Boulevard, un film de Dito Montiel: Critique

Dito Montiel commence sa carrière de réalisateur en adaptant en 2006 son roman autobiographique Il était une fois dans le Queens (A Guide to Recognizing Your Saints), au casting impressionnant. Shia LaBoeuf interprète le jeune Dito qui tente de tirer son épingle du jeu dans un environnement brutal et testostéroné. Robert Downey Jr. pour le jeune homme devenu adulte (étrange choix, car la ressemblance est nulle entre les deux acteurs), Rosario Dawson, Channing Tatum et Chazz Palminteri, au physique de l’emploi et familier des films de mafieux, pour le père. Récompensé à Sundance et à Venise, le réalisateur a la chance de pouvoir réaliser 3 autres films toujours relativement fidèle à sa propre enfance dans le Queens et à la distribution de haute volée : Fighting en 2009 avec Tatum encore et Terrence Howard, The Son of No One en 2011 avec Al Pacino, Juliette Binoche, Ray Liotta… et Empire State en 2013 avec Liam Hemsworth, Dwayne Johnson, Emma Roberts. Le virage vers le drame sera concrétisé avec le quatrième film sorti sur les écrans américains le 10 juillet 2015 et un des derniers du regretté Robin Williams (avec Absolutely Anything), Boulevard. Si jusqu’à ce jour, le cinéaste se focalisait sur les faux semblants, la violence et le crime organisé, il se tourne vers l’intime et une amitié homo-érotique. Un an après la mort de l’acteur multi-récompensé au talent qui n’est plus à contredire, assiste-t-on ici à un film sensible, de haute qualité ou à un exercice de style lent et creux ? La réponse se situe entre les deux.

« Il n’y a pas d’âge pour faire marcher arrière » lit-on sur l’affiche réalisé par la distribution américaine. Boulevard a pâti d’un manque cruel de soutien financier et ne sera probablement jamais disponible en France. Heureusement que Zelig Films Distribution a pris le risque de nous le faire découvrir. Il a coûté $27 000 pour rapporter $42 000 aux Etats-Unis. Le quatrième film de Dito Montiel n’a « probablement » pas été écrit dans le but de gagner le moindre centime. Il arrive des miracles de ce genre où le simple objectif de faire réfléchir et frapper les consciences suffit à déplacer des montagnes pour réaliser un film intimiste de qualité. Pour ce dernier qualificatif, il suffit de chercher du côté du casting. Le jeu de Robin Williams, entre cabotinage pincé et regard inexpressif, participe à l’apathie de son personnage qui évolue sensiblement jusqu’à transpercer l’écran d’une émotion la plus pure qu’elle soit. La mise en scène, bien qu’un peu trop visible, tente de sublimer le propos, malheureusement sabré au bout d’1h20, avec plus ou moins de tact. Comme si un plan pouvait suffire à résoudre et conclure la narration. La composition est travaillée (médiane à partir d’une chevelure de secrétaire médicale d’un certain âge, isolement dans le mouvement, plongée écrasante…) mais guère discrète. On assisterait presque à un exercice. Une impression d’inachèvement persiste, malgré une écriture soignée. Bob Odenkirk remplit son rôle de meilleur ami sans grand effort, mais sa réplique clin-d’oeil à Breaking Bad est savoureuse (quand il rend visite à Nolan à la banque), Kathy Baker (Emmys et Golden Globe pour Un drôle de shérif en 1994) accompagne Robin Williams dans cette montée subtile et ce mariage de convenance, dont le verni craque maladroitement comme par excès de pudeur de la part du réalisateur, et Roberto Aguire (Struck by Lightning) sort la tête de l’eau avec brio, certainement par manque d’expérience.

Les moments de solitude de Nolan font partie de son quotidien : trajets voiture sur des sonorités électroniques à la Cliff Martinez (Drive oui!), visite à un père muet, journées identiques dans la banque du quartier et même en compagnie de sa femme que l’on croit alitée la première fois qu’on la voit. Les fondus au noir, agissant comme des caresses, des voiles couvrant le regard, participe à la fausse pudeur… Dito Montiel tente d’aborder un sujet délicat, délicatement, avec toute la délicatesse que cela requiert, mais un paradoxe subsiste. Celui de nous laisser croire à cette histoire suivie en route, comme si elle défilait devant nos yeux sans que l’on puisse agir sur celle-ci, cette tranche de vie décisive bien réelle, mais contrariée par un besoin pressant de poésie sommes toute superficielle. Le coming out à 60 ans est lourd à porter, d’autant plus après une vie conjugale basée sur des « mensonges », alors pourquoi la crème paraît allégée ? Des fulgurances surgissent comme des bulles à savon : à savoir la dernière dispute conjugale avant la résolution et le point d’acmé sur la relation « financière » entre le jeune Léo et Nolan sur le parking de la banque. Le reste approche régulièrement du stéréotype, annonce au père mourant, épouse esseulée, promotion morte-née. Sans compter les nombreux flous dus à une pitoyable mise au point. L’équipe technique était loin d’être réduite à en croire les crédits défilants pourtant, mais ont du travailler bénévolement ! Alors soit l’intérêt de base est réduite par le manque de résolution possible, soit le traitement ne convient pas au talent des acteurs qui portent à bout de bras ce fragile équilibre entre intime/poésie et volonté politique de raconter la dure réalité d’homosexuels qui ne se sont jamais assumés. La puissance tient en grande partie de l’état psychologique de Robin Williams, à ce jour déjà affaibli par une dépression grandissante et ça c’est terrible à dire ! Alors trop long ou trop court les avis restent partagés.

Synopsis : Bien qu’il vive dans un mariage de convenance, Nolan Mack reste pourtant un mari dévoué. Cependant, ses secrets les plus cachés vont resurgir lorsqu’il va croiser la route d’un certain Leo.

Boulevard : Bande-annonce

Boulevard : Fiche Technique

Réalisation : Dito Montiel
Scénario : Douglas Soesbe
Interprétation : Robin Williams (Nolan), Kathy Baker (Joy), Roberto Aguire (Leo), Giles Matthey (Eddie), Eléonore Hendricks (Patty) et Bob Odenkirk (Winston).
Photographie : Chung-hoon Chung
Costumes : Carlos Rosario
Présence en festival : Tribeca Film Festival de New York
Durée : 88 minutes
Genre : Drame
Sortie en France : 18 mai 2016

Etats-Unis – 2014

Liste des titres entendus

« Do With the Rain » David Wittman performed by  The Bay Cities Trio
« The Grandmaster Flash » Charlie Girl
« Trumped Ballad Rain » Jared Gutstadt & Charles Patierno performed by Carlton Banksy
« Another You » Michael Sherwood
« Didnt’t Our Love Blow Your Mind » Charlie Girl
« Boss Up Bossa » David Wittman performed by The Bay Cities Trio
« Goodbye Joy » Charlie Girl performed by Jimmy Haun

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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