Petits frères de Jacques Doillon : chacun cherche son chien

Petits frères se nourrit de rap et de colère, d’une envie de tout envoyer valser. Mais il se nourrit aussi et surtout d’enfance et d’une quête effrénée pour « trouver sa place ».  C’est un monde qui se dessine avec ses codes et ses ambivalences, ses désirs et ses erreurs. Au milieu de tout ça, une gamine cherche son chien et, au-delà, sa famille d’adoption.

Bande d’ados

Talia a treize ans et elle s’enfuit. Elle s’extirpe à corps et à cris des griffes d’un beau-père dégueulasse et d’une mère absente. Elle court avec son chien, un pitbull aussi doux qu’un chaton, c’est bien là tout le drame. Elle veut se réfugier chez un certain copain, mais elle ne le verra jamais, il est parti en foyer. Alors elle et Kim, la chienne trop douce, s’installent là. Personne ne leur demande quoi que ce soit. Elles peuvent simplement s’allonger un peu, trouver le repos. Mais c’est sans compter sur une bande de copains, dont l’un a repéré Talia, et qui ont pour projet de se faire de l’argent. En vendant Kim ? Alors ils la kidnappent tout en aidant en parallèle Talia à la chercher. Une situation ubuesque qui découvre une espèce d’amitié, une histoire de bande qui ne se dit pas qu’elle s’aime mais qui le pense très fort.

Rengaine

C’est que nos héros ne s’embarrassent pas de discours, ils sont dans l’action en permanence. Quand ça déraille, il y a les plus grands, qui font pire que mieux. Kim en est la victime collatérale. Quant à Talia, elle ne réintègre aucun foyer, elle continue de crier à qui veut bien l’entendre qu’elle veut son chien et qu’on doit le lui rendre. Elle s’arme, elle cherche de la force, de la rage partout où elle en trouve. Le film épouse totalement cette énergie un peu vaine. Cette divagation perpétuelle qui est sans but réel (car au-delà du chien, les perspectives n’existent pas) devient un mode de vie complet. Il est porté par la musique, omniprésente et bienvenue, d’Oxmo Puccino, qui devient une véritable rengaine.

Energie perdue

Il n’y a guère d’adultes ici, ou ils sont défaillants. C’est l’art de la débrouille, de la magie aussi. Ces gamins-là qui, comme dans la chanson d’IAM, veulent grandir trop vite, aller bien trop loin, sont aussi des enfants. Si Talia est furieuse, autour d’elle le monde s’ouvre autant qu’il se ferme. Doillon ne se contente pas de filmer le béton, ou la misère, il intrigue par des scènes plutôt drôles, des grands espaces verts. Bien sûr, la surprise n’est pas toujours au rendez-vous, mais grâce à une jolie fin, à une musique bien choisie, Doillon s’inscrit dans cette rage nouvelle qui s’est emparée des années 90 avec La Haine en précurseur. On se demande souvent où est passée toute cette énergie…

Petits frères : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=rHNStBLd4DI&t=66s

Petits frères : Fiche technique

Synopsis : Après une embrouille avec son beau-père, Talia, treize ans, s’enfuit de la maison. Elle décide d’emmener sa chienne, Kim, avec elle. Elle part pour Pantin où habite un de ses amis. Le copain est parti en foyer. Elle rencontre quatre garçons de son âge, drôles et malins, qui s’intéressent à elle. En réalité c’est Kim qui les attire. Les petits fomentent un plan : gagner la confiance de la fille et lui voler sa chienne. Ils la revendront et la feront tourner dans des combats. Talia, furieuse, est prête à tout pour retrouver l’animal.

Réalisateur : Jacques Doillon
Scénario : Jacques Doillon
Interprètes : Stéphanie Touly, Iliès Sefraoui, Mustapha Goumane, Nassim Izem, Rachid Mansouri, Dembo Gouname, Gerald Dantsoff, Simone Zouari Sayada
Photographie : Manuel Teran
Montage : Camille Cotte
Musique : Oxmo Puccino
Producteur : Marin Karmitz
Société de production : MK2 Productions
Durée : 92 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 7 avril 1999

France – 1998

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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