The Crossing : un passage vers l’âge adulte entre les deux visages de la Chine.

Peipei est une adolescente chinoise vivant à Shenzhen mais scolarisée à Hong Kong. Avec sa meilleure amie Jo, elles rêvent de partir en voyage au Japon, mais n’en ont pas les moyens. Pour se rendre en cours, Peipei passe tous les jours la frontière. Hao, le petit-ami de Jo lui propose alors de transporter des téléphones illégalement pour un réseau de trafiquants. Peipei se lance dans cette voie sans en imaginer les conséquences…

Réalisé en 2018, The Crossing de Bai Xue est à voir sur nos écrans dès le mercredi 12 août 2020. Critique d’un film où les personnages servent l’histoire et non l’inverse. 

Entre le fond et la forme 

Avec The Crossing, la chinoise Bai Xue réalise un film très efficace où la forme semble prédominer sur le fond, de manière toutefois paradoxale, car cette forme existe et est pensée pour le fond du propos. La forme du film, sa réalisation soignée, presque publicitaire, ses couleurs, sa photographie ultra-propre, son découpage chirurgical font que The Crossing laisse avant tout le souvenir d’un film soigné.

Curieux, pour un long-métrage qui dépeint l’incursion et la chute d’une adolescente innocente dans un réseau de trafiquants chinois. Un thème principal aussi fort devrait prendre le pas sur une réalisation léchée. Peut-être l’est-elle trop ? Peut-être l’image de The Crossing met-elle une distance entre elle et son spectateur, cherchant volontairement à donner à ce dernier l’impression d’observer un drame bien prévisible mais contre lequel il ne peut rien : Peipei doit apprendre ce qu’est la vie. Le titre fait-il référence au passage entre Shenzhen et Hong Kong ou à celui vers l’âge adulte ?

The Crossing nous laisse toujours dans un entre-deux : entre premiers émois adolescents et passage de téléphones sous le manteau. Entre bluette (et que ce film est bleu ! De l’affiche, aux jupettes d’écolières, sans oublier le Pacifique qui borde Hong Kong) et drame. Mais aussi entre paysages urbains magnifiques et ruelles crasseuses propices à l’épanouissement du marché noir : les deux visages de la Chine, Hong Kong et Shenzhen.

Un rythme soutenu

Les films aussi bien rythmés sont rares, mais The Crossing a été débarrassé de toute fioriture. Aucune scène n’est inutile, tout apprend au spectateur quelque chose de la vie de ses personnages qui pourtant semblent au service de l’histoire plutôt que portés par elle.

Combien de films et de séries souffrent de ces péripéties qui arrivent parce qu’il le faut pour que le personnage paraisse intéressant, sans pour autant répondre aux lois de la crédibilité ? Dans son film, Bai Xue se sert de ses personnages pour raconter une histoire, pour montrer cette glissade naïve dans l’univers de la contrefaçon et du trafic, et non l’inverse. En résulte un très faible attachement aux personnages, qui pourtant ne ternit pas l’intérêt pour le film. Le rythme dynamique déroule des images toujours en mouvement, une action qui ne s’arrête jamais et monte pour atteindre un climax lorsque le monde en apparence très pratique du trafic de smartphones dévoile son véritable visage.

D’ailleurs le film semble découpé en trois actes, trois moments décisifs figurés par des arrêts sur image appuyés musicalement, qui surviennent à chaque fois que Peipei passe une frontière supplémentaire dans la délinquance (chaque fois, c’est un nouveau passage).

Entre dépaysement et familiarité 

La force de The Crossing est aussi son mouvement de va-et-vient entre cette découverte d’Hong Kong et de la Chine, sans pour autant être un film se déroulant dans une société totalement inconnue. Certes la culture chinoise et hong-kongaise diffère de la nôtre, mais l’occidentalisation de ce territoire indépendant est manifeste, et le langage des romances adolescentes est le même partout dans le monde – la scène des téléphones scotchés sur le corps transpire une sensualité universelle. Le spectateur voit donc son attention constamment ravivée par le passage de scènes familières à des actions plus surprenantes, dépaysantes.

Enfin, s’il arrive que le jeu asiatique déroute, ce n’est pas le cas ici et les interprètes sont très justes, notamment Huang Yao (II) et Sunny Sun en adolescents déconnectés, ainsi qu’Elena Kong dans le rôle de Mme Hua.

The Crossing – bande-annonce

Fiche technique : 

Réalisatrice : Bai Xue
Scénariste : Bai Xue
Casting : Huang Yao (II), Sunny Sun, Elena Kong
Date de sortie : 12 août 2020
Pays : Chine
Genre : drame/crime
Durée : 1h40 minutes

Festival

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Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
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