« Challengers » : un trio nommé désir

Sorti en salle le 24 avril 2024, le nouveau film (très attendu) de Luca Guadagnino fait déjà beaucoup parler de lui. Entre érotisme, sentiments et beauté de l’image, on reconnaît directement le travail du réalisateur italien. Acclamé par la critique pour Call me by your name, puis lynché après le raté de Bones and All, il nous sert avec Challengers, un nouvel opus brillant.

Un synopsis aussi brillant que complexe

Tashi Duncan (Zendaya : Dune, Euphoria..) est une ancienne joueuse de tennis prodigieuse qui a vu sa carrière s’arrêter brusquement après une grave blessure au genou. Mariée à Art Donaldson (Mike Faist : West Side Story), elle se charge désormais de la carrière en déclin de ce dernier et décide de l’inscrire au Challenger. Lors de cette compétition,  il se retrouve face à Patrick Zweig (Josh O’Connor : The Crown), son meilleur ami de jeunesse et ex petit-ami de Tashi. S’ouvre alors un match sous tension, entrecoupé de flashbacks, qui nous racontent l’histoire tumultueuse de ce trio sulfureux.

La passion selon Guadagnino

Héritier évident du cinéma italien, Guadagnino s’inspire des codes des plus grands chefs d’oeuvres de la Cinecittà et les agrémente d’une pincée de magie hollywoodienne. Avec démesure et drame, la passion est le personnage principal de toutes les oeuvres du réalisateur. De sa ‘trilogie du désir’ à Challengers, il nous offre des histoires d’amour toujours plus particulières qui flirtent avec les règles de bienséance et qui mettent en exergue la fougue de l’amour moderne. Adultère dans I am Love, homosexualité, écart d’âge et religion dans Call me by your name ou triangle amoureux dans Challengers, la passion est servie à toutes les sauces dans le cinéma de Guadagnino.

Cette passion est incarnée par des personnages tous plus complexes les uns que les autres, et ceux de Challengers ne font pas exception à cette règle. L’alchimie évidente entre les acteurs crève l’écran et anime les protagonistes d’une réelle harmonie. Zendaya se démarque par son interprétation aussi sublime que détestable de Tashi, qui est la pièce maîtresse de ce manège à trois.

Ce qui fait l’originalité de ce trio, c’est qu’il se détache de la représentation classique de la relation multiple en manque d’originalité que l’on voit souvent au cinéma. Ici, les personnages sont tous originaux, complexes et particuliers. Nous sommes face à un réel triangle amoureux mais également à une rivalité sportive entre les personnages qui semblent être, entre eux, les réels « challengers ». Les multiples échelles de cette relation restent floues et sujettes à interprétation jusqu’au bout. Les personnages sont rattachés entre eux par une nostalgie de leur jeunesse, l’électricité de leur lien et leur égomanie, aussi. C’est une sorte de Jules et Jim moderne et sportif.

Qualifiée de protagoniste à part entière, la bande son signée Trent Reznor et Atticus Ross (Bones and All, Gone Girl..) vient articuler le film et son suspense sur un fond de techno. La musique, ponctuelle et décousue, nous projette directement dans les gradins du challenger. En parfaite adéquation avec les choix cinématographiques, elle provoque une sorte de transe qui tient le spectateur rivé à son siège malgré lui.

En clair, que vaut vraiment Challengers?

Challengers semble susciter pléthore d’avis divergents. D’une part, les puristes du sport semblent déplorer un manque de réalisme des scènes sportives. D’autre part, la fin abrupte du film qui s’arrête sur le big point du match (et du film) semble en avoir déçu plus d’un. Il ne faut cependant pas oublier que le film est signé Luca Guadagnino, il est dès lors très audacieux de s’attendre à un film purement sportif ou à un thriller classique. Le réalisateur semble toujours laisser la porte ouverte à une interprétation subjective de son travail. Après avoir visionné Challengers et lorsque les lumières se rallument, nous nous voyons plus intéressés par la qualité de l’expérience cinématographique que par l’adéquation sportive ou le dénouement de ce match effréné. En clair, Challengers n’est pas tant un film sur le tennis mais plutôt sur l’égo et la complexité du désir et des relations humaines.

Imaginé par Justin Kuritzkes, le scénario de Challengers semble avoir été écrit pour Luca Guadagnino. En réalité, ce dernier est d’abord passé par la black list (sondage des scénarios les plus appréciés mais non-produits) avant d’être choisi par les studios Metro-Goldwyn-Mayer et proposé au réalisateur. La rencontre entre le talent de Kuritzkes et la magie cinématographique de Guadagnino, permet au film de s’imposer directement comme l’un des meilleurs blockbusters de l’année. Une nouvelle collaboration est d’ailleurs attendue pour l’adaptation au cinéma de ‘Queer‘, une nouvelle écrite par William S. Burroughs, et adaptée par J.Kuritzkes pour L.Guadagnino.

Bande d’annonce – Challengers

Fiche Technique – Challengers 

Genre : Drame, Romance
Réalisateur : Luca Guadagnino
Scénario : Justin Kuritzkes
Acteurs : Zendaya, Josh O’Connor, Mike Faist
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Pays : États-Unis
Durée : 2h11
Sortie : 24 avril 2024

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