Teen Spirit, une énième success story musicale

Première réalisation du comédien Max Minghella, Teen Spirit n’est pas le film qui le fera connaître à ce poste. Et pour cause, le titre n’est qu’une success story musicale comme nous en avons tant vues au cinéma et à la télévision. Reste que la prestance d’Elle Fanning permet à l’ensemble de se regarder sans déplaisir.

Synopsis : Violet Valenski est une adolescente qui ne rêve que d’une chose : s’évader. Aidant sa mère à entretenir leur maison qu’elles ne peuvent payer que par plusieurs boulots en parallèle de sa scolarité, elle fuit sa routine morose en écoutant de la musique. Mais à la suite de sa rencontre avec Vlad, un chanteur d’opéra déchu, et son don pour le chant, Violet va voir sa vie basculer lorsqu’elle décide de participer un Teen Spirit, un télé crochet qui peut lui permettre de sortir de son quotidien et de la lancer…

Il est vrai qu’une introduction peut se montrer barbante pour le lecteur. Elle est pourtant nécessaire. Et pour cause, elle est utilisée pour présenter le sujet dans son intégralité, afin qu’il puisse savoir de quoi il sera question. Pour l’exemple de ce Teen Spirit, l’introduction lui indique que le film est une première réalisation. Celle du comédien Max Minghella (fils d’Anthony Minghella), qui a pu être vu au cinéma (The Social Network, Les Marches du Pouvoir…) ainsi qu’à la télévision (The Handmaid’s Tale). Que la tête d’affiche n’est autre qu’Elle Fanning, jeune comédienne qui ne cesse de s’affirmer de projet en projet et qui saute ici le pas de la chanson, allant dans un registre vocal que nous ne lui connaissons pas encore. Voilà ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans le visionnage de Teen Spirit et ce que peut vous permettre une introduction. Mais cette dernière a également un autre but, beaucoup moins louable : celui de meubler. De raconter plein de choses afin d’élargir le temps de lecture pour que l’article – comme une discussion – paraisse plus présentable aux yeux des gens quand il n’y a finalement pas grand-chose à dire. Pour Teen Spirit, l’introduction a plutôt – et malheureusement – ce rôle-là, tant le long-métrage n’a pas ce qu’il faut sous le capot pour débattre des heures et des heures.

Et au lieu de poursuivre un préambule qui peut encore s’éterniser et qui se montrera vain, entrons directement dans le vif du sujet : Teen Spirit est un film mille fois vu. Une success story comme il nous a déjà été donné de voir par le passé – à l’instar de Flashdance et autres Billy Elliot, en passant par High School Musical et The Pitch Perfect – et qui ne se permet même pas d’innover une seule seconde pour sortir du lot. Pour dire, le projet nous ressort l’intrigue du personnage principal perdu dans un quotidien qu’il désire fuir et qui, par son don et par quelques personnes le poussant à agir, va en sortir. Et ce avec les clichés inhérents à ce style d’histoire, comme le mentor du protagoniste, une star tombée dans l’oubli et qui tente de réparer ses erreurs en voulant aider une jeune personne talentueuse à briller sans commettre les mêmes erreurs. Comme le proche qui, étant enfermé dans ses a priori et son passé (la mère, obnubilée par le fait de devoir payer la maison à la suite du départ de son mari), va être un frein au héros car voulant l’empêcher ou le convaincre de réaliser son rêve qu’il juge absurde. Le tout en s’alourdissant de petites intrigues ajoutées à la va-vite pour avoir un semblant de contenu (la productrice Jules, le simili rapprochement avec la star Keyan Spears, la jalousie d’une camarade de classe…). Teen Spirit reprend cette structure narrative à la lettre et ne va pas plus loin que ça. Ne cherchant jamais à développer ses personnages secondaires malgré leurs backgrounds respectifs ni à proposer aux spectateurs des thématiques dignes de ce nom. Le long-métrage en a bien, mais elles sont éculées (l’envers du décor du monde du showbiz) ou bien survolées comme pas possible (l’origine de l’héroïne pouvant être un handicap pour sa victoire, expédié en quelques lignes). Et puis, quand ce n’est pas spécialement bien écrit, livrant des répliques un peu fades, cela n’aide pas.

Mais comme pour toute success story musical, Teen Spirit fait oublier son manque d’originalité par son attrait pour le quatrième art. Cela, le film le fait savoir en misant tout sur sa tête d’affiche. Une actrice reconnue par le métier et le public qui peut désormais ajouter le chant à son CV. Bien que la comédienne ait par le passé pris des cours de danse et de chant dans sa jeunesse, cela n’était pas visible au premier abord. Avec Teen Spirit, elle peut désormais le montrer à la face du monde et nous prouver tout son talent. En plus d’être une excellente actrice comme elle le confirme encore ici, Elle Fanning prouve qu’elle est également une excellente chanteuse. Bien que le film use de son prétexte de télé crochet pour justifier sa reprise de divers titres connus, c’est avec un envoûtement certain que nous nous laissons porter par la voix de la comédienne, qui interprète ces chansons (Lights d’Ellie Goulding, Dancing On My Own de Rubyn, Wildflowers de Carly Rae Jepsen…) avec beaucoup de prestance et d’assurance. Un régal aidé par l’aspect hypnotisant du titre, qui joue à fond la carte des jeux de lumières style néons de night club et la musique électro qui va avec pour créer une ambiance véritablement hypnotisante. Le montage peut par moment nous sortir du film, notamment avec ses effets qui font très clips pour MTV, mais ce sont bien les moments chantés qui permettent à Teen Spirit d’être agréable à regarder à défaut d’être mémorable.

Et commet l’introduction, la conclusion peut également être un autre moyen de meubler ses propos, en résumant par quelques lignes supplémentaires ce qui a déjà été dit dans le reste du sujet. Même quand celui-ci n’est pas spécialement riche. Pour Teen Spirit, cela sera juste un rappel de son statut de success story musical terriblement banal qui ne doit son salut qu’à la prestation de son actrice principale et à la tenue envoûtante quoique artificielle de ses chansons. Mais la conclusion permet également de spéculer par exemple ici sur la carrière de réalisateur de Max Minghella. Semblant fier d’occuper ce poste ainsi que celui de scénariste, Teen Spirit n’est pourtant pas le film qui fera exploser sa carrière derrière la caméra, le long-métrage n’ayant rien de bien transcendant pour mériter ses débuts de metteur en scène. En effet, même quand il n’y a pas grand-chose à raconter, une introduction et une conclusion sont bien des étapes nécessaires à toute explication, analyse ou discussion. N’en déplaise aux personnes préférant ne pas passer par quatre chemins. Car même si c’est parfois pour étirer le débat, cela apporte quoi qu’il arrive une réflexion en apportant des détails, une entrée en matière et une fin. Et un film tel que Teen Spirit se prêtait bien à la démonstration.

Teen Spirit – Bande-annonce

Teen Spirit – Fiche technique

Titre original : Teen Spirit
Réalisation : Max Minghella
Scénario : Max Minghella
Interprétation : Elle Fanning (Violet Valenski), Zlatko Burić (Vlad) Agnieszka Grochowska (Maria Valenski), Rebecca Hall (Jules), Millie Brady (Anastasia), Archie Madekwe (Luke), Vivian Oparah (Kelli), Ria Zmitrowicz (Hayley)…
Photographie : Autumn Durald
Décors : Kave Quinn
Costumes : Mirren Gordon-Crozier
Montage : Cam McLauchlin
Musique : Marius De Vries
Producteur : Fred Berger
Productions : Automatik, Aperture Media Partners, Blank Tape, Head Gear Films, Interscope Films et Metrol Technology
Distribution : Metropolitan Filmexport
Budget : inconnu
Durée : 92 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 26 juin 2019

États-Unis, Royaume-Uni – 2019

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2.5

Festival

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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