ses capacités à voyager dans l’espace). Limite aussi d’une humanité qui est de plus en plus dépendante de machines qu’elle ne sait pas contrôler et qui lui échappent. Limite enfin d’une humanité face aux mystères d’un univers qu’elle ne fait que découvrir, mystères qui la renvoient à son statut de simples minuscules grains de poussière dans l’immensité.

Finalement, cette série est celle de l’échec de l’espèce humaine, incapable de respecter la planète qui l’abrite, incapable de trouver une solution aux problèmes qu’elle a créés, incapable de comprendre l’univers dans lequel elle évolue, et incapable même de se comprendre elle-même.

Car, comme il se doit, le voyage proposé dans Nightflyers n’est pas seulement spatial, c’est aussi un voyage intérieur. L’un des lieux les plus importants de la série (et qui prend encore plus d’importance dans la seconde partie) est une sorte de machine qui permet de revivre ses souvenirs. Depuis Karl confronté à sa fille morte jusqu’à Mel qui rencontre la conceptrice de son ADN, en passant par la relation empoisonnée entre le capitaine et sa mère, l’immensité agit paradoxalement comme une sorte de huis-clos qui oblige les personnages à plonger en eux-mêmes.

L’ensemble fait de Nightflyers une série certes convenue, mais intéressante, un bon divertissement qui ne présente aucun temps mort et capte les spectateurs dans le filet de ses énigmes entrecroisées.

Synopsis : en 2093, le vaisseau Nightflyer est envoyé à la rencontre du Volcryn, une mystérieuse entité extraterrestre qui pourrait maîtriser une force utile au salut de la planète Terre.

Nightflyers : Bande annonce

Nightflyers : fiche technique

Créateur : Jeff Buhler
Réalisation : Andrew McCarthy, Mike Cahill, Nick Murphy…
Scénario : Jeff Buhler et David Schneiderman, d’après une nouvelle de George R. R. Martin
Interprètes : Eoin Macken (Karl D’Branin), David Ajala (Capitaine Roy Eris), Maya Eshet (Lommie), Jodie Turner-Smith (Mel), Sam Strike (Thale), Gretchen Mol (Agatha Matheson).
Photographie : Gavin Struthers, Peter Robertson, Markus Förderer
Montage : Tad Dennis, Peter Forslund, Toby Yates
Musique : Will Bates
Production : Andrew McCarthy, Michelle Mogavero, Biran Nelson
Sociétés de production : Universal Cable Productions, Netflix, Hypnotic, Gaeta Rosenzweig Films, Lloyd Ivan Mille Productions
Société de distribution : Syfy
Nombre d’épisodes : 10
Durée d’un épisode : 42 minutes (sauf le pilote : 60 minutes)
Diffusion en France : 1er février 2019 (Netflix)
Genre : science-fiction

États-Unis – 2018

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3.5

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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