La Chambre des merveilles : la balade de Thelma et Louis

Rêver pour les autres, c’est se pardonner à soi-même. Lisa Azuelos revient de loin pour illuminer un récit, porté par une Alexandra Lamy rayonnante. Le road-trip de son personnage est empreint d’espoir et d’amour, quand vient l’heure de rendre des comptes à ce monde où le temps défile plus vite que nos rêves.

En matière d’humour, l’ouverture de Lisa Azuelos a marqué plus d’une génération, notamment dans son approche de l’adolescence, mais surtout dans les relations mère-fille (LOL, Mon Bébé). Et si l’on peut clairement remettre en question sa qualité de mise en scène, il serait injuste de lui retirer la sincérité qui frappe chacune de ses œuvres, même lorsqu’elle nous fait le portrait de la chanteuse Dalida. En choisissant de s’attaquer au roman éponyme de Julien Sandrel, elle entre consciemment en phase avec la mère âgée qu’elle représente. Ce best-seller tombe sans doute très bien, afin qu’elle puisse enfin assimiler la tendresse d’un drame au sujet grave, mais qui admet sa touche de légèreté. Le scénario est confié au duo Juliette Sales et Fabien Suarez, qui ont notamment écrit la trilogie live-action de Belle et Sébastien. Ensemble, leur seul objectif est de maintenir en vie le jeune garçon de la chambre 405, dans un état végétatif.

La chambre des secrets

Les histoires, on se les raconte à soi-même, comme un facteur de motivation ou bien afin de garder au chaud ses ambitions, même les plus improbables. La réalisatrice a toujours évoqué les enjeux des relations familiales ou sentimentales dans une vie, mais pour Louis (Hugo Questel), heurté par un camion sur son skateboard, le temps est compté.

S’il ne peut donc pas prétendre être physiquement présent dans toute l’intrigue, c’est pourtant auprès de sa mère, Thelma, campée par une Alexandra Lamy touchante, qu’on se surprend à affiner le portrait d’un gamin que l’on croyait un peu à la ramasse à cause de son isolement. Une claque en appelle une autre et ce sera donc à cette femme célibataire de trouver la force d’encaisser le coup, puis d’aider son enfant à s’ouvrir au monde.

Le journal intime et graphique de Louis nous catapulte ainsi dans une quête effrénée de la survie. La liste des tâches à accomplir qu’on y trouve renferme les sentiments secrets d’un jeune adolescent, déjà obsédé par l’inéluctabilité de la fin de vie. Thelma cherche ainsi à se substituer à son fils, voire à entrer en fusion avec la riche et généreuse personne qu’il était avant l’accident et dont elle ignorait le potentiel. Il s’agit d’un défi auquel tout parent doit se confronter un jour ou l’autre, lorsque l’accompagnement scolaire ne suffit plus et qu’il faut alors renouer avec ce genre de « loup-garou », possédant des activités secrètes à l’ombre des regards indiscrets.

Rêve ta vie, vis tes rêves

Un défi après l’autre, une page après l’autre, le voyage de Louis devient celui de Thelma, peu rassurée à l’idée de traverser les frontières et à changer de caractère face aux difficultés. Jusque-là, elle ne répondait pas aux responsabilités maternelles qui faisait d’eux une famille.

Elle enfile son blouson jaune et part donc bâtir des souvenirs à partager avec son enfant inconscient. Malheureusement, l’émerveillement n’est pas au rendez-vous. Le feel-good movie ne peut assurer son efficacité que dans le compromis entre le mélodrame et la comédie. Le film a tendance à s’enfermer dans le second argument, évidemment essentiel mais sans le recul émotionnel qu’il convoite tout le long du périple. Et la playlist que l’on superpose à la narration vise à rendre accessibles les phases ascendantes et descendantes des personnages, ce qui n’est pas aussi pertinent que le miracle attendu au chevet d’un garçon qui ne s’impose aucune limite.

Les regrets du passé orientent alors les choix de Thelma, déterminée à faire la paix avec elle-même, d’où une fameuse lettre écrite à soi pour le futur, incertain. Sur terre ou dans l’eau, cette dernière doit se réconcilier avec la vie et réapprendre à respirer comme il faut. Malgré tout, avec ou sans prétention, on surnage dans la conscience de Louis. Ce que l’on prend pour des désirs déjantés ne sont pas montrés sous cet angle, celui d’une mère soucieuse de comprendre la détresse de son fils. Il se révèle artiste, sportif et sociable, mais ce sont des choses qui se déduisent et que l’on nous fait rarement ressentir.

Par ailleurs, aborder la gravité de l’incident avec trop de légèreté nous détache peu à peu des exploits de la « bucket list ». De même, ce concept aurait sans doute mérité plus de suspense avant le dénouement, émouvant et séduisant. Néanmoins, La Chambre des Merveilles établit qu’il n’y a pas d’âge pour accomplir les rêves d’enfants, qui constituent un certain remède à la culpabilité de Thelma, qui se donne les moyens d’aller jusqu’au bout de ses rêves.

Bande-annonce : La Chambre des merveilles

Fiche technique : La Chambre des merveilles

Réalisation : Lisa Azuelos
Scénario : Fabien Suarez, Juliette Sales
Auteur de l’œuvre originale : Julien Sandrel
Photographie : Guillaume Schiffman
Son : Thomas Lascar
Décors : Nicolas de Boiscuillé
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Montage : Baptiste Druot
Musique : Bonjour Meow
Production : SND, M6 Films, Jérico
Pays de production : France
Distribution France : SND
Durée : 1h38
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 15 mars 2023

Synopsis : La vie toute tracée de Thelma prend un détour tragique lorsqu’un accident plonge son fils Louis, 12 ans, dans le coma. Déterminée à le réveiller par tous les moyens, elle va faire le pari fou d’accomplir une par une les « 10 choses à faire avant la fin du monde » qu’il avait inscrites dans son journal intime, pour lui montrer tout ce que la vie a de magnifique à lui offrir. Mais ce voyage dans les rêves de son adolescent l’emmènera bien plus loin que ce qu’elle imaginait… jusqu’à raviver son propre goût à la vie.

La Chambre des merveilles : la balade de Thelma et Louis
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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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