Mon bébé, la jolie fresque familiale

Après son célèbre LOL qui avait fait plus de 3 millions d’entrée au Box Office, la réalisatrice Lisa Azuelos revient avec son septième film. Mon bébé déjoue les pièges d’une comédie trop facile pour proposer une belle histoire sur les liens réciproques entre une mère et ses enfants.

Une chose est sûre, Liza Azuelos est douée pour raconter les femmes. Que ce soit en prenant Sophie Marceau comme mère modèle, ou presque, dans LOL puis ensuite dans Une Rencontre, ou en dressant un portait collectif de quatre femmes dans Comme t’y es belle et enfin dernièrement avec un biopic sur Dalida, la réalisatrice connaît les femmes, en est une et a des choses à leur faire dire. Les comédies faites par des hommes sur des femmes, on en voit tous les jours et elles proposent rarement des rôles intéressants qui reflètent la réalité, mais la cinéaste, elle, creuse le sujet de manière plus véridique et délicate, balaye les clichés pour offrir une vision entière de ce qu’est une femme. En somme, un être normal capable de ressentir les choses à l’excès, ou pas, d’être fragile, puissante, sensuelle et surtout assumée. « Déculpabiliser les femmes », c’est ce qu’elle aime dire quand elle raconte le but de ses films, et c’est bel et bien devenu important aujourd’hui qu’une femme puisse prendre la parole en instaurant des personnages féminins qui lui ressemblent ou en tout cas qui se veulent porte parole de la majorité d’entre elles. À l’heure où l’identification aux personnages féminins dans les films est devenue assez bancale, la vision féminine d’Azuelos fait du bien au cinéma français, comme la voie que prend cette nouvelle génération de réalisatrices, fraîche et spontanée, qui propose une représentation décomplexée et bien plus vraie que l’image véhiculée par les nombreuses comédies où les femmes ne sont que « femme de » ou « mère de ».

Après avoir été éclatante dans Pupille, Sandrine Kiberlain campe un nouveau rôle qui lui colle à la peau. Elle improvise, rigole comme si elle ne jouait pas, joue comme si c’était elle et la caméra tourne sans couper. Lisa Azuelos met dans ce film son expérience de mère, elle y fait d’ailleurs jouer sa propre fille dans le rôle de Jade, et Kiberlain y ajoute la sienne pour dresser un portrait le plus juste possible. Mis en musique par la douceur de Yael Naim, la sensibilité et l’humour qui s’en dégagent font de cette comédie mature un vrai moment de tendresse et de vérité. Questionnant les rapports précieux entre une mère et sa fille, en particulier la petite dernière, le scénario tient la route dans les réflexions qu’il propose sur l’époque où les enfants quittent de plus en plus tôt le cocon familial. Accepter que les enfants deviennent des adultes et leur faire accepter que leur mère est aussi une femme, c’est toujours le délicat équilibre vers quoi ces relations tendent et dans lequel le film se glisse avec un charme délicat. Passer de la confidente à la figure d’autorité, c’est aussi le défi que pose celui d’être une mère et que l’actrice principale expose avec un naturel assez convaincant. On retrouve en Kiberlain un peu de Sophie Marceau à l’époque de LOL, mais il semble que cette maman ait grandi avec ses enfants et appris de sa vraie vie de mère pour offrir une histoire complète où la mère n’est pas qu’une mère et où les femmes, qu’elles soient ados ou adultes, sont passionnantes et rayonnantes.

Non exempt de défaut, notamment dans sa façon de traiter la jeunesse de manière un peu trop raccourcie et tout en facilité, Mon bébé ne paie pourtant pas de mine avant la séance mais se trouve être une jolie fresque familiale à la française. Indicateur et révélateur d’une société en mouvement et d’une jeunesse qui bouge comme La Boum a pu l’être en 1980, le film de Lisa Azuelos est une franche réussite. Le cinéma sensible et drôle des comédies françaises réussies, c’est ce que Lisa Azuelos sait faire de mieux.

Mon bébé : Bande-Annonce

Mon bébé : Fiche Technique

Réalisation : Lisa Azuelos
Scénario : Lisa Azuelos
Interprétation : Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Yvan Attal, Arnaud Valois, Patrick Chesnais, Victor Belmondo, Kyan Khojandi
Photographie : Antoine Sanier
Musique : Yael Naïm
Producteur(s): Jérôme Seydoux, Lisa Azuelos, Julien Madon
Société de production : Love is in the air, Pathé, France 2 Cinéma, C8 Films, Chaocorp, CN8 Productions
Genre : comédie dramatique
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 87 minutes
Dates de sortie : 13 mars 2019

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !
Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.