Jurassic World : Le Monde d’Après où l’art du suicide assisté par Universal

En 2015, la resucée matinée de fan-service que constituait Jurassic World, suite-hommage-remake (rayez la mention inutile) du chef-d’oeuvre de Steven Spielberg avait, en dépit du bon sens, tout cassé au box-office. 7 ans et un film plus tard (Jurassic World Fallen Kingdom), ce que l’on redoutait a fini par arriver : à l’instar de beaucoup d’autres avant elle, la saga Jurassic Park s’est vu offrir par Hollywood les derniers sacrements. Dès lors, il semblait illusoire de penser que le bien nommé Jurassic World : Le Monde D’Après pourrait, à défaut de rectifier le tir, constituer autre chose qu’un infâme monstre de Frankenstein. Mais rien ne pouvait nous préparer à ce cocktail de haine envers son public et d’incompétence déployé par Colin Trevorrow…

Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes…

Il est généralement admis que tout échec est, avec le recul, source d’enseignement.

Dans le cas de la saga Jurassic World, et plus généralement des nombreux revival opérés au cours de la dernière décennie, difficile de voir dans cet aphorisme de comptoir autre chose qu’une vaine défense portée par les spectateurs les plus optimistes à l’égard de l’existence même de ces projets maudits. Et pourtant, ce que tous ces projets ont en commun, si ce n’est une propension à nous faire sévèrement regretter notre enfance, est bel et bien le fait qu’ils sont révélateurs de la façon de faire des films à Hollywood. À ce titre, impossible d’occulter l’influence de Star Wars et de son retour sur le devant la scène, initiée comme par hasard, en 2015. Puisque, quand Disney a sorti en grande pompe sa nouvelle salve de films basés sur cette galaxie très très lointaine, il y était moins question d’y ajouter une histoire à l’univers foisonnant signé George Lucas que de dupliquer la formule qui a ironiquement donné naissance au blockbuster. L’essence au détriment de la substance donc…

Mais si la nature même de Star Wars, qui résonne en terme de galaxies entières, permet en théorie d’exploiter le filon à l’infini, la donne demeure différente dès lors qu’on aborde le cas de Jurassic Park. En effet, passé son incroyable postulat initial, difficile de développer d’autres histoires dans cet univers, sans jouer avec notre suspension consentie de l’incrédulité, ou saper la gravité à la base du succès du premier film. Une gageure d’ailleurs perceptible dès le deuxième volet – Le Monde Perdu (1997) qui voyait Spielberg se démener comme il pouvait avec les restes du film précédent, pour un résultat certes pas déshonorant, mais qui pouvait difficilement justifier de son existence. 

Sachant cela, l’existence même de ce Jurassic World (et par extension de la saga qui en découle) se posait déjà comme une anomalie en soi. Que dire de plus que ce qui a déjà été dit ? Un statut dont le film de Trevorrow semblait d’ailleurs avoir lui-même conscience, tant vidé de sa sève nostalgique (rappelons à toutes fins utiles que le film de 2015 prenait place sur la même île que le film de 1993), il n’apparaissait que comme un énième remake. Ou comment revoir la Nature se rebeller contre l’Homme. Là ou le bât blesse, c’est que sa suite, Fallen Kingdom, osait certes prendre la tangente par rapport à son modèle, mais pour un résultat qui laissait poindre l’absence complète de cap pris par l’Histoire. Puisque de pauvre animaux exploités sur l’autel de l’argent, la clique à Spielberg, Trevorrow et consorts avait cru bon de transformer nos dinosaures en espèces menacées.

Un revirement à la bêtise aussi abyssale que sa fin, puisque il y a 4 ans, on finissait sur Bryce Dallas Howard, celle-là même qui prenait plaisir à exploiter lesdits animaux dans l’opus précédent, en train de presser le bouton qui allait relâcher les dinosaures dans le monde (d’après). Un postulat qui se voulait innovant en soi, puisque prémisse d’une refonte totale des enjeux précédemment établis, mais qui, avec le recul, n’était surtout qu’une simple extension du Monde Perdu déjà cité. En ça, on tient peut-être la raison pour laquelle cette saga et plus précisément Jurassic World : Le Monde D’Après, apparait comme étant aussi ratée : à trop marquer sa déférence envers la mouture signée Spielberg, la saga de 2015 n’a jamais su s’affranchir de son ombre, et de facto proposer quelque chose de neuf.

Rien ne se perd, rien ne se crée…

Beaucoup maugréeront que s’affranchir d’un roc à la hauteur du film de 1993 est inconcevable, tant c’est désormais le propre d’Hollywood que de repasser sur ses succès d’antan. Mais s’inspirer est une chose, dupliquer avec cynisme et sans génie en est une autre. Et tel semble être le crédo de ce Monde D’Après.

Colin Trevorrow, qui revient clore la saga après l’incursion somme toute réussie de Juan Antonio Bayona, finit ainsi de montrer à la face du monde, le piètre réalisateur qu’il est. Dépourvu d’audace et de fulgurances, son scénario, qui entend (encore) emprunter à l’imaginaire technophobe de Michael Crichton, tombe surtout désespérément à plat. En cause ? Sa conviction innée que les thèmes brassés par l’histoire sont suffisants pour être vecteurs de suspense et de tension. Le seul petit problème, c’est que penser pouvoir renverser le statut quo d’un univers au dernier épisode d’une trilogie (et même d’une saga) est illusoire. On l’a vu avec le dernier opus de Star Wars en date (L’Ascension de Skywalker, 2019) : la démarche apparaît autant comme mesquine que révélatrice d’un profond manque de respect envers les fans. C’est d’autant plus à propos ici que le film de 1993 avait déjà tout condensé en son temps : le groupe industriel en apparence vertueux qui cache de sombres desseins mercantiles, les scientifiques pétris des meilleures intentions se faisant dépasser par leurs créations, les dinosaures en métaphores de la toute-puissance de la Nature, etc.

Si encore, ça serait juste les thèmes, ça pourrait passer, mais engoncé dans une nostalgie qui a parasité jusqu’à son cahier des charges (en atteste le retour au forceps INUTILE du trio du film de 1993), Jurassic World Le Monde d’Après se permet d’adjoindre des situations qui sont autant de réminiscences des anciens films : les industriels soucieux de ne pas réitérer les erreurs du passé souhaitent désormais parquer nos braves dinosaures dans une réserve (par définition un endroit clos donc…), le tandem toujours aussi mal assorti Chris Pratt/Bryce Dallas Howard à la recherche de leur fille adoptive (comme Jeff Goldblum allait à contre-coeur récupérer sa dulcinée dans le 2ème film)… Bref, autant de situations qui en viennent à complètement occulter l’un des rares éléments à ranger au crédit du film : le péril écologique induit par la cohabitation forcée des dinosaures avec l’humanité.

Jusqu’ici traité uniquement par le prisme du danger qu’ils représentaient face à la vie humaine, les dinosaures deviennent dans Jurassic World : Le Monde d’Après, une entité apte à bousculer le statut quo. Une bonne idée qui en restera, hélas, une uniquement sur papier, tant le film s’évertue à constamment désenchanter les spectateurs que nous sommes à la vue de ces spécimens du Crétacé. Aucun plan, aucune situation ne dure assez longtemps pour susciter l’admiration mâtinée de crainte qu’on avait à la vue des dinosaures de jadis et on atteint même le point de non-retour où les dinosaures deviennent de véritables figurants dans leur propre saga. Cela pourrait servir un propos métatextuel sur le réel antagoniste du film si encore on avait un scénariste crédible aux manettes, mais ici, ça sert juste à montrer que non content de singer avec une rare indigence le père du blockbuster moderne, Trevorrow ne sait pas monter une dramaturgie, ni la mettre en image.

À ce stade, difficile donc d’appeler Jurassic World : Le Monde d’Après un film, et pas un crachat fait à l’encontre des fans de la saga, des fans de cinéma, mais surtout des fans de spectacle.

Délesté de toute trace de spectaculaire dû à un usage abusif et complètement con du mythe, Jurassic World : Le Monde d’Après n’a de surprenant que la montagne d’absurdités essaimées au cours de ses 2h26, qui le transforme, in fine, en fan film d’une fadeur et d’une inanité abyssale. À fuir !

Jurassic World : Le Monde d’Après : Bande-Annonce

Jurassic World : Le Monde d’Après : Fiche Technique

Réalisateur : Colin Trevorrow
Scénario : Colin Trevorrow, Derek Connolly & Emily Carmichael
Montage : Mark Sanger
Photographie : John Schwartzman
Casting : Chris Pratt (Owen Grady), Bryce Dallas Howard (Claire Dearing), Sam Neill (Alan Grant), Laura Dern (Ellie Sattler), Jeff Goldblum (Ian Malcolm), Daniella Pineda (Zia Rodriguez), Justice Smith (Franklin Webb), B.D Wong (Henry Wu), Isabella Sermon (Maisie Lockwood), Omar Sy (Barry Sembène), Campbell Scott (Lewis Dodgson).
Durée : 146 minutes
Production : Frank Marshall, Steven Spielberg, Amblin, Skydance et Universal
Distribution : Universal

Etats-Unis – 2022

Note des lecteurs3 Notes
0.5

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
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