Les films de l’été : Un été en Louisiane, de Robert Mulligan

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, plongée douce-amère dans la Louisiane des années 50 au son de la musique d’Elvis Presley avec Un été en Louisiane.

Synopsis : Louisiane, été 1957. Dani Trant, une adolescente effrontée de 14 ans, vit dans une ferme avec ses parents et ses deux soeurs, dont Maureen, son aînée, belle jeune fille de 17 ans avec qui elle partage une grande complicité. Mais un jour, Court Foster, un garçon de 17 ans, vient s’installer dans la maison voisine avec sa famille : Dani découvre ses premiers émois amoureux, mais va aussi connaître ses premiers chagrins. 

Le bonheur simple

L’été est une saison qui symbolise souvent la fin de l’année scolaire et le début des vacances, sorte de parenthèse enchantée qui est la plupart du temps synonyme de paradis pour les enfants.

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Ici, la jeune Dani en est l’exemple vivant : l’école est terminée, et même si ses parents la forcent à aller à l’église et au catéchisme, l’adolescente profite de son temps libre en s’adonnant à des bonheurs simples. Baignades dans le ruisseau, courses dans les champs, barbecues entre amis, discussions nocturnes sous le porche avec sa sœur aînée, le tout rythmé par le son des mélodies « fifties », Elvis en tête : Dani s’adonne à des joies toutes naturelles qui sentent bon l’été et la liberté, mais également l’innocence. C’est une fillette, du moins encore au début. Bientôt, elle laissera sa naïveté derrière elle pour basculer dans le monde des adultes, et alors, cet été si singulier sera teinté d’une nostalgie particulière, celle du dernier été de son enfance. Un souvenir qui restera inscrit dans sa vie comme celui du passage d’un monde à l’autre. Car si Un été en Louisiane est un film estival qui dépeint avec un charme désuet les plaisirs champêtres d’une famille de fermiers, c’est également un récit d’apprentissage fort, une coming of age story douce amère au rythme contemplatif, qui se savoure avec l’émotion de quelque chose que l’on a déjà perdu.

D’amour et d’eau fraîche

L’été, c’est aussi la saison des premiers émois amoureux, la découverte de son corps, de la séduction et des passions éphémères qui durent le temps des vacances, mais qui, là encore, marquent nos souvenirs. Un été en Louisiane illustre cette idée à travers la romance chaste qui unit Dani, 14 ans, à son nouveau voisin Court, 17 ans, dont elle s’éprend. Secrètement jalouse de sa grande sœur Maureen qui est « belle », et qui séduit tous les garçons sur son passage, Dani est complexée d’être encore considérée comme une gamine et n’aura de cesse de revendiquer sa maturité, allant jusqu’à accepter sa féminité, elle qui au départ se la jouait garçon manqué. Prépubère, elle n’a pas les atouts physiques de sa sœur, mais ses hormones la titillent : elle aussi, aimerait connaître l’amour avec un garçon. Qu’est-ce qu’embrasser ? Comment savoir lorsque l’on tombe amoureux ? Tant de questions que l’héroïne se pose, elle qui en pince pour son jeune voisin. On assiste alors à la naissance d’une affection pudique entre Dani et Court, the-man-in-the-moon-reese-witherspoon-jason-londonqui la considère initialement comme sa petite sœur, avant d’accepter de lui offrir ce qu’elle attend : l’attention d’un garçon, le premier baiser, les regards complices. Mais si Court le fait par gentillesse, Dani s’emballe, et la chute n’en est que plus rude lorsqu’elle réalise que ce dernier est en réalité en couple avec Maureen. Les rivalités et la jalousie ressurgissent, doublées d’une amertume nouvelle pour Dani, qui se sent, pour la première fois de sa vie, trahie. Cet amour naissant entraîne donc un chagrin, mais est aussi la source d’un conflit familial à plusieurs niveaux : son père voit d’un mauvais œil l’émancipation de sa fille, et Dani se sent coupable car ses incartades ont failli, par un triste concours de circonstances, coûter la vie à sa mère, enceinte de son quatrième enfant. C’est la fin du beau temps et le début des ennuis : la douceur de vivre s’estompe, le climat se gâte. L’automne arrive. Le bonheur et l’innocence ne sont pas éternels, l’été non plus.

La fin de l’innocence

Enfin, Un été en Louisiane se démarque par son économie de moyens et son minimalisme : peu de dialogues, peu de lieux, peu de variations dans les scènes de la vie quotidienne qui se suivent et se ressemblent. Mais le film nous livre pourtant un récit riche et dense où s’entremêlent de nombreuses thématiques, et où les drames successifs forgent en fait le caractère en devenir de la jeune Dani, future adulte en pleine croissance. C’est donc une période charnière qui est décrite ici, la transition entre deux âges, le témoignage d’un été fondamental pour l’héroïne, qui a connu en quelques semaines un flot d’émotions qui lui ont appris à mieux appréhender la vie. Au départ insouciante et véritable électron libre, elle réalise que ses actes ont des conséquences et apprend, grâce à son père, à se responsabiliser et à se poser, à réfléchir sur la portée de ses actions et à réviser ses priorités : elle mûrit. Par ailleurs, lorsqu’elle fait passer son chagrin avant celui de sa sœur, là encore, son père lui inculque d’autres leçons de vie : le pardon, la générosité et l’altruisme. On peut reconstruire ce qui a été détruit tant qu’il reste de l’amour. Les douces rêveries de Dani et Maureen, qui se rappellent avec nostalgie l’histoire du « bonhomme sur la Lune » que leur mère leur racontait quand elles étaient enfants (petit être céleste à qui elles pouvaient confier leurs peines), laissent place à la dure réalité, et les deux jeunes femmes se confrontent à des épreuves fondatrices : l’accident d’une mère, la mort d’un (petit)-ami, la rage d’un père… Finalement, ce sont tous ces détails, du plus simple au plus grave, qui, mis bout à bout, rendent cet été aussi fondateur qu’inoubliable. Quant au spectateur, entraîné par le récit pudique et émouvant de cette tranche de vie suspendue dans la Louisiane des années 50, bercée au son des hits rock de l’époque et des bals de fin d’année, il savoure un bel instant de nostalgie, qui s’accompagnerait bien d’un mistral gagnant.

Un été en Louisiane : Bande Annonce VO

https://youtu.be/IdU3nAl0n3c

 Un été en Louisiane : Fiche Technique 

Titre original : The Man in the Moon
Réalisation : Robert Mulligan
Scénario : Jenny Wingfield
Photographie : Freddie Francis
Musique : James Newton Howard
Montage : Trudy Ship
Interprètes : Reese Witherspoon (Danielle « Dani » Trant) ; Sam Waterston (Matthew Trant) ; Tess Harper (Abigail Trant) ; Gail Strickland (Marie Foster) ; Jason London (Court Foster)
Producteur : Mark Rydell
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Distribution : Metro-Goldwyn-Mayer (Etats-Unis) ; United International Pictures (France)
Durée : 99 min
Genre : Drame
Date de sortie : 1991

Etats-Unis – 1991

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Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

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